OSMANLI

La conquête de la Bosnie

 

En l’an 867 de l’Hégire (1463), Muhammad al-Fatih décida de conquérir la Bosnie. La Bosnie était une vaste terre riche en gisements d’or et d’argent. Son roi payait la jizyah au trésor du Sultan. En raison de son mariage avec la fille du despote serbe décédé, le Roi de Bosnie revendiqua des droits sur Semendere. Par ces prétentions, il avait retardé la conquête ottomane de cette région en plus, d’avoir atteint sa royauté actuelle en assassinant son père et en prenant sa place. Muhammad lui proposa tout d’abord d’accepter l’Islam et, après avoir reçu son refus, marcha sur la Bosnie.

 

Bien que la Bosnie fût un pays lointain, les troupes ottomanes participèrent volontiers à cette campagne, attirées par l’espoir d’un riche butin. Lorsque l’armée atteignit la région frontalière, un groupe de raiders (d’akinci) attaqua la forteresse de Bobofca et réussit à la prendre avant que le Sultan n’arrive avec le corps principal de l’armée. Suite à cela, Visoka et plusieurs autres forteresses se rendirent de leur plein gré. Certains des ennemis qui étaient déterminés à maintenir la résistance se réfugièrent dans des tours et des refuges dans les montagnes. Au fur et à mesure que le Sultan avançait le long des sentiers de montagne escarpés, il s’arrêtait de temps en temps et ordonnait à Mahmoud Bacha ou à l’un des autres suppliants de chasser les résistants de leurs cachettes. Certains furent débusqués par la fumée ; d’autres virent leur approvisionnement en eau coupé tandis que d’autres furent subjugués par des incursions soudaines. De nombreux prisonniers furent faits car de grandes foules de gens s’étaient réfugiées dans ces cachettes.

 

Lorsque le Sultan installa son camp à Travnik, il apprit des prisonniers que le roi se trouvait actuellement dans la forteresse de Yayce. Il envoya immédiatement contre lui Mahmoud Bacha avec les forces rumilliennes. Lorsque Mahmoud atteignit la rivière Vrba, il apprit que le roi s’était réfugié dans la forteresse de Sokol. Il se tourna donc vers Sokol et de violents combats éclatèrent entre les camps opposés sur ce terrain escarpé. Le roi, cependant, n’y resta pas non plus et on apprit qu’il se trouvait maintenant dans la région autour de la forteresse de Klouc.

Mahmoud fut informé par le commandant des raiders, le Bek de Tirhala, Tourahan Bek-oglu ‘Omar Bek, que le roi était actuellement à l’intérieur de la forteresse et ignorait leur présence. Mahmoud Bacha ordonna aussitôt ses rangs et marcha contre la forteresse. Les éclaireurs d’avant-garde avancèrent. Puisque l’ennemi avait détruit le pont, ils traversèrent la rivière à la nage. Le roi prit ces éclaireurs pour des akinci. Il déploya ses troupes à cheval et d’infanterie en rangées et plaça au centre les arbalétriers, les mousquetaires et les canonniers. Il plaça ces forces autour des limites de la ville pendant qu’il regardait l’action depuis une tour. Les soldats ottomans attaquèrent cette force et de violents combats débutèrent devant la forteresse. Les tirs de mousquet et les flèches d’arbalètes remplirent l’air.

Avant que Mahmoud Bacha n’atteigne la bataille, les éclaireurs avaient complètement vaincu les forces ennemies. Ceux qui restaient s’étaient réfugiés dans le château. Lorsque Mahmoud Bacha arriva enfin, la forteresse était encerclée de tous côtés. La ville en dehors des fortifications fut incendiée. La forteresse, qui avait maintenant perdu tout espoir de survie, se rendit. Le roi sortit de la forteresse et, pour assurer sa propre sécurité, accepta de céder d’autres forteresses et de céder son trésor. Mahmoud Bacha l’envoya chez le Sultan et se tourna vers Izvecay où résidait le jeune frère du roi. Il encercla le château et les défenseurs, voyant qu’ils n’étaient pas en mesure d’offrir la bataille, soumirent leur reddition et remirent le frère du roi. À ce stade, le Sultan avançait contre Yayce. Quand ceux de la forteresse de Yayce virent que leur roi et son frère avait été capturé, ils se livrèrent volontairement au Sultan. Le Sultan donna quelques-uns des prisonniers de la forteresse de Yayce comme esclaves aux Begs et aux soldats tout en en maintenant d’autres dans la forteresse. Bref, ce vaste territoire avec toutes ses forteresses fut entièrement maîtrisé.

 

Suite à cela, le Sultan envoya Mahmoud Bacha contre Hersek (Stjepan Vukcic d’Herzégovine). Hersek s’enfuit sur le littoral et la plupart des forteresses de son territoire furent capturées. Plus tard, Hersek envoya son fils à la cour du Sultan comme otage et souhaita faire la paix. Son fils  devint un grand compagnon préféré et proche du Sultan. Il (Hersek-zade Ahmed bacha) épousa une des Sultana, devenant ainsi un parent du Sultan, et se vit déléguer le poste d’Anadolu Beylerbeyi et même pour un temps d’amiral. Après un an ou deux, Hersek mourut, et sa terre devint également une partie des dominions ottomans.

 

En plus de ces annexions, les terres appartenant aux principicules du nom de Kovac-oglu et Pavli-oglu, situées entre la Bosnie et les terres de l’Islam, furent jointes au royaume ottoman. Bref, au cours de cette campagne quatre provinces furent annexées et organisé sous l’administration de sancak-beg et qoudat.

Les mines furent placées sous le contrôle des amins et les ri’aya (résidents) furent soumis à la jizyah. Le Sultan retourna alors à Istanbul avec d’innombrables butins et richesses.

 

La nouvelle de la mort de Karaman-oglu Ibrahim Bek

 

Après son retour de cette campagne, le Sultan apprit que Karaman-oglu Ibrahim était mort et qu’avec l’aide d’Ouzoun Hasan son fils aîné, Ishaq, était devenu Beg de Karaman à sa place. Le deuxième fils d’Ibrahim, Pir Ahmed, s’était enfuit et trouvé refuge auprès du Sultan. Pir Ahmed fut envoyé contre son frère à Karaman avec une force sous le commandement du Sancak-beg d’Antalya, Kose Hamza Bek. Ishaq Bek, se rendant compte que la résistance était vaine, installa sa famille dans la forteresse de Silifke et se réfugia chez Ouzoun Hasan. Pir Ahmed devint ainsi Beg de Karaman. En échange de l’aide d’al-Fatih, Pir Ahmed donna plusieurs provinces aux Ottomans.

Après son succès, Hamza Bek revient au côté du Sultan. Cet événement eut lieu en l’an 868 de l’Hégire (1463-64).

 

L’alliance entre les états chrétiens et leur attaque contre les Ottomans

 

La Bosnie est limitrophe de la Hongrie. Grâce à la correspondance entre les dirigeants de divers états chrétiens, une alliance fut formée. En outre, les Vénitiens envoyèrent une flotte avec l’intention de reconstruire les murs de l’Isthme de Corinthe. La population musulmane de Morée se réfugia et s’enferma dans ses forteresses. D’autre part, les Hongrois envoyèrent une force importante en Bosnie pour assiéger la forteresse de Yayce. Enfin, même les Albanais commencèrent à se rebeller sporadiquement.

 

Face à cette situation, le Sultan estima que soumettre les Albanais était une chose facile. Les forteresses de Bosnie étaient fortement fortifiées et difficiles à conquérir pour l’ennemi mais laisser la Morée aux mains de l’ennemi était impensable. Les Musulmans piégés dans leurs forteresses devaient être secourus. Ainsi, tandis que des renforts étaient envoyés aux Begs en Albanie et en Bosnie, Mahmoud Bacha fut envoyé en Morée avec les forces rumilliennes. Le Sultan lui-même suivit ses traces avec les janissaires et l’armée permanente.

 

Après avoir achevé les fortifications de l’Isthme de Corinthe, les Vénitiens procédèrent au siège des forteresses l’une après l’autre, en commençant par Corinthe. Des canons furent placés sur la colline escarpée et commencèrent à bombarder les murs de la forteresse.

Le commandant, Elvan Bek-oglu Sinan Bek, se rendit compte qu’il n’y avait plus aucun espoir de tenir le coup. Résigné à mourir, il résolut de faire une dernière sortie dans l’obscurité de la nuit avec un groupe d’élite de soixante hommes. Ils surprirent l’ennemi dans leur sommeil et le camp ennemi tomba dans la confusion et la panique et s’enfuit dans l’Isthme, laissant derrière lui son artillerie. Lorsqu’ils apprirent que le Sultan s’approchait également avec ses forces, ils se replièrent sur leurs navires. Ces ouvriers et citoyens de la classe inférieure parmi l’ennemi pour qui il n’y avait pas de place sur les bateaux se dispersèrent dans les campagnes. Lorsque Mahmoud Bacha apprit que l’ennemi s’était enfui, il continua sa marche nuit et jour à un rythme soutenu. Au cours de cette marche, il m’envoya comme messager pour annoncer au Sultan la victoire. J’atteignis le camp du Sultan à la périphérie d’Izdin (Zituni) et rencontra Ishaq Bacha, le deuxième Vizir qui me conduisit en présence du Sultan à qui j’ai également relaté les développements. L’armée fut ravie d’apprendre la bonne nouvelle de cette victoire.

 

L’attaque ennemie contre la Bosnie et Midillu (Mytilène) et la deuxième campagne du Sultan en Bosnie

 

Lorsque le roi de Hongrie entra en Bosnie, le commandant de la garnison et Voïvode de Yayce lui cédèrent traitreusement la forteresse sans combat. Le reste de la Bosnie, cependant, resta aux mains de fonctionnaires fidèles du Sultan. Néanmoins, la perte d’une forteresse aussi importante que Yayce rendit impérative une deuxième campagne pour le Sultan. En même temps, les Vénitiens envoyèrent une puissante flotte contre Midillu et assiègent la forteresse. De ce fait, la campagne de Bosnie fut forcément reportée. Mahmoud Bacha fut envoyé à Gelibolu où il prépara une flotte en douze jours et s’avança contre l’ennemi. Quand l’ennemi eut vent de son approche, ils prirent la fuite. Mahmoud, arriva à Midillu et fut déçu de ne pas trouver l’ennemi. Bien qu’il ait voulu les poursuivre, ce plan fut refusé par d’autres commandants qui pensaient que l’on pouvait utiliser à meilleur escient le temps court. La forteresse de Midillu fut réparée et fortifiée en trois ou quatre jours, et les troupes rejoignirent le Sultan à Edirne où elles se reposèrent trois ou quatre jours.

 

Le 12 Rabi’ Awwal 865 (26 décembre 1460), le Sultan marcha sur la Bosnie et encercla Yayce. Les artilleurs mirent immédiatement les batteries de gros canons en place et, après les avoir espacés dans les tranchées, le bombardement des murs commença. Les mineurs et les sapeurs furent emmenés aux endroits appropriés pour placer leurs mines. Malgré la résolution de l’ennemi qui avait confiance en la solidité de ses fortifications, les murs furent presque entièrement détruits par les tirs de canon. Un jour, une attaque soudaine fut ordonnée. Les commandants de l’armée convinrent qu’une semaine supplémentaire était nécessaire pour prendre la forteresse mais le Sultan insista sur l’attaque frontale. La raison de son insistance était le fait que le roi de Hongrie, traversait la rivière Sava avec d’innombrables troupes à cheval et d’infanterie et s’approchait par la forteresse d’Izvornik et Srebrenik avec l’intention d’intercepter le Sultan sur son chemin de retour. Ces développements n’étaient connus que du Sultan et des principaux hommes d’état. Cette attaque soudaine planifiée ne donna aucun résultat, sur quoi le siège fut laissé au sancak-beg, Minnet-oglu Muhammad, tandis que le Sultan marcha sur les Hongrois.

 

Les Hongrois s’étant retirés en direction d’Izvornik, le Sultan envoya un contingent de renfort de cinq cents hommes choisis sous Mihal-oglu Iskandar Bek pour aider à sa défense pendant qu’il se rendait à Sofia, son quartier général pour la saison d’hiver. De là, il envoya Mahmoud Bacha avec les forces rumilliennes contre l’ennemi. L’ennemi avait considérablement réduit les défenses d’Izvornik sous le feu de l’artillerie et  Mahmoud Bacha était encore à trois jours de route de là. L’ennemi contrôlait également les cols étroits des montagnes avec des canons qu’ils avaient placés dans les passes de montagnes. Les Eflak s’étaient joints à l’ennemi et avaient bloqué tous les passages dans la région. Mahmoud Bacha convoqua un martolos expérimenté à ses côtés et, avec la promesse de lui accorder un timar, et lui ordonna de voler rapidement par tous les moyens possibles lui et un groupe d’hommes à travers les bois jusqu’au au sommet de la montagne pour avertir les défenseurs de la forteresse que le Sultan approchait à trois jours de distance et qu’ils devaient tenir jusqu’à son arrivée. Quand l’ennemi entendit la nouvelle il paniqua. Le lendemain, le roi fit un dernier grand assaut sur la forteresse mais échoua. Laissant derrière lui les canons, les wagons, les trains de ravitaillement et la plupart des blessés, il s’enfuit. Les défenseurs de la forteresse les poursuivirent de près et envoyèrent un message à Mahmoud Bacha qui parcourut les trois jours de marche en une seule nuit de marche. Un contingent ottoman de mille hommes traversa la rivière sur de petits bateaux et des radeaux et attaqua l’ennemi tandis que Mahmoud passait par bateau de l’autre côté où se trouvait la forteresse et rejoignit l’attaque. La plupart des ennemis en fuite se noyèrent dans la confusion en traversant la Sava, et leurs wagons s’enlisèrent dans la boue. Une grande partie de leurs armes et wagons tomba entre les mains des Ottomans qui les stockèrent dans la forteresse. Mahmoud Bacha retourna ensuite avec ses troupes au quartier général du Sultan.

 

Les provisions de la forteresse n’étant pas encore arrivées, je fus laissé à Izvornik avec Mihal-oglu Iskandar Bek et reçut l’ordre de recevoir les provisions à leur arrivée, de faire leur inventaire et de les remettre au commandant de la garnison. Une fois cette tâche accomplie, nous suivîmes également Mahmoud Bacha. L’hiver était déjà bien avancé lorsque Mahmoud rejoignit le Sultan à Sofia. Le Sultan ordonna que les prisonniers soient amenés en sa présence et les fit exécuter. Il montra une grande faveur à Mahmoud Bacha du fait de ses réalisations militaires lors de cette campagne, et cet hiver-là, ils résidèrent à Edirne.

 

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