OSMANLI

Certains des facteurs qui aidèrent le Sultan Orkhan à atteindre ses objectif

 

(1) Le système périodique suivi par le Sultan Orkhan et l’apprentissage des efforts de son père ‘Uthman, ainsi que la disponibilité de moyens matériels et conventionnels, les aidèrent à libérer les régions byzantines d’Anatolie. Les efforts du Sultan Orkhan furent caractérisés par sa fermeté démontrée en élargissant son état, cependant, le monde chrétien ne prêta pas beaucoup d’attention à la propagation de l’État Ottoman, jusqu’à ce que les Ottomans aient traversé la mer et pris Gallipoli.

 

(2) Lors de leurs affrontements militaires contre les nations balkaniques, les Ottomans furent connus pour leurs rangs unifiés et l’objectivité de leur école de pensée religieuse (sounnite).

 

(3) L’État Byzantin atteignit sa chute, alors que sa société subissait une crise politique, ainsi qu’une rupture religieuse et sociale, qui tous aidèrent les Ottomans à prendre le contrôle des régions byzantines.

 

(4) La faiblesse de la coalition chrétienne, due à un manque de confiance entre les autorités au pouvoir dans l’État Byzantin et leurs alliés, comme la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie.

 

(5) Les différences religieuses entre Rome et Constantinople, entre les catholiques romains et les chrétiens orthodoxes, qui laissèrent une profonde impression dans l’esprit des deux groupes.

 

(6) L’apparition du nouveau système militaire, basé sur les principes de la foi, avec des méthodes éducatives et des objectifs divins, fut supervisée par les meilleurs chefs militaires ottomans.

 

 

Orkhan Ghazi fut élevé et formé pour devenir le futur Bey. ‘Uthman Ghazi, son père, l’envoya dans une série de campagnes avec des commandants expérimentés tels qu’Aqsha Koja, Qonouralp et Qoshe Mihai afin qu’il soit prêt pour sa carrière. Puis il remit sa principauté à son fils après que ses souffrances causées par la goutte l’aient rendu incapable de marcher. Peu de temps après la mort de son père, Orkhan monta sur le trône sans concurrent en vue. En fait, personne ne disputa son ascension au pouvoir malgré le fait qu’il avait d’autres frères.

 

La grande conquête de Bursa en 1324 marque l’ascension d’Orkhan Ghazi sur le trône. Bursa, de l’autre côté de la Mer de Marmara par rapport à Constantinople, devint le nouveau centre du beylik ottoman. Il est bien connu que de nombreux projets de construction entrepris à Bursa juste après la conquête rénovèrent la ville. Orkhan Ghazi construisit des établissements marchands ainsi que des bazars ouverts et couverts dans le but de faire de la ville de Bursa un centre commercial. À l’occasion de sa visite à Bursa, dix ans après la conquête, le célèbre voyageur contemporain Ibn Battouta décrivit la ville comme « une grande ville avec des bazars animés et des rues larges. »

La principauté frontalière ottomane n’était qu’une des nombreuses principautés de la période de formation, au cours de laquelle ‘Uthman Ghazi devint le Bey. Cependant, les activités historiques initiées sous le règne d’Orkhan Ghazi attribuèrent à la principauté ottomane une structure plus tardive lui permettant de trouver un vaste territoire de conquête vers les Balkans et de la relier à toutes les autres principautés au cours des trente prochaines années.

 

Après la conquête de Bursa, les ghazi ottomans conquirent les forts de la côte nord-ouest anatolienne, notamment ceux de Kocaeli, Kartal et Aydos, pour atteindre le Détroit de Constantinople du côté anatolien. Une autre victoire ottomane fut scellée en l’an 729 de l’Hégire (1329) lors de la bataille de Pélékanon (Maltepe), initiée par l’Empereur Byzantin Andronic III près de Danca dans le but de lever le siège autour d’Iznik et de récupérer les terres qu’il avait perdues au profit des Ottomans. Au cours de cette bataille, l’armée byzantine fut défaite par l’armée ottomane et l’Empereur Byzantin Andronic III put s’échapper blessé.

Andronic III proposa alors un traité de paix au Sultan Ottoman Orkhan Bey en 730 de l’Hégire (1330) et proposa aux Ottomans de ne pas attaquer les territoires byzantins en Bithynie en contrepartie du versement d’un tribut de 10000 pièces d’or byzantin. Cette victoire montra aussi à quel stade les Ottomans étaient parvenu à cette époque. Les Ottomans conquirent ensuite Iznik (Nicée) en 731 de l’Hégire (1331), Gemlik en 734 (1334) et Izmit (Nicomédie) en 737 (1337). En conséquence, il ne resta plus aucun territoire à proximité pour subjuguer les seigneurs de Byzance.

 

Le succès ottoman incarné dans le personnage d’Orkhan Ghazi vint comme une chaîne d’évènements interconnectés et lui donna accès à de nombreuses portes qu’il n’aurait peut-être jamais espérées. Les conflits internes dont souffrit la principauté turcomane de Karesid à l’est des Dardanelles donnèrent à Orkhan Ghazi l’occasion de revendiquer cette principauté. L’acquisition de la principauté de Karesid, première principauté d’Anatolie à rejoindre les Ottomans, en 746 de l’Hégire (1345), amorcèrent les activités navales lorsque les ghazi des Karesid commencèrent à préconiser une campagne à travers les Dardanelles.

 

En réponse à la demande de Johannes Cantacuzène, qui souhaitait être couronné empereur de Byzance après la mort de l’Empereur Andronic III Paléologue, Orkhan Ghazi envoya l’armée commandée par son fils Souleyman Bacha à Edirne et aida Cantacuzène à subjuguer la pression exercée par les Serbes et les Bulgares en 753 (1352). À travers cette relation, les Ottomans entrèrent en Europe et s’installèrent dans le fort de Qimpe (Tzympe) à Gallipoli en 754 (1353). Ce fut leur première colonie dans les Balkans à travers les Dardanelles où ils obtinrent une base militaire à utiliser pour de nouvelles conquêtes. Contrairement aux idées reçues, les demandes incessantes de Cantacuzène aux Ottomans afin qu’ils évacuent le fort prouvent que ce fort ne fut pas remis par l’Empereur de Byzance. Plus tard, Souleyman Bacha assiégea la forteresse de Gallipoli et commença à attendre sa reddition. De manière tout à fait extraordinaire, un violent tremblement de terre survint la nuit et détruisit les murs de la forteresse. Les Ottomans s’emparèrent de la forteresse beaucoup plus facilement qu’ils ne l’auraient imaginé, procédèrent aux habituelles réparations et retournèrent chez eux. Cela marque le premier peuplement permanent de Musulmans dans les Balkans ainsi que le premier signe de l’Islam dans la région qui ne sera jamais éradiqué.

 

La nouvelle atteignit Byzance et l’ensemble du monde chrétien avec une énorme anxiété. L’Europe prépara une croisade, cette fois-ci non pas pour récupérer Jérusalem mais pour sauver Constantinople des Ottomans. Grégory Palamas, l’Archevêque de Salonique qui avait été fait prisonnier de guerre au cours de ces années, déclara que les Ottomans lui avaient déclaré : « Dieu est leur plus grand défenseur pour faire avancer l’Islam de manière constante, de l’est vers l’ouest et c’est une preuve manifeste que l’Islam est la vraie religion. »

 

Orkhan Ghazi, qui poursuivit une superbe politique de peuplement pour assurer la permanence des conquêtes dans les Balkans, installa de nombreuses familles musulmanes d’Anatolie dans les terres nouvellement conquises et établit de nouvelles villes musulmanes dans les Balkans. Les émigrants qui firent le sacrifice de quitter leurs résidences permanentes pour s’installer dans un lieu inconnu jouèrent un rôle fondamental dans l’expansion de l’Islam et dans l’essor de leur principauté.

 

Cependant deux événements au cours de cette période interrompirent la progression des Ottomans dans les Balkans. Premièrement, Sehzade (héritier) Khalil fut kidnappé très jeune en 757 (1356) par des pirates génois au cours d’une excursion en bateau le long des rives d’Izmit. En 757 (1359), l’Empereur Byzantin Jean VI Cantacuzène navigua avec sa marine à Foga (près d’Izmir), paya 100000 pièces d’or pour lui porter secours, et le retourna à son père Orkhan Ghazi à Izmit. Deuxièmement, l’absence de Souleyman Bacha, décédé après être tombé de son cheval lors d’une expédition de chasse. Orkhan Ghazi attribua à son fils Sehzade Mourad les futures conquêtes dans les Balkans. Pour que l’absence de son frère aîné ne se fasse pas sentir, Sehzade Mourad fit de son mieux et se concentra sur les conquêtes en Roumélie avec son tuteur Shahin Bacha.

 

La nouvelle de la perte de son grand fils qu’il aimait tant détruisit pratiquement Orkhan Ghazi, qui était alors âgé de soixante-dix ans. Il demanda à Sehzade Mourad de diriger l’état, puis s’isola pour s’éteindre quelques années plus tard, en 763 (1362), très probablement à Bursa.

Orkhan Ghazi conquit trois villes majeures de l’époque : Bursa (Brousse), Iznik et Izmit et joua donc un rôle primordial dans la croissance de la principauté ottomane. Il transféra les Musulmans, confinés en Anatolie durant trois siècles, sur le continent européen grâce à ses conquêtes en Roumélie.

 

À cet égard, alors que ‘Uthman Ghazi permit la transition de sa tribu mineure Qayyi à une grande principauté, son fils Orkhan Ghazi entama le processus de transformation de la principauté en un état. Ce fut sous son règne et pour la première fois que l’administration, l’armée et la législation furent structurées. Le conseil d’état réunit sous sa direction sera également le point de départ du futur Conseil Impérial Ottoman. Alors que les provinces conquises étaient cloisonnées et réparties entre les ghazi, qui constituaient en quelque sorte une structure féodale pendant le règne de son père, Orkhan Ghazi construisit une administration centralisatrice qui assigna les fonctionnaires aux terres nouvellement conquises sous le conseil des Vizirs de la classe élite-intellectuelle.

 

Après le siège d’Izmit, Orkhan Ghazi insista pour que sa principauté dispose d’une armée de métier. Par conséquent, il établit une armée régulière composée d’unités d’infanterie et de cavalerie. En outre, le premier établissement d’enseignement supérieur, appelé Madrassa, ouvrit ses portes à Iznik en 731 (1331) et fut dirigé par Daoud de Kayseri, l’un des plus éminents universitaires contemporains.

 

Les sources racontent qu’Orkhan Ghazi construisit deux complexes de mosquées à Bursa et à Iznik pour divers services de bienfaisance pour la communauté. Il servit parfois de la soupe aux pauvres dans les cuisines de ses complexes. Orkhan Ghazi fut un dirigeant religieux. Il était aussi un commandant intelligent. En fait, il était un commandant si courageux qu’il montait à cheval et dirigeait son armée depuis les tout premiers rangs. Il accomplit la volonté de son père et fut toujours parmi le peuple et pour le peuple.

 

Célèbre pour son caractère sans prétention, Orkhan Ghazi fut recommandé par son frère ‘Ali ‘Ala’ ad-Din à son père pour qu’il succède au trône. Les sources ottomanes montrent qu’il ne chercha pas mais accepta le trône que sur l’insistance son frère de le faire.

 

Le voyageur Ibn Battouta, qui rencontra Orkhan Ghazi à Bursa, rapporta dans son Voyages d’Ibn Battouta :

« Ikhtiyar ad-Din Orkhan Bek, Ibn Sultan ‘Othman Tchouk (Petit Othman). Ce Sultan est le plus puissant des rois turcomans, le plus riche en trésors, en villes et en soldats. Il possède près de cent forts, dont il ne cesse presque jamais de faire le tour. Il passe plusieurs jours dans chacun d’eux, afin de les réparer et d’inspecter leur état. On dit qu’il ne séjourna jamais un mois entier dans une ville. Il combat les infidèles et les assiègent. C’est son père qui conquit les Grecs la ville de Bursa et son tombeau se trouve dans la mosquée de cette ville. On raconte que ce prince assiégea la ville d’Yiznik pendant environ vingt ans, et qu’il mourut avant de la prendre. Son fils en fit le siège durant douze ans et s’en rendit maître. Ce fut là que je le vis. »

 

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