OSMANLI

La campagne militaire de Djerba

 

Quand l’hiver passa et que le printemps vint, le capitaine Piyale Bacha leva les voiles avec cent vingt galères le huitième jour de Rajab 964 (4 avril 1560). Quand ils atteignirent l’île de Koyun, une frégate arriva de Turgut Bacha, qui était gouverneur général de Tripoli. Elle apporta la nouvelle que la flotte des mécréants maudits était près de l’île de Djerba et qu’ils attendaient une chance pour attaquer Tripoli. Le Bacha mentionné ci-dessus envoya un capitaine appelé ‘Oulouj ‘Ali, qui était l’un des pirates les plus célèbres de l’époque, au royaume des mécréants avec quelques galères pour prendre des prisonniers qui seraient utilisés comme informateurs. Il tomba sur une barge. Pendant qu’ils se rassemblaient des deux côtés, d’autres navires arrivèrent de l’arrière et saisirent la barge en la bombardant avec des canons. Quand ils prirent les capitaines à l’intérieur prisonniers, ils furent envoyés à Istanbul avec leurs armes. Quand ils arrivèrent à Moton, Kurdoğlu Ahmed Beg, qui était le Beg de Rhodes, et Mustafa Beg, qui était le Beg de la région de Lesbos, les rejoignirent avec un certain nombre de navires. Il y eut de grandes festivités et ils rejoignirent la flotte. Ils se reposèrent là pendant un moment et leurs navires furent espalmés. Après avoir terminé leur équipement, ils placèrent leur confiance en Allah et naviguèrent en direction de la haute mer vers le côté arabe, vers le Maghreb, le cinquième jour après le coucher du soleil (le 1er mai 1560).

 

Le pillage de l’île de Malte

 

Ils naviguèrent pendant quatre jours et quatre nuits avec un vent favorable et le lendemain ils atteignirent la petite Malte. Quelques guerriers courageux débarquèrent et allèrent dans les maisons des mécréants et après avoir pris beaucoup de butin de guerre et mirent le feu à leurs maisons et jardins. Ils prirent des prisonniers pour servir d’informateurs et quand ils demandèrent des nouvelles sur la flotte des mécréants, ils dirent qu’il y avait quarante-neuf navires, certains étaient dans les eaux peu profondes près de Djerba et ils ne savaient pas que les navires des Musulmans étaient arrivés. Par conséquent, le galliot qui était venu de la région où se trouvait Turgut Bacha fut alors envoyé à la personne mentionnée ci-dessus à Tripoli. Alors la Flotte Royale plaça sa confiance en Allah et se tourna vers la direction où se trouvait la marine des mécréants maudits. Après avoir navigué pendant deux jours et deux nuits, ils atteignirent la zone autour de Karkana qui était près de Djerba et ils mouillèrent. Le lendemain, les armes furent préparées pour le combat. Puis ils se déplacèrent à une distance de douze milles de Djerba et y jetèrent l’ancre. Djerba est une île à deux cents milles à l’est de Tripoli qui n’est pas trop loin de la côte. Il y avait un pont entre le rivage et l’île, mais ils le détruisirent.

 

La bataille de Piyale Bacha avec la marine des mécréants

 

Quand la Marine Royale arriva précédemment à Malte, les mécréants de Malte avaient envoyé un bateau et les avaient informés que la marine des Musulmans était arrivée. Alors, les mécréants, puissent-ils être détruits, partirent avec leurs navires et prirent leur position à environ sept milles de la côte et se préparèrent pour la bataille. Quand le matin arriva, les soldats musulmans virent les navires des mécréants et prirent alors leur formation d’attaque avec pompe et splendeur. Les mécréants se rassemblèrent et, alors qu’ils avaient décidé de fuir, ils virent les Musulmans attaquer. Certains d’entre eux s’enfuirent du côté de Djerba et entrèrent dans le fort et certains autres se dirigèrent vers la haute mer. Alors le Bacha divisa les navires en deux groupes et en envoya un à la poursuite de ceux qui allaient au château. Il resta lui-même avec les navires qui donnèrent la chasse à ceux qui naviguaient vers la haute mer et ensuite une formidable bataille s’ensuivie. La plupart des navires des Musulmans attaquèrent les galères des mécréants et de grandes batailles eurent lieu. À la fin, les Musulmans prévalurent et les maudits mécréants furent vaincus. De leurs vingt galères et vingt-six barges, certaines coulèrent, certaines furent capturées et certaines brûlées. Le capitaine d’Anabolu et ses fils, le fils d’Andrea Doria et le capitaine de l’île de Sicile parmi les commandants mécréants s’enfuirent avec les frégates par crainte pour leurs vies et entrèrent dans le château de Djerba. Enfin, la flotte des mécréants fut totalement saisie et il n’y eut pas de défaite similaire dans l’histoire. Le château mentionné ci-dessus était auparavant un endroit où les Musulmans avaient vécu mais étaient tombés d’une manière ou d’une autre entre les mains des mécréants. Comme sa conquête était importante, la Marine Royale venant de la mer et Turgut Bacha, qui était le gouverneur général de Tripoli, ainsi que d’autres souverains cette région, les cavaliers et l’infanterie des châteaux de Tripoli, Kairouan et Sfax vinrent des terres et tous attaquèrent le château mentionné et il fut assiégé de tous les côtés le troisième jour de Ramadan (28 mai 1560). Pendant la nuit, alors qu’ils se préparaient à entrer dans les tranchées, les mécréants sortirent et tirèrent de nombreuses flèches et canons. Quand les combattants musulmans tirèrent leurs épées et marchèrent vers eux, les mécréants ne purent pas répondre et s’enfuirent. Beaucoup de mécréants tombèrent et s’installèrent dans les tranchées. Loin des tranchées du château, les mécréants creusèrent une grande tranchée et déployèrent un bataillon autour d’eux et déployèrent environ trois mille mécréants capables et s’assirent là avec leurs tentes et protégèrent les environs. D’un autre côté, il y avait un puits et comme la plupart d’entre eux bénéficiaient de ce puits, une tranchée solide y avait été construite. Alors que les sept ou huit cents mécréants avec des falconets la protégeaient et portaient de l’eau jour et nuit à la forteresse et à la province, l’armée musulmane s’approcha du puits et ennuyèrent les mécréants avec des flèches et des canons.

 

L’attaque des mécréants et leur défaite

 

Cinq mille mécréants d’origine espagnole et d’autres races furent sélectionnés. Cinq régiments prirent leurs positions de bataille avec six drapeaux différents et le treizième jour de Ramadan (7 juin 1560) ils attaquèrent les soldats musulmans, dont le caractère était la bravoure mais les combattants musulmans qui s’appuyaient aussi sur l’aide d’Allah, placèrent leur confiance en Allah et tirèrent leurs épées puis déployèrent leurs drapeaux en invoquant la grandeur et l’Unicité d’Allah. Pendant environ deux heures, les deux armées s’affrontèrent et ce fut une si grande bataille et un tel combat que les cieux et les anges l’apprécièrent aussi et applaudirent. Finalement, l’aide d’Allah prévalue et les Musulmans gagnèrent. Les mécréants furent vaincus et commencèrent inévitablement à fuir mais les rapides guerriers allèrent après eux et tuèrent tant de mécréants qu’ils ne purent être comptés. Ils gardèrent certains en vie et les tranchées remplies des tentes des mécréants furent reprises par les Musulmans, les drapeaux furent hissés et des festivités organisées. Le puits d’eau mentionné ci-dessus fut également capturé à ce moment (durant la bataille), de sorte que l’ennemi devint très faible.

 

Les mécréants attaquent une fois de plus

 

Après cette bataille, quinze canons furent installés et devaient être tirés sans interruption, mais environ deux mille trois cents mécréants allemands et italiens revêtus d’acier firent preuve de courage et voulurent taire les canons et attaquer les tranchées. Ainsi, à l’aube, ils sortirent de la forteresse et marchèrent vers les tranchées. Cependant, les combattants musulmans ne furent pas pris au dépourvu et chacun d’entre eux résista bravement et combattit. Les mécréants attaquèrent pour obtenir les canons et ils se battirent pendant deux heures et personne ne vit jamais ce genre de bataille. Alors qu’ils se retournèrent finalement et s’enfuirent, les combattants musulmans profitèrent de l’occasion pour massacrer huit cent neuf mécréants et ils placèrent leurs têtes sur les mâts pour que tout le monde puisse les voir. Les mécréants coururent à l’intérieur et recommencèrent à se battre.

 

L’attaque des combattants musulmans sur les navires des mécréants

 

Onze galères, qui avaient auparavant fuit la mer vers la zone près de la base du château, tiraient des canons, parfois de la tranchée, parfois par-dessus du fort et endommagèrent ainsi sérieusement les tranchées. Il était important de capturer les galères en premier. Cependant, comme elles se trouvaient dans une zone près de la base du château et qu’il n’y avait pas assez d’espace pour qu’un autre navire et canon de la Marine Royale puisse entrer, il n’était pas possible d’atteindre et d’attaquer avec les galliots. Par conséquent, les bateaux et les frégates des navires de la marine étaient remplis de soldats et de capitaines capables de porter des arcs et des flèches, des hallebardes et des fusils et sur la terre, des cavaliers armés de fusils étaient chargés de les aider. Quand ils commencèrent à marcher vers les navires de toutes les directions, les mécréants commencèrent à tirer des canons du château, de la tranchée et les balles tombèrent comme la pluie. Il devint impossible de distinguer et la lutte continua de l’aube jusqu’au milieu de la matinée. Les deux parties perdirent beaucoup d’hommes. D’autre part, il s’avéra que les mécréants rusés avaient inséré des poteaux robustes à quelques encablures de leurs galères et qu’ils avaient attaché les mâts et les vergues avec des chaînes, et fait une sorte de cour, de sorte qu’il devint impossible d’entrer et ils revinrent. Plus tard, sept ou huit canons furent placés dans les tranchées qui couraient le long des deux côtés du château qui étaient adjacents à la mer. Des canons furent tirés des deux côtés et la plupart des mécréants entre les deux furent tués et les autres se noyèrent dans la mer. Leurs canons furent également détruits et leurs galères coulèrent aussi profondément que leurs ponts. Les combattants musulmans, qui avaient cru en l’Unicité d’Allah, relancèrent la bataille du château après s’être assuré que les canons ne pouvaient pas les attaquer.

 

La bataille du château, sa prise et le meurtre des mécréants

 

Après cette bataille, ils durent changer l’emplacement de leurs tranchées dans vingt endroits au début du Shawwal (du 25 juin au 4 juillet 1560) jusqu’à ce qu’ils avancent et atteignent la tranchée du château. De chacun d’entre eux, plus d’un millier de mécréants émergèrent, se battirent, luttèrent puis furent vaincus et retournèrent à l’intérieur. En attendant, une source d’eau douce fut découverte d’où les mécréants creusèrent des puits et obtinrent de l’eau. Ils prirent le puit des mécréants après de nombreuses batailles et beaucoup de gens furent massacrés puis les mécréants levèrent leurs mains avec des cordes et des seaux. Ce faisant, ils dépensèrent beaucoup d’efforts et de force. Quand ils n’eurent plus de liens avec la province et qu’ils commencèrent à se battre avec des fusils et des canons, les soldats musulmans rassemblèrent toutes leurs forces et se frayèrent un chemin. Ils remplirent la tranchée avec leurs forts et érigèrent des hautes tours à cinq endroits de palmiers et d’autres arbres et quand ils furent en mesure d’attaquer la forteresse, ils y placèrent des canons portables et des soldats. Ils ne leur laissèrent aucun espace pour respirer et tirèrent des canons, des fusils, des flèches et des pierres. Leurs forts et leurs corbeilles furent complètement détruits et leurs éclats envoyèrent plusieurs centaines de mécréants en enfer. Leurs canons devinrent inutiles et chaque jour, cinq ou dix mécréants commencèrent à fuir des brèches. Bref, la bataille et la lutte se poursuivirent pendant quatre-vingts jours, et finalement au début de Dzoul Qi’dah (24 juillet – 2 août 1560), quand les mécréants, puissent-ils être détruits, perdirent l’espoir de survivre, espérant que l’Espagne prendrait des terres, le commandant Don Alvaro de Sandi, qui était parti avec huit mille huit cents mécréants, dans l’espoir de conquérir toutes les terres du Nord de l’Afrique à l’Egypte, entra dans ce château, choisit un millier de mécréants habiles parmi les hommes de confiance et la septième nuit de Dzoul Qi’dah (30 juillet 1560), il sortit du château et attaqua les tranchées à l’aube. Il y conduisit trois fois les soldats et pendant deux heures, une grande bataille se poursuivit, les deux parties perdirent beaucoup de soldats. À la fin, quand les mécréants ne purent pas supporter les attaques des combattants musulmans et s’enfuirent au château, les soldats musulmans s’emparèrent de l’entrée du château. La plupart des mécréants mentionnés furent passés par l’épée. Leur commandant, Don Alvaro de Sandi, aspirait à monter à bord des galères, mais les Musulmans, avec leurs frégates et leurs bateaux, ne l’ont pas laissé faire et avancèrent. Avec l’aide d’Allah Exalté, ce mécréant fut capturé vivant et ses galères furent pillées. Les galères inutiles qui avaient été tellement endommagées par des canons furent incendiées. Lorsque les mécréants à l’intérieur du château virent cela, ils commencèrent à crier : « pitié, pitié. » Leurs cris montèrent jusqu’aux cieux élevés. Les combattants musulmans qui vinrent ignorèrent ces cris et avec des prières, entrèrent dans le château, tuèrent la plupart d’entre eux et prirent le reste prisonniers. Les prisonniers furent enchaînés et la conquête du château achevée. Ils y restèrent trois ou quatre jours pour achever le travail nécessaire, puis pour discipliner les Arabes, connus pour leur opposition tenace dans la région, ils atteignirent la région de Tripoli le 15 de Dzoul Qi’dah (7 août 1560). Après ce vœu qui fut également accompli, le vingtième du même mois (12 août 1560), ils revinrent du côté de la Roumélie et le troisième jour de Dzoul Hijjah (25 août 1560), ils arrivèrent au port du château appelé Préveza. De là, ils naviguèrent revinrent aisément à l’Arsenal le sixième jour de Mouharram 968 (27 septembre 1560). Le jour suivant, les capitaines et les commandants ainsi que quatre mille mécréants parmi les soldats capables utiles, tirés de la flotte et du château de Djerba, furent emmenés au Divan-i Humayun (Conseil Royal) avec leurs tambours, leurs drapeaux et leurs canons. Piyale Bacha et les autres gouverneurs portaient des caftans et ils reçurent divers compliments et cadeaux du Sultan.

 

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