OSMANLI

L’arrivée des Portugais à Malabar et un bref récit de leurs actes honteux

 

C’est en 904 de l’Hégire (1498) que les Portugais firent leur première apparition à Malabar. Ils arrivèrent à Pantalayani à bord de trois navires. À ce moment-là, la saison du commerce par les routes maritimes était presque terminée. De Pantalayani, ils déménagèrent à Calicut par voie terrestre et restèrent dans cette ville pendant quelques mois avant de retourner dans leur patrie après avoir recueilli des informations sur les conditions de Malabar. A cette occasion, ils ne s’engagèrent dans aucun commerce. Le but principal de leur voyage à Malabar, selon leurs propres récits, était de rechercher des informations sur le pays du poivre et d’établir le commerce de ce produit, car à l’époque ils achetaient du poivre à d’autres commerçants qui exportaient du poivre de Malabar.

 

Ils revinrent deux ans après, cette fois sur six navires. Ils débarquèrent à Calicut et s’engagèrent dans le commerce. Ils approchèrent des officiers des Samouri avec la demande d’empêcher les Musulmans d’effectuer leurs commerces et voyages commerciaux en Arabie, promettant de payer le double de la perte que les Samouri pourraient subir en empêchant les Musulmans à cet égard. Puis ils commencèrent à empiéter sur les droits des Musulmans dans toutes les directions. Les Samouri donnèrent donc l’ordre de capturer et de tuer les envahisseurs portugais. Suite à cela, environ soixante ou soixante-dix d’entre eux furent exécutés. Les autres s’enfuirent, se réfugièrent dans leurs navires et commencèrent à bombarder le rivage. Ceux sur le rivage ripostèrent sur les navires.

 

Les Portugais déménagèrent ensuite dans le port de Kochi et firent la paix avec les habitants de cette ville, construisirent un petit fort et s’établirent. Ce fut le premier fort portugais construit en Inde. Ils démolirent une mosquée située sur la côte et construisirent une église à sa place, employant des habitants locaux comme ouvriers.

Puis ils arrivèrent à Kannour, firent la paix avec les gens là-bas, construisirent un fort et firent du commerce. Ensuite, ils s’embarquèrent pour leur patrie avec leurs navires lourdement chargés de poivre et de gingembre séché. C’était, après tout, le but principal de leur venue ici en entreprenant de si longs voyages (c’est ce que croyait l’auteur, la vérité est qu’ils voulaient détruire l’Islam et appauvrir les Musulmans comme nous l’avons vu dans notre Introduction à l’Histoire des Ottomans, les Désistoriens).

 

Les Portugais revinrent au bout d’un an, cette fois sur quatre navires. Débarquant à Kochi et Kannour, ils accumulèrent autant de poivre et de gingembre séché qu’ils voulurent et rentrèrent chez eux. Deux ans plus tard, ils revinrent en Inde avec entre dix-huit et vingt-deux navires et ayant chargé leurs navires de marchandises diverses en plus du poivre et du gingembre séché, ils retournèrent dans leur propre pays. Ainsi leur influence ne cessa de croître.

 

C’est à cette époque que les Samouris attaquèrent Kochi en 908 (1503) et, selon leurs habitudes causèrent de lourdes dévastations et pertes. Dans cette rencontre, les Samouris tuèrent deux ou trois des chefs de Kochi, puis retournèrent à Calicut.

Les Samouri tuèrent les chefs parce que leur alliance avec les Portugais avait aidé les neveux des chefs à usurper le trône de Kochi et des lieux voisins avec l’aide des Portugais, contrairement à la coutume séculaire d’élire au trône l’homme le plus âgé parmi les parents. Ainsi les Portugais furent traités avec considération et respect par les usurpateurs. Les Portugais en retour les aidèrent beaucoup dans leurs guerres et, en cas de besoin, les aidèrent avec de l’argent et mirent aussi de côtés pour eux un dixième de leurs bénéfices du commerce. En conséquence, l’importance et l’influence des Portugais augmenta.

 

Un an après l’arrivée de la vingtaine de navires mentionnés ci-dessus, un autre groupe arriva dans une flotte de dix navires. Sept d’entre eux étaient des navires nouvellement arrivés tandis que les trois autres étaient ceux de la flotte précédente de vingt et un navire qui étaient venus l’année précédente. Comme leur passage avait été entravé pendant leur voyage de retour, ils rejoignirent et revinrent avec les sept navires. À leur arrivée à Kochi, les sept navires chargés de marchandises partirent pour leur voyage de retour. Les trois navires restèrent à Kochi.

 

Lorsque les Samouris eurent connaissance des trois navires portugais à Kochi, ils partirent pour Kochi avec une armée d’environ 100000 soldats Nair accompagnés d’un bon nombre de guerriers musulmans pour s’emparer des navires. Mais les Samouris et leurs soldats ne purent pas entrer dans Kochi. Les Portugais se battirent avec des canons et des flèches. Cependant, les Musulmans de Ponnani s’équipèrent de trois bateaux et combattirent les Portugais. Certains Musulmans furent martyrisés. Le jour suivant, les Musulmans de Ponnani et Weliancode dans quatre navires et les Musulmans de Pantalayani et Kakkad dans trois navires se mirent en mer et combattirent les Portugais dans une bataille féroce. Les Musulmans ne subirent aucune victime lors de cette occasion. La bataille fut indécise à cause du début de la saison des pluies. Par conséquent, les Samouris et leurs forces retournèrent à Calicut sains et saufs. Qu’Allah soit Loué.

 

Ainsi, il devint courant pour les Portugais de venir avec des navires chargés de personnes et de cargaisons et de revenir avec du poivre, du gingembre séché et plusieurs autres produits, année après année. Lorsque les Portugais s’installèrent à Kochi et Kannour et y trouvèrent une base solide, les habitants de ces villes avec leurs dépendants se s’engagèrent dans des voyages en mer emportant avec eux des laissez-passer des Portugais pour éviter les risques. Chaque navire, aussi petit soit-il, était muni d’un laissez-passer, pour lequel les Portugais fixaient une redevance et au moment du voyage, le capitaine du navire prenait le laissez-passer contre paiement de la redevance. Les Portugais firent comprendre aux gens que le système de laissez-passer introduit par eux était à leur avantage et les incitèrent donc à s’y soumettre. Chaque fois que les Portugais tombaient sur un navire qui ne possédait pas leur laissez-passer, ils saisissaient le navire, son équipage et sa cargaison. En raison de cette grande injustice, les Samouris, ses sujets et ses dépendants se battaient constamment contre les Portugais.

 

 

Les Samouris dépensèrent une grande partie de leur richesse dans cette guerre, et après un certain temps lui et des sujets diminuèrent en force. Les Samouris envoyèrent donc des lettres aux Sultans musulmans pour demander de l’aide mais ils ne se présentèrent pas pour l’aider. Cependant, le Sultan de Jazrat (Gujarat), le Sultan Mahmoud Shah, le père du estimé Sultan Mouzaffar Shah, et ‘Adil Shah, le grand-père du grand Sultan ‘Ali ‘Adil Shah (qu’Allah illumine leurs tombes), donnèrent l’ordre de préparer leur navires de guerre et leurs navires d’escorte qui se révélèrent par la suite impropres à la mise en mer. Le Sultan de Misr (Egypte), Qansouh al-Ghawri, qu’Allah lui fasse miséricorde, avait envoyé un de ses émirs, ‘Amir Houssayn, avec treize navires et quelques troupes. ‘Amir Houssayn atteignit le port de Diu au Gujarat. Puis ils s’embarquèrent pour Shiyul et avec eux se trouvaient Malik Ilyas, le na’ib à Diu et ses navires d’escorte. Ils tombèrent sur quelques navires portugais, et dans le combat qui suivit, ‘Amir Houssayn captura un gros navire portugais. ‘Amir Houssayn et ses troupes retournèrent alors à Diu avec leurs navires. Il y resta quelques mois pendant la saison des pluies. Par la suite, sur instruction des Samouris, une quarantaine de navires de sa ville et d’ailleurs arrivèrent à Diu pour renforcer ‘Amir Houssayn.

 

En apprenant l’existence de ‘Amir Houssayn et de ses hommes campant à Diu, les Portugais embarquèrent sur vingt navires préparés pour la guerre et apparurent soudainement devant Diu. Répondant à cette arrivée portugaise inattendue, ‘Amir Houssayn, sans préparation, mit en mer ses navires et ceux de Malik Ilyas, ainsi que les petits navires venus de Malabar. Lorsque les Portugais rencontrèrent les forces combinées, ils fixèrent leur attention sur les navires de ‘Amir Houssayn et capturèrent quelques-uns de ses navires tandis que le reste se sépara. Ainsi, par le décret d’Allah et son commandement incontestable, les maudits portugais revinrent victorieux à Kochi.

 

‘Amir Houssayn et quelques-uns de ses soldats purent s’échapper avec les troupes de Malik Ilyas, les Malabaris et leurs navires. ‘Amir Houssayn retourna en Egypte. Qansouh al-Ghawri, le Sultan de Misr, s’indigna de la défaite et dépêcha vingt-deux navires entièrement équipés de tout l’attirail de guerre, sous le commandement de ‘Amir Salman ar-Roumi avec ‘Amir Houssayn. Les forces d’al-Ghawri avec leurs navires atteignirent le port bien protégé de Jeddah et se rendirent ensuite au port de Camran.

 

Là, ‘Amir Houssayn lutta contre le peuple du Yémen et pilla son pays. Sur ce, Salman ar-Roumi le quitta et navigua vers le port d’Aden avant de retourner à Jeddah ou une bagarre éclata entre ‘Amir Houssayn et Salman ar-Roumi à cause des combats de ‘Amir Houssayn et du pillage des Musulmans. Salman dû alors quitter Jeddah et retourner dans son pays. ‘Amir Houssayn fut capturé peu après par le Sultan ash-Sharif Barakat du Hijaz et mourut noyé dans la mer.

C’est après ces incidents, que la nouvelle parvint à Jeddah qu’une guerre avait éclaté entre le Sultan Qansouh al-Ghawri et le Sultan Salim Shah ar-Roumi. Qansouh al-Ghawri perdit et fut bientôt assassiné et Salim Shah ar-Roumi captura son royaume.

Allah est le Maître de Ses affaires.

 

Le jeudi 22 Ramadan 915 (1510), les Portugais arrivèrent à Calicut et attaquèrent la ville. Ils mirent le feu à la mosquée de la congrégation, qui avait été construite par le célèbre Nakhouda Mithqal. Puis ils entrèrent dans le palais de Samouri affirmant qu’ils l’avaient capturé. Le Samouri était absent à ce moment-là et était à quelque distance de-là pour des questions liées à la guerre. Les soldats Nair dans le palais combattirent les intrus portugais et les chassèrent du palais. Ils tuèrent environ cinq cents soldats du côté portugais.

Beaucoup moururent noyés en mer et les autres fuirent vers leurs navires dans le désespoir, comme Allah, Exalté soit-Il, l’a voulu.

 

Quelque temps avant ou après cet incident, les Portugais arrivèrent à Ponnani et mirent le feu à près de cinquante bateaux de pêche qu’ils trouvèrent sur la plage. Quelque soixante-dix Musulmans qui les combattirent furent martyrisés.

 

De même, les Portugais arrivèrent à Aden et une bataille féroce eut lieu avec les Musulmans. Allah Exalté aida les Musulmans et abandonna les Portugais qui durent fuir pour sauver leurs vies, totalement vaincus. Cela se produisit alors que ‘Amir Marjan était le dirigeant d’Aden, qu’Allah lui fasse miséricorde.

 

 

 

Views: 0