OSMANLI

La conquête d’Ak-Kerman et Kili (Kilia)

 

La Moldavie, en raison de son incapacité à respecter les conditions de sa reconnaissance de la suzeraineté ottomane et de sa négligence à payer le tribut, méritait une forme de punition. Au printemps 889 de l’Hégire (1484), le Sultan partit par voie terrestre avec son armée tandis que la flotte procédait par mer avec des provisions et des forces navales.

 

Lorsque l’armée atteignit le Danube, un pont fut construit par lequel le Sultan et son armée passèrent de l’autre côté. Il marcha sur la forteresse de Kili, que feu le Sultan Muhammad n’avait pu assiéger et commença à bombarder ses murs avec des catapultes et des canons. Ceux du château demandèrent quartier et se soumirent aux Ottomans.

 

Après avoir ainsi facilement maîtrisé Kili, l’armée se dirigea vers Ak-Kerman, port prospère en raison de son rôle de point de passage des marchands de Kefe, de Russie, de la steppe ukrainienne (Dest), de Pologne et de Hongrie. Le fort fut complètement encerclé et ils commencèrent à marteler ses murs avec des coups de canon. L’ennemi rendit volontairement la forteresse après quatre ou cinq jours et fut donc gracié par le Sultan. Le prince de Moldavie s’enfuit en Pologne et son pays fut ainsi laissé vide et sans défense contre les ghazis ottomans qui attaquèrent dans tous les sens, faisant de nombreux prisonniers et un butin abondant.

Des qoudat et des sancak furent assignés et les deux forteresses furent intégrées aux terres de l’Islam.

Hormis Yildirim Bayazid Khan, aucun Sultan Ottoman n’avait remporté une victoire aussi remarquable sur ces terres. On dit que Yildirim nomma pour une courte période un qadi sur le territoire hongrois à Pragova. Après cette impressionnante victoire, la Pologne, la Bohême et la Hongrie craignirent tous l’avancée ottomane et se soucièrent de la sécurité de leur propre pays. Le Sultan ordonna également des raids contre leurs pays. Beaucoup de leurs forts et forteresses furent capturés et un butin important pris. Le Sultan retourna alors à Edirne.

 

La campagne contre les Mamelouks et la campagne moldave de ‘Ali Bacha

 

Au printemps 890 (1485) de l’Hégire, le Sultan envoya Karakoz Bek, qui était le gouverneur-tuteur du prince Shahinshah à Karaman, à la tête d’une armée renforcée par un contingent de l’armée du Sultan pour faire campagne en Arabie. Sur son chemin, Karakoz prit Adana, Tarse, Koulak, Alankoush et d’autres forteresses et réduit à la soumission les tribus turkmènes de Khoush-Timourlou, Kosounlou et Kara-Isalou.

 

Cette même année, le prince moldave lanca une attaque contre Kili. Le Sultan envoya donc ‘Ali Bacha, alors le Beylerbeyi de Roumélie, avec un contingent de l’armée régulière dans la capitale pour le punir. ‘Ali Bacha traversa le Danube avec l’aide de la flotte qui y attendait. Selon les ordres, il fortifia d’abord Kili, puis marcha sur la Moldavie. Le prince de Moldavie ne put résister à son assaut et se retira dans une région montagneuse. Profitant de son absence, ‘Ali Bacha donna aux troupes la permission de piller, et de nombreux prisonniers et beaucoup de butin furent saisis. La capitale du prince et son palais furent également incendiés. Après cette victoire, ‘Ali Bacha revint au côté du Sultan qui le nomma Vizir en retour de ses services.

 

Pour affronter le problème mamelouk, il fallait que le Sultan entreprenne lui-même une campagne contre eux, comme ses ancêtres l’avaient fait avant lui, mais Bayazid pensait qu’il était en dessous de sa dignité de commander personnellement une armée contre ces Sultans circassiens. Contre ces Sultans esclaves, il envoya ses propres esclaves. Indépendamment de son souhait de ne pas y aller, de grandes batailles eurent lieu.

 

Au printemps 893 (1488), il envoya ‘Ali Bacha contre les Mamalik ; Ahmed Bacha Hersek-zade fut envoyé à la tête d’une grande flotte. Dans cette flotte se rassemblèrent des navires à larges côtés tels que le mavuna et le ko’ke avec des galères rapides et d’autres navires plus petits. Les navires étaient chargés de canons, de mortiers, d’autres armes et la logistique de guerre. ‘Ali Bacha ne fut pas intercepté par l’ennemi lorsqu’il entra en territoire mamelouk.

Adana et Tarse furent de nouveau fortifiés et cinq ou six autres forteresses, dont Sis, furent prises. Pendant ce temps, Ahmed Bacha Hersek-zade arriva par la mer et captura la forteresse d’Ayas lors de pillages et de raids dans la région autour de Tarablous.

 

En raison du travail acharné dans la construction de forteresses et du climat insalubre dans la région, les soldats et les animaux furent épuisés. Lorsqu’ils furent consultés, certains des commandants pensèrent qu’il valait mieux faire demi-tour, mais ‘Ali Bacha décida de livrer bataille. Sur le champ de bataille, les Mamalik attaquèrent les deux flancs de l’armée ottomane. En raison de leur épuisement, les soldats ottomans ne purent repousser l’attaque. Les Mamalik  attaquèrent alors le centre des rangs ottomans qui était sous le commandement de ‘Ali Bacha. Cette fois, ‘Ali les repoussa et, se retournant contre la force qui avait attaqué ses deux flancs, les encercla et les passa par l’épée. À la tombée de la nuit, les Ottomans se retirèrent et leur train de ravitaillement fut attaqué par les Varsaks. Il fut donc décidé de retourner en direction de Karaman en raison d’un manque d’approvisionnement suffisant. Les troupes furent renvoyées à leur arrivée à Karaman, et ‘Ali Bacha retourna aux côtés du Sultan. Suite à cette bataille, les Mamalik approchèrent les Ottomans avec des propositions de paix. »

Fin de Tarikh Abou al-Fath

 

Ce n’est pas en vain que nous nous attardons sur la Biographie de Muhammad al-Fatih puisque c’est vraiment un exemple à suivre. Suivent donc plusieurs autres textes.

Il serait intéressant de voir le sujet du côté des occidentaux et la politique réelle derrière les biographies, un éternel conflit entre le Chrétienté et l’Islam. Bien que nous avons rapporté cela de manière détaillée dans notre Introduction à l’Histoire des Ottomans, j’ai choisi un document intéressant du fait qu’il confirme la tentative des Mamalik et des shiites de s’allier une nouvelle fois aux chrétiens pour détruire les Ottomans ainsi que la tentative de la prise de la Mecque et de Médine par les Chrétiens. Il est aussi intéressant du fait qu’il fait la jonction entre les deux Sultans Muhammad al-Fatih et Bayazid II.

Puisque mes ouvrages ne sont pas conventionnels et ne suivent pas les protocoles habituels, je n’ai rapporté aucune des sources mentionnées dans le texte qui suit cependant vous pouvez les trouver dans le texte original[1] et qui n’est pas de source musulmane, comme le titre l’indique.

 

 

 

[1] The impact of the Crusades on Europe (A History of the Crusades, volume, VI). Chap IX: The Ottoman Turks and the Crusades, 1451-1522. M Kenneth Setton. 

 

Views: 0