OSMANLI

Entre-temps, Souleyman Bacha, après avoir débarqué à Kozludere, captura Bolayir avec une armée de 3000 soldats, qu’il avait amenés du port anatolien de Kemer près de Biga. Le 5 Safar 755 (1er mars 1354), suite à un tremblement de terre, les murs de nombreuses forteresses, à Gallipoli et aux alentours, s’effondrèrent. Les forces ottomanes occupèrent immédiatement ces lieux. Ce tremblement de terre fut enregistré par toutes les sources historiques contemporaines. Ayant interprété le tremblement de terre comme un signe d’Allah Exalté, les Ottomans devinrent encore plus résolus à ne pas quitter Roumélie et les nouvelles forces et les immigrants de Karasi commencèrent à s’installer du côté européen. Les gens d’Istanbul forcèrent Cantacuzène à quitter le trône l’accusant d’être responsable de l’installation ottomane en Thrace. En plus de cela, le Roi serbe, Stephen Dushan mourut et l’Empire Serbe s’effondra en 756 (1355). Ainsi, le plus grand rival des Ottomans dans le Balkans quitta la scène.

 

Grâce à ces événements extraordinaires et aux efforts résolus de Souleyman Bacha et des Ghazis de Karasi, la colonisation turque dans les Balkans devint un fait indéniable. Le seul espoir que l’Empereur byzantin Jean V avait était une armée de croisés d’Europe. Vers la fin de l’an 756 (1355), l’Empereur envoya ses représentants auprès du Pape Innocent VI et demanda l’envoi d’urgence d’une armée de croisés, promettant en même temps l’union avec l’Église catholique romaine. En 758 (1357), les événements se retournèrent soudainement contre les Ottomans.

 

Le fils d’Orkhan, âgé de 12 ans, Khalil, fut capturé par les pirates grecs de Phocée en été 758 (1357). Entre-temps, Souleyman Bacha, le conquérant de Roumélie, décéda. Ces événements malheureux se révélèrent être un tournant dans les relations ottomane-byzantines. Le Sultan vieillissant Orkhan plaida auprès de l’Empereur Byzantin pour la libération de son fils Khalil. Profitant de la situation, la diplomatie byzantine força Orkhan à signer un traité, qui stipulait qu’Orkhan arrêterait ses attaques sur les terres byzantines, paierait toutes les dépenses des navires envoyés à Phocée pour son fils et annulerait toutes les dettes de l’Empereur Byzantin. Orkhan promit également de ne plus aider le fils de Cantacuzène, Matthew en Thrace et de soutenir à la place l’Empereur.

 

Avec ce traité, les Ottomans furent contraints de renoncer à leur alliance avec la famille Cantacuzène, qui avait rendu possible leur expansion en Europe et entrèrent donc dans une période de récession. En fait, l’expansion ottomane s’arrêta complètement jusqu’à la libération de Khalil en 760 (1359).

 

En 759 (1358), l’allié ottoman Matthew Cantacuzène fut pris prisonnier à Dimetoka avec l’aide des forces serbes. Cela donna un avantage relatif à l’état byzantin en Thrace. Le traité signé par Orkhan mentionnait les anciennes dettes de l’Empereur, ce qui peut indiquer que l’Empire Byzantin payait tribut aux Ottomans dès la première partie du huitième (XIVe) siècle. En fait, en 734 (1334), l’Empereur avait accepté de payer un tribut annuel aux Ottomans pour ne pas avoir assiégé la ville d’Izmit (Nicomédie). On sait avec certitude qu’après 772 (1371) suite à la bataille de Maritsa, les Byzantins furent contraints de payer au Sultan ottoman 15000 hyperpères, soit 7500 ducats vénitiens. Dans l’intervalle, cependant, la diplomatie byzantine intensifiait ses efforts pour mobiliser une armée croisée, comme le contrôle le plus efficace contre les Ottomans.

 

Selon l’histoire, Souleyman Bacha, afin d’éviter la possibilité d’abandonner Roumélie, ordonna que son corps soit enterré à Bolayir et que sa place soit gardée secrète. Comme le rapporte l’anonyme Tarikh Al-i ‘Uthman, les ghazi confrontés à la nouvelle situation, furent dans un état de désespoir. Pourtant, les ghazi de Karasi devaient être contre l’idée de quitter Roumélie. Après la prise de Tzympe et Gallipoli, de nombreuses personnes de Karasi avaient commencé à migrer vers la Roumélie et s’établirent dans des villages. Après la mort de Souleyman, Orkhan envoya son autre fils Mourad à Gallipoli, en tant que commandant expérimenté avec son tuteur Shahin. Cependant, Mourad ne put s’impliquer dans aucune activité sérieuse entre les années 758 et 760 (1357-1359), jusqu’à la libération de Khalil.

 

En 759 (1358), afin de sauver Khalil, l’Empereur Byzantin se rendit à Phocée avec ses trois navires. L’ami d’Orkhan, Ilyas, le dirigeant de Saroukhan, marcha sur la ville et l’assiégea sans succès. L’Empereur retourna à Istanbul sans consulter Orkhan. Kalothetos, le seigneur grec de Phocée, insista pour recevoir une grosse rançon pour Khalil. Dès qu’Orkhan menaça d’abolir le traité, l’Empereur demanda une rencontre avec lui et ils se rencontrèrent dans le port de Prikonisos. L’Empereur dû se rendre à Phocée une fois de plus la même année. Cette nouvelle expédition n’apporta aucun succès non plus. Au printemps  760 (1359), des négociations commencèrent entre Orkhan, arrivé de Kadikoy par terre et l’Empereur, qui y était arrivé avec ses navires. Désireux de profiter pleinement de la situation difficile dans laquelle se trouvait Orkhan, l’Empereur Byzantin força Orkhan à accepter de nouvelles conditions.

 

Pour la rançon, Orkhan paya une importante somme d’argent et Khalil fut libéré, amené à Istanbul et fiancé à la fille cadette de l’Empereur. Khalil se rendit ensuite à Izmit. L’Empereur reçut également la promesse que Khalil serait le prochain Sultan après Orkhan. Apparemment, les Byzantins, en utilisant Khalil, espéraient avoir une nouvelle période de paix et d’équilibre avec les Ottomans. Le prince héritier Mourad était contre cet accord et déterminé à poursuivre la politique de ghaza et d’expansion en Thrace avec son tuteur et ses ghazi de Karasi. Après tout, la guerre et le succès contre les Byzantins en Thrace lui garantiraient le trône. Il convient de noter ici que suivant la tradition turco-mongole, les Ottomans n’avaient pas de règle de succession établie pour le trône. Les événements étaient généralement les principaux facteurs pour déterminer le prochain souverain. En tant que fils aîné de la famille, Mourad fut envoyé dans la région frontalière la plus éloignée en tant que commandant en chef de l’armée. Cette situation lui garantit de facto le trône. Ceci, cependant, dépendait de ses réelles réalisations en tant que conquérant en Roumélie.

 

Au cours de ces deux années, la migration d’Anatolie vers Roumélie se poursuivit et la frontière rumillienne se renforca. Le registre de waqf d’un hospice fondé par Orkhan pour Souleyman 761 (1360) mentionne de nombreux villages et fermes de la région aux noms turcs. C’est au cours de ces quelques années que la Roumélie ottomane émergea comme une vaste zone de peuplement.

Grégoras confirme que Souleyman façonnait alors la politique générale de l’état. Sa mort et les efforts byzantins pour mobiliser les croisés d’Europe contre les Ottomans mirent tout en danger. La situation constituait une menace sérieuse pour l’avenir de l’État Ottoman. En signant un traité avec Orkhan, l’Empereur espérait en même temps avoir une armée de croisés envoyée contre les Ottomans.

Une partie de la stratégie consistait à bloquer les détroits avec l’aide des croisés et à détruire une fois pour toutes les Turcs de Roumélie, en les séparant de l’Anatolie. C’était une situation très grave et critique pour les Ottomans. Le même plan devint alors la stratégie principale de tous les croisés aux huitième et neuvième (14 et 15e) siècles.

 

L’Empereur commença ses efforts pour mobiliser les croisés immédiatement après la chute de Gallipoli en 756 (1355) en promettant au Pape Innocent VI (1352-1262) l’union des Églises. Il demanda l’envoi immédiat d’une marine de cinq navires à suivre par une grande armée de croisés. Pour s’en assurer, l’Empereur accepta même d’envoyer son fils Manuel en otage au Pape à Avignon. L’année suivante, l’Empereur tenta de mobiliser des états méditerranéens tels que Venise, la République génoise et les chevaliers rhodiens contre les Ottomans. Cependant, tous ces plans échouèrent.

 

En 758 (1357), Venise, une force cruciale pour la croisade, débuta une nouvelle guerre contre la Hongrie à propos de la Dalmatie. Le Sénat n’était pas au courant des conditions critiques de la capitale byzantine. Depuis Istanbul, l’ambassadeur vénitien rapporta la gravité de la situation et nota même que les Grecs envisageaient d’entrer sous la protection de Venise. Le Pape envoya son représentant, le nonce Pierre Thomas en Hongrie et à Istanbul pour préparer la formation d’une armée de croisés.

Thomas, qui devait devenir un héros croisé en Europe, travailla jour et nuit et se rendit à Buda pour mettre fin au conflit entre Venise et la Hongrie. À présent, la papauté devint consciente des dangers des avancées ottomanes en Europe et décida de lancer une attaque croisée pour reprendre Gallipoli, qui était considérée comme le passage clé vers Istanbul.

Grâce aux efforts incessants de Thomas, la première attaque des croisés contre les Ottomans eut lieu en 760 (1359).

 

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