OSMANLI

Le retour de Kheireddine Bacha en Algérie

 

Au début, le Bacha avait donné le château de Beled-i Unnab à l’un de ses capitaines et l’avait envoyé là-bas avec quinze galères. Quand il y arriva et que les mécréants arrivèrent en Tunisie, il avait coulé leurs navires sur l’ordre du Bacha. Le cinquième jour, Kheireddine Bacha atteignit Bicaye, puis Beled-i Unnab et ordonna à chaque capitaine de sortir son navire. Des canons avaient été placés au bord de l’eau. Ils ne laissèrent pas les navires mécréants s’arrêter et leurs navires furent équipés et envoyés en Algérie. Les habitants de la ville rencontrèrent le Bacha et il vit sa famille. Les neuf navires qui étaient avec Mourad Aga furent aussi équipés là, de même que les huit des navires algériens et après quinze jours il partit avec un total de trente-deux navires. A quelque distance de trente milles de Minorque, il jeta l’ancre, et le lendemain matin, du château voisin, cinquante à soixante canons furent tirés. Kheireddine Bacha dit : « Vous saurez plus tard de quoi il s’agit. » (Quand Kheireddine Bacha vint en Algérie, les gens eurent peur à cause d’une rumeur qui circulait disant qu’il attaquerait les îles. Afin de les calmer, le souverain habilla un criminel comme le Bacha et dit : « le roi l’a envoyé pour être brûlé, c’est Barbarossa. » Il appela le crieur public et alluma un feu. C’était la raison de la célébration. Alors il fut prouvé autrement et les prisonniers commencèrent à se moquer.) Ils trouvèrent deux barges et les prirent. A l’intérieur, il y avait des prisonniers tunisiens qu’ils libèrent. Ils enchaînèrent les mécréants et brûlèrent leurs navires. À Minorque, ils atteignirent le port du château appelé Melute et s’habillèrent comme s’ils étaient des mécréants. Les vaisseaux mécréants qui étaient allés en Tunisie, s’y étaient rendus après avoir été équipés. Quand les mécréants s’approchèrent de la forteresse, ils pensèrent que c’était la flotte d’Andrea Doria et ils tirèrent des cartouches d’artillerie depuis leurs canons pour célébrer l’occasion. Deux barges portugaises s’étaient enfuis avec un vent favorable après les avoir vus, mais lorsqu’ils entendirent les canons, ils se retournèrent et jetèrent l’ancre. Quand les mécréants vinrent du château pour s’enquérir de la situation en Tunisie, ils les capturèrent et les enchaînèrent. Deux galères atteignirent les barges et dirent : « Allons, Barbarossa vous demande. » Ils furent surpris et eux aussi furent capturés. Il s’avéra qu’il avait quatre-vingt-dix prisonniers et ils les libérèrent.

 

La conquête du château de Minorque

 

Kheireddine Bacha débarqua des soldats à l’extérieur et assiégea à la forteresse mentionnée et la bombarda pendant quatre jours. Six mille mécréants et le maître des îles vinrent et livrèrent une grande bataille mais ils furent vaincus. Ils attaquèrent son cheval puis il tomba et fut tué. Quand les mécréants virent cela, ils abandonnèrent le château. Les combattants musulmans allèrent piller sa propriété, cinq mille sept cents prisonniers furent pris et huit cents tués. Le sixième jour, il détruisit le château et retourna en Algérie.

 

La raison de la lâcheté des mécréants

 

Dans la forteresse mentionnée ci-dessus, les mécréants comptèrent sur leurs maîtres et s’arrêtèrent un certain nombre de fois. Sinon, ils n’auraient pas combattu à l’endroit où se trouvait Kheireddine Bacha, à moins qu’ils ne soient nombreux. C’est parce que, dans leur livre, il est dit que s’il est possible d’être capturé vivant, ceux qui se battent et se font tuer ne peuvent pas aller au paradis. C’est ainsi que leurs aînés les ont conseillés. Ils disent que quand Andrea Doria demanda à un prisonnier instruit, « Pourquoi votre peuple est-il courageux ? » Il avait répondu : « C’est le miracle de notre Prophète, quiconque choisit sa religion devient un héros et tire son épée pour son père et mère. » Quand Andrea demanda : « Pour quelle raison ? » Il dit : « C’est tout ce que nous savons. » Andrea dit : « Dans votre livre, ne dit-il pas que celui qui se détourne de la guerre va en enfer ; si on se détourne de deux mécréants, il ne peut pas aller au Paradis ? Maintenant, ce qui rend les Musulmans courageux sont ces mots. Dans notre livre, il est dit que si un millier de mécréants savent que lorsqu’ils se battent avec un Musulman, ils mourront, ils ne devraient pas se battre ; Autrement, ceux qui meurent à la guerre ne vont pas au ciel et ces mots nous ont rendus lâches. » Ils disent que le pape donne aussi ce conseil aux mécréants. Cependant, les soldats ne s’occupent pas de questions religieuses et ils se battent jusqu’à leur mort. J’ai posé des questions à propos de cette question à quelques érudits chrétiens. Ils disaient que ce n’était pas le cas et Andrea ne connaissait pas le livre, car il était un ignorant parmi les gens ordinaires, il avait déclaré sa propre supposition sans fondement. Dans les nations chrétiennes, on ne se détourne pas non plus de la guerre.

 

Le retour de Kheireddine Bacha à Istanbul

 

Lorsque les nouvelles du château de Minorque arrivèrent pendant que le roi d’Espagne se vantait au pape en disant, « j’ai tué Barbarossa. J’ai conquis la Tunisie, » et son mensonge fut révélé, il retourna honteux dans sa province. En même temps, après avoir entendu les nouvelles de Minorque, Andrea voulu aller après Barbarossa avec quarante galères. Andrea vit les navires alors que Kheireddine Bacha quittait l’Algérie mais il fit semblant de ne pas voir et les ignora. Le Bacha s’arrêta à Djerba et partit pour Istanbul. Le Sultan musulman venait de rentrer de Bagdad. Quand Kheireddine Bacha arriva et présenta ses respects au Sultan, il fut bien reçu et accueillit en tant qu’invité. Il reçut l’ordre de construire deux cents navires pour se rendre du côté de Pulya. Le Bacha s’employa à les faire construire et les achever.

 

La campagne militaire de Pulya (Pouilles)

 

Au mois de Rabi’ al-Akhir 943 (septembre-octobre 1536), Ghazi (le combattant musulman, c’est-à-dire Kheireddine) Bacha prit la mer de l’Arsenal à la Méditerranée avec trente navires flambant neufs et atteignit la rive Pulya. Il tomba sur un château escarpé appelé Kestel et le conquit après une grande bataille. Après avoir pris ses prisonniers et pillé, comme c’était l’hiver, il retourna à l’Arsenal et cet hiver-là, il prépara et acheva les navires de la flotte.

 

La campagne militaire du Sultan Souleyman Khan à Corfou

 

La raison de cette campagne fut la suivante : « Jadis, durant le règne de Muhammad le Conquérant (Sultan Mehmed II), le pays Pulya avait été conquis mais il avait été repris par l’Espagne quand Gedik Ahmed Bacha vint. Tout comme le Sultan Ghazi était sur le point d’envoyer une grande flotte dans cette zone, les sections provinciales d’Avlonia et de Delvine étaient les propres provinces du Grand Vizir Ayas Bacha et leur conquête faisait partie des affaires importantes de l’État Ottoman. Le capitaine Kamal avait également présenté auparavant sa demande de conquête de l’île de Corfou à plusieurs reprises. Par conséquent, inévitablement, il partit personnellement pour la campagne militaire dans cette région. Loutfi Bacha était le commandant de la flotte et avec cent trente-cinq galères, la bastarde et les autres navires qui totalisaient deux cent quatre-vingts navires. Kheireddine Bacha partit un samedi matin de Dzoul- Hijjah de l’an 943 (11 mai 1537) vers la Méditerranée. Une telle flotte aussi importante n’avait jamais précédemment quitté l’Empire Ottoman. Environ trente mille rameurs furent rassemblés immédiatement. Le Sultan heureux partit avec ses deux fils le septième jour de Dzoul- Hijjah (17 mai) et se rendit dans cette zone. Ils passèrent de Samakov et débarquèrent à Ilbasan à la fin du Mouharram 944 (9 juillet 1537) et le cinquième jour de Safar (14 juillet), ils atteignirent les plaines d’Avlonia. La flotte royale également atteignit cette côte et ils se rassemblèrent. Un raid fut ordonné sur les Albanais qui s’étaient rebellés contre le Vizir Mustafa Bacha et ils furent attaqués et leurs biens pillés. Comme l’ouest d’Avlonia était la mer et qu’à l’est il y avait l’Albanie, les navires mécréants venant de la mer seraient soutenus par ceux-ci. Avec la mesure d’Ayas Bacha, ils furent capturés et les rebelles Delvine cédèrent et ainsi les deux provinces devinrent une partie de la terre ottomane. Quand la flotte se rassembla devant Avlonia, la tâche d’apporter des navires de grain d’Egypte fut donnée à Kheireddine Bacha avec soixante navires, ainsi il traversa. Les navires restants dans la flotte et le commandant Loutfi Bacha atteignirent le côté de Pulya et attaquèrent un certain nombre de châteaux. Il prit leurs prisonniers et leurs effets personnels et brûla les châteaux. Comme Kheireddine Bacha passait près de Corfou, quarante galères vénitiennes étaient là et le reste de la flotte était à l’intérieur du détroit de Venise. Tout comme ils pensaient « Barbarossa est partie, bougeons, » Loutfi Bacha qui revenait de Pulya les rencontra et ils s’affrontèrent. Ils coulèrent deux de leurs navires et en capturèrent deux. La flotte entra à Corfou. Puis Kheireddine Bacha emmena les navires de grain à Préveza. De là, ils allèrent à Avlonia et se rassemblèrent à un endroit.

 

La trahison de Venise

 

Les mécréants vénitiens étaient un groupe méprisable de gens qui étaient célèbres pour la plénitude de leurs possessions et de leur commerce, et le fait qu’ils effectuaient leur travail avec tromperie et vilénie. Ils avaient pris la plupart des îles et des châteaux des souverains hongrois et roumains par tromperie et parce qu’ils venaient de la terre ottomane, le travail et le gain, la nourriture et la boisson devaient provenir du royaume musulman. Par conséquent, involontairement, ils devaient prétendre qu’ils étaient des alliés pour avoir de bonnes relations. Cependant, ils étaient plus ennemis de la religion que les autres mécréants. Même s’ils avaient l’air d’étrangers à qui du temps avait été donné dans l’Empire Ottoman, quand le Superviseur du Chantier Naval de Gallipoli, Ali alla à Corfou avec deux galères afin d’atteindre la flotte, Andrea Doria attendait là et sortit avec des navires de Corfou puis attaqua les navires turcs. La bataille dura un certain temps et l’ampleur du nombre des mécréants laissa les combattants musulmans épuisés. De l’aube à l’après-midi, ils livrèrent une féroce bataille et, à la fin, la plupart des navires de Gallipoli furent brûlés et coulèrent. Les guerriers restants furent pris prisonniers. Lorsque Bostan, qui était le superviseur du chantier naval de Gallipoli, se rendit à l’île de Corfou en tant qu’émissaire assigné par Loutfi Bacha, il rencontra quatre navires de la flotte vénitienne qui le capturèrent. Même s’il continua à dire : « Nous irons à l’ambassade, » quand cela ne marcha pas, craignant qu’on l’entende, ils coulèrent le navire dans la mer et ils tuèrent ceux qui étaient à l’intérieur avec des insultes. Cependant, un garçon se jeta à la mer et pendant qu’il flottait sur un morceau de bois, un des navires de la flotte le rencontra, l’amena à Loutfi Bacha et cet événement fut relayé au Sultanat. En raison de ces deux défaites, le siège de Corfou fut ordonné.

 

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