OSMANLI

La conquête de Keje (Caffa)

 

En l’an 879 de l’Hégire (1474-75), Muhammad al-Fatih résida dans sa capitale durant un certain temps puis envoya des armées dans diverses directions qui capturèrent plus de forteresses pour lui. Une de ces expéditions fut la conquête de Kefe (Caffa). Ahmed Bacha Kadik, commandant une large flotte, fut envoyé contre Kefe qu’il captura en peu de temps et prit un riche butin et de nombreux prisonniers

 

La campagne moldave

 

Bien que le prince de Moldavie était un vassal payant tribut au Sultan ottoman, il envoya un soutien à ses relations de Crimée pendant la campagne ottomane contre Kefe. Punir le prince moldave pour avoir aidé l’ennemi était une tâche facile pour tout Beg ottoman mais Fatih voulut étendre la sphère de jihad. La Moldavie étant limitrophe des terres hongroises, il proposa de les attaquer également si l’occasion se présentait. Avec cette intention en tête, il partit pour la Moldavie avec une grande armée au printemps 881 (1476).

 

Il envoya une flotte sur le Danube au moyen de laquelle il transporta son armée sur la rive opposée. Le prince de Moldavie se retira dans les régions montagneuses escarpées. Un jour, l’armée du Sultan campa tout près de la cachette de l’armée du prince dans les montagnes. Se rendant compte que la voie de l’évasion était bloquée, le prince se fortifia pour affronter les Ottomans. Attelant les chariots ensemble, il les plaça devant l’armée comme barrière, et derrière eux il installa des canonniers, des mousquetaires et des arbalétriers. Il espérait pouvoir tenir jusqu’à la nuit puis s’échapper dans l’obscurité. Le Sultan, pour empêcher la bataille de se prolonger jusqu’au soir, donna l’ordre d’attaque. Le prince s’enfuit et son camp fut pillé par les assaillants ottomans. Le Sultan poursuivit le prince en fuite, pillant et ravageant son pays et sa capitale. Des raids furent menés contre la Hongrie, puis l’armée revint à Edirne chargée de butin.

 

La nouvelle arriva que les Hongrois avaient entrepris de construire trois forts (Hisar) près de Semendere sur les rives du Danube. Bien que l’hiver fût déjà bien avancé, Fatih décida de lancer une campagne pour détruire les trois forts. Au moment où le Sultan atteignit Semendere, le roi hongrois avait déjà construit trois robustes forts en bois, entourés de profondes tranchées remplies d’eau du Danube et était retourné dans son pays. Lorsque le Sultan arriva, une grande bataille eut lieu. L’eau des douves avait gelé à cause du froid extrême, facilitant ainsi la capture des trois forts. Pris par les armes ou autrement, ils furent tous détruits puis Fatih retourna ensuite à Istanbul.

L’année suivante, 882 (1477), Fatih ne partit pas en campagne par considération pour ses soldats et des épreuves auxquelles ils avaient été soumis pendant la précédente campagne d’hiver.

 

La conquête d’Iskandariye (Shkoder)

 

Au printemps 833 (1478), Fatih marcha sur l’Albanie pour la conquête d’Iskandariye qui était entourée de trois côtés par les  puissantes forteresses de Dirigoz (Drivasto), Gol-bashi (Zhabljak) et Less (Alessio).

La forteresse d’Iskandariye surplombait et protégeait un lac dont la récolte de poissons fournissait un revenu annuel de quarante mille ducats d’or. Cette forteresse fut encerclée et soumise au feu de gros canons qui avaient été déployés sur place. Des catapultes et des mortiers se joignirent également au bombardement. Finalement, les soldats donnèrent l’assaut sur la forteresse en escaladant les murs sur des échelles cependant l’assaut échoua. Après cet échec, il fut décidé de prendre d’abord les trois petites forteresses qui l’entouraient. Le Sultan conserva sa position devant Iskandariye mais envoya les Beylerbeyi de Roumélie, Daoud Bacha, contre Gol-bashi et les Beylerbeyi d’Anatolie, Souleyman Bacha, contre Dirigoz. Les deux accomplirent leurs missions en peu de temps puis s’associèrent contre la forteresse de Lesh. Une flotte ennemie s’approcha par la mer et les habitants de Lesh mirent le feu à leurs maisons et s’enfuirent vers les navires pendant la nuit. Avant son départ, le Sultan ordonna que les forces rumilliennes et anatoliennes concentrent leurs efforts contre Iskandariye. Il ordonna la construction de tours à chaque extrémité du pont traversant la Bojana. Les troupes travaillèrent en continu pendant douze jours et achevèrent les deux tours ainsi l’espoir d’un soutien par la mer impossible, l’ennemi rendit la forteresse d’Iskandariye.

 

La conquête d’Akcha-Hisar (Croia)

 

La forteresse d’Akcha-Hisar était encore plus résistante qu’Iskandariye.

Les Albanais s’étaient rebellés contre les Ottomans surtout parce qu’ils avaient confiance en l’invulnérabilité de cette forteresse. Elle avait été assiégée pendant six mois par le Sultan Mourad, qui avait finalement renoncé à la tentative sans lancer un dernier assaut. Le Sultan Muhammad prit tout d’abord le contrôle de toutes les routes maritimes et terrestres par lesquelles les approvisionnements ou les renforts pouvaient atteindre la forteresse et prévoya de l’assiéger et de la prendre.

À son retour d’Iskandariye, il marcha sur Akcha-Hisar. Les défenseurs de la forteresse demandèrent quartier mais lorsqu’il devint clair qu’ils s’étaient rendus à cause du manque de provisions, le Sultan ordonna que les défenseurs de la forteresse soient passé par l’épée.

 

La Mission d’Ahmed Kadik à Pouilles et l’expédition de Massih Bacha à Rhodes

 

Tout ce que le Sultan s’était efforcé de réaliser pendant son règne se réalisa grâce à l’aide de d’Allah Exalté.

En l’an 884 (1479), il resta dans sa capitale et envoya des armées dans diverses régions. Il envoyé Ahmed Bacha Kadik avec une grande flotte à Boulya (Pouilles) où il captura la forteresse et converti les églises en mosquées.

 

En 855 (1480), Massih Bacha attaqua Rhodes avec une grande flotte et assiégea la forteresse. L’île fut subjuguée et pillée après de violents combats puis Massih Bacha retourna dans la capitale.

 

Les plans de Fatih pour la conquête de la Syrie et de l’Égypte

 

Bien que Fatih paraissait inactif, il se préparait en fait à une nouvelle grande entreprise. Au printemps 886 de l’Hégire (1481), il envoya aux provinces des ordres pour que les troupes se préparent pour une campagne lointaine. Il devint vite clair que la campagne devait être du côté anatolien de l’empire, mais personne ne savait si elle était contre l’Iran ou l’Arabie. Fatih traversa le Bosphore jusqu’à la côte anatolienne le 27 Safar 886 (27 avril 1481) et installa son camp. Lorsqu’il quitta son palais et traversa le Bosphore, sa maladie de longue date s’aggrava.

 

La mort du Sultan Muhammad

 

Lorsque le camp impérial fut installé dans un endroit appelé Takfour-Qaym, la maladie du Sultan s’aggrava et le jeudi 4 Rabi’ Awwal 886 (3 mai 1481), il décéda, puisse Allah Exalté lui faire miséricorde. Dès que le Sultan décéda, l’armée permanente et la maisonnée le chassèrent comme d’habitude de leur esprit et commencèrent à penser qui serait le prochain Sultan.

 

La situation pendant l’Interrègne et l’ascension de Bayazid

 

Afin d’éviter tout désordre jusqu’à l’arrivée du Sultan Bayazid de l’Eyalet de Roum, les responsables de l’état décidèrent de donner des pouvoirs temporaires à Korkoud, le fils de Bayazid, alors présent dans la capitale. Les troupes du Sultan furent ostensiblement envoyées pour garder Korkoud, mais en fait il protégeait le trône de son père. Par la suite, la situation se calma.

 

Le règne du Sultan Bayazid

 

Lorsque le Sultan Bayazid atteignit la région de Bolu, quelques Vizirs, Begs et hauts officiers de l’armée permanente allèrent à sa rencontre puis quand il arriva près d’Istanbul, tous les janissaires et la maison du Sultan sortirent et promirent leur allégeance au nouveau Sultan. Le Sultan les déploya à sa droite et à sa gauche et entra dans Istanbul en toute majesté le 22 Rabi’ Awwal 866 (21 mai 1481) pour prendre sa place sur le trône.

Des ambassadeurs vinrent de partout, d’Arabie, d’Iran, d’Europe, de Hongrie et de toutes les nations, pour le féliciter. Parmi eux, seul l’ambassadeur égyptien ne fut pas bien accueilli par le nouveau Sultan.

La raison de la froideur du Sultan était l’ingérence des Égyptiens dans les missions de bonne volonté envoyées par le dirigeant indien au père de Bayazid, le Sultan Muhammad. Les Indous avaient envoyé une mission avec de précieux cadeaux à Fatih. En retour, Fatih avait envoyé le Seyh Efdal ad-Din-oglu Muhammad Chalabi comme ambassadeur en Inde. A son retour de l’Inde, l’ambassadeur indien accompagna Muhammad Chalabi et ensembles, ils se rendirent au port de Jiddah chargés de cadeaux précieux pour le souverain ottoman. À ce moment-là, la nouvelle de la mort de Fatih et de l’accession de Bayazid atteignit l’Arabie et l’Iran.

Le Sultan d’Egypte retint les deux ambassadeurs, confisqua leurs biens et, en somme, ne montra pas le respect qui s’imposait au Sultan Bayazid, chose qu’il n’oubliera pas de sitôt. L’ambassadeur égyptien était venu demander pardon pour la détention de la mission indienne et restituer les biens saisis, mais ses excuses ne furent pas acceptées par le Sultan.

 

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