OSMANLI

Tarikh Abou al-Fath

 

L’histoire de la vie et des réalisations de Muhammad II, Conquérant d’Istanbul

Toursoun Bek.

 

L’histoire de Muhammad-al-Fatih

Le retour du Sultan sur le trône

 

Le père de Muhammad, Mourad, abdiqua volontairement le trône en faveur de son fils. Cependant, le remplacement de Mourad sur le trône s’effectua trop rapidement et Khalil Bacha, qui acquit le Vizirat par droit d’héritage et par sa propre compétence, était d’avis que, bien que le Sultan était jeune, il serait bientôt emporté par la volonté d’agir indépendamment. De plus, il pensait que deux dirigeants actifs dans un même état seraient inévitablement une source de problèmes. Les proches associés de Mourad s’efforcèrent tous de le réintégrer en tant que Sultan cependant, Mourad laissa toutes ces questions à la discrétion de Khalil Bacha. A ce stade, les Hongrois s’étaient avancés jusqu’à Varna. Khalil Bacha, avec l’approbation des commandants de l’armée, annonça à Muhammad qu’il était nécessaire de rappeler son père Mourad pour commander les troupes, avec la promesse que le Sultanat serait à nouveau le sien. Muhammad abdiqua le trône et avec son tuteur (atabek) Zaganoz Bek, il partit pour Manisa.

Au mois de Mouharram 855 (février 1451), le Sultan Mourad mourut.

 

L’intronisation de Muhammad al-Fatih et la campagne contre Karaman

 

Muhammad fut intronisé le jeudi 16 Mouharram 855 (18 février 1451).

Au printemps de cette année-là, Karaja Dayi Bek, le gouverneur général de Roumélie, fut laissé avec les troupes rumilliennes de garde à Sofia contre l’éventualité d’une attaque de la Hongrie, tandis que le Sultan lui-même partit avec l’armée permanente et les troupes d’Anatolie contre Ibrahim Karamanoglu. La raison apparente de la campagne était le non-respect par Ibrahim des règles en tant que vassal au moment de l’intronisation de Muhammad. Quand Muhammad campa avec son armée à Akshehir, Ibrahim s’enfuit à Tash-Ili et envoya Mawlana Wali pour négocier des conditions de paix. Il accepta d’abandonner Akshehir, Begshehri et Seydishehri, y compris les territoires qui les entouraient. De plus, il accepta d’envoyer chaque année un certain nombre de soldats pour servir dans l’armée ottomane.

A son retour de cette campagne, les janissaires manifestèrent. Debout avec leurs bras en deux rangées de chaque côté de la route, ils lui crièrent les mots suivants : « C’était la première campagne de notre Sultan, et il devrait nous récompenser avec la prime d’usage. » Cette manifestation déplacée des soldats courrouça Muhammad.

Lorsque le diwan se réunit, il convoqua les officiers qui après avoir été sévèrement battus, furent déchus de leur position. Suite à cette punition, les janissaires vinrent à craindre la colère de Muhammad et plus jamais pendant son Sultanat ils n’osèrent se rebeller contre lui. Suite à cet incident, Muhammad retourna à Edirne.

 

La construction de la forteresse de Bogaz-Kesen

 

Muhammad avait l’idée de conquérir Istanbul et insistait constamment sur la nécessité de prendre la ville sans tarder.

Des hommes d’état supérieurs mentionnèrent la force des fortifications et des mauvaises conséquences qui résulteraient d’un siège prolongé de la ville, mais Muhammad ne voulut pas écouter et commença immédiatement les préparatifs du siège. Dans cette intention, il ordonna la construction d’une forteresse sur le Bosphore.

 

Il était intolérable qu’Istanbul, entourée par les terres de l’Islam, puisse survivre sous un dirigeant chrétien, le soi-disant Qaysar-i Roum, d’autant plus qu’il offrait une protection à l’intérieur des murs de la ville aux prétendants au trône ottoman et essayait constamment de de susciter des conflits dans les territoires ottomans.

Au début de l’année 856 (1452), le Sultan Muhammad arriva à l’endroit où la forteresse devait être construite.

Un petit château avec vingt portails ouvrant sur la mer fut construit au-dessous Roumélie Hissari près du rivage et un canon fut placé à chaque ouverture. A travers l’eau au-dessous de la forteresse de Yenicekale, un petit château similaire fut construit et équipés aussi de canons. De cette manière, les détroits furent effectivement bloqués de sorte que le passage non autorisé entre la Méditerranée et la Mer Noire était désormais impossible.

Le Sultan abandonna toute pensée de détente et, grâce à ses efforts, les travaux de Roumélie Hissari furent achevés en peu de temps.

 

La conquête d’Istanbul

 

Une fois la construction de Roumélie Hissari achevée, le Sultan partit pour sa capitale, Edirne. Avant le départ de l’armée pour Edirne, une bagarre eut lieu entre quelques bergers et un groupe de soldats ottomans. Les gens à l’intérieur de la ville, prenant la bagarre pour le début des hostilités, fermèrent les portes de la ville et se préparèrent au combat. Certains des commandants du Sultan qui se trouvaient en congé dans la ville à ce moment-là restèrent à l’intérieur des murs. Le prince les traita bien et les renvoya avec un envoyé pour s’excuser auprès du Sultan, mais Muhammad se montra peu réceptif et exprima son hostilité en exprimant le défi : « Soumet la ville ou prépare toi à combattre. » Puis il retourna ensuite é à Edirne.

 

Au début de l’année 857 (1453), il quitta Edirne avec l’intention de capturer Istanbul. Il ordonna que les gros canons soient traînés par les yaya. Les maîtres nakkab, foreurs de pierre des mines de Roumélie, rejoignirent l’armée pendant que les forces navales attendaient à Gelibolu. Le Sultan procéda par terre et la marine par mer. Selon la coutume, le jour où ce camp devait être établi près d’Istanbul, l’armée fut ordonnée par régiment en rangées. Il plaça au centre de l’armée autour de sa propre personne les archers janissaire à coiffe blanche, les arbalétriers turcs et européens, et les mousquetaires et canonniers. Les ‘Azeb à coiffe rouge furent placés à sa droite et à sa gauche, joints à l’arrière par la cavalerie. Ainsi organisée, l’armée marcha en formation sur Istanbul.

 

De l’autre côté, l’Empereur Byzantin avait reçu des renforts de dirigeants chrétiens d’Europe. Il envoya ces chevaliers montés en armure devant les portes pour rencontrer l’armée du Sultan qui s’approchait. Les forces musulmanes les repoussèrent à l’intérieur des murailles et finalement le Sultan arriva sur les lieux à l’extérieur des murs. Selon la pratique ottomane, le Sultan dressa sa grande tente au milieu des rangs. Les janissaires montèrent leurs tentes en forme de cercle entourant le Sultan. Le Beylerbeyi (gouverneur général) d’Anatolie, Ishaq Bek, l’un des précédents Vizirs du Sultan Mourad, se plaça dans l’aile droite avec les forces anatoliennes, tandis que le Beylerbeyi de Roumélie, Karaja Dayi Bek, l’oncle du Prince ‘Ala’ ad-Din, était à gauche. Des tranchées furent creusées pour mettre en place le canon, et des catapultes furent installées à plusieurs endroits. Ils érigèrent des barricades et des bunkers voûtés et montrèrent aux mineurs leur place. Les hostilités éclatèrent immédiatement devant les portes.

 

Cependant, le fait que la Corne d’Or était fermée présenta une difficulté. Le Sultan Muhammad ordonna que certains des plus petits navires et galères soient traînés sur la colline derrière Galata dans la Corne d’Or. Ainsi obligées de garder également le secteur des murs de la Corne d’Or, les forces ennemies seraient nécessairement dispersées. Ainsi, comme ordonné, les navires et les galères furent ornés de bannières de toutes les couleurs et traînés par voie terrestre jusqu’à la Corne d’Or. En amarrant les bateaux ensemble, un pont sécurisé fut formé sur lequel les soldats pouvaient traverser et la forteresse fut encerclée sur trois fronts.

 

Pendant ce temps, les canons et les catapultes continuèrent à bombarder les murs. Le choc des boulets secoua et déchira les murs. Les combats se poursuivirent tous les jours du lever au coucher du soleil mais les défenseurs faisaient confiance à la fermeté des fortifications même après que plusieurs tours aient été complètement détruites par des tirs de canon. A ce stade, deux navires remplis d’armes et de renforts arrivèrent d’Europe. Durant ce temps, les soldats et les troupes navales du Sultan se préparaient activement à tirer les navires vers la Corne d’Or. Avec l’aide d’un vent favorable, les navires commencèrent à approcher très rapidement. L’amiral Souleyman Baltaoglu Bek envoya contre eux tous les navires qu’il put rassembler, et une grande bataille eut lieu dans laquelle les Ottomans furent vaincus. Les Grecs ouvrirent la barrière à travers la Corne d’Or et laissèrent entrer les navires.

 

Après cette défaite navale, les Musulmans furent affligés et perdirent espoir cependant, l’arrivée des coques s’avéra en fait être un facteur qui contribua à la victoire finale des Ottomans. Entretemps, les murs faisant face aux janissaires et aux soldats du Sultan avaient été détruits et des passages furent préparés vers les tranchées. Les Grecs craignaient que la forteresse ne soit prise dans cette direction et voulaient être eux-mêmes responsables de sa défense. Cependant, les troupes européennes venues en renfort exigèrent que la défense de cette zone leur soit donnée, menaçant sinon de retirer leur soutien. Craignant qu’ils abandonnent effectivement la cause s’il ne cédait pas, l’Empereur exauça leur souhait. Ceci, à son tour, provoqua le mécontentement parmi les Grecs de la ville et les forces de défense de la ville tombèrent en désunion.

 

Le Sultan proclama un assaut général et donna aux troupes la permission de prendre le butin dans la ville. La nuit, les soldats se rendaient aux murs depuis les tranchées et, contre les défenseurs sur les murs, tentaient de grimper sous la protection de leurs boucliers. Au lever du jour, le Sultan s’approcha à cheval et l’attaque de la forteresse commença sérieusement. Les canons commencèrent à tirer, puis le cri de guerre retentit et l’assaut général fut lancé. Les assaillants firent pleuvoir des flèches sur les défenseurs. Dans les brèches qui avaient été ouvertes par le feu du canon, les soldats se battaient poitrine contre poitrine et épée contre épée. L’ennemi lanca du naphte sur les assaillants. Alors que la bataille se déroulait de cette manière, dans la section où les canons avaient ouvert des brèches dans les murs, les troupes européennes rencontrèrent les troupes ottomanes devant les plus petits murs extérieurs. Le commandant ennemi arriva à cet endroit et, alors qu’il luttait avec un soldat ottoman au sommet de la tour, un autre soldat lui perça le ventre par dessous. Lorsqu’ils virent que leur commandant avait été blessé, les troupes ennemies furent vaincues. Ils tentèrent de s’échapper en fuyant dans les forteresses intérieures, mais les défenseurs avaient barricadé la porte. Coincés entre les murs, ils furent tous passé par l’épée. Les troupes ottomanes prirent immédiatement d’assaut les murs intérieurs et repoussèrent les défenseurs. Le reste de l’armée commença alors à se répandre dans la ville au moyen de la brèche dans le mur tandis que les troupes ennemies fuyaient devant eux.

 

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