OSMANLI

Ce fut la deuxième phase de la rébellion de Mustafa Kemal

 

Quiconque discerne ces événements peut sentir de manière tangible que ce sont les Britanniques qui préparèrent cette phase et la déclenchèrent ; aussi que ce sont eux qui l’ont protégé et empêché sa destruction et son abolition. Ce sont les Alliés qui informèrent le gouvernement turc par un mémorandum officiel qu’Istanbul et les détroits devaient rester sous les auspices du Sultan, alors que le gouvernement ne l’avait pas demandé. A l’époque, personne ne pouvait comprendre les raisons de cette générosité, les Alliés occupant toujours le pays. La raison fut découverte plus tard quand elle permit à la Grande-Bretagne de revenir plus tard d’elle-même pour occuper le détroit et Istanbul, ne donnant pas la possibilité à l’Italie. Il s’agissait donc d’une manœuvre britannique visant à leur permettre d’occuper à eux seuls la capitale et le détroit.

 

En outre, l’argent et les armes qui allaient à Mustafa Kemal après la reprise de la rébellion, lui parvinrent en pleine connaissance des hauts commissaires britanniques et français ; alors pourquoi ce silence de leur part ? Pourquoi cet encouragement à permettre le chargement de camions pleins depuis la presqu’île de Gallipoli ? De plus, la fausse colère qui conduisit à l’affrontement de Mustafa Kemal avec les Alliés aurait dû être dirigée contre Mustafa Kemal lui-même, pas contre Istanbul. Ainsi, la chose naturelle à faire aurait été que les Alliés attaquent le centre de la rébellion à Ankara et l’armée rebelle, pas que les Britanniques reviennent seuls avec leurs navires de guerre et commettent des actes de provocation dans la capitale sans infliger aucun dommage aux rebelles !

De plus, les rebelles ne se sont pas heurtés aux Britanniques, mais aux Français en Cilicie et aux Italiens à Konya. Aucun affrontement n’eut lieu avec les troupes britanniques, les principaux responsables. S’il y avait eu de la colère contre la rébellion de Mustafa Kemal, il aurait été naturel qu’elle vienne des Français et des Italiens, pas des Britanniques. En fin de compte, ce sont les Britanniques qui sont revenus seuls pour occuper le pays, empêchant ainsi les Français et les Italiens de revenir.

En outre, pourquoi la Grande-Bretagne diffuserait-elle le Traité de Sèvres à un moment où Mustafa Kemal était encerclé à Ankara et était sur le point de tomber ? Pourquoi ce Traité avait-il été gardé secret auparavant, sachant qu’il avait été signé plus d’un an auparavant ? N’était-ce pas là une manifestation de la rébellion de Mustafa Kemal contre les Alliés ? Cette action était sans l’ombre d’un doute une conspiration perpétrée par les Britanniques eux-mêmes car ce sont eux qui diffusèrent les articles du Traité à ce moment précis comme une tentative de dernier recours afin de sauver Mustafa Kemal et de porter un coup au califat afin qu’un second gouvernement puisse être établie dans le pays, passant ainsi à la troisième et dernière phase, celle des conférences internationales et des traités finaux.

 

Le gouvernement d’Ankara s’installe et d’autres états traitent directement avec lui

 

C’est ainsi que la deuxième phase se termina avec l’installation du deuxième gouvernement du pays à Ankara, le faisant détenteur des rênes du pouvoir et de l’autorité effective. Pendant ce temps, le gouvernement d’Istanbul se transforma en une autorité impuissante et déficiente. A peine ce second gouvernement installé et prit le contrôle du pays, la Grande-Bretagne convoqua à la suite de ces événements la conférence de Londres, à laquelle assista une foule de députés de Grèce et de Turquie. La Grande-Bretagne déclara : « Le but de la tenue de cette conférence est de rechercher une solution à la crise orientale. » Cela ne pouvait signifier qu’une révision des termes de paix du Traité de Sèvres signé à Paris car la tenue d’une conférence pour examiner la question orientale, qui avait été réglée lors d’une conférence de paix officielle, ne pouvait que signifier que le Traité de Sèvres qui avait été ratifié à Paris ferait à nouveau l’objet de discussions et d’études avant qu’il puisse avoir un quelconque effet, ou avant qu’il puisse être entièrement mis en œuvre. En effet, le Traité ne fut pas appliqué et aucun de ses articles mis en œuvre. Cela confirme que la Grande-Bretagne conclut le Traité dans le but de menacer la Turquie et de l’utiliser comme un moyen de réaliser ses objectifs, et non de le mettre en œuvre. La preuve en est qu’il fut conclue environ un an auparavant et durant toute cette période, il resta tenu secret et ne fut diffusé que lorsque Mustafa Kemal fut encerclé et que sa rébellion fut presque détruit et écrasée.

 

Le simple fait que les Britanniques aient appelé à la conférence de Londres pour revoir le Traité de Sèvres fut considéré comme bizarre parce que le Traité était en faveur des Britanniques. Même si la France n’était pas du tout satisfaite du Traité de Sèvres et qu’elle avait été contrainte de l’accepter ; elle estima que l’héritage ottoman était devenu la propriété de son alliée la Grande-Bretagne, qui en avait gagné la part du lion. La France devait donc se contenter de la Syrie et de la Cilicie. Pourtant, la Syrie et la Cilicie étaient, pour la France, un cadeau ouvert à débat. L’Italie était également en colère contre le Traité, car elle était opposée à la souveraineté grecque en Méditerranée, d’autant plus que l’expansion grecque en Asie Mineure se faisait en fait aux dépens des zones d’influence italiennes qui avaient été établies entre les Alliés pendant la guerre. C’est donc en raison de la cupidité de ces deux états, la France et l’Italie, de gagner plus de butin qu’ils signèrent le Traité à contrecœur.

En conséquence, lorsque la Grande-Bretagne choisit de ne rien mettre en œuvre du Traité, alors que cela lui aurait donné le plus gros butin par rapport à ses alliés, cela attira l’attention et fut jugé contre nature. Lorsqu’ensuite elle demanda une révision de ce Traité, cela fut une surprise et jugé très étrange. Ce qui fut plus surprenant, c’est qu’une délégation représentant le nouveau gouvernement d’Ankara assista à la conférence aux côtés de la délégation qui est venue représenter le gouvernement ottoman, à laquelle clairement aucune autre institution, qu’elle soit turque ou ottomane, n’avait le droit de participer en dehors d’elle, parce que le gouvernement ottoman était le gouvernement légitime qui était entré en guerre et avait été vaincu. Après tout, c’était ce gouvernement qui avait signé le Traité de Sèvres que cette conférence avait pour but de revoir. Par conséquent, il faut se demander quelle était la position du nouveau gouvernement d’Ankara que personne n’avait encore reconnu, et pourquoi assistait-il à cette conférence internationale organisée pour revoir les termes de la paix ? N’est-ce pas à lui seul une preuve suffisante que la mise en place de ce gouvernement à Ankara a été organisée par les Britanniques pour le faire participer d’abord aux négociations de paix et lui permettre ensuite de devenir l’unique négociateur sur les termes définitifs de la paix ?

 

Le gouvernement ottoman, le gouvernement califal, aurait dû rejeter la participation du gouvernement d’Ankara à ses côtés dans les négociations, car son acceptation aurait signifié sa reconnaissance officielle devant les autres états, et parce que la présence de deux gouvernements dans un pays, face à l’ennemi et la négociation des conditions de paix démontre une faiblesse et une dévastation extrêmes. Par conséquent, il aurait été naturel pour le gouvernement califal de rejeter la présence des représentants du gouvernement d’Ankara, mais en fait il l’accepta. Sa faiblesse l’a même conduit à utiliser l’invitation de Mustafa Kemal à assister à la conférence pour tenter de le convaincre et de les réconcilier. À cet égard, Tawfiq Bacha approcha Mustafa Kemal avec l’invitation des états européens à assister à la conférence de Londres et déclara : « Au nom de l’état turc et pour le bien de l’Empire Ottoman, la délégation turque participant à la conférence devrait présenter un front solide unifié et que l’ordre du jour que les Turcs proposent devrait également être un, indiquant la coopération et l’unité de l’Oummah dans son ensemble, plutôt que son conflit et sa division. » Cependant, Mustafa Kemal refusa et déclara : « C’est seulement l’Assemblée nationale d’Ankara qui jouit de la souveraineté constitutionnelle, et qui jouit du pouvoir et de la règle exclusifs dans le pays. Les pays européens auraient dû envoyer l’invitation à travers cette Assemblée. »

 

Pendant ce temps, l’Assemblée nationale se transforma en assemblée permanente. Elle rédigea également une nouvelle constitution dont la rédaction dura neuf mois entiers. Le principal obstacle à la rédaction de la constitution et qui suscita beaucoup de débats et de délibérations était la question du « Sultanat et du Califat. » Mustafa Kemal fut contraint sous la pression du consensus écrasant et de la tendance générale à l’Assemblée nationale, qui était considérée comme l’Assemblée d’Ata Turk, car ses membres appartenaient tous à ses partisans, fut contraint de déclarer explicitement dans la constitution que le Sultanat et le Califat seraient maintenus. Par conséquent, Mustafa Kemal déclara en réponse au Premier ministre Tawfiq Bacha quand il l’invita et l’exhorta à laisser la délégation turque faire preuve d’unité et d’harmonie : « L’Assemblée nationale a stipulé dans le premier article de sa constitution qu’il n’y aurait aucun préjudice au Sultanat et aucun tort au caractère sacré du Califat ; le Sultan devra reconnaître l’Assemblée nationale pour que le gouvernement d’Ankara puisse participer avec sa délégation avec la délégation du gouvernement du Sultan. »

 

Cependant, le Sultan refusa de reconnaître l’Assemblée nationale et la constitution qu’elle rédigea, car la reconnaître impliquerait la suppression du Califat même si la constitution mentionnait la sauvegarde nominale de celui-ci. De plus, la constitution stipulait que l’autorité dans son ensemble, sans aucune condition préalable, était rendue à la nation dans son ensemble et que la nation était devenue la source de la législation ; aussi que l’Assemblée nationale avait acquis le droit exclusif et absolu de représenter la souveraineté du peuple et aussi l’Assemblée qui statue sur la question de la guerre et de la paix. De toute évidence, il était impossible pour le Sultan d’accepter cela. Ainsi, les négociations entre le gouvernement du calife et le gouvernement d’Ankara concernant la formation de la délégation furent interrompues.

 

Lorsque les pays européens se rendirent compte que Mustafa Kemal avait refusé l’invitation parce qu’elle lui était parvenue par l’intermédiaire du gouvernement du Sultan, la Grande-Bretagne lui envoya une invitation directe à Ankara au nom des états alliés. Cette invitation fut considérée comme une reconnaissance claire de sa part du gouvernement d’Ankara. Par conséquent, les deux délégations voyagèrent séparément. Tawfiq Bacha était le chef de la délégation du calife tandis que Bakir Sami Bek était le chef de la délégation d’Ankara. La conférence de Londres eut lieu en février 1921.

 

Le chef de la délégation du Sultan abdique au chef de la délégation d’Ankara le droit de parler au nom des deux délégations

 

Lorsque les deux délégations s’assirent à la table des négociations, le Premier ministre Tawfiq Bacha se leva et déclara qu’en sa qualité de chef de la délégation d’Istanbul, qu’il renonçait à son droit de parler à Bakir Sami Bek, qui parlerait au nom des deux délégations et défendrait les aspirations nationales des Turcs. Sur ce, Istanbul resta silencieux et seule la voix d’Ankara s’éleva.

Puis Lloyd George de Grande-Bretagne, Brian de France et le Comte Sforza d’Italie se mirent à expliquer le but de la conférence, déclarant qu’elle visait simplement à harmoniser les relations entre les nations qui s’étaient affrontées dans la guerre entre eux, et que les Alliés étaient prêts à introduire certaines modifications aux conditions de paix, en particulier celles relatives aux privilèges offerts à la Grèce. Ils décidèrent de créer un comité spécial et de lui confier la tâche d’examiner la situation des résidents locaux dans la région d’Izmir, déclarant que les décisions prises par ce comité lieraient les deux parties. Le chef de la délégation Bakir Sami accepta l’idée de l’envoi du comité mais les Grecs le rejetèrent catégoriquement. Sur ce, le représentant d’Ankara et le chef de la délégation, parlant au nom des deux délégations, suggérèrent au cours de la conférence qu’Izmir pourrait être transformé en une Wilaya indépendante au niveau national sous un dirigeant chrétien. Cependant, les Britanniques rejetèrent cette proposition, tout comme les Grecs, les Français et les Italiens. La délégation française accepta d’évacuer la Cilicie et de la rendre aux Turcs, donnant leurs assurances d’honorer cette promesse. Bakir Sami pour sa part accepta d’accorder à la France un privilège commercial qui lui donnerait la préférence sur les autres états avec lesquels la Turquie faisait du commerce, auquel effet la Turquie et la France conclurent un traité.

 

Cependant, la conférence de Londres échoua et se termina sans rien faire d’autre que ce sur quoi les délégations française et turque s’étaient entendues. A peine les deux délégations furent-elles revenues, que Mustafa Kemal rejeta le Traité que Bakir Sami avait signé avec la France. Bakir Sami fit ensuite contraint de démissionner de son poste de Ministre des Affaires étrangères et il rejoignit immédiatement ceux qui s’opposaient à Mustafa Kemal.

Mustafa Kemal écrivit alors au gouvernement français en déclarant que la délégation qu’il avait envoyée à la conférence avait agi d’une manière qui dépassait les pouvoirs avec lesquels elle avait été déléguée, ainsi toutes les résolutions qu’elles avaient adoptées étaient nulles et non avenues, que le pays n’accepterait pas qu’il ne serait pas non plus tenue de les honorer.

 

Des négociations eurent alors lieu entre le gouvernement d’Ankara et la France à l’issue desquelles le gouvernement d’Ankara signa le 20 octobre 1921 avec la France un accord aux termes duquel la Turquie s’engagea à remettre la Syrie à la France. Ils convinrent également de déterminer les frontières entre la Turquie et la Syrie. Conformément à cet accord, la France évacua également ses troupes de Cilicie. Par conséquent, Mustafa Kemal contacta d’autres états et d’autres états le contactèrent en retour et traitèrent avec lui, signant des traités avec lui malgré la présence du gouvernement du Califat. Ainsi le traitre offrit gratuitement les terres islamiques aux mécréants.

 

Les états européens par la suite montrèrent leur inclination à son égard. La France et l’Italie essayèrent de le convaincre et de se rapprocher de lui, tandis que la Grande-Bretagne le soutint ouvertement dans les questions internationales et sembla avoir snobé la Grèce et commencé à lui montrer du ressentiment.

Mustafa Kemal contacta également la Russie, qui s’était retirée de la guerre et où le gouvernement communiste avait été établi, et lui demanda son aide. Il lui remit Batum et s’efforça de lui faire signer un traité d’amitié avec lui au nom de la Turquie, afin de le considérer comme une reconnaissance officielle de son gouvernement. Par conséquent, ne perdant rien, la Russie accepta cela, parce qu’elle était contre l’Islam et contre l’existence d’un Califat Islamique. Par conséquent, elle soutint Mustafa Kemal contre les Britanniques et contre le calife, puis elle prit Batum gratuitement et c’était le 16 mars 1921. Auparavant, l’Italie avait abandonné Altalia de son plein gré et l’avait évacuée en janvier 1921. Par conséquent, la France, l’Italie et la Russie se rangèrent du côté du gouvernement d’Ankara et cela renforca la main de Mustafa Kemal.

 

Soldats Ottomans. Ou sont nos jeunes Subhanallah !

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