OSMANLI

En fait, pendant la bataille d’Anapoli, les Ottomans avaient environ 900 canons dans leurs navires, la flotte russe n’en avait que 280. La différence s’accrue encore avec l’ajout des canons dans les forteresses. Il est difficile de trouver une explication logique à la raison pour laquelle un Grand Amiral doté d’un pouvoir aussi écrasant s’est mis à l’abri à l’intérieur d’un port au lieu d’attaquer l’ennemi et de remporter la victoire attendue, il est également difficile de comprendre comment il l’expliqua aux gens autour de lui.

 

Houssam ad-Din Bacha pensait que sa tactique était plus sûre puisque sa flotte avait moins de dégâts que celle de l’ennemi après la bataille d’Anapoli. En d’autres termes, Houssam ad-Din Bacha planifia des batailles à l’intérieur du port. Il affirma que ses artilleurs manquaient de formation, que c’était la raison pour laquelle il ne voulait pas attaquer l’ennemi et que la supériorité du nombre de navires importait peu.

 

Un esclave grec du nom d’Andrew Somenika, qui s’échappa du navire de Ja’far Bey dans un moment chaotique de la bataille, informa Elphinstone de toutes les caractéristiques des navires ottomans et des noms de leurs capitaines. Un autre Grec des îles les confirma et en plus il donna des informations sur l’endroit où les navires ottomans avaient été construits, leur âge, des informations sur leurs capitaines, les canons et les spécifications.

 

Le Commandant du Péloponnèse Mouhsinzade Muhammad Bacha appela et dit aux capitaines des navires le 3 Safar (29 mai 1770) qu’ils devraient lever l’ancre et naviguer pour attaquer l’ennemi.

Mais le Grand Amiral Houssam ad-Din Bacha affirma que les navires avaient subi de nombreux dommages, que leurs munitions s’étaient épuisées après la bataille qu’ils avaient traversée et déclaré qu’il ne soutenait pas l’idée d’une telle opération.

 

Après l’insistance de Mouhsinzade Muhammad Bacha, ils décidèrent de quitter le port. Dans la matinée du jeudi 4 Safar 1184 (30 mai 1770), ils sortirent du port pour naviguer en direction sud-ouest vers le cap de Menekshe. Le vent soufflant de la terre en direction de la mer était très approprié pour les Ottomans et ils naviguèrent très vite vers la flotte russe.

 

L’Amiral Elphinstone ordonna à la flotte de prendre la position de combat à 8 heures. Mais le Commodore Barsch du navire Saratov quitta son poste et envoya un message à Svyatoslav via le pilote britannique Mc Boyd à 11 heures.

Dans son message, Barsch écrivit que les Turcs approchaient, et qu’ils étaient supérieurs en nombre, et même si l’Amiral Elphinstone n’avait pas peur d’eux, il abandonnait pour se sauver.

Elphinstone savait que ses chances de combattre la marine ottomane étaient encore plus faibles depuis qu’il avait perdu la puissance du navire du Commodore Barsch. La flotte russe se retourna et se dirigea vers Navarin.

 

 

Il y a une autre question intéressante à ce stade. Cette fois, il y avait des problèmes dans la chaîne hiérarchique de la flotte russe. Mais le Commodore ne serait pas tenu responsable de ce qu’il avait fait et il avait le droit de faire ce qu’il a fait. Sur la base des règles de guerre russes, un capitaine de navire avait le droit de ne pas obéir à son commandant qui ordonnait d’attaquer une flotte qui avait plus de pouvoir que la sienne.

 

Houssam ad-Din Bacha changea également la route vers le nord-ouest avec l’excuse que des rafales de vent avaient commencé à souffler dans la direction opposée. Ensuite, les flottes s’éloignèrent les unes des autres. Le vendredi 6 Safar 1184 (1er juin 1770) à midi, la flotte russe était à 12 milles du cap de Saint-Ange. La flotte ottomane s’amarra dans l’île de Suluca (Spetse).

Les événements de la bataille d’Anapoli furent expliqués en gros et en détail par un marin du navire de Hassan Bacha dans une lettre qu’il écrivit au Sultan. L’original de cette lettre connue sous le nom de lettre Samos se trouve au musée de Topkapi.

 

La Bataille de Suluca

 

À l’aube du septième jour de Safar (2 juin), toute la flotte russe avait traversé le passage entre le cap de St. Angelo et Sergio Island. À 09h00, il y avait 4 galions, 1 frégate et 1 navire de fret dans le Golfe de Mataban. Il s’agissait de la flotte sous le commandement de Fyodor Orlov et de l’Amiral Spiridov. Mais les commandants de flotte ne firent rien fait d’autre que de se battre lors de la première réunion. Fyodor Orlov qui participa au Conseil de Guerre ne pouvait pas contrôler les amiraux en colère. Spiridov demanda les conseils d’Elphinstone pour la flotte combinée.

 

Spiridov arriva au cap Mataban le 26 Dzoul Hijjah (22 avril 1770) pour récupérer les soldats russes qui y étaient précédemment débarqués. Les soldats russes reçurent l’ordre de ne pas rejoindre les troupes du Comte Orlov et expliquèrent cette situation à l’Amiral russe.

La situation dans laquelle se trouvaient les soldats russes semblait très impuissante. Les Grecs du Péloponnèse qui craignaient que les Ottomans ne les punissent si leurs plans échouaient, ne voulurent pas aider les Russes.

 

Le messager envoyé à l’Amiral commandant revint et expédia le message que les navires allaient partir pour les recueillir et que les marins devaient donc immédiatement venir au rivage. Alors que les Russes se préparaient à battre en retraite, les Maniotes, armés de l’idée que les Russes allaient les soutenir, se mirent en colère et commencèrent à se retirer vers les montagnes pour échapper aux Turcs.

Dès que les soldats arrivèrent sur la côte, ils furent aussitôt embarqués sur les navires et laissèrent les Maniotes seuls avec leur propre destin. Elphinstone, dit à Spiridov qu’il pouvait se battre sous son commandement s’il voulait chasser et combattre les Turcs. L’amiral Spiridov n’accepta pas l’offre de devenir le Commandant de la flotte. Il voulait qu’Elphinstone continue sa guidance. L’Amiral russe devait observer les codes qu’Elphinstone allait lui envoyer et envoyer les mêmes codes aux navires derrière lui. À cette fin, le navire de Spiridov fut équipé du même jeu de drapeaux de code que celui d’Elphinstone.

 

Le dimanche 8 Safar (3 juin 1770), la flotte russe s’avança dans le Golfe d’Anapoli sous la direction d’Elphinstone. Mais la flotte de Spiridov resta en arrière et disparue. A 10 heures, Elphinstone vit la flotte ottomane naviguer près de l’île de Spetse. Un code fut envoyé à la flotte de l’Amiral Spiridov en ce sens que l’ennemi était vu et qu’il devait lever ses voiles mais la flotte de Spiridov ne répondit pas pendant plusieurs heures. Depuis que la flotte de Spiridov naviguait avec leurs voiles enroulées deux fois, et avec des mâts haut de gamme non installés, la distance entre eux ne cessa de s’allonger.

 

Le lundi 9 Safar (4 juin) à 10 heures, Elphinstone localisa la flotte ottomane autour de Sulucalar (îles Spetse) et ordonna immédiatement de se diriger vers l’ennemi. Ces codes ne furent pas été répétés par la flotte de Spiridov ni même n’eut de réaction.

Lors de cet événement, Elphinstone envoya le lieutenant Mc Kenzie au vaisseau amiral de Spiridov avec un bateau, pour les informer que l’ennemi avait été vu, qu’ils devaient obéir aux ordres donnés et informer immédiatement les autres navires. Il y avait une distance d’environ cinq heures entre les deux flottes.

 

À 16 heures, la flotte d’Elphinstone approcha la flotte ottomane avec les navires Ne tronmenya, Saratov, Adezhda et Africa à l’avant. La flotte de Spiridov suivait toujours de loin.

 

Le Grand Amiral Houssam ad-Din Bacha quitta le port d’Anapoli et chassa la flotte russe puis estimant que les conditions météorologiques n’étaient pas propices à la navigation, il changea de route et s’amarra décidément dans l’île de Suluca (Spetse). Gazi Hassan Bacha Cezayirli ne voulut pas y rester amarré et voulut combattre l’ennemi, mais sa lutte se termina sans solution.

 

Pendant les deux nuits que Houssam ad-Din Bacha passa à cet endroit, il fut informé que les flottes russes étaient unies et qu’elles cherchaient la flotte ottomane. Il décida alors de lever l’ancre et de s’éloigner de la région, afin d’éviter une bataille contre eux. Mais le Grand Amiral fut détecté par la flotte russe avant même qu’il n’ait eu la chance d’aller loin et un affrontement devint inévitable. À ce moment, ils se dirigeaient vers l’est au sud de l’île de Camlica (Hydra).

 

L’ordre de bataille fut immédiatement pris. Le galion Burcu Zafer portait le fanion de Gazi Hassan Bacha Cezayirli, et un autre galion Housn-i Bahri portait le fanion de ‘Ali Bey Patrona. Ces deux-là étaient dans un duel de canons contre les galions russes Ne tronmenya et Saratov, pendant trois heures, jusqu’à ce que le soleil se couche. Pendant ce temps, les navires d’Houssam ad-Din Bacha et de Spiridov étaient loin, et ceux-ci finirent par regarder la bataille.

Les pistolets n’étaient pas vraiment efficaces car la distance entre eux était trop grande. Le vent cessa de souffler dans la soirée et les navires étaient dans la même position que précédemment. Les galères ottomanes et les autres galères qui les accompagnaient se dirigèrent directement vers les galions et les remorquèrent hors du golfe. La nouvelle route de la flotte ottomane était l’île de Termiye (Kythnos).

 

Views: 0