OSMANLI

Tandis que l’armée permanente du Sultan, remportait cette victoire, les troupes anatoliennes, rumilliennes et de la marine continuaient à se battre sans se rendre compte des nouveaux développements. L’Empereur Byzantin et sa suite furent réduits à la panique lorsqu’ils virent les janissaires si près derrière eux, et se mirent à fuir eux aussi. Certains d’entre eux s’enfermèrent dans une tour tandis que d’autres périrent en chargeant désespérément leurs chevaux contre les troupes ottomanes. D’autres encore furent faits prisonniers.

 

À ce moment-là, l’Empereur fuyait furtivement vers la Corne d’Or avec l’intention de s’échapper dans l’un des navires. Il fut rencontré en chemin par un groupe de ‘Azeb. Ce groupe de ‘Azeb était entré dans la ville avec un groupe de janissaires, et plus tard, se séparant d’eux, s’était égaré dans une petite rue où ils rencontrèrent l’Empereur avec sa suite. Une bataille désespérée s’ensuivie. Le cheval de l’Empereur glissa alors qu’il attaquait un ‘Azeb blessé, sur quoi le Azeb se ressaisit et coupa la tête de l’Empereur. Quand le reste des troupes ennemies virent cela, ils perdirent espoir et les ‘Azeb réussirent à tuer ou capturer la plupart d’entre eux. Une grande quantité d’argent et de pierres précieuses en possession de la suite personnelle de l’empereur fut également saisie.

 

Après avoir complètement vaincu l’ennemi, les soldats commencèrent à piller la ville. Ils asservirent les garçons et les filles et prirent des vases en argent et en or, des pierres précieuses et toutes sortes de biens et de tissus de valeur du palais impérial et des maisons des riches. De cette manière, de nombreuses personnes furent délivrées de la pauvreté et enrichies.

Puis les portes de la forteresse furent ouvertes et le Sultan Muhammad visita la ville avec un groupe de commandants et de dignitaires religieux dans sa suite. Il visita les grands bâtiments et les bazars et exprima particulièrement son désir de voir Hagia Sofia. Au fil des ans, cette église s’était détériorée de sorte qu’à cette époque, seul son dôme était resté debout.

 

Lorsque le Sultan revint à son quartier général après cette tournée, un conseil eut lieu. Là, les Byzantins éminents furent amenés en sa présence. Il ordonna l’exécution de certains d’entre eux tandis que d’autres furent épargnés à des fins pratiques. Il nomma Souleyman Karishtiran Bek gouverneur d’Istanbul et lui confia le travail de reconstruction de la ville.

 

La capture d’Enoz (Ainos) et Tasoz (Thasos), et la Campagne Serbe

 

Au milieu de l’hiver, Muhammad ordonna à la force du palais et aux troupes régulières de sa Porte avec les janissaires de se rendre à Edirne. Parce qu’il n’était pas habituel d’être appelé pour le devoir durant cette saison, ils furent mécontents de l’ordre et souffrirent de nombreuses difficultés en cours de route à cause du froid. La raison pour laquelle il les appela pour une campagne à cette époque était sa décision de conquérir Enoz et Tagoz. En tant que vassal ottoman, leur seigneur était autorisé à obtenir des parts des revenus des mines de sel et d’autres sources qui étaient dues au trésor central ottoman. Il feignit de soutenir les Ottomans mais se comporta comme s’ils étaient ses ennemis. Il hébergeait des esclaves en fuite, refusant de les rendre et, lorsqu’un village ottoman fut soumis à l’une des fréquentes attaques de la mer, il se dégageait de toute responsabilité en disant : « Ces assaillants sont des navires corsaires. Nous n’avons aucune autorité sur eux. » Le château d’Enoz fut encerclé de terre par l’armée du Sultan et par mer par les navires en provenance de Gelibolu et se rendit sans un coup de feu.

Le Prince s’approcha du Sultan et lui remit les clés de la forteresse. Les églises furent converties en mosquées et un Qadi (militaire) et un gardien de la forteresse furent nommés. Cette victoire eut lieu en 858 (1454), et après son achèvement, le Sultan retourna à Edirne. Là, il exécuta certains de ses ennemis qui étaient en état d’arrestation.

 

Le vieux despote serbe mourut cet hiver-là et, n’ayant laissé aucun héritier, le Sultan décida de mener une campagne contre le pays qui commença au début de l’année (printemps) 858 de l’Hégire (1454).

La Serbie est une terre riche en gisements d’or et d’argent. Le Sultan conquit les forteresses de Novaberda, Trepqa et d’autres avec leurs mines. Certains d’entre eux se rendirent de leur plein gré tandis que d’autres furent prise de force. Dès lors, la production des mines appartint au trésor ottoman.

 

La Campagne de Belgrade

 

Alors que le Sultan était occupé par la conquête de la Serbie, il apprit que les Hongrois avaient également l’intention d’attaquer cette région. De retour à Edirne, il ordonna que des préparatifs soient faits pour rencontrer les Hongrois. Cette année-là, il accorda cependant une période de repos aux troupes, bien que lui-même ait hâte d’entamer la campagne. Son objectif était la prise de Belgrade, clé de la conquête de la Hongrie. Il ordonna la préparation de gros canons, de catapultes et d’une flotte danubienne et partit au printemps de l’année 860 (1456). Dans cette campagne, les yaya furent employés pour transporter l’artillerie lourde d’Uskup (Skoplje).

 

Le Sultan installa le quartier général du camp près de Belgrade et attendit l’arrivée des forces navales. Les canons, les catapultes, les sapeurs et les mineurs chargés de détruire les défenses ennemies entamèrent leurs travaux contre les murs. La bataille se poursuivit tous les jours du matin au soir. Puis Yanko et son armée arrivèrent et s’établirent sur la rive opposée du Danube face à la forteresse.

Karajah Dayi Bek proposa qu’il soit autorisé à traverser la rivière et tente de disperser les forces, mais le plan fut rejeté par une partie des commandants et des Vizirs. Yanko avait également préparé une flotte sur le Danube supérieur qui s’approchait rapidement avec le courant rapide.

Les navires du Sultan purent capturer les quatre ou cinq premiers navires ennemis, mais suivait une force ennemie écrasante. Les navires ottomans furent contraints de s’éloigner des murs de la forteresse. Prenant ainsi le contrôle naval, les troupes de renforts de Yanko purent entrer dans la forteresse en toute sécurité. Quand le Sultan vit cela, il ordonna une attaque immédiate sur la forteresse avant que toutes les troupes ennemies ne s’y soient installées. Le lendemain matin, il mena un assaut sur la forteresse après que son approche eut été dégagée par des tirs de canon. Ses troupes repoussèrent les défenseurs et pénétrèrent dans la forteresse mais pendant que les troupes étaient occupées par le butin, l’ennemi, qui attendait en embuscade, attaqua. Les troupes ottomanes ne purent résister à l’attaque et furent contraintes de battre en retraite par la brèche des remparts par laquelle elles étaient entrées. Beaucoup furent tués au cours de cette retraite.

 

En un jour et une nuit, Yanko réussit à faire entrer dans la forteresse toutes ses troupes qui avaient campé sur la rive opposée du Danube et stationna un grand contingent en face de chaque ouverture dans les murs. Toutes les tentatives ottomanes de regagner la forteresse furent repoussées par ces contingents. Sur ce, il fut ordonné que les troupes ottomanes se retirent comme si elles étaient vaincues, dans l’espoir d’attirer l’ennemi hors de la forteresse à sa poursuite. Les troupes de Yanko se précipitèrent hors de la forteresse et tombèrent sur l’armée ottomane en retraite. Ils avancèrent jusqu’au point où se trouvait le Sultan. Les Vizirs et les commandants demandèrent au Sultan de reculer un peu plus, mais le Sultan n’écouta pas. « Tourner le visage à l’ennemi est le signe de la défaite. Allah m’a accordé une grande grâce. » Sur ces mots, il marcha contre l’avancée du contingent de l’armée et abattit trois soldats ennemis. Voyant cela, les troupes ottomanes reprirent courage et passant à l’attaque, ils repoussèrent l’avance ennemie sur la plaine. Pas un sur cent des soldats ennemis ne réussit à regagner la forteresse et la victoire fut célébrée avec enthousiasme dans le camp ottoman.

 

Ils auraient pu facilement reprendre la forteresse avec une petite charge, mais le soleil s’était couché et les troupes étaient fatiguées et beaucoup d’entre elles étaient blessées. Le Sultan retarda la prise de la forteresse et donna l’ordre de retour. La nouvelle parvint au camp que Yanko était mort des suite d’une flèche qui l’avait blessé quelques jours après son arrivée dans son pays. À ce stade, le Sultan retourna à Edirne.

 

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