OSMANLI

Bien qu’il payait tribut au Sultan pour empêcher une attaque, Nicholas Gattilusio, le nouveau maître de Lesbos, prit toutes les mesures nécessaires pour mettre l’île en état alors qu’il demandait d’urgence l’aide de Gênes. Le Sultan, accusant Nicolas de conclure des accords secrets avec les Italiens et de laisser les corsaires catalans utiliser l’île comme base, lança une attaque décisive sur Lesbos en 1462. Tandis que le Grand Vizir Mahmoud arriva avec une flotte puissante et commença le siège de la ville fortifiée de Mytilène, le Sultan lui-même arriva par voie terrestre avec l’essentiel de l’armée et établit son campement sur le continent à Ayazmend en août. Les murs ne furent pas capables de résister à la puissante artillerie de Muhammad, et une fois que la forteresse inférieure Melanoudion succomba, Nicolas se rendit. L’île entière fut immédiatement placée sous la domination ottomane directe. Il avait reçu pour ordre d’éviter une confrontation directe avec les forces ottomanes.

Pie II se montra aussi enthousiaste et déterminé que Calixte III pour une croisade générale de toutes les nations chrétiennes « pour libérer l’Europe de la disgrâce de la domination turque. » Selon Ferdinand Gregorovius, « la délivrance de Constantinople était l’idéal de son pontificat. » Le congrès convoqué par le Pape à cet effet se réunit au moment où les Ottomans étaient en train d’expulser les forces papales du nord des îles de la Mer Égée. La nouvelle de la chute du despotat serbe en juin 1459 et l’arrivée à Mantoue des envoyés des royaumes directement menacés de Hongrie et de Bosnie galvanisa une alliance chrétienne européenne de courte durée. Rassembler les forces nécessaires pour vaincre l’armée désormais puissante des Ottomans était considéré comme impossible, mais, incité par le cardinal Bessarion, un réfugié grec à Rome, la décision fut prise de déclarer une croisade générale des nations européennes pendant trois ans à partir de 1460. Cependant, avant de se lancer dans sa campagne contre Trébizonde, Muhammad put signer un armistice avec les Chevaliers Hospitaliers de Rhodes.

Pendant ce temps, en Albanie, la lutte contre les Ottomans se poursuivait. Jusqu’en 1463, lorsque Venise prit ouvertement les rebelles albanais sous sa propre protection, le roi de Naples et le Pape étaient activement impliqués sur ce front. Ils fournirent au chef rebelle Scanderbeg de l’argent et des fournitures et envoyèrent même des troupes. Avant de se lancer dans la campagne de Trébizonde, cependant, Muhammad négocia également un accord d’armistice avec Scanderbeg.

 

Le Pape avait convaincu la Hongrie, le principal rival des Ottomans en Europe, qu’elle devait participer pleinement à la croisade prévue. Le conflit entre les Ottomans et la Hongrie était inévitable en raison du conflit sur la Serbie. En 1451, lorsque Muhammad II monta sur le trône, le despote serbe George Brankovich s’était emparé de la forteresse Hisar Alaja (Krusevac) et de ses environs, mais en apprenant la prise de Constantinople par les Ottomans, il offrit de la rendre. Le Sultan répondit en envoyant un ultimatum dans lequel il revendiqua héréditairement tous les anciens territoires de Knez Lazar dans la vallée de la rivière Morava, y compris Smederevo et Golubats, mais promis de céder à Brankovich la région de Vuchitrn-Lab (Vilk-ili), qui avait appartenu au père du despote, Vuk.

Pendant la campagne de Muhammad dans la vallée de la rivière Morava en 1454, les forteresses d’Omol (Omolridon) et de Hisar Sifrije (Ostrovitsa) furent capturées par les Ottomans, et le despote se réfugia en Hongrie. Lorsque l’armée ottomane se retira, Jean Hunyadi de Belgrade et les Serbes de la région de Kossovo passèrent à l’offensive à l’automne 1454. Hunyadi dévasta la région de Vidin-Nish mais les Serbes furent battus dans le sud.

Dans la deuxième campagne serbe de Muhammad en 1455, il concentra ses forces contre le sud de la Serbie et Vilk-ili. Il prit possession de plusieurs villes productrices d’argent, Trepcha, Novo Brdo (1 juin 1455) et la vallée du Lab. L’appel désespéré du despote pour une croisade ne donna aucun résultat et il dû renoncer à tout espoir de récupérer les mines d’argent de Novo Brdo, source de sa richesse et de son pouvoir. En limitant ses revendications au retour de Vilk-ili aux Ottomans, Muhammad réussit à conclure un accord de paix unilatéral avec Brankovich à l’exclusion des Hongrois. Le despote accepta également de payer un très grand tribut annuel et de fournir des troupes.

Une fois le despotat serbe neutralisé, Muhammad II prépara une grande campagne pour évincer les Hongrois de Belgrade et envahit la Hongrie en 1456. Vingt et un canons, ainsi qu’une flotte de deux cent vaisseaux, dont soixante-quatre galères, furent utilisés dans la campagne. Bien que les dissensions internes et l’hostilité avec l’Empereur Frédéric III (1452-1493) aient affaibli la défense de la Hongrie, celle-ci reçut un fort soutien de la papauté avec la déclaration d’une croisade contre les Ottomans et l’envoi d’une flotte papale en Mer Égée. Les prêches enflammés du frère franciscain Jean de Capistrano et l’arrivée des croisés qu’il avait recrutés parmi la population de Hongrie et d’Allemagne donnèrent beaucoup au mouvement l’apparence des premières croisades. L’immense armée de Muhammad sema la panique en Italie, où beaucoup pensaient que la Hongrie ne pouvait pas résister à l’attaque du Sultan et qu’il avait l’intention de déplacer son armée en Italie après avoir conquis la Hongrie.

Bien que les armes de Muhammad aient démoli les défenses de Belgrade et qu’un groupe de janissaires soit effectivement entré dans la ville, Hunyadi put apporter des renforts en brisant le blocus sur le Danube (14 juillet). Ainsi l’assaut général fut repoussé (21 juillet) et le Sultan fut contraint de battre en retraite (23 juillet).

Cette victoire majeure envoya de puissantes vibrations dans toute l’Europe chrétienne. Le Pape Calixte III écrivit qu’il attendait maintenant avec impatience « non seulement le rétablissement de Constantinople mais aussi la libération de l’Europe, de l’Asie et de la Terre sainte. » L’activité de la flotte du Pape dans la Mer Égée en 1457 était considérée comme un préliminaire à la délivrance de Constantinople. Le Pape Pie II prit contact avec Hasan Ouzoun, souverain des Turcomans d’Aq Qoyunlu (1466-1478), et les Géorgiens dans une tentative d’encercler les Ottomans par l’est.

En 1456, George Brankovich mourut et une dispute sur la succession serbe provoqua une nouvelle crise, Muhammad soutenant le fils de George, Grégoire, contre son frère Lazar II (1456-1458). Vers cette époque, un autre différend qui avait surgi entre les deux despotes grecs de la Morée, Démétrius et Thomas Paléologue, avait rendu confuse la situation dans le sud, de sorte que Venise intervint et revendiqua la Morée comme faisant partie de sa propre sphère d’influence. En Albanie aussi, la situation s’était détériorée pour les Ottomans en 1457, lorsque Scanderbeg battit les forces ottomanes à Albunlena. En réponse à ces menaces, le Sultan, au printemps de 1458, envoya ‘Issa Beg avec des renforts contre Scanderbeg, alors qu’il partit lui-même pour la Morée avec une armée. Il envoya de même, le prétendant Grégoire en Serbie avec une armée sous le commandement de Mahmoud Bacha. En réponse à un certain nombre de concessions de la part de Mahmoud Bacha, les Serbes rendirent quelques forteresses dans diverses régions du pays, y compris les Golubats. Cependant, une armée sous le commandement personnel du roi hongrois Matthias Corvin (Hunyadi, 1458-1490) dans la ville voisine de Smederevo continua à représenter une menace et Mahmoud retira ses forces dans la région autour de Nish.

 

À ce stade, le Sultan, ayant conquis ces régions de la Morée autrefois soumises à l’Empereur Constantin XI, arriva avec ses forces à Skoplje (Uskub) et rencontra Mahmoud Bacha. Matthias, suivant l’exemple de son père, attendit pour agir jusqu’au début de l’automne et au démantèlement annuel attendu de l’armée ottomane. Cependant, Muhammad II répondit par des mesures exceptionnelles et resta à Skoplje au moins jusqu’en novembre 1458. Le roi, qui traversa le Danube et attaqua Tahtalu, fut contraint par les Ottomans de se retirer. Au printemps de l’année suivante, le Sultan mena lui-même une armée sur le terrain contre Smederevo. Les Serbes vinrent à Sofia en juin 1459 pour remettre les clés de la forteresse ; le despotat serbe fut de nouveau annexé à l’empire ottoman. Ensuite, Muhammad passa en Anatolie et prit Amasra (Amastris) sur la Mer Noire aux Génois sans bataille.

Le Pape Pie II reçut la nouvelle de la reddition de Smederevo comme un désastre absolu pour l’Occident et, par conséquent, lors des délibérations au Congrès de Mantoue en 1459, le lancement d’une croisade fut officiellement annoncé. À la suite de l’établissement du contrôle du despote Thomas sur la Morée avec le soutien de l’Ouest, Pie considérait la Morée comme une excellente base pour les opérations contre les Ottomans. Le Sultan, cependant, envahit la Morée en 1460 et envahit toute la région, à l’exception de quelques forteresses sur les côtes qui appartenaient à Venise. La prise d’Argos par les Ottomans convainquit finalement les Vénitiens de la nécessité de déclarer la guerre (28 juillet 1463).

Pendant ce temps, de nouveaux développements en Valachie et en Bosnie avaient rendu inévitable le déclenchement d’un conflit ouvert entre les Hongrois et les Ottomans. En 1461, Muhammad chercha à regagner l’allégeance du Voïvode de Valachie, mais Vlad III Tepesh (l’Empaleur) répondit en s’alliant avec le roi de Hongrie à la place, et alla même jusqu’à profiter de l’absence du Sultan pendant la campagne de Trébizonde pour attaquer les avant-postes ottomans à travers le Danube. Par conséquent, en été 1462, Muhammad envahit la Valachie et nomma à la place de Vlad son frère Radu III (le Beau), qui vivait dans le palais ottoman. Le roi de Bosnie, Stephen Mashevich (1461-1463), qui épousa la cause catholique occidentale contre les Ottomans, n’hésita pas à remettre des forteresses aux Hongrois (1462). Mais à cause de la division religieuse interne, sa situation était sans espoir et la Bosnie aussi fut conquise par le Sultan en 1463.

En 1463, cette série ininterrompue d’ouvertures (futuhat) convainquit les deux grands rivaux des Ottomans, la Hongrie et Venise, que le moment était venu pour une action décisive de leur part. Enfin, les efforts du Pape portèrent leurs fruits et Venise et la Hongrie signèrent un pacte offensif et défensif mutuel. Le Pape crut alors que la croisade deviendrait une réalité. Signant un accord avec Venise et la Bourgogne, il fixa à mai 1464 la date du départ d’une croisade. Un plan fut même préparé pour diviser les terres de l’Empire Ottoman entre les états chrétiens en cas de victoire. Il prévoyait que Venise prendrait la Morée, la Béotie, l’Attique et la partie côtière de l’Épire ; Scanderbeg prendrait la Macédoine ; les parties restantes des anciennes terres de l’Empire Byzantin (principalement la Thrace et la Thessalie) seraient divisées entre les dynastes grecs et la Hongrie prendrait toute la Serbie, la Bosnie, la Bulgarie et la Valachie.

 

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