OSMANLI

 

Entre-temps, de grands trous furent faits dans les fortifications de la forteresse de Lemnos en raison des tirs intenses. Il était extrêmement difficile de réparer les fortifications qui s’étaient effondrées et la probabilité des Russes d’attaquer à travers celles-ci augmentait chaque jour. Ce qui suit est écrit sur le siège de Lemnos dans le journal de l’officier britannique :

« Entre 40 et 50 marins britanniques et suédois que les Russes embauchèrent dans le port de Livourne en septembre envoyèrent une lettre aux officiers britanniques de la marine russe. Les soldats britanniques sous le commandement du gentleman britannique Lord Effingham voulaient se porter volontaires pour une attaque contre la forteresse à travers les fortifications effondrées. Désormais, les nouveaux arrivants voulurent également participer à cette attaque, comme ils le déclarèrent dans leurs lettres (Zerma !).

 

Le jour suivant, entre 30 et 40 autres soldats britanniques arrivèrent d’autres navires. Le plan d’attaque fut élaboré et livré au Commodore Greig. Selon le plan, les marins britanniques et suédois devaient attaquer en première ligne avec leurs épées et leurs pistolets. Ceux-ci seraient suivis par 100 soldats les plus courageux du bataillon grec et le peloton grec de 200. Entre-temps, le reste des Grecs devaient également participer à l’attaque en portant des sacs de sable ou du bois, etc., pour réparer le mur effondré après être entré.

 

Ce système fut conçu sur la base de l’idée que le trou inférieur devait être attaqué en premier. Mais après y avoir réfléchi, ce plan fut abandonné. Le trou supérieur serait tout aussi facile à entrer et les résultats également plus avantageux. Lorsque ce trou deviendrait le nôtre, soit l’ennemi devait le laisser et défendre la forteresse intérieure à la place, soit laisser la forteresse intérieure ouverte contre le risque d’attaque.

 

Maintenant, tout le monde attendait l’heure d’attaquer et pensait que la victoire était très proche.

Tout était censé se dérouler comme prévu et les assaillants allaient être couronnés de gloire et d’honneur. Il allait y avoir trois fausses attaques contre la forteresse, donc la défense des Turcs pour garder le trou gardé était censée être moindre, du moins c’est ce que tout le monde croyait.

 

A ce moment où tout le monde attendait impatiemment, tout se détendit quand quelqu’un affirma :

« Il est évident que les Turcs souffrent du manque d’eau. Ils peuvent se rendre à tout moment. Il faut donc attendre encore un peu. Au cas où les Turcs ne se rendraient pas et que nous devions attaquer la forteresse à travers les trous, l’honneur de l’attaque initiale appartiendrait aux Britanniques. »

 

Finalement, le 29 Joumada al-Oula (20 septembre) les Russes apprirent que leur galion Svyatoslav était bloqué. Ce fut démoralisant pour les assaillants mais une bonne nouvelle pour les Turcs. Quand arriva le 14 Joumada ath-Thani (5 octobre), les Turcs n’avaient toujours pas abandonné mais il n’y avait plus d’eau dans la forteresse. Les deux parties décidèrent donc de conclure un traité pour laisser la forteresse aux Russes.

Les Turcs promirent de remettre la forteresse aux Russes lorsque les navires qui les emporteraient seraient arrivés et ils libérèrent certains des otages. Le lendemain dans l’après-midi, le camp russe décida de lever leurs tentes et ils reçurent l’ordre de se rassembler plus loin sur la colline. Car selon les informations qu’ils avaient reçues les troupes turques qui débarquaient du nord-ouest de l’île se préparaient à une attaque. La même nuit, tous les Russes et leurs partenaires reçurent l’ordre d’embarquer les navires.

 

Le Comte Orlov évalua les avantages et les inconvénients de l’arrivée de l’ennemi sur l’île et agit rapidement pour abandonner le siège. De cette manière, il renonça à un plan qui pouvait lui coûter la vie peu importe combien il était désiré ou combien de gloire il apporterait.

 

On découvre la présence en plus des Russes, des Suédois, des Français, des Britanniques, des Danois des Grecs et des Albanais contre les Ottomans, sur la base du journal de l’officier britannique.

 

Le 29 Joumada al-Oula (20 septembre), Elphinstone abandonna le navire et hissa le drapeau de l’amiral sur le galion Ne Tron Menya. Le galion Svyatoslav fut laissé sur le flanc et rempli d’eau à l’intérieur. Le 3 Joumada ath-Thani (24 septembre), Elphinstone rejoignit avec sa flotte la flotte d’Orlov à Lemnos.

 

Le traité sur la remise de la forteresse aux Russes préparé par les deux parties le 14 Joumada ath-Thani (5 octobre) incluait :

  1. Les Turcs doivent remettre toutes les armes et munitions, y compris les poignards, à un officier envoyé par les Russes,
  2. Chacun doit emporter avec lui les marchandises qu’il peut transporter,
  3. Chacun doit payer quatre pièces d’or pour le voyage à la sortie de la porte de la forteresse,
  4. Le délai pour le faire est de 24 heures,
  5. Les Turcs doivent remettre certains de leurs dignitaires en otages pour s’assurer qu’ils vont tenir leurs promesses.

 

Il n’y avait plus rien d’autre à faire pour les quelques personnes qui avaient défendu la forteresse pendant des mois. Cependant, l’Algérien Gazi Hassan Bacha refusa de rendre la forteresse et il était prêt à utiliser tous les moyens possibles pour la conserver.

 

L’Algérien Gazi Hassan Bacha apprit que les Russes avaient lancé une opération pour envahir Lemnos à son arrivée à Canakkale. Il rendit visite au Commandant en chef du Détroit de Moldovanci ‘Ali Bacha pour lui expliquer ses plans de raid sur les côtes de Tenedos et sur l’île de Lemnos.

 

L’arrivée de la flotte russe sous le commandement de l’Amiral britannique Elphinstone dans l’île de Lemnos fut acceptée comme un obstacle au raid que l’Algérien était censé effectuer. Mais quand l’Algérien Gazi Hassan Bacha comprit leurs plans pour faire de l’île une base militaire au cœur de la Mer Égée, il pensa qu’il devrait continuer à insister sur ses opinions. Selon lui, l’installation des Russes sur l’île de Lemnos et y garder une partie importante de leurs forces navales affecterait profondément l’état stratégique et économique des Ottomans en Méditerranée.

 

Lorsque l’Algérien Gazi Hassan Bacha insista sur son refus, le Commandant en chef ‘Ali Bacha se sentit obligé de faire part de sa proposition à Istanbul. Le Sultan ordonna la mobilisation de 2000 soldats de Canakkale et de 1000 marins pour les galions afin d’établir une unité d’urgence et d’envoyer cette unité sur l’île de Lemnos sous un commandant approprié.

 

Puisqu’il n’y avait personne d’autre de disponible pour le commandement du raid, l’Algérien Gazi Hassan Bacha reprit personnellement cette mission. Pendant ce temps, le Baron de Tott qui était à Canakkale à l’époque pensait que c’était une idée un peu folle et il ajouta qu’il n’y avait aucune chance pour qu’une telle opération réussisse.

 

Le Baron de Tott écrivit dans ses mémoires :

« Il (‘Ali Bacha) construisit des bastions dans la section la plus étroite du canal (Canakkale – Kilitbahir) plus à l’ouest des fortifications et à combiner avec celles-ci au cap Degirmen à Kumeli et au cap Barbiye en Anatolie. Il fit restaurer les autres bastions. Désormais, les Russes ne pouvaient plus constituer une menace sérieuse contre la chaîne. Les artilleurs turcs ayant été jugés trop naïfs, il se rendit à Istanbul pour fonder le centre d’apprentissage des artilleurs. Dans l’intervalle, il rencontra l’Algérien Gazi Hassan Bacha et reçut des informations sur la bataille de Chisma. Mais l’Algérien Gazi Hassan Bacha affirma qu’il pouvait lever le siège en débarquant quelques milliers de volontaires sur Lemnos transportés par de petits navires et bateaux, sans même emmener de canons, et isoler la flotte russe. Ce projet semblait le produit de la folie pour le Baron de Tott et lorsqu’il alla à Istanbul, il fit part de ses opinions négatives sur le projet et reçut cette réponse en retour du représentant du gouvernement qui lui avait effectivement permis cet acte : « Au cas où ils échoueraient de cette façon, nous nous débarrasserons de quelques vieux canons ! » Mais les Russes qui maintenaient la forteresse assiégée furent pris au dépourvu et s’enfuirent honteusement pour se réfugier dans leur propre flotte. Les Turcs n’avaient pas d’autres armes à feu que des pistolets, c’était encore assez pour effrayer la flotte russe pour lever l’ancre et s’échapper. De cette manière, l’Algérien Gazi Hasan Bacha accomplit l’impossible (Bi-idnillah).

 

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