OSMANLI

Chapitre deux

 

Sur la première période de Kheireddine Basha

 

Ce n’est pas un secret que Kheireddine (Khayr ad-Din) Bacha était une personne qui atteignit le statut de saint, qu’il accompli des miracles, qu’il mena des combats extraordinaires et des expéditions militaires, qu’il était un héros de légendes et quelqu’un qui accomplit des actes sans précédent. Par conséquent, quand il vint chez le Sultan Souleyman Khan, les Khan le reçurent généreusement et lui demandèrent d’écrire les histoires de ses expéditions militaires pour l’Islam et de les leur envoyer. Une personne qui avait été donc avec lui lors de ces expéditions et qui avait la capacité d’écrire transcrit ce qu’il vit et ce que le Bacha lui dit, et tout cela fut écrit comme un livre et ensuite envoyé au Sultan Souleyman Khan. Un résumé de ces récits a été rapporté ici. Le nom du Bacha est Hizir. Son père Yaqoub était le fils d’un cavalier de la plaine de l’Ece. Il se porta volontaire dans la conquête de Lesbos et finit par s’installer sur cette île. Il avait quatre fils nommés Ishaq, ‘Arouj, Hizir et Ilyas et chacun d’eux travaillait dans le commerce naval. Ishaq s’installa à Lesbos. ‘Arouj partit en voyage en Egypte et à Tripoli (Tarablous-i Sham). Hizir avait l’habitude d’aller à Sire et à Salonique. Alors que ‘Arouj était en route pour Tripoli avec son frère Ilyas, les mécréants de Rhodes leur bloquèrent la route et Ilyas fut tué dans la bataille. Hizir24 fut prisonnier et resta longtemps sur l’île. Après s’être échappé, il reçut la permission du Sultan Korkut, alors qu’il était à Antalya, de naviguer en haute mer pour se livrer à la piraterie avec un navire de dix-huit places. Il pilla les navires des mécréants autour de Rhodes et ensuite traversa du côté de Polya.

Il poursuivit des expéditions de chasse aux barges et combattit dans de nombreuses batailles. Il prit son butin et resta à Alexandrie pour l’hiver. Puis il atteignit l’île de Djerba, s’y établit et souhaita lancer une campagne militaire contre les mécréants.
Lorsque le Sultan Salim monta sur le trône, son frère Korkut Khan se cacha, de sorte que les navires de la Méditerranée furent interdits de navigation. Kheireddine Bacha prit un bateau de l’île de Lesbos et partit pour l’Afrique du Nord. Son frère ‘Arouj débarqua dans l’île de Djerba. Il le rencontra là et les deux décidèrent de commencer une expédition militaire. Puis ils atteignirent Tunis et demandèrent des terres au gouverneur de Tunis. A cette époque, Tunis était sous la domination de la famille Hafs qui leur montrèrent le château de Halkulvad et dirent qu’il leur donnerait le château à condition qu’ils reçoivent un cinquième du butin de guerre.

 

Les combats dans la Voie d’Allah des capitaines ‘Arouj et  Kheireddine

 

Lorsque l’hiver prit fin et que le temps de la campagne militaire arriva, ils préparèrent deux navires et partirent d’Halkulvad pour la haute mer. Ils attaquèrent un grand navire de Gênes qui était chargé de blé et le capturèrent. Puis ils naviguèrent un peu et tombèrent sur un énorme galion qui était chargé de popeline (soie). Ils ne leur laissèrent aucune chance et saisirent le navire. Puis ils vinrent en Tunisie, mirent de côté un cinquième du butin de guerre et partagèrent le reste. Ensuite, ils partirent avec trois navires et tombèrent sur une barge en provenance d’Espagne. Ils l’encerclèrent et l’abordèrent. Il y avait un gentilhomme mécréant à bord qui se battit durement puis se rendit. Après cette expédition, leur nom atteignit toutes les rives de la Méditerranée et causèrent la terreur. Puis ils partirent pour une campagne avec quatre navires. Quand ils atteignirent un château nommé Bicaye, une flotte de mécréants les attaqua. Ils résistèrent courageusement et se battirent pendant longtemps. À la fin, ils les vainquirent et capturèrent deux navires. Le capitaine ‘Arouj coula un des navires avec un canon et le reste des mécréants s’enfuit.

Alors que le capitaine ‘Arouj errait à l’extérieur du château, les mécréants quittèrent le château et attaquèrent les navires. Le capitaine ‘Arouj les rattrapa et les combattit. Alors qu’il essayait de les forcer à se retirer, il fut frappé par un fauconnier (petit canon) du château qui le blessa au bras. Le capitaine Hizir l’emmena sur le navire et s’assura que les blessures de son frère étaient soignées. Pourtant, ils durent finalement amputer son bras puisqu’il devint très faible et puisqu’il n’y avait aucun moyen de le guérir. Puis ils prirent une barge et quelques petits bateaux de pirates et les envoyèrent à Tunis. Après cela, ils attaquèrent l’île de Minorque, pillèrent les villages, conquirent plusieurs tours et s’emparèrent d’un immense butin. Alors qu’ils repartaient en haute mer, un capitaine corse les attaqua avec huit galères. Ils encerclèrent la galère et la saisirent. Les combats  durèrent longtemps et beaucoup de gens moururent morts des deux côtés. À la fin les mécréants furent vaincus et se retirèrent. Ils capturèrent deux navires, mais Kheireddine Bacha les pourchassa pendant un moment et les força à rendre les navires. Puis il retourna en Tunisie et y resta pour l’hiver. Le capitaine ‘Arouj se retira là parce qu’il avait été blessé.

 

 

Le combat dans la Voie d’Allah du capitaine Kheireddine

 

Pendant l’hiver, Kheireddine repartit pour la haute mer et gagna beaucoup de butin de guerre en prenant trois mille huit cents prisonniers et vingt vaisseaux. Il garda les prisonniers pour lui-même et il distribua généreusement le butin aux personnes qui combattirent dans ces batailles. Au printemps, il devint le commandant de sept navires volontaires et il fit de son navire le premier à naviguer en tête parmi eux. Alors ils naviguèrent vers la haute mer et attaquèrent une ville du côté des mécréants. Ils pillèrent la ville, prirent mille huit cents prisonniers et douze mille livres d’or. Les navires volontaires se dispersèrent autour de la zone pour le butin. Le capitaine Kheireddine alluma sa lampe et chassa quatre barges. Quand le matin arriva, il vit que c’étaient des navires qui transportaient de la popeline, ils dévièrent leurs vaisseaux et les encerclèrent. Il les captura tous les quatre et retourna à Tunis. Ils trouvèrent huit mille pastav (rouleaux) de drap dans ces navires. La nuit précédente, le capitaine Kheireddine s’heurta à une barge et la perdit. Les navires volontaires la heurtèrent et la saisirent. Il s’avéra que c’était un navire français chargé de bois. Il envoya le navire dans l’état avec des cadeaux sous le commandement du capitaine Mouhyiddin qui était le fils de la sœur du capitaine Kemal. Le Sultan lui donna deux galères, une robe d’honneur et l’envoya sur son chemin. Après cela, aucun navire ne résista au capitaine Kheireddine ou se battit avec lui.

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La Campagne de Bicaye  et la conquête de Cicelye

 

Le capitaine Kheireddine et son frère le capitaine ‘Arouj attaquèrent le château de Bicaye (Bejaia), qui avait déjà été conquis par les mécréants, avec dix navires. Sur leur chemin vers Bicaye, ils encerclèrent et capturèrent facilement un petit château nommé Cicelye (Jijel). Ils prirent une centaine de mécréants qui étaient dans les châteaux comme prisonniers et les enchaînèrent. Ils laissèrent derrière eux cinquante soldats et trois navires pour surveiller le château et le protéger. Puis ils attaquèrent Bicaye avec des soldats et des canons. Cette ville avait deux châteaux. Ils assiégèrent l’un d’entre eux et le conquirent le quatrième jour après un combat. En dehors des mécréants qui furent dans la bataille, ils prirent cinq cents d’entre eux comme prisonniers. Puis, ils reçurent l’aide de vingt mille soldats arabes qui vinrent les assister à piller les biens du château. Ensuite, ils assiégèrent le second château et l’attaquèrent durant vingt jours après qu’ils aient manqué de poudre et demandé l’aide du Sultan de Tunis qui ne les aida pas. Alors, la flotte des mécréants arriva avec deux cents navires et attaqua le château avec plus de dix mille soldats. Par conséquent les combattants de l’Islam désespérèrent et tirèrent leurs navires dans la rivière. Lorsque l’eau se retira et que les navires reposèrent sur les fonds, il devint impossible de les déplacer. Alors ils les brûlèrent et se rendirent ensuite à Cicelye par voie terrestre (à une distance de soixante-milles). Ils prirent les prisonniers mentionnés ci-dessus avec eux. La galère de vingt-quatre places du capitaine Kheireddine et celle du capitaine ‘Arouj s’y trouvaient. Le capitaine ‘Arouj resta à Cicelye et le capitaine Kheireddine arriva à Tunis avec quatre navires. Il acheta quatre navires et repartit en haute mer avec sept autres navires qui étaient des navires volontaires. Le capitaine Kurdoğlu Mousliheddin (Curtogoli) les rejoignit avec quatorze navires. Ils allèrent alors du côté des mécréants avec vingt-huit navires. Ils virent huit barges chargés de blé près de Gênes et les capturèrent sans combat avec l’aide d’Allah. Sur le chemin du retour, ils rencontrèrent douze barges et les capturèrent toutes. Ces navires étaient chargés de drap fin. Il envoya vingt barges en Tunisie avec Kurdoğlu et se rendit à l’endroit où se trouvait son frère.

 

Le départ du capitaine ‘Arouj pour Alger

 

Il y avait une île dans le port d’Alger, qui se trouvait devant la forteresse d’Alger, et il y avait un château sur l’île. Des flèches de la ville étaient utilisées pour atteindre ce château. Les mécréants espagnols avaient attaqué ce château, l’avaient capturé, et les gens de la ville étaient devenus prisonniers. Les Algériens avaient l’habitude de leur obéir à contrecœur, de leur donner chaque année une certaine quantité de biens et ils entretenaient ainsi leurs relations avec eux. Plus tard, la tyrannie des mécréants les exaspéra et ils écrivirent une lettre au capitaine ‘Arouj et l’invitèrent dans leur ville pour demander de l’aide. La lettre atteignit le capitaine ‘Arouj alors qu’il était à Cicelye et quand il vit le contenu de la lettre, il accueillit favorablement cette demande et commença une campagne militaire pour l’amour d’Allah. Il laissa des hommes dans le château de Cicelye et écrivit une lettre à son frère, lui demanda de s’occuper des affaires et ensuite alla à Alger. Comme le château n’avait pas de souverain particulier, il fut capable de prendre le contrôle de la ville sans se battre. Quant au capitaine Kheireddine, il envoya deux cents quatre-vingts hommes à Cicelye et arriva à Tunis. Alors qu’il partageait le butin de guerre avec Kurdoğlu, son frère Ishaq arriva avec deux galères envoyées du centre de l’état et un navire venant de Lesbos.

 

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