OSMANLI

La bataille de Pelekanon (Eskihisar) 729 (1329)

 

Les années 730 (1330) marquent l’un des tournants de l’histoire ottomane. Entre 704 et 731 (1305 et 1331), les Ottomans s’installèrent à Adapazari et à l’est de Sapanca puis mirent Bursa, Iznik et Izmit sous pression par un blocus continu, à tel point que la ville d’Iznik fit face à la famine. Cela créa un sentiment d’alarme à Byzance. À l’époque d’Orkhan, les Ottomans conquirent le 2 Joumadah al-Oula 726 (6 avril 1326) la première Bursa et tentèrent une dernière fois de capturer Iznik et Izmit, les deux villes les plus importantes près d’Istanbul.

 

Il ne fait aucun doute que la victoire ottomane de Pelekanon en 729, comme la conquête d’Istanbul en 857 (1453), fut décisive dans l’histoire de l’État Ottoman et de l’Empire Byzantin. C’est après cette victoire que la ville d’Iznik se rendit en 731 (1331) et Izmit seulement six ans plus tard. Dans le même temps, de nombreuses petites forteresses, y compris Hereke, furent capturées et cela amena les Turcs dans les environs d’Istanbul du côté anatolien.

 

Les deux armées se rencontrèrent au printemps 729 (1329) dans un endroit appelé Pelekanon près du port de Gebze, à l’est de l’actuel Eskihisar. Le commandant en chef des forces ottomanes était Orkhan lui-même, tandis que l’armée byzantine était sous le commandement d’Andronic III, dont les forces étaient composées d’environ 2000 soldats.

 

L’Empereur arriva à Pelekanon avec l’espoir de protéger Iznik des Ottomans qui assiégeaient la ville depuis 27 ans. Après la prise de Bursa, la pression ottomane était devenue plus intense que jamais.

 

L’Empereur parvint à Pelekanon par Uskudar. Son plan était de traverser de l’autre côté du Golfe d’Izmit et de traverser la vallée de Yalakdere jusqu’à Iznik. Ayant découvert le plan, Orkhan occupa les collines entourant Eskihisar. L’armée byzantine ne fut donc pas autorisée à traverser la mer et fut vaincue à Pelekanon. L’Empereur fut blessé et contraint de fuir. La victoire de Pelekanon est décrite dans Hammer, et d’autres historiens après lui, comme la bataille de Maltepe, alors que Maltepe est loin de Pelekanon.

 

Les sources byzantines donnent la date exacte de cette bataille comme fin mai et début juin 1329. Le premier résultat de cette victoire fut la reddition d’Iznik, par laquelle les Ottomans atteignirent l’objectif de ‘Uthman, depuis 1300. La prise de Bursa et Iznik fit des Ottomans une menace sérieuse pour l’Empire Byzantin. C’est pour cette raison que nous considérons la victoire de Pelekanon comme un tournant dans l’histoire des Ottomans.

 

Cette bataille n’a pas été détaillée dans les chroniques ottomanes. La seule information dont nous disposons est celle d’une défaite de l’armée byzantine face à ‘Abd ar-Rahman Ghazi en collaboration avec Orkhan Ghazi. Domesticos Cantacuzène, qui était présent lors de la bataille, en donne une description détaillée. Nous nous concentrerons ici sur cet événement décisif.

 

La bataille de Pelekanon se déroula en deux temps. Au cours de la première étape, l’Empereur Byzantin prit la décision suivante devant sa cour militaire : « Nous allons attirer les Ottomans hors des collines vers les vallées et les affronter là-bas. » Et ils décidèrent de quitter la scène si cette stratégie ne fonctionnerait pas. Par conséquent, les Ottomans avaient déjà la supériorité stratégique.

 

Orkhan continua d’observer le champ de bataille depuis les collines, son plan étant d’encercler l’armée byzantine sur le terrain vallonné. Pour cela, avec une partie de ses forces, il tendit une embuscade dans une vallée. C’était la tactique de combat classique des Ottomans ; la même qui fut également appliqué contre les Hongrois lors de la bataille de Mohács.

 

Selon les détails donnés par Cantacuzène, le premier jour de la bataille, le 1er juin, Orkhan Ghazi envoya environ 300 cavaliers contre les positions byzantines afin d’attirer l’ennemi vers les collines. Ils s’approchèrent des forces byzantines, lancèrent leurs flèches puis se retirèrent. Le but était clairement de tirer les forces byzantines de leurs positions et de les attirer vers les collines. La même tactique fut répétée à plusieurs reprises.

 

Au début, les forces byzantines ne quittèrent pas leurs positions tout comme forces d’Orkhan sur les collines. Mais le deuxième jour de la bataille, l’Empereur envoya un groupe de ses forces en avant pour détruire les assaillants. Orkhan envoya immédiatement certains de ses soldats, sous le commandement de son frère Pazarlu, dans la plaine. En réponse à cela, l’armée byzantine se manifesta également et la confrontation se transforma en un affront total entre les deux armées. Au cours de la bataille, l’Empereur Byzantin fut blessé. Les soldats byzantins commencèrent à s’enfuir dans un état de panique. L’Empereur, malgré ses blessures, fit de son mieux pour empêcher la panique, mais en vain.

 

Puisque cette région était un passage vers l’Anatolie, les Byzantins y avaient construit une série de forteresses au cours des siècles. Il y en avait quatre principales : Flokrinia ou Flokren à Kaleburnu, Nikitiaton près de Flokren, Darica (Daritzion) et Eskihisar. La dernière d’entre elles survécut jusqu’à aujourd’hui, se tenant en plein milieu du passage.

Dans un état de panique, les soldats byzantins tentèrent de se réfugier dans ces forteresses alors que les forces d’Orkhan les poursuivaient. Voyant qu’il ne pourrait pas arrêter la panique, l’Empereur Byzantin s’enfuit à Istanbul, porté sur un tapis.

 

Ce fut une grande victoire pour les Ottomans. Cantacuzène tenta de décrire cette défaite comme une victoire des Byzantins. Contrairement à son récit, l’autre historien contemporain Nicéphore Grégorius, donne une narration complètement différente et plus véridique de la bataille.

 

Après la défaite de l’empereur, les habitants d’Iznik n’eurent aucun espoir de persévérer et alors que les Ottomans intensifiaient le siège, la ville se rendit à Orkhan le 21 Joumadah al-Oula 731 (2 mars 1331).

 

753 (1352) Les Ottomans en Europe

 

Le passage des Ottomans en Europe est toujours enveloppé jusqu’à nos jours de contes et sornettes légendaires, nées d’infinis mensonges, dans la littérature historique d’ailleurs toute comme l’histoire des Musulmans en général. Nous avons particulièrement détaillé cela dans notre Introduction à l’Histoire des Ottomans : Les Désistoriens.

En fait, nous avons tous les détails de cet événement dans les sources historiques contemporaines. La légende de la traversée des Dardanelles en radeaux doit avoir été le reflet de diverses attaques menées par les ghazi de Karasi avec leurs bateaux. Sur la base des archives historiques ottomanes, il est certain qu’un jeune grec, qui fut capturé puis embrassa l’Islam, était l’un des trois fils d’Asen, le commandant byzantin de Gallipoli. Ayant des désaccords avec ses frères, il se réfugia dans les territoires ottomans, embrassa l’Islam et guida les ottomans vers les territoires européens. À l’instar de la conquête d’Istanbul, la colonie de Roumélie fut un événement historique. Sans la colonie ottomane au-delà du détroit, les Ottomans, comme les autres états frontaliers turcomans, seraient restés un petit état en Anatolie. Grâce aux efforts du fils aîné d’Orkhan, Souleyman Bacha, les Ottomans capturèrent une tête de pont sur les sols européens.

 

Les événements historiques qui précédèrent les conquêtes de Souleyman Bacha en Thrace peuvent être résumés de la manière suivante. En fait, Aydinoglu ‘Umur Bey fut le premier Ghazi Bey à ouvrir la voie aux conquêtes balkaniques avec ses expéditions maritimes continues depuis Izmir, entre les années 729 et 744 de l’Hégire (1329-1344). Dans ces expéditions, il collabora avec Cantacuzène, son allié qui combattait en Thrace contre Jean V Paléologue à Istanbul. Avec sa marine légère, ‘Umur débarqua en Thrace et lanca des attaques dans les zones serbe et bulgare en tant qu’allié de Cantacuzène puis retournait chaque fois à Izmir avec ses navires remplis de butin.

 

En 744 de l’Hégire (1344), une puissante marine croisée s’empara de la forteresse d’Izmir et détruisit les navires de ‘Umur. ‘Umur fut tué en 748 (1348) en essayant de reprendre la forteresse. Il est à noter qu’Ibn Battouta entendit parler de son martyre en Syrie et partagea la douleur au monde islamique. Après la chute d’Izmir, les Ottomans devinrent les leaders du combat (ghazwa) et les groupes combattants commencèrent à se battre sous la bannière ottomane, lançant des attaques contre Thrace à travers les Dardanelles. Avant sa mort, ‘Umur Bey avait conseillé à Cantacuzène de conclure une alliance avec Orkhan.

L’aide turque était l’aide militaire la plus cruciale pour Cantacuzène, à la fois contre ses rivaux à Istanbul et contre le Roi serbe Stefan Dushan, qui avait l’intention de capturer Andrinople et Istanbul.

‘Umur et Orkhan considéraient une telle alliance comme essentielle pour leurs activités en Roumélie. Les Ottomans avaient déjà atteint les Dardanelles après avoir envahi le Karasi Beylik en 735 (1335). Des leaders Karasi Ghazi comme Ece Bey, Ghazi Evrenouz, Hajji Ilbayi et Ghazi Fazil encouragèrent les Ottomans à s’installer de l’autre côté des Dardanelles.

 

En 746 de l’Hégire (1346), Cantacuzène cimenta son alliance avec le souverain ottoman en donnant sa fille Théodora à Orkhan comme épouse. L’année suivante, Cantacuzène, avec le soutien d’Orkhan, entra à Istanbul et fut proclamé coempereur avec Jean V.

On peut dire que l’Empire Byzantin tomba sous la protection d’Orkhan. En utilisant les forces ottomanes, l’Empereur Cantacuzène put maintenir la souveraineté byzantine en Thrace contre le roi serbe. En 753 (1352), Souleyman Bacha, tout en marchant pour soutenir les forces byzantines détruisit une armée serbe en Thrace.

Puis, il se rendit à Andrinople et fut accueilli par Cantacuzène comme un sauveur. Dans les sources ottomanes, cette victoire de Souleyman Bacha fut généralement confondue avec la conquête d’Andrinople de 762 (1361) et la bataille de Chirmen (Sirpsindigi) de 772 (1371).

La victoire de Souleyman Bacha en 753 (1352) lui permit de s’installer en Roumélie. Avant de retourner en Anatolie, il laissa un groupe de soldats dans une forteresse appelée Tzympe du côté européen des Dardanelles afin de préparer la campagne militaire de l’année prochaine. Il en fit une tête de pont pour sa conquête ce qui provoqua l’alarme à Istanbul. La proposition de Cantacuzène de racheter l’endroit fut rejetée par Souleyman Bacha qui au contraire, fortifia cette forteresse avec plus de forces qu’il apporta d’Anatolie. Les Beys Karasi qui s’étaient installés en Roumélie avaient déjà commencé leurs conquêtes dans la péninsule de Gallipoli d’une part, et dans le sens Rodosto-Malkara d’autre part. Les colonies turques semèrent la panique à Istanbul et les Byzantins réalisèrent à quel point leur ville était désormais encerclée à la fois du côté anatolien et du côté européen.

 

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