OSMANLI

Galata

 

Le 23 Joumadah al-Oula 857 (1er juin 1453), la région de Galata, avec la plupart de ses habitants et des bâtiments importants, passa sous la domination ottomane, après avoir obtenu un ahdname (un document écrit conférant au porteur certaines immunités) par le Sultan Muhammad II. Avec ce document, les habitants de Galata se virent octroyer un aman (la sécurité), ce qui signifie que leur vie et leurs biens étaient garantis par le Sultan conformément aux règles de la religion islamique. Ce document cependant, n’est en aucun cas un document accordant un droit d’autonomie en matière intérieure, comme cela fut généralement suggéré par les étrangers d’Europe et des Levantins au XIXe siècle. Après la soumission de Galata, le Sultan nomma immédiatement un voïvodat (gouverneur) et un Qadi, établissant ainsi la domination ottomane directe dans la ville.

 

Pendant la période de l’Empire Byzantin, les Génois avaient transformé Galata en une colonie génoise indépendante en encerclant la ville avec de solides murs de la ville. Sous le règne des Ottomans cependant, ce statut de la ville changea complètement. Selon le recensement ottoman de 859 (1455), la population non musulmane de Galata se composait de trois catégories. La première catégorie comprenait les marchands génois et vénitiens qui vivaient temporairement dans la ville. La deuxième catégorie comprenait les génois natifs qui acceptèrent la nationalité ottomane et la troisième et dernière catégorie était composée des Grecs, des Juifs et des Arméniens installés dans la ville depuis l’époque des Génois. Les marchands génois avaient obtenu des garanties de résidence et de commerce et le reste du peuple génois devint soumis aux Ottomans, comme les autres peuples Dhimmis, sujets non musulmans de l’Empire.

 

Muhammad II al-Fatih accorda une importance particulière à ce que Galata reste un port commercial très actif, comme par le passé. Avec cet objectif en tête, il déclara que les habitants qui quittaient la ville se verraient restituer leurs maisons et leurs biens s’ils revenaient dans les trois mois. Le recensement de 859 (1455) indique que certaines personnes revinrent effectivement. Les riches génois et les grecs constituaient une part importante des fugitifs. Il n’y avait que deux Arméniens parmi eux et aucun Juif.

 

De toute évidence, les Juifs, les Arméniens et les Grecs, qui étaient contre le gouvernement génois, jouèrent un rôle important dans la soumission de la ville aux Ottomans. Avec l’augmentation de la population et la création de nouveaux quartiers à l’époque génoise, de nouveaux murs furent construits autour de la ville, transformant ainsi Galata en une forteresse à cinq sections. Le Sultan ordonna que certaines parties des murs de terre de Galata soient partiellement démolies pour des raisons de sécurité. Cependant, la ville conserva fondamentalement sa topographie de l’époque génoise. Le noyau génois initial de la ville, la zone entre Azep-kapi et Karakoy, s’étendit au fil du temps vers la Grande Tour et est resté la zone commerciale la plus animée de Galata pendant la période ottomane. Cette section de la ville comprenait la Vieille Logia et la Nouvelle Logia des Génois et les principales églises des Latins telles que St Michael, St Francis, St Anne, St Mary, St Domenic et St Zani. Les Juifs étaient installés dans la région de Karakoy-Yuksekkaldirim à l’est des premiers remparts de la ville et les Grecs vivaient dans la zone entre la tour de Galata et les premiers murs génois ainsi que sur la Corne d’or entre Karakoy et Tophane, alors que les Arméniens étaient installés sur la pente derrière.

 

Selon le recensement de 859 (1455), les Grecs constituaient le plus grand groupe de Galata. Le deuxième plus grand groupe était les Latins (Génois, Vénitiens et Catalans). Les Arméniens se classaient au troisième rang et les juifs en dernier. Le processus d’établissement des Turcs à Galata s’est poursuivi pendant près d’un demi-siècle. Ils préféraient s’installer dans les quartiers occidentaux peu peuplés de la ville. Les soldats de la marine azerbaïdjanaise, les capitaines et le transport entre Istanbul et Galata à travers la Corne d’Or se faisaient principalement par bateau.

 

Le premier pont sur la Corne d’Or fut construit entre Azep-kapi et Un-kapani en 1252 (1836). En 1313 (1896), un tunnel souterrain fut ouvert entre Karakoy et Beyoglu, qui fut l’un des premiers tunnels souterrains du monde.

Fin du texte d’Inalcik.

 

L’après conquête

 

La conquête ottomane d’Istanbul amena les Européens à ressentir plus profondément la grave menace que leur imposaient les Ottomans, et des initiatives furent été prises pour établir un front de croisade unifié avec de solides encouragements du Pape. Le Sultan Muhammad al-Fatih voulait empêcher l’unification des Chrétiens contre son empire, il s’arrangea avec les Vénitiens en 858 (1454), leur permettant ainsi de placer un ambassadeur à Istanbul et de commercer avec les Ottomans à des conditions commerciales et douanières favorables. En Orient, la conquête d’Istanbul éleva la réputation de l’Empire Ottoman aux yeux du monde musulman.

 

L’étape suivant d’al-Fatih fut d’engager une série de ghazwa pour réinstaller la suprématie de l’Empire Ottoman dans les Balkans, qui avait été bouleversée pendant le règne de son père, et de s’assurer qu’il serait permanent. Toutes les terres serbes, à l’exception de Belgrade, furent ajoutées au domaine ottoman en 863 (1459). Le Conquérant marcha ensuite sur la Morée et Trabzon, qui pouvaient tous deux revendiquer leur affinité byzantine et leur désir de ressusciter Byzance et conquit la Morée à l’extrémité sud des Balkans en 864 (1460). Cette victoire lui assura une base stratégique pour alimenter ses futures campagnes en Italie. Au cours de l’année suivante, il marcha sur l’Empire de Trébizonde (Trabzon) sur la côte de la Mer Noire au nord de l’Anatolie. Le fait que l’Empire de Trébizonde ait demandé de l’aide au Pape contre les Ottomans et s’allia à Ouzoun Hassan, le dirigeant des Aq Qoyunlu (les Mouton Blanc Turcomans)[1] (Voir notre Akhir Zaman Volume I) dans l’est de l’Anatolie, obligea les Ottomans à précipiter leur campagne contre Trabzon. Après une excursion militaire difficile et fastidieuse à Trabzon, le jeune Sultan dissout un autre empire en (865) 1461.   

          

Le Conquérant dû réorienter sa route vers les Balkans pour une nouvelle campagne en réponse à une alliance entre le prince de Valachie Vlad Dracula, également connu sous le nom de Vlad l’Empaleur (voir notre Introduction à l’Histoire des Ottomans), forgée avec les Hongrois, ainsi que pour son assaut sur les terres ottomanes des Balkans. Sa première campagne en Valachie rajouta la Valachie au domaine ottoman en (866) 1462. Le Sultan Bayazid Ier (Sultan entre 791 et 804 (1389-1402)) avait obligé la Bosnie à payer un tribut annuel, mais il contestait maintenant l’autorité ottomane et soutenait le prince valaque contre les Ottomans. Étant la deuxième cible du Sultan dans la région, la Bosnie devint un territoire ottoman et les institutions frontalières ottomanes y furent établies en 867 (1463). Dans un terme relativement court, l’Islam se répandit dans le pays. Pendant ce temps, le Duché d’Herzégovine proclama son allégeance aux Ottomans en 1465. Plus tard en (881) 1476, la Moldavie au nord de la Valachie allait devenir une province de l’Empire Ottoman. Après la mort d’Iskandar Bey, l’Albanie commença également à agiter le drapeau ottoman en 884 (1479). Ce dernier ajout scella bel et bien la série de conquêtes réussie dans la péninsule des Balkans.

 

Après l’ajout des Balkans aux domaines ottomans, al-Fatih décida de poursuivre les objectifs de renforcer l’unité en Anatolie et de contrôler le commerce rentable de la Mer Noire. Conformément à cet objectif, il captura Amasra des Génois en 864 (1460) et assura la sécurité de Kastamonu et de ses environs après avoir mis fin à la principauté des Turcomans Isfendiyarides en (865) 1461. Enfin, la conquête de Trabzon établit le contrôle ottoman des rivages anatoliens de la Mer Noire.

 

En Anatolie centrale, les Karamanides s’allièrent aux Vénitiens contre les Ottomans, ce qui poussa le Sultan Muhammad al-Fatih à poursuivre sa campagne contre les Karamanides. Il captura Konya et Karaman et plaça l’essentiel de la principauté sous contrôle ottoman en 870 (1466). Pir Ahmed, le Bey Karamanide, s’était réfugié chez Ouzoun Hassan des Aq Qoyunlu et provoqua la détérioration des relations entre Ottomans et Aq Qoyunlu.

 

Les Turcomans Aq Qoyunlu, qui avaient créé un puissant état dans l’est de l’Anatolie au lendemain du XVe siècle, étaient déterminés à élargir leurs frontières aux dépens de l’Empire Ottoman, ce qui provoqua bientôt un affrontement entre les deux états. Ouzoun Hassan s’allia avec les Karamanides, l’empire de Trébizonde et Venise contre les Ottomans. Al-Fatih marcha sur Ouzoun Hassan, dont les ambitions amenèrent les Aq Qoyunlu à conclure un accord avec les états chrétiens au détriment d’un autre pays musulman. Les Ottomans remportèrent cette bataille d’Otlukbeli, dans l’est de l’Anatolie, en 878 (1473), et l’état Aq Qoyunlu perdit le pouvoir de contester les Ottomans. En outre, la victoire décisive des Ottomans à Otlukbeli permis au Sultan Muhammad al-Fatih de sécuriser la partie orientale de son empire.

 

Au départ, le Sultan Muhammad al-Fatih noua des relations bienveillantes avec les Mamelouks qui gouvernaient l’Égypte, la Syrie et la région du Hijaz, dans la Péninsule Arabique occidentale. Plus tard, il captura les terres des Karamanides. L’Empire Ottoman devint alors un état voisin des Doulkadirides (ou Dhoul-Qadirid) qui régnaient dans la région de Marag, dans le sud-est de l’Anatolie, et étaient fidèles aux Mamelouks. Cette proximité territoriale transforma le cours des relations ottomanes-mamelouks en un climat de belligérance. La nouvelle que les Mamelouks voulaient s’emparer des terres des Dulkadirides suscita une réaction des Ottomans qui entretenaient une relation dynastique avec les Dulkadirides. En conséquence, les relations ottomanes-mamelouks furent perturbées.

 

Une partie importante du Moyen Orient appartenait aux Mamelouks, y compris la région du Hijaz, le site des villes sacrées de l’Islam, La Mecque et Médine. Lorsque les pèlerins se plaignirent du manque d’eau potable sur la route du Hijaz, al-Fatih envoya une équipe d’artisans d’Istanbul ouvrir des puits sur la route et réparer les puits existants dont le fonctionnement était inefficace. Les relations déjà chancelantes s’aggravèrent lorsque les Mamelouks, gardiens de la route du pèlerinage, empêchèrent les artisans de faire le travail que le Conquérant leur avait confié.

 

Le Sultan Muhammad al-Fatih voulait contrôler économiquement l’Europe en dominant les réseaux commerciaux qui s’étendaient de la Méditerranée à la Mer Égée, en passant par la Mer Noire ; Par conséquent, il établit des chantiers navals à Gelibolu (Gallipoli), Izmit, Gemlik et Istanbul. Grâce à la puissance navale fournie par les chantiers, une marine ottomane émergea assez forte pour braver les Vénitiens et les Génois en mer.

[1] Une fédération tribale sunnite Oghouz turque qui régna sur ce qui est aujourd’hui l’Anatolie Orientale, l’ouest de l’Iran, l’Irak, le nord-est de la Syrie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et le Koweït de 1378 à 1508. (Wikipedia)

 

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