OSMANLI

Leçons apprises et résultats de la bataille de Chisma

 

Réflexions de la bataille de Chisma en Russie

 

Les récompenses à verser aux marins russes qui participèrent à la campagne de la Mer Égée furent définies en 1190 (1776). Le 22 Joumada ath-Thani 1190 (8 août 1776), les sommes d’argent récoltées s’élevaient au total à 630388 roubles.

 

Comparaison des marines ottomane et russe et leçons apprises

 

En 1182 (1768), lorsque le gouvernement ottoman déclara la guerre à la Russie, il possédait 22 galions et 22 galères déjà en service. De plus 8 galions et 40 galères étaient en construction. On suppose que pendant la bataille de Chisma, la flotte ottomane avait environ 24 à 26 galions et 40 galères dans son inventaire.

La flotte ottomane participa à la bataille de Chisma avec dix galions, une galère royale, six galères, cinq brigantins et petits navires de différents types sous le commandement de Houssam ad-Din Bacha qui furent mis à la disposition du Grand Amiral de l’île de Lesbos le 29 Dzoul Qi’dah 1183 (26 mars 1770) où il était de service en tant que gardien de l’île. On suppose que ces navires contenaient environ entre huit cent cinquante et neuf cents canons.

 

Les noms et dates de construction des galions ottomans étaient :

Barq az-Zafir (vaisseau amiral de l’Amiral et Vétéran Gazi Hasan Bacha Cezayirli) avec trois soutes (1770).

Hisn-i Bahri (vaisseau amiral du Vice-amiral ‘Ali Bey) avec trois ponts (1758).

Ziver-i Bahri (navire amiral du Contre-amiral Ja’far Bey) avec trois soutes (1752).

Mukaddeme-i Seref (1760).

Semend-i Bahri (1760).

Mesken-i Bahri (1770).

Peleng-i Bahri (1770).

Tilsim-i Bahri (1770).

‘Iqab-i Bahri (1770).

Sayf-i Bahri (1768).

 

Il y avait neuf galions, trois frégates, un navire bombarde, quatre brûlots et quatre navires de fret armés dans la flotte russe pendant la bataille. Mais pendant cinq ans, les Russes amenèrent continuellement des navires de Russie, confisquèrent ou prirent le commandement des navires grecs, en plus de ceux qu’ils louèrent à la Grande-Bretagne. La flotte russe possédait environ neuf cents canons.

 

Selon la connaissance commune, la bataille de Chisma fut entre les Ottomans et les Grecs. Mais des amiraux de haut rang de Grande-Bretagne et du Danemark furent également en service dans l’état-major du commandement russe, et il y avait du personnel de ressortissants britanniques, français, suédois, albanais et grecs parmi les capitaines de galions et d’autres officiers. À savoir, les Ottomans ne se battaient pas contre les Russes mais contre une flotte de croisés.

 

De nombreuses sources écrivirent que toute la marine ottomane fut détruite à la fin de la bataille de Chisma. Ce qui voulait vraiment dire, c’est que tous les navires de guerre qui avaient contribué à la bataille avaient été détruits. À l’époque, les Ottomans avaient 26 galions et 30 galères. Par conséquent, ce qui fut effectivement perdu à Chisma représentait environ un tiers de l’Armada.

 

Il y a aussi des chiffres dépassant douze mille pour les pertes humaines des Ottomans. En fait, même le nombre de marins impliqués dans les batailles navales n’était pas proche de ce chiffre. Comme vous le savez les mécréants sont toujours prêts à exagérer les chiffres des pertes ennemies lorsqu’ils gagnent une bataille et diminuer les leurs quand ils perdent.

 

Comme on sait la plupart du personnel avait été débarqué dans le port de Chisma la nuit du raid, que les navires n’étaient pas amarrés de la côte plus loin de 100-200 mètres, que les plus petits navires étaient déjà au rivage, le nombre total de pertes pourrait difficilement être plus de cinq mille personnes. Les pertes en termes de larges navires étaient de dix galions et onze galères.

 

L’administration hydrographique russe a un document dans ses archives sur les pertes et les gains de la flotte russe entre 1182 et 1188 (1769 et 1774). Selon ce document, les 18 grands navires envoyés pour la campagne furent perdus et 4518 sur 12200 marins ne purent pas revenir. Compte tenu de ces chiffres, on peut supposer que les deux parties ont en fait subi des pertes similaires.

 

La différence la plus importante entre les flottes ottomane et russe, basée sur des facteurs tels que la fondation, le personnel, l’éducation, l’organisation, la logistique, la culture et l’institutionnalisation, était la formation du personnel. Il n’était pas très probable pour une marine qui était dans la phase de transition vers la période de galion de naviguer et de gagner une bataille avec le personnel rassemblé d’Anatolie qui était en fait des paysans qui travaillaient dans les fermes.

Il pourrait être suffisant pour la navigation d’une galère d’avoir 33 membres du personnel qui comprennent les principes de navigation, d’artillerie et de matelotage. Le reste du personnel fut utilisé comme rameurs ou pour se battre après que le navire ait été abordé. Par conséquent, un paysan qui travaillait en hiver pouvait se battre en été.

 

La tradition se poursuivit après la période de transition vers les galions. Mais le nombre de membres du personnel suffisamment compétents pour un galion n’était pas supérieur à quelques centaines et pour gérer les voiles, il fallait un travail d’équipe, et pour adapter la technologie de l’artillerie, une formation sérieuse était nécessaire. L’unité de marin n’était toujours pas fondée.

Les marins responsables de la bôme, qui déploient et ferment les voiles, qui sont également responsables des gréements et de la propreté et de l’ordre de tous les équipements furent appelés gabyar. Jusqu’en 1188 (1774), la marine turque ne contenait pas d’unité de gabyar. Cela signifie que pendant la bataille de Chisma, il n’y avait aucune unité dans les galions qui connaissait le maniement des voiles des galions et qu’il n’y avait aucune unité qui était directement responsable de cela. Jusqu’en 1242 (1827), seuls les Grecs d’origine Levend travaillaient comme gabyar. En Safar 1283 (septembre 1827), pour la première fois, 1000 jeunes musulmans furent classés comme jeunes gabyar.

 

Bien que les pouvoirs physiques étaient très différents, une marine non institutionnalisée est toujours vouée à être battue contre une marine bien éduquée qui agit sous une certaine discipline.

Le meilleur exemple de cela fut vécu le 2 Safar 1184 (28 mai 1770) lors de la bataille d’Anapoli. Dix galions de la flotte ottomane s’enfuirent devant trois navires de la flotte russe et se réfugièrent sous les batteries de la forteresse d’Anapoli. Il ne peut y avoir qu’une seule raison à la fuite d’une flotte trois fois plus forte que sa rivale : le manque d’éducation et de formation.

 

En 1715, la plupart des officiers de la marine russe étaient des étrangers, seuls quelques-uns étaient des Russes. En 1724, sur 82 officiers supérieurs, 19 seulement étaient russes et 23 britanniques, 17 danois, 13 hollandais et 5 allemands.

De cette manière, les Russes eurent la chance de se renseigner directement sur les inventions technologiques actuelles en Europe et de les mettre en œuvre. Mais la marine ottomane, à l’époque, n’était pas ouverte aux officiers étrangers, ils ne virent donc point ces innovations.

La flotte russe visita les quais de construction navale à Portsmouth, en Angleterre ou elle fut améliorée des soutes aux mâtes, toutes les pièces manquantes et l’instrumentation furent achevées, le personnel formé sur l’artillerie et les voiles. En revanche, les chefs ottomans ne crurent même pas aux informations sur la mobilisation des Russes de la Mer Baltique vers la Méditerranée par l’ambassadeur de France, en raison de leurs ignorances.

 

Par conséquent, la flotte à Istanbul partit sans les compléments nécessaires, sans formation suffisante, en fait complètement sans aucune préparation du tout, vers la Mer Égée.

Le fait que les commandants soient des marins formés par leur propre expérience est très important. Les commandants britanniques dans l’administration de la flotte russe furent en mer toute leur vie. Les pilotes britanniques étaient compétents en navigation. Il n’y avait pas de commandants formés dans la marine ottomane car il n’y avait pas d’écoles à cette fin. Les postes de capitaine pour les galions ou les postes d’amiral n’étaient pas basés sur les qualifications, mais les relations, la corruption et d’autres problèmes étaient les déterminants.

 

Les brûlots étaient très importants en tant qu’armes aux 17 et 18 ème siècles et ont toujours été dans les inventaires de toutes les organisations navales. Les Ottomans n’ont jamais pensé que c’était une manière équitable de combattre l’ennemi, c’est pourquoi ils n’ont jamais été inclus dans leur flotte et aussi une prévention contre ces navires n’a jamais été d’actualité. Ils payèrent pour cette erreur toute leur vie mais sans pour autant apprendre une leçon. Cinquante-deux années après l’incendie de l’Armada à Chisma le 21 Dzoul Hijjah 1237 (8 septembre 1822), notre navire amiral fut de nouveau incendié par un brûlot grec et le Grand Amiral Nassouhzade ‘Ali Bacha mourut sur ce bateau.

De grandes célébrations ont encore lieu en Grèce le 8 septembre, et l’incendie du navire est simulé sur un modèle réduit de bateau.

 

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