OSMANLI

La Bataille de Nicopolis

Ibn al-Jazari, Jami’ al-Asanid

 

« Le Seigneur Exalté décréta que je déménagerais en Anatolie (bilad ar-Roum), où je me suis échappé à cause de diverses tribulations et d’autres choses. Je quittais le Caire le samedi 1er Joumadah al-Akhira 798 (12 mars 1396) et me dirigea vers le port d’Alexandrie ou je suis resté plusieurs jours jusqu’à ce qu’un navire en partance soit disponible. Je mis les voiles au début du mois de Rajab de l’année susmentionnée avec la permission d’Allah Exalté, et débarqua du navire dans le port d’Antioche le 5 de ce même mois (14 avril 1396). Il se trouve que je passais la nuit au port, et le matin quand à coup, un qadi et des récitants du Qur’an vinrent me voir, et avec eux arrivèrent le Shaykh des Imams [et] le Shaykh des variantes de lecture (qira’at) Amin ad-Din Muhammad at-Tabrizi qui était l’une des figures éminentes de cette science et dont la renommée atteignit l’Anatolie (ar-Roum). Ils dirent que cet homme (at-Tabrizi) était allé voir le qadi dans la matinée de la veille qui lui avait demandé ce qu’il voulait, et il dit au qadi qu’il allait au Caire pour étudier les variations de la récitation coranique avec moi (Ibn al-Jazari) quand il entendu dire que j’étais là. Le qadi déclara : « Ibn al-Jazari est venu ici hier et nous l’avons rencontré. » At-Tabrizi ne le crut qu’après que les autres récitants de la ville le confirmèrent. Quand ils l’informèrent avec certitude, il s’évanouit presque de joie et dit : « Je ne m’assoirais pas tant que nous ne serons pas allé le voir ! » Ils se réunirent tous auprès de moi et m’accompagnèrent pendant plusieurs jours. À Antioche, ils étudièrent tous avec moi le Qur’an avec ses dix variantes de lecture jusqu’à ce que je lui accorde (à at-Tabrizi) un certificat.

Il vint me dire adieu et se dirigea d’ici (d’Antioche) vers le Pays de Qaraman afin de retourner dans sa propre ville, mais le Sultan ‘Ala’ ad-Din Ibn Qaraman le détint et l’honora dans la ville de Konya. Je me suis dirigé vers Bursa, la capitale du plus juste de tous les Sultans de son temps (c’est-à-dire Bayazid Awwal). Son Sheikh et prédicateur, le célèbre al-Khatib ‘Abd al-Mou’min, chez qui la science de la récitation culminait en Anatolie était également présent. Il était parmi mes compagnons qui voyagèrent pour me voir pour étudier l’intégralité du Qur’an avec ses dix variantes en 783 (1381-82). Il excellait dans cette science et était le premier (érudit) parmi ceux qui (étudiaient cette science) avec droiture et pitié, et il enseigna la science de la récitation au peuple d’Anatolie. Ensuite, je rencontrais le Sultan Bayazid, dont la justice s’est largement répandue par la suite, fils du roi moujahid Mourad, fils du roi moujahid Orkhan, fils de ‘Othman. Il avait déjà entendu parler de moi et me donna des esclaves et des concubines de ce qu’Allah Exalté l’avait doté des conquêtes du peuple valaque, et doté de Sa bienfaisance et Sa bienveillance. Il me demanda de rester dans sa capitale (Bursa) et me fournit abondamment. Je lui ai dit : « Je ne suis venu ici que pour préparer les guerriers (al-ghouzat). Utilise mon service pour que ceux qui ne peuvent pas voyager pour me voir puissent bénéficier de moi, puis je retournerais. »  Il me dit qu’il avait préparé une armée afin de mener une guerre contre Constantinople et ses murs, et qu’il allait aussi la rejoindre. Si tu as de la patience, viens avec moi ! » Je répondis : « Non ! Je te précèderais. » Il ordonna ma préparation pour cela de la manière la meilleure et la plus complète. Je me suis dirigé vers Constantinople au mois de Shawwal 798 (juillet-août 1396) et suis descendu dans la ville de Galata qui est juste à la frontière du pays des mécréants voisins de la ville de Constantinople. J’y suis resté plusieurs jours jusqu’à l’arrivée du Sultan Bayazid, et il y resta (aussi) plusieurs jours. Ensuite, il entendit les desseins des mécréants contre son pays et de leur arrivée avec quiconque les accompagnait parmi les soldats. Ils s’étaient rassemblés en un nombre inouï à cette époque. Il (Bayazid) se précipita pour leur faire face avant qu’ils ne dévastent ses terres. La même (nouvelle) me parvint (également), je le suivis donc et je l’ai rencontré deux ou trois jours avant la bataille. Les mécréants avaient traversé le Danube, qui est un fleuve très large, avec environ 2000 navires et avaient accostés pendant plusieurs jours. Cette rivière est la frontière la plus éloignée de son (le royaume du Sultan), qu’il avait conquis au-delà de la Mer d’Anatolie (la Mer de Marmara) pendant environ un mois. Nous les avons rejoints dans la ville de Nicopolis. Ils avaient fait de gros efforts pour l’assiéger, et il ne restait plus qu’à la prendre.

 

Cette ville faisait partie de celles que Bayazid I conquit environ trois ans plus tôt et où il y avait posté un groupe de soldats musulmans. Lorsqu’ils apprirent l’arrivée du Sultan, ils montèrent leurs chevaux contre lui et l’attaquèrent violemment pour le capturer avant son arrivée. Quand ils (les mécréants) arrivèrent, j’étais là avec lui, lui parlant des mérites du jihad et de ce qu’Allah Exalté promet aux guerriers dans Sa voie, à ceux d’entre eux qui meurent martyrs au combat et à ceux qui ont la patience d’attendre. On dit a Bayazid : « Les ennemis sont arrivés, mais ils ne sont pas restés pour la bataille. » Il demanda leur nombre et leur envoya des espions pour qu’ils enquêtent sur leurs affaires. Selon les premières nouvelles, leur nombre était de 200000 cavaliers, alors que le nombre le plus élevé mentionné était de 400000. La vérité est que personne ne connaît leur nombre à part Allah Exalté le Très Haut. Cependant, ce dont j’ai personnellement été témoin, c’est que les avant-gardes qui les précédaient s’élevaient à 30000 croisés du sud, dont on disait qu’ils étaient le groupe le plus courageux de tous les mécréants. À mon avis, la vérité est qu’il saisit 12 parmi leurs chefs. La bataille eut lieu le 28 Dzoul Hijjah 798 (2 octobre 1396). Je fus témoin d’une bataille féroce qui n’eut pas d’égal à cette époque. La chose étonnante est que Bayazid I, le fils de ‘Uthman avait envoyé un message à ses soldats pour qu’ils viennent de tous ses domaines et à l’ensemble de ses fils pour qu’ils viennent avec leurs propres soldats, mais un seul de ses fils arriva un jour avant la bataille. Avec lui, il n’y avait que 12000 cavaliers et fantassins. Le résultat fut que cet ennemi abandonné fut vaincu en un rien de temps. À la fin, il ne leur restait plus d’honneur que leur grand sultan qui était le Roi de Hongrie, qui s’était échappé avec environ 50 âmes et s’étaient embarqué sur un navire qui était sur la rive de la rivière susmentionnée et avait largué les voiles. Bayazid garda prisonniers certains de ceux qui avaient échappé indemnes au massacre. Le fils de ‘Uthman ordonna le massacre de tous, à l’exception des enfants qui n’avaient pas encore atteint la puberté. Parmi les choses les plus étranges dont j’ai été témoin au cours de mon enseignement, est que le fils de ‘Uthman m’ordonna de prendre cinq des prisonniers. Ils restèrent avec moi jusqu’à mon retour dans sa capitale, Bursa. Aucun d’entre eux ne parlait la langue de l’autre, car ils n’avaient jamais vécu dans les pays ou les communautés de l’autre. Quand Allah Exalté m’ordonna de revenir, je n’ai pas pu m’installer dans mon propre pays et j’ai commencé à composer le Kitab Nashr al-Qira’at al-ʻAshr et sa versification comme un Ourjouza que j’ai appelé Ṭayyibat an-Nashr. Beaucoup de gens l’ont mémorisé et les gens ont étudié sa signification avec moi. Le Sultan Bayazid me confia ses trois fils cadets, Sultan Muhammad, Mustafa et Moussa même si je n’avais pas le temps d’étudier avec eux. Ils venaient me voir tous les jours chez moi pour étudier de sorte que parmi eux, Amir Mustafa et Amir Moussa étudiaient l’Arabe, la grammaire, une grande partie du droit et certaines des sciences religieuses. Ils commencèrent à mieux parler en arabe et plus correctement que mes propres enfants arabes. Je suis resté sur cette terre environ sept ans jusqu’à la calamité de l’arrivée de Amir Timour Küregen. »

Fin de récit.

 

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