OSMANLI

‘Uthman Ghazi, qui avait résidé à Yenishehir, choisit Iznik (Nicée) comme prochain domaine de conquête. Il assiégea Iznik après une série d’incursions initiales. En apprenant le siège de la ville, Byzance mobilisa des troupes pour une mission de secours. De plus, les seigneurs locaux de Bursa, Kestel et Orkhaneli, de Byzance, lancèrent une attaque contre les Qayyi. ‘Uthman Ghazi, informé des efforts de secours collectifs de l’ennemi, lanca un assaut majeur lors de la bataille de Koyoun Hissar (Bataille de Bapheus) pour déclarer la victoire finale le vendredi 30 Dzoul Qi’dah de l’année 701 de l’Hégire (27 juillet 1302). Les survivants grecs se réfugièrent par nécessité dans la forteresse d’Izmit. Malgré le fait que ‘Uthman Ghazi maintint le siège et attendit patiemment la capitulation éventuelle de la ville, Iznik ne sera pas compter pas à son actif mais c’est son fils Orkhan Ghazi qui prendra la ville en 731 (1331).

 

La Bataille de Bapheus

 

Sur les événements qui précédèrent la bataille de Bapheus. Il est rapporté dans le Tawarikh-i Al-i ‘Uthman de Bashir Chalabi :
« Un autre fils naquit à ‘Uthman et il lui donna le nom de ‘Ali Bacha. Il resta chez son père pendant qu’Orkhan Ghazi était actif dans la conquête de terres. Il s’empara de Koprou-Hissar (forteresse ou Hissar) et laissa ses ghazi la piller. Ensuite, il arriva et assiégea Iznik. À cette époque, Iznik était une ville extrêmement bien fortifiée, réputée et peuplée. Elle était encerclée de marais sur ses quatre côtés, si bien qu’aucune armée ne pouvait s’en approcher. En outre, sa population était très nombreuse. On raconte que, de chacune de ses quatre portes, un millier d’hommes montés sur des chevaux unicolores pouvaient sortir à tout moment. Vous pouvez estimer, par comparaison, combien ils étaient d’hommes montés sur des chevaux unicolores et combien la ville était peuplée. Mais à cette époque, les ghazi étaient bien entraînés et chacun d’eux ressemblait à un dragon et ne tournait pas le dos, même s’il était attaqué par mille mécréants. Ils avaient une foi inébranlable en Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, et Allah leur accorda Ses Faveurs. Alors, bénis dans leur foi, ils vinrent et pillèrent le pays autour d’Iznik. Chaque fois que les mécréants sortirent attaquer, les ghazi, avec l’aide d’Allah, les vainquirent et les repoussèrent dans la ville. Finalement, les ghazi comprirent que cette ville ne pouvait pas être prise d’assaut car elle était protégée par l’eau des quatre côtés et qu’il ne serait en aucun cas possible de s’en approcher. Alors, ils changèrent de tactique et construisirent une tour de guet sur le flanc de la colline du côté de Yenishehir et dans laquelle ils laissèrent une garnison.

Un homme fort, alors réputé pour sa valeur, connu sous le nom de Taz ‘Ali, y fut posté avec quarante hommes sous son commandement pour surveiller et intercepter le trafic de la ville avec le monde extérieur. De nos jours, ce petit fort s’appelle Taz-‘Ali-Hissari. Il y a un rocher élevé au-dessus du fort au pied duquel une source fournit de l’eau fraîche et qui porte à présent le nom de Taz-‘Ali-Pinari.


Par la suite, les mécréants, ainsi étroitement contrôlés, restèrent confinés dans leur ville, car les ghazi lors de leurs raids ne les laissèrent pas quitter les portes de la ville. Personne de l’extérieur ne put entrer à Iznik. Assiégés dans la ville, les incroyants envoyèrent finalement un jour, un homme au Takfour[1] d’Istanbul pour faire part de leur état, il lui dit : « Les Turcs nous ont attaqué, subjugués et coupé tout contact avec le monde extérieur ; nous ne pouvons rien faire pour changer la situation. Si vous pouvez nous aider, faites-le dès que possible, sinon nous ne pourrons pas résister. Ils prendront la ville et asserviront nos fils et nos filles. Si vous ne nous aidez pas, nous mourrons de faim. »
Ils lui demandèrent de l’aide car à cette époque Iznik était sous le règne du Takfour d’Istanbul. Lorsque le Takfour fut informé de la situation, il prépara plusieurs navires remplis de soldats et les envoya chasser les ghazi de la région d’Iznik. Les troupes à bord des navires, placées sous le commandement d’un homme de confiance du Takfour, devaient débarquer sur la côte à Yalak-Ovasi et se diriger ensuite vers Iznik pour lancer une attaque surprise sur les ghazi. Tandis qu’ils élaboraient ce plan entre eux, un espion travaillant pour les ghazi se retrouva parmi les troupes ennemies et apprit leur lieu de débarquement. Risquant sa vie, l’espion s’empressa d’aller informer les ghazi.
Par la suite, les ghazi se rendirent à Yalak-Ovasi et se cachèrent en embuscade près de du lieu où les incroyants devaient débarquer. De leur côté, les mécréants naviguant à bord de leurs navires arrivèrent puis commencèrent à débarquer de nuit sur la plage de Yalak-Ovasi et à se disperser autour. Tandis que chacun d’entre eux était occupé à guider son cheval et à rassembler ses armes, les ghazi, criant le nom d’Allah et se confiant à Lui, lancèrent une attaque surprise en précipitant leurs chevaux dans leurs rangs. Passant un grand nombre d’entre eux par l’épée, ils provoquèrent une telle panique et massacre parmi les troupes ennemies que Seul Allah connaît le nombre de ceux qui tombèrent. Le reste se précipita dans la mer et se noya. Seuls ceux qui furent suffisamment chanceux purent retourner à bord des navires. En bref, la plupart des incroyants périrent et seul un petit nombre d’entre eux put sauver leur vie. Une fois à bord des navires, ils ne pensèrent plus qu’à s’échapper. Ils arrivèrent à Istanbul et rapportèrent au Takfour ce qui s’était passé. En entendant la nouvelle, le Takfour devint accablé et gémi. Mais que pouvait-il faire d’autre que s’asseoir dans la patience et se sentir complètement impuissant ?

 

Lorsque les incroyants d’Iznik ​​apprirent la nouvelle de l’échec de Takfour, ils se lamentèrent et pleurèrent. Enfin, ils discutèrent de la situation entre eux et prirent une décision. Ils convinrent que ceux qui avaient choisi de fuir s’étaient déjà enfuis et que ceux qui étaient restés, n’avait pas d’autre choix que de se rendre et de se soumettre. Ils firent ainsi et soumirent la ville-forteresse aux ghazi. En gagnant la ville, les ghazi rassemblèrent un large butin.
Après avoir conquis Iznik, les ghazi se dirigèrent vers Yalak-Ovasi. À cette époque, cette zone était défendue par des forteresses dans les montagnes, dans des endroits difficiles d’accès et il y avait également d’innombrables colonies prospères autour d’elles. Sur les collines jusqu’à Iznikmid (Nicomédie), il n’y avait pas un seul arbre, mais de nombreux forts, villes et villages prospères. Les forêts, dirent-ils, recouvriront de nouveau ces collines lorsque la région deviendra inhabitée, après les attaques des ghazi. Ceci fut rapporté par ceux qui vécurent à cette époque et c’est véridique. Ils affirmèrent qu’il y avait plusieurs raisons dues à la transformation de la région. L’une d’elle était que la région était vallonnée et accidentée donc difficile à pénétrer. Une autre est que beaucoup de gens qui fuirent par peur des ghazi vinrent s’installer dans cette région.

 

Selon Nashri :
Le Kitabi Cihan-Nouma de Nashri, fut achevée quelque part entre l’an 891 (1486) et 898 de l’Hégire (1493). C’est la plus ancienne compilation consacrée à l’élaboration de la tradition originale dans l’intérêt des revendications dynastiques. La traduction suivante de Neshri suit le texte critique établi par Unat et Koymen.


L’indépendance de ‘Uthman Ghazi et l’envoi d’une épée d’honneur du Sultan ‘Ala’ ad-Din pour l’honorer.

Après ses conquêtes de Bilecik, Yar-Hissar, Inegol et Yenishehir avec toutes leurs dépendances, ‘Uthman Ghazi, fit preuve de zèle pour une ghazwa supplémentaire et lanca un raid contre Iznik. Il arriva et coupa les routes qui menaient à la ville pour stopper toutes les provisions venant de l’extérieur. Lorsque la famine se répandit et que la population devint extrêmement affligée, ils envoyèrent secrètement un messager à travers le lac pour demander de l’aide à Istanbul. Une armée était sur le point d’être envoyé d’Istanbul. ‘Uthman s’adressa alors aux ghazi en ces termes : « Une armée assez nombreuse arrive d’Istanbul. Si nous quittons cet endroit et battons en retraite, les incroyants autour de nous deviendront aussi audacieux que des lions et nous attaqueront ; nous devons trouver un moyen de les repousser. »

Les ghazi répondirent : « Puisque nos forces sont peu nombreuses, nous devons demander de l’aide au Sultan ‘Ala’ ad-Din. » Ils envoyèrent donc aussitôt un message à Konya, rendant compte de leurs récentes conquêtes et de ce qui se passait. Entendant tout cela, le Sultan, extrêmement satisfait, décida de donner un tambour et un drapeau à ‘Uthman et ordonna à plusieurs milliers d’hommes de Sahibin-Kara-Hissari (Afyon Kara-Hissar) de les aider. Mais avant que le messager ne revienne, les troupes incroyantes en provenance d’Istanbul commencèrent à franchir le col de Dil. Les mécréants, croyant que les Turcs s’étaient enfuis campèrent sans prendre de précautions. ‘Uthman captura un homme de la forteresse de Yalak-Hisarri et, informé de l’insouciance des Koufar, tomba soudainement dans l’obscurité de la nuit sur ceux qui étaient déjà passés par le détroit et les passa par l’épée. Ceux qui s’enfuirent se noyèrent dans la mer. Ceux qui ne franchirent pas le détroit rentrèrent à Istanbul. Les ghazi prirent beaucoup de butin.

‘Uthman ne se préoccupa plus ensuite d’Iznik et envoya la bonne nouvelle de la victoire à son peuple et avec l’intention d’atteindre sa capitale, il partit. Sa mère et d’autres membres de sa famille sortirent à sa rencontre à un ou deux jours de distance. Par coïncidence, le même après-midi, le tambour, le drapeau, l’attestation et la robe d’honneur du Sultan Seljouk arrivèrent. »

 

La version d’Ahmadi


La première référence au siège d’Iznik provient du poète Ahmadi qui écrivit sur les événements qui conduisirent au siège vers l’an 813 de l’Hégire dans son Iskendername, la section concernant les Ottomans :
«  Ce champion (‘Uthman) conquis Bilechouk, Inegol et Koprou-Hissar et ne s’arrêta jamais ; envoyant des troupes dans toutes les directions, il prit de nombreuses terres en peu de temps. Brûlant et détruisant le pays des incroyants, il assiégea Bursa et Iznik. »

 

Compilations réalisées sur l’ordre du Sultan Bayazid II : Tawarikh Idrissi Bidlisi et Kamal Pashazade écrits entre l’an 907 et 912 de l’Hégire.

« ’Uthman épousa son fils aîné, Orkhan, à Nilufer, à qui il accorda la province de Kara-Hissar, connue sous le nom de Sultan-Onu ; il accorda Eskishehir à son propre frère, Qoundouz Alp, et la forteresse d’In-Onou et Yound-Hissar à Aygoud Alp, la province et la forteresse de Yar-Hissar à Hassan Alp, celles d’Inegol à Tourgout Alp et finalement il légua l’ensemble des revenus de la province de Bileçouk au Sheikh Ede-Bali. ‘Uthman choisit ensuite Yenishehir comme capitale. Son plus jeune fils, ‘Ala’ ad-Din Basha, resta à Bileçouk aux côtés de sa mère. Lui-même resta la plupart du temps à Yenishehir. Puis en l’an 701, soit la troisième année après son accession au Sultanat, il marcha pour conquérir Koprou-Hissar. »

Après la chute de Koprou-Hissar, la forteresse de Marmara près de Koprou-Hissar et Dimboz se rendit. ‘Uthman retourna ensuite dans sa capitale avec l’intention de conquérir Iznik.


‘Uthman Bey considérait sa conquête comme l’une des entreprises les plus importantes et, sans prévenir, il se dirigea vers cette terre. ‘Uthman s’heurta à une forte résistance mais ses hommes débordèrent et dévastèrent la campagne à l’extérieur de la forteresse, pillant et tuant en se déplaçant. Avant de quitter les lieux, ils construisirent dans les environs d’Iznik une forte tour de guet et y placèrent une garnison d’une centaine d’hommes, qui empêcha les provisions d’atteindre cette grande ville peuplée. La tour construite par ‘Uthman fut nommée Targay-Hissari en l’honneur de l’un de ses hommes courageux et digne de confiance. Les ruines de cette tour sont encore visibles. »

 

 

 

[1] Seigneurs byzantins ou gouverneurs de villes et de forteresses en Anatolie et Thrace.

 

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