OSMANLI

Chapitre Trois

 

Comment la flotte effectue une campagne militaire dans la mer selon la loi

 

D’abord, un voyage est entreprit de Beşiktaş à Yedikule, puis ils y restent pendant un ou deux jours afin de coordonner. Puis ils se déplacent de là et d’Ekinlik, Gallipoli à Marmara et les cyprès dans le jardin de Piyale Bacha à l’extérieur du Boğazhisar sont tous des ports sûrs dans les tempêtes et entre quarante et soixante milles de distance. Pendant les campagnes, ils restent dans ces ports sûrs ; ils ne les évitent pas. Ils restent un jour dans le jardin des cyprès et obtiennent suffisamment d’eau. Ils envoient leurs petits bateaux au Boğazhisar qui est en face d’eux afin d’obtenir trente bûches de bois de pin pour espalmer les navires. C’est parce que cela ne se trouve nulle part ailleurs. Quand ils atteignent ce port, deux galiotes utiles vont à la recherche de la flotte et ils attendent à deux ou trois milles de la flotte parce qu’elle n’est pas sûre à l’extérieur des Dardanelles. Ensuite, ils font la même chose dans tous les ports sûrs. Puis ils se préparent après la prière de l’aube et se mettent en ordre avec la bastarda au milieu, d’autres vaisseaux tout autour, comme une poule couveuse qui marche lentement avec ses poussins sous ses ailes. Ils ne naviguent pas vite comme un navire messager. Les galiotes de surveillance mentionnées ci-dessus avancent d’environ trois milles et signalent s’ils voient quelque chose. Il y a aussi d’autres sentinelles derrière le Chambellan de l’Arsenal, qui sont suivis de dix galères essentielles, la bastarda et la flotte. Elle navigue avec une lanterne allumée la nuit. Ils naviguent à l’arrière pour remorquer les navires qui sont affaiblis, ceux dont les voiles sont déchirées ou les vergues brisées à cause des tempêtes et pour les aider. Deux navires begs partent une heure plus tard après la flotte afin de rassembler les soldats qui restent. Après le cap de Baba, le port de Sivrice, (les îles de) Lesbos et Chios sont atteints. De là, ils se dirigent vers les rives de Roumélie et arrivent à Avarin via Evia et Moton. C’est l’endroit où notre flotte se réunit et c’est un lieu de rassemblement majeur. Deux galiotes utiles sont envoyées sur les rives des mécréants pour que certains prisonniers soient utilisés comme informateurs. Messine est l’endroit à cinq cents milles qui est à travers Avarin et l’endroit où la marine des mécréants se rassemble ; c’est leur principal lieu de rassemblement. Les navires de la Papauté, de Malte, du Duché et de l’Espagne s’y rendent et communiquent avec Venise. Si les deux marines découvrent qu’elles se trouvent dans leurs lieux de rassemblement respectifs (c.-à-d. Avarin et Messine), alors ils ne quittent pas leurs ports et ils protègent ces zones. Ou s’ils sortent et mettent la voile dans une certaine direction, c’est la manière de le faire. Cependant, ils laissent les navires faibles dans le port. Certains d’entre eux partent du port d’Incir ou des régions plus en amont. Ils ont de l’eau tous les trois jours. Quand ils sont autour des îles, ils ne partent pas avant d’accomplir la prière de l’aube. S’ils atteignent un port dans l’après-midi, ils partent. Ils ne vont pas plus loin dans un port. Ils ne restent pas dans la mer à moins d’être en haute mer. Ce n’est pas la loi ; il a des inconvénients. Cependant, s’il est nécessaire d’aller de Rhodes à Alexandrie, qui est une distance de cinq cent milles, ils voyagent deux nuits dans la mer s’il y a du vent favorable. Sinon, le voyage prend alors environ trois à quatre nuits. Quand il faut aller de Moton, Avarin ou Tripoli au Maghreb, ce qui représente une distance d’environ sept cent milles, il faut environ trois nuits avec un vent favorable et il faut cinq à six jours s’ils doivent utiliser les avirons. Quand il est temps que les navires se préparent à appareiller, il leur est conseillé d’allumer leurs lanternes la nuit si une tempête éclate, et ceux qui n’ont pas de lanternes devraient aussi en avoir pour éviter les navires de se heurter les uns aux autres dans la tempête. Ils calculent la navigation de chaque navire jour et nuit et ils examinent les cartes. Si un vent défavorable les envoie dans la mauvaise direction, ils le marquent sur la carte et continuent leur chemin. Si, selon leurs calculs, il y a moins de quarante-cinquante milles devant eux la nuit, ils abaissent les voiles et laissent les navires avec le quartier-maître, c’est-à-dire que le navire navigue tout seul, puisque les rives arabes sont basses. Ils vérifient la profondeur de la mer par un fathomètre (le fathomètre sera expliqué dans le chapitre sur l’armement) et s’ils trouvent que la profondeur de la mer est d’environ vingt-trois brasses, ils s’ancrent, parce que cela leur permettrait d’y rester. Cependant, un galion se soulève, et ne permet pas un virage en rond. Lorsque le matin arrive, ils font ce qui est nécessaire. Un navire est espalmé deux fois, une fois tous les trois mois au besoin pendant une campagne militaire. Ils partent d’abord de Chios et ils arrivent à Evia, puis Moton et Avarin et ils les espalment encore une fois. Ils sont de nouveau espalmés au port de Foya, sur la côte anatolienne. Ils espalment les navires de la marine en premier. Les navires begs protègent le port dans la mer. Après qu’ils le sont, les navires des Begs sont également espalmés. Il n’est pas conseillé de les espalmer tous à la fois. Cela devint apparent dans l’année de Khalil Bacha. La différence de navigation entre un navire qui a été espalmé et celui qui ne l’a pas été est une double performance. Disons que si un navire qui a été espalmé il y a longtemps navigue à dix milles à l’heure, un navire récemment huilé naviguera à vingt milles à l’heure. Si une galère a été espalmée récemment et qu’elle navigue avec un vent favorable, elle peut couvrir deux cents milles de distance en quinze heures, selon ce calcul.

 

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