OSMANLI

La conquête de Semendere (Smederevo)

 

Au printemps 864 (1460), Fatih avec son armée établit un camp à Sofia. Par crainte de l’assaut du Sultan, les habitants de Semendere lui remirent volontairement les clés de la forteresse. Par la suite, une garnison de ‘azeb et de janissaires fut affectée à la garde sous les ordres d’un commandant et la forteresse fut affectée à un sancak-beg.

Le Sultan renvoya alors les troupes et retourna à Istanbul. La saison de la campagne n’étant pas encore terminée, le moment était venu pour une autre conquête.

Il y avait une petite forteresse appelée Amasra surplombant les abords de la Mer Noire qui était contrôlée par un certain seigneur qui payait un tribut au Sultan ottoman, mais les habitants du pays environnant se plaignirent du harcèlement constant des corsaires à cause de leurs liens avec la forteresse. Tout en faisant semblant d’être en tournée en Anatolie avec l’armée permanente, le Sultan se tourna soudainement vers cette forteresse.

Après qu’il s’approcha en passant par Khidr Bek-Ili et en traversant les montagnes près de Mengen, les habitants de la forteresse lui cédèrent la possession de la forteresse et de la campagne environnante. Une force de garnison et un commandant furent nommés ainsi qu’un qadi et la région fut annexée au Sancak de Bolu.

 

La conquête de la province d’Isfendiyar et la soumission d’Isma’il Bek

 

Après la double victoire en Serbie et à Amasra en 864, les préparatifs pour la préparation de la flotte furent ordonnés et une campagne annoncée.

Au printemps 865 (1461), des navires furent envoyés en Mer Noire pour la conquête de Trabzon. Un ordre fut adressé à Isfendiyar-oglu Isma’il Bek lui demandant de permettre à la flotte d’entrer dans le port à son arrivée à Sinope et aux troupes d’acheter tout ce dont elles avaient besoin en guise de provisions. Le Sultan lui-même arriva à Ankara. Avec lui, servant dans l’armée ottomane, se trouvaient Karaman-oglu Qasim et Isfendiyar-oglu Hasan Chalabi. Hasan Chalabi était retenu captif et livré aux cavouses. Il fut décidé de marcher contre Isfendiyar. Isma’il Bek entendit parler de ces développements et s’enfuit pour se réfugier dans la forteresse de Sinope. Al-Fatih entra à Kastamonu et envoya une force sélective sous le commandement de Mahmoud Bacha contre Isma’il Bek à Sinope. Lorsque Mahmoud entra sur le territoire d’Isfendiyar, les soldats et la population de cette terre vinrent lui prêter serment d’allégeance. Les noms de ceux qui appartenaient à la classe des ‘askeri furent inscrits dans un registre et reçurent l’ordre d’unir leurs forces dans l’assaut contre Sinope. Les troupes étaient maintenant prêtes à avancer sur la ville depuis la terre et la mer. A cette époque, j’étais secrétaire au diwan. Mahmoud Bacha ordonna que j’écrive une lettre à Isma’il Bek. Dans cette lettre, je lui ai adressé ce qui suit:

« Tu es maintenant encerclé terre et mer. Il n’y a aucune chance de s’échapper. Tu dois penser à ton honneur et à celui de ta famille. Ton peuple n’est pas encore la proie de l’armée. Ait pitié d’eux et abandonne tes forteresses et terres. En échange, le Sultan te donnera d’autres terres à administrer, et tu vivras une vie d’aisance sous sa protection. Dans le cas où tu ne te soumettrais pas, rappelle-toi qu’il n’y a rien qui puisse arrêté nos soldats. Considère cet avertissement comme un signe de notre amitié. »

 

Quand Isma’il reçut cette lettre, il sortit de la forteresse. Il rencontra Mahmoud Bacha et se mis d’accord, prêtant serment d’allégeance aux Ottomans. Muhammad al-Fatih arriva et Isma’il Bek fut emmené en sa présence avec honneur et respect. Le Sultan s’avança à quelques pas de la tente impériale pour le saluer, le serra dans ses bras et l’embrassa. Il se vit attribuer un timar composé de la ville de Yenishehir avec ses dépendances et fut immédiatement envoyé là-bas pour y résider. La province d’Isfendiyar ainsi que ses mines de cuivre furent entièrement soumises et un sancak-beg, des qoudat et des commandants de garnison y furent nommés. Le Sultan tourna ensuite ses énergies contre Ouzoun Hasan.

 

La conquête de Koyulhisar et les menaces contre Ouzoun Hasan

 

Le Sultan installa son camp à Koyulhisar, aux limites des territoires ottomans et en trois jours, la forteresse avait été prise.

De ce point, le Sultan déplaça le camp jusqu’au pâturage d’été à Yassi-Chimen au-delà de la plaine d’Erzincan. Ouzoun Hasan envoya sa mère avec certaines personnes de confiance au camp du Sultan pour plaider en faveur de l’intercession de Mahmoud Bacha auprès du Sultan. Muhammad al-Fatih lui accorda le pardon cependant, comme Ouzoun Hasan n’était pas venu en personne demander pardon, il demanda à sa mère et aux autres envoyés de l’accompagner pendant la campagne.

 

Le Sultan marcha sur Trabzon par la route de Baybourd pour empêcher l’Empereur de s’échapper. Il envoya Mahmoud Bacha en avant sur le flanc gauche avec une partie de l’armée, tandis qu’il s’approcha lui-même par la droite avec l’armée permanente et les troupes anatoliennes. Après avoir franchi les sommets escarpés des montagnes, il rejoignit les forces de Mahmoud Bacha. La flotte était déjà arrivée et encerclait la forteresse par la mer. Puisque le Takfour (empereur, prince) avait jugé l’approche de l’armée peu probable en raison de la rugosité du terrain, il avait déjà engagé les forces navales lorsque le Sultan arriva et encercla la forteresse par voie terrestre. Les canons furent mis en place et le Takfour, voyant qu’il n’avait aucun espoir de s’échapper, offrit sa reddition sans qu’un coup de feu ne soit tiré. Il fut amené en présence du Sultan et revêtu d’une robe d’honneur. Après avoir reçu un salaire pour son entretien, il fut envoyé à Istanbul avec sa famille et ses biens. La forteresse et toutes ses terres passèrent complètement sous le ferme contrôle ottoman tandis que des sancak-beg, des qoudat et des commandants de garnison y furent désignés. Les jeunes filles et garçons de la population chrétienne de Trabzon furent emmenés au service du Sultan, mais les autres furent laissés libres et en pleine possession de leurs biens. Les lourds bagages et les prisonniers furent chargés à bord de navire et envoyés à Istanbul, tandis que le Sultan rentra dans la capitale par la difficile route côtière. Chaque fois qu’en cours de route il avait besoin de provisions ou de fourrage, pour les animaux, les navires l’assistaient. Après de grandes pertes parmi les animaux de transport, ils arrivèrent finalement à Tokat d’où le Sultan rentra sans encombre à Istanbul. Cette année, les Ottomans eurent la chance de remporter trois conquêtes.

 

Les campagnes contre le Beg de Valachie, Kaziklu Voyvoda et Midillu

 

Comme de coutume, le Bek of Valachia payait tribut chaque année au Sultan. Il venait personnellement en présence du Sultan, chargé de cadeaux, pour délivrer le tribut. Le Sultan de son côté le revêtait d’une robe d’honneur, d’un chapeau de feutre rouge et d’un ilskuf doré (une autre sorte de chapeau de cérémonie) et le renvoyait dans son pays. Ce Kaziklu Voyvoda[1], cependant, était un homme très tyrannique. Si un individu d’un certain village commettait un crime, il punissait tout le village, hommes, femmes et enfants en les empalant sur des pieux. Dans sa capitale, Agach-Hisar, il avait un immense jardin s’étendant sur six milles de long et entouré de clôtures des deux côtés. Entre les clôtures étaient exposés les corps de tous les Hongrois, Valaques et Moldaves qu’il avait empalés. Mais sa cruauté ne s’arrêtait pas ici et le nombre de ceux qu’il avait pendus aux arbres à l’extérieur de la forteresse est indéterminé. Il interdit à quiconque de retirer les cadavres pour les enterrer affirmant que quiconque retirait un corps de la potence d’un arbre devait lui-même prendre la place de cet homme. C’est grâce à l’aide du Sultan qu’il put surpasser en nombre les Hongrois et les soumettre à tant de défaites, gagnant ainsi la prééminence parmi les autres beg et devint vaniteux et arrogant. Malgré tout cela, il montra l’audace d’attaquer les terres de l’Islam alors que le Sultan était en campagne contre Trabzon.

 

Après son retour de cette campagne, le Sultan décida de tester le degré de loyauté du Beg de Valachie en lui ordonnant de venir à Istanbul pour présenter son tribut annuel. Kaziklu Voyvoda, craignant la colère du Sultan, présenta diverses prétextes et excuses et refusa de comparaitre. Kaziklu Voyvoda affirma que le devoir de protection contre les Hongrois lui avait été confié et qu’il avait dépensé tout son argent dans les récents combats avec l’ennemi.

Par conséquent, a-t-il soutenu, il n’était ni en mesure de quitter le pays ni de payer de tribut cette année-là. Confirmant le cas, le Sultan entreprit une campagne contre lui et au printemps de l’année 866 (1462), il traversa le Danube avec une armée de 300000 et entreprit de frapper la Valachie. Chaque fois que le Sultan était présent au combat, l’issue était favorable.

 

Un jour, Mahmoud Bacha choisit soigneusement un lieu de halte où le Sultan devait camper. Lorsque le Sultan arriva à cette station, il fut informé qu’il n’y avait pas d’approvisionnement en eau disponible. Il devint très en colère car il était donc devenu nécessaire de marcher une étape supplémentaire.

 

Il se trouve que Kaziklu Voyvoda avait laissé une force sélective de sept mille hommes de garde dans cette région contre son ennemi, le prince de Moldavie, et que simultanément ‘Ali Bek-oglu Evrenouz Bek avait été envoyé dans cette direction pour un raid. Afin de frapper Evrenouz sur ses arrières lors de son retour, l’ennemi attendait à proximité en embuscade. En raison de la forêt profonde, ils ne remarquèrent pas que les forces du Sultan s’étaient également approchées et prirent ces troupes pour les akinci d’Evrenouz Bek. Le Sultan ordonna à Mahmoud Bacha de se déplacer contre l’ennemi. Mahmoud déploya l’armée dans un flanc droit avec Tourahan Bek-oglu ‘Omar Bek, ‘Ali Bek-oglu Ahmed Bek, Mihal-oglu ‘Ali Bek, Malkoch-oglu Bali Bek, et d’autres Beg (ou Bek) distingué, et un flanc gauche avec le Bek d’Albanie, Nasouh Bek, le Bek de Yanya, Develu-oglu Oumur Bek, Mihal-oglu Iskandar Bek et d’autres.

Lorsque l’ennemi sortit des bois et vit cette armée, ils réalisèrent leur erreur et commencèrent à fuir. Les forces ottomanes les poursuivirent, passèrent une partie d’entre eux par l’épée et capturèrent un très grand nombre. L’un des régiments ennemis en fuite rencontra Evrenouz Bek qui n’était pas au courant de la situation. Voyant que l’ennemi était ainsi mis en déroute, les ghazis ottomans se jetèrent dans la mêlée et, de la force valaque originelle de sept mille hommes, pas plus de sept cents s’échappèrent. Même après avoir chargé les chameaux et les mules avec des têtes ennemies coupées, il en restait assez pour que chaque ghazi parade avec une tête sur la pointe de sa lance. Plus de mille furent faits prisonniers, enchaînés et emmenés en présence du Sultan. Les janissaires et les membres de l’armée permanente tirèrent soudainement tiré leurs épées et en un instant abattirent les captifs. Pour résumer, l’armée ottomane se battit pendant une trentaine de jours en Valachie. Le camp ottoman regorgeait de butin et de captifs.

 

Une nuit, Kaziklu Voyvoda lanca une attaque surprise contre le camp du Sultan. Au début, il attaqua les troupes anatoliennes mais ne put pénétrer dans leurs rangs. Il tomba ensuite sur les tentes de l’armée permanente du Sultan et de certains des janissaires, mais ne fit pas beaucoup de dégâts. Ensuite, au milieu de la nuit, il s’enfuit, avec de nombreux blessés vers Ordu-Bazar. Cependant, en chemin, il tomba dans le camp des troupes rumilliennes. Dans chaque tente, des bougies brûlaient et Kaziklu Voyvoda fut complètement pris par surprise. Trois mille sept cents de ses hommes furent capturés et emmenés au Sultan qui ordonna l’exécution par éviscération. Le reste de l’armée valaque fuit avec Kaziklu Voyvoda en Hongrie où il fut fait prisonnier et rencontra sa fin. Le Sultan remplaça ensuite Kaziklu Voyvoda dans le rôle du Bek de Valachie par son frère, Radul, en l’investissant avec un étendard avec une tête d’or, une épée et une ceinture. Le Sultan congédia alors les troupes et retourna à Edirne.

 

C’était l’une des bonnes coutumes du Sultan que, si dans une année une campagne était facilement gagnée, grâce à Allah Exalté, il s’efforcerait d’obtenir une deuxième victoire. Il prépara donc la flotte et l’envoya contre Midillu (Mytilène) tandis qu’il se rendait par voie terrestre à Ayazmend. Le Sultan embarqua à bord d’un des navires et alla sur l’île. Il installa la tente impériale sur une colline surplombant la forteresse et commença le transport des troupes du continent à l’île par bateau. Des canons furent amenés des navires et immédiatement placés dans les tranchées pour commencer à bombarder les murs.

En quelques jours, des brèches s’ouvrirent dans les tours et dans les murs. Des passages souterrains de tranchées menant aux murs furent également construits et le Sultan retourna à Ayazmend, laissant la prise de la forteresse à l’armée permanente. La forteresse fut prise en quinze jours. Le prince (Takfour), sa suite et sa famille furent capturés et amenés en présence du Sultan. Les citadins et les paysans qui s’étaient réfugiés dans la forteresse pendant le siège furent pris prisonniers. Le Sultan revint sur l’île et les prisonniers furent divisés en trois groupes. Un groupe de plus d’un millier de combattants croisés furent exécutés tandis que certains des citadins et des paysans furent choisis pour être présentés comme esclaves aux hommes d’état, aux officiers et à certains soldats. Le reste des citadins et des paysans furent laissés en paix à leur place et soumis à la jizyah et à l’impôt de l’état. L’île entière fut soumise. Lorsque Midillu devint une partie du royaume ottoman, un sancak-beg, des qoudat, des commandants de garnison, des subashis et des sipahis furent nommés tandis que les églises furent converties en mosquées.

 

 

 

 

[1] Kazikli Voyvoda (prince empaleur en turc) n’était autre que Vlad IV, le prince de Valachie. C’était un dirigeant très cruel qui tyrannisait surtout les Turcs. Fils du prince Dracula. Il se battit contre les Ottomans durant le Sultanat de Muhammad al-Fatih. Il tua des captifs turcs en les torturant et en les empalant. Avec sa cruauté, il laissa un signe sanglant dans les Balkans. Il empala Vidin Bey et Hamza Bacha. Il tortura des gens de manière incroyable. Il écorcha, par exemple, la peau des captifs et saupoudra de sel leur corps, puis fit lécher le sel aux chèvres. Il cloua les turbans des ambassadeurs turcs sur leur tête. Il coupa les tétons des femmes et mis la tête de leurs bébés dans leur sein. Toutes ces méthodes de torture incroyables furent des inventions de Vlad. C’était un dirigeant sauvage. Le Sultan Muhammad al-Fatih tenta de le capturer mais il s’échappa avant d’être finalement tué en 1462 par l’un de ses propres soldats.

 

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