OSMANLI

En plus des préparatifs du siège par voie terrestre, Muhammad II assembla une force navale, notamment pour soutenir le siège d’Istanbul depuis la mer. Il fabriqua également des boulets de canon massifs à Edirne, assez puissants pour abattre les murs de Byzance ; le plus grand de ceux-ci est venu à être appelé Shahi (impérial) et était plus grand que tout ce qui avait été vu auparavant. En outre, il prépara des mortiers à longue portée qui franchiraient les murs de la ville. Muhammad II soumit la question de la conquête lors d’une réunion avec son conseil consultatif. Voyant que la majorité des hommes d’état choisissaient la conquête et malgré l’approche pessimiste adoptée par plusieurs responsables pour justifier une stratégie plus ambivalente, il quitta la capitale Edirne, pour tenter d’assiéger Istanbul le 26 Rabi’ al-Awwal 857 (6 avril 1453). La réponse de Byzance à la suggestion que l’ambassadeur de Muhammad proposa directement du camp impérial, établit derrière les murailles entre les portes d’Edirnekapi et Topkapi, à l’Empereur Byzantin fut négative : ils ne soumettraient pas la ville pacifiquement. L’offensive ottomane commença alors que des canons résonnaient autour des murs de la ville.

 

Le plus grand revers que les Ottomans eurent à affronter lors du siège d’Istanbul survint lorsque l’Empereur ferma la Corne d’Or avec des navires et des chaînes. De plus, ce que les Byzantins appelaient grejuva (feu grec), un élément inflammable même dans l’eau, posa de grandes difficultés à l’armée ottomane.

 

Deux peuples différents vivaient à Istanbul : les Grecs et les Latins. Les Grecs locaux, qui détestaient les colons latins, rejetèrent et protestèrent en présence de l’Empereur contre le premier rituel conduit selon les principes de l’unification ecclésiastique tels que signés précédemment avec le Pape dans l’église d’Ayasofya (Hagia Sophia) afin de mobiliser l’Europe chrétienne contre un ennemi commun. Dans la ville, l’idée dominante était « mieux valait le turban du Turc que la mitre latin mitre. »

 

Pendant le siège de cinquante-quatre jours entre le 26 Rabi’ al-Awwal 857 (6 avril 1453) et le 20 Joumadah al-Oula (29 mai 1453), l’armée ottomane lanca des attaques non seulement par terre mais aussi par mer. La Corne d’Or était infranchissable grâce au grand barrage de chaînes tendu le long de l’embouchure de la Corne d’Or pour empêcher les navires d’entrer dans cette entrée du Bosphore coupant en deux le côté européen de la ville. Mais les Byzantins n’avaient pas anticipé le plan du jeune Sultan de transporter les navires de guerre ottomans par voie terrestre sur des rails graissés dans la rive nord de la Corne d’ Or pour contourner à la fois le barrage de chaînes et de forteresses qui bloquaient l’entrée de la ville. Les Ottomans conquirent Istanbul le 20 Joumadah al-Oula (29 mai 1453). Muhammad II, connu comme le Sultan Muhammad II le Conquérant (al-Fatih), entra dans la ville par Edirnekapi (la Porte d’Edirne). Il effectua sa prière rituelle à Ayasofya et annonça que la vie et la propriété des Byzantins qui s’étaient réfugiés de toutes les parties de la ville dans l’église d’Ayasofya seraient sécurisées. Le Conquérant confirma que les populations locales qui paieraient leur rançon pourraient rester à Istanbul ; ceux qui avaient fui la ville commencèrent à revenir et le Sultan leur fournit un logement et les exempta de taxes.

 

Le Sultan Muhammad II, qui fit d’Istanbul la troisième et dernière capitale ottomane après Bursa et Edirne, était non seulement un conquérant mais également un constructeur. En effet, la nouvelle capitale impériale du Conquérant était destinée à devenir le nouveau centre de la Demeure de l’Islam, ainsi que la capitale d’une grande civilisation. Au moment où les Ottomans conquirent la ville, la gloire impériale d’Istanbul avait presque disparu et elle était déjà largement dépeuplée depuis l’occupation latine. Ainsi, les politiques suivantes du Sultan Muhammad II le Conquérant portèrent sur la reconstruction et le repeuplement la ville épuisée, reflétèrent le caractère multiethnique de l’empire. Le système de millets[1] (peuples) multinational et multiconfessionnel des Ottomans fut en effet initié par le Conquérant après la conquête d’Istanbul. Il accorda aux communautés chrétiennes et juives la liberté de religion et de conviction qui conquit leurs cœurs. Le Conquérant ne dissout pas le patriarcat orthodoxe, qui était dépourvu de patriarche à l’époque, mais se proclama en personne protecteur de l’Église orthodoxe grecque et la soumit à un contrôle étroit en nommant le patriarche Gennadius Scholarius en 858 (1454). Le Conquérant établit les droits de diverses communautés chrétiennes en publiant des décrets impériaux appelés ahdnama. L’ahdnama du Muhammad II le Conquérant pour les chrétiens franciscains à Fojnica, en Bosnie, par exemple, est un exemple célèbre d’un esprit de tolérance et de libéralisme dans l’Empire Ottoman. Publié en 1463, année de la conquête du territoire de la Bosnie par Muhammad II, cet ahdnama donna la liberté de pratique religieuse aux catholiques de Bosnie à travers les siècles. Dans ce décret impérial, toujours conservé dans l’ancien couvent des franciscains, le Conquérant proclamait :

« Moi, Sultan Muhammad Khan, déclare par la présente au monde entier que ceux qui possèdent ce décret impérial, les franciscains de Bosnie, sont sous ma protection. Et j’ordonne que :

Personne ne doit déranger ou faire du mal à ces gens et à leurs églises ! Ils vivront en paix dans mon état. Ces personnes qui sont devenues émigrées ont droit à la sécurité et à la liberté. Ils peuvent retourner dans leurs monastères situés aux frontières de mon état.

Personne de mon altesse royale, ni de mes Vizirs ou employés, ni de mes serviteurs, ni des citoyens de mon état ne doit déranger, insulter ou nuire à la vie, aux propriétés et aux églises de ces personnes ! Et tous ceux qu’ils amèneront de l’étranger dans mon pays auront les mêmes droits.

En déclarant ce décret, je fais ici un grand serment au nom du Créateur des cieux et de la terre, au nom du Messager de Dieu, Muhammad et 124000 anciens Prophètes, et au nom de l’épée, que personne ne fasse contrairement à ce qui a été stipulé dans ce décret ! »

 

En effet, il existe de nombreux exemples de tels décrets impériaux proclamant la liberté de religion dans l’Empire Ottoman et montrant la fameuse permissivité et tolérance des pratiques administratives ottomanes. La tolérance en tant que composante principale de l’identité ottomane trouve son expression à la fois dans la domination de l’état et dans la vie culturelle quotidienne.

 

Peu de temps après la conquête d’Istanbul, le Conquérant commença un plan de reconstruction à grande échelle pour la nouvelle capitale impériale, avec une vision islamique turque. Il ordonna la construction de la Mosquée Sultan Eyub, qui porte le nom d’un compagnon du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), Abou Ayyoub al-Ansari (radhiyallahou ‘anhou), décédé sous les murs de la ville alors qu’il assiégeait la ville en 669 (Voir notre Abrégé de l’Histoire des Omeyyades). Avec une attention particulière portée à l’amélioration de son économie, le Conquérant donna des instructions pour la construction d’un grand bazar et d’autres bâtiments. En ajoutant trois grandes tours aux quatre byzantine préexistantes sur les murs du centre-ville, le Conquérant forma la Forteresse des Sept Tours, appelée Yedikule, qui fut utilisée comme Trésor Public pendant la majeure partie de la période ottomane.

 

Suivent une série de textes différents sur la Biographie de Muhammad al-Fatih.

 

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