OSMANLI

Le commerce oriental de Venise prit un sérieux coup lorsqu’al-Fatih prit possession complète de la Morée, de la Serbie, de la Bosnie et de l’Albanie. C’est pour cette raison que Venise noua une alliance avec le Royaume de Hongrie et la principauté albanaise. Au cours de la guerre de seize ans que l’Empire Ottoman combattit (par intervalles) contre cette alliance, également soutenue par les Karamanides et les Aq Qoyunlu, de nombreuses îles de la Mer Égée, dont l’île d’Egriboz (Eubée), l’une des plus précieuses dépendances vénitiennes, agita le drapeau ottoman. Venise ne put rien faire d’autre que demander la paix en 884 (1479). Le traité qui s’ensuivit stipulait que les Ottomans garderaient Kruja et Shkodra au nord-ouest des Balkans ; les Vénitiens verseraient des indemnités de guerre, des tributs annuels et maintiendraient la présence d’un ambassadeur (balyos) à Istanbul, ainsi que le droit de faire du commerce en franchise de droits sur les mers ottomanes.

 

Ayant établi l’autorité ottomane sur les rives anatoliennes de la mer Noire, le Sultan Muhammad al-Fatih envoya Ahmed Bacha Gedik (Kadik) au nord de la Mer Noire ; En retour, Ahmed Bacha Gedik gagna au crédit des Ottomans les colonies génoises de Kaffa, Azov et Mangup dans la péninsule de Crimée en 880 (1475). Après la mort du Khan de Crimée Haci Giray (Hajji Kiray), ses fils tombèrent dans une lutte pour le trône et la marche du dirigeant de la Horde d’Or vers la Crimée augmentèrent les troubles politiques dans la région. Ahmed Bacha Gedik, qui surveillait la situation, fit une expédition et attacha la Crimée à l’État Ottoman en 882 (1477). Cette conquête marqua la domination ottomane dans la Mer Noire et chassa les Génois de la région de la Mer Noire.

 

Lorsque le royaume de Naples en Italie commença à poursuivre une diplomatie hostile contre les Ottomans de la Mer Égée et de la Méditerranée, le Sultan Muhammad al-Fatih confia à Ahmed Basha Gedik le commandement de la campagne en Italie. La série d’expéditions qui suivit donna aux Ottomans les îles de Zante, de Céphalonie et de Lefkada sur la Mer Ionienne, ainsi qu’Otrante du royaume de Naples sur la côte adriatique du sud de l’Italie en 885 (1480). La mort subite du Conquérant en  886 (1481) laissa la campagne en Italie incomplète ; de plus, le royaume de Naples reprit possession d’Otrante dès qu’Ahmed Bacha Gedik quitta l’Italie.

 

Le Sultan Muhammad al-Fatih décéda le 3 mai 1481 à Hunkargayin près de l’actuelle Maltepe sur la rive anatolienne d’Istanbul alors qu’il avait quitté Istanbul via Uskudar pour une nouvelle campagne, puisse Allah Exalté lui faire miséricorde. Bien que l’on sache généralement que le Conquérant dirigeait une expédition vers l’Orient, des chroniques racontent qu’il fut empoisonné par un médecin vénitien juif alors qu’il se rendait à Rome ou qu’il tomba raide mort à la suite de la goutte dont il souffrait. 

 

Le Sultan Muhammad al-Fatih était un homme grand, corpulent, au nez crochu et aux lèvres charnues. Il était le Sultan d’un personnage intelligent et âpre, répugnant à s’amuser et à se faire plaisir. Il respectait les érudits et les hommes de savoir. Il aimait les rencontrer et apporter son soutien à tous les types de recherche scientifique. Le Sultan Muhammad al-Fatih, maîtrisait au moins cinq langues, dont le Turc, l’Arabe, le Perse, l’Ancien Slavon et le Grec et il enrichit sa bibliothèque de nombreux ouvrages scientifiques écrits en différentes langues. De sa bibliothèque personnelle survécurent cinquante livres sur les cultures occidentales dont quarante-deux étaient écrits en Grec. Sur ces quarante-deux livres, huit sont liés à l’histoire, six aux mathématiques et à l’astronomie. Les livres d’histoire et de géographie constituent plus du tiers de l’ensemble de la collection conservée à la bibliothèque du Musée du Palais de Topkapi.

 

En plus de sa clairvoyance et de sa culture générale, le Sultan Muhammad al-Fatih était un commandant extraordinaire dont l’objectif était de diffuser au « monde connu » la religion à laquelle il croyait, ce qui se reflétait dans sa présence dans vingt-cinq campagnes militaires. Il essaya sans relâche de faire du Devlet-i Aliyye (Dawlah al-‘Oulyah) une puissance mondiale à tous égards.

 

Au cours de son règne, le Sultan Muhammad al-Fatih était favorable à une approche complètement centralisatrice en matière d’état ; il apaisa non seulement des familles notables disposées à exercer une influence sur l’administration, mais il promut également des Vizirs parmi ses fidèles. Il leur donna plus d’autorité et, grâce à sa stratégie, il forma une équipe d’hommes d’état efficace et performante, qui comprenait des conseillers de Florence, Gênes et Raguse.

 

Le Sultan étudia bien les résultats de la mutinerie des janissaires lors de son premier mandat de règne ; ainsi, sa deuxième période de règne fut témoin de la reconstruction des janissaires et des seigneurs de la marche, appelés Uç (Uch) Beys, de sorte qu’ils furent forcés de renoncer à leurs intérêts personnels et de lui prêter allégeance. En fin de compte, il réussit à commander l’armée dans un sens réel.

 

Le Sultan Muhammad al-Fatih était un fan d’histoire par exemple, il était l’étudiant d’historiens italiens sur l’histoire romaine au cours de ses années Shehzade et eut un savant grec nommé Georgios Amirutzes qui lui prépara une carte du monde en 860 (1456). Illustrant l’esprit de tolérance islamique, il autorisa en outre les communautés (millets) grecques orthodoxes et arméniennes à avoir leurs patriarches respectifs ainsi que la communauté juive leur grand rabbin à Istanbul, coexistant pacifiquement dans sa nouvelle capitale impériale. Toutes ces décisions peuvent être comprises comme un signe qu’il avait l’intention de faire de l’Empire Ottoman le pouvoir mondial dominant. Mais avoir un grand pouvoir et une grande influence sur le monde n’était rien d’autre que des moyens. Pour lui, la protection de la demeure de l’Islam contre toute attaque était plus essentielle que de devenir une puissance mondiale ; par conséquent, les ghazwa prirent les devants dans ses décisions politiques. Il donna la permission de fratricide car il souhaitait avant tout maintenir l’unité de l’Empire Ottoman et se débarrasser de ceux qui voudraient se lancer dans des combats sanglants pour revendiquer le trône ; par conséquent, l’état ne lutterait pas contre les compétitions internes mortelles au trône, mais utiliserait toute sa force pour produire d conduire des ghazwa au-delà de ses frontières.

 

Le Sultan Muhammad al-Fatih était un maître de la poésie et écrivit de nombreux poèmes sous le pseudonyme d’Avni (bénéficiant de l’aide divine). Ses poèmes appliquaient des expressions lucides et la fluidité du langage ; en fait, ils sont considérés comme l’un des meilleurs exemples de la poésie turque ottomane.

 

Parallèlement aux connaissances religieuses, il s’intéressait à la géographie, aux mathématiques et à l’astronomie. Il invita un certain nombre d’érudits à lui enseigner ces sciences. Ces leçons avaient lieu régulièrement ; certaines heures étaient assignées à certaines classes tous les jours. Parmi ses professeurs étaient les savants éminents contemporains comme Mollah Kourani, Khouwajah Mouslih ad-Din, Mollah Ilyas, Siraj ad-Din Halabi, Mollah ‘Abd al-Qadir, Hassan Samsouni et Mollah Khayr ad-Din. En outre, son tuteur et conseiller Aq Shams ad-Din joua un rôle fondamental dans l’éducation du Sultan.

 

Le Sultan Muhammad al-Fatih plaça l’éducation au premier rang des priorités. Après la conquête d’Istanbul, huit églises de la ville furent transformées en établissements d’enseignement supérieur, notamment la Madrassah d’Ayasofya. Il établit ensuite les célèbres Madaris nommés Sahn-i Seman (l’actuelle université d’Istanbul) près de la Mosquée Fatih, l’un des plus grands exemples d’architecture Islamo-turque. Il avait l’habitude d’inspecter des écoles en personne, de participer à des séminaires et de récompenser des étudiants remarquables. Son bagage intellectuel en philosophie s’avéra complet et suffisamment fort pour mener des discussions inspirantes avec des philosophes occidentaux. En sa présence, les grands penseurs, représentatifs de l’Est et de l’Ouest, comme Amirutzes, ‘Ali Kuscu, Georgios Trapezuntios et Khouwajah Mouslih ad-Din, trouvèrent un terrain d’entente respecté pour expliquer et discuter leurs points de vue.

 

Le Sultan Muhammad al-Fatih laissa de nombreux héritages. Il avait deux filles nommées ‘Ayshah et Gevherhan (Qaw’ar), et cette dernière épousa Muhammad Bey, fils de Hassan Ouzoun. Gode ​​(Qouda) Ahmed, qui montera plus tard sur le trône d’Aq Qoyunlu, était le fils de Gevherhan et le petit-fils d’al-Fatih. En outre, c’est le Sultan Muhammad al-Fatih qui ordonna la construction initiale du Palais de Topkapi, résidence officielle et principale des Sultans Ottomans à Istanbul pendant quatre de leurs six siècles de règne. Istanbul est l’héritage le plus remarquable que le Sultan ait laissé. C’est là qu’il entreprit un grand projet en construisant certaines des contributions les plus sublimes à la civilisation islamique et humaine, telles que la Mosquée al-Fatih et de nombreuses madaris.

Un siècle après la conquête, Istanbul deviendra la plus grande ville d’Europe.

 

 

Suit la biographie militairement orientée de Muhammad al-Fatih rapportée par Toursoun Beg, un actif de l’armée de Muhammad al-Fatih qui participa en personne aux expéditions militaires qu’il décrit avec quelques pages sur l’accession du Sultan Bayazid sur le trône.

 

Views: 0