OSMANLI

Les Britanniques déclarèrent par la suite leur refus de participer à ces négociations.

Le 27 janvier 1916, l’ambassadeur de Russie à Londres adressa un télégramme au ministre russe des Affaires étrangères à Pétersbourg dans lequel il écrivit : « Nicholson m’a ’informé qu’après avoir réexaminé la question et examiné de près tous ses aspects, le gouvernement britannique jugea nécessaire de renoncer à participer à ces négociations et d’y renoncer pour de bon. »

Cela indique que l’idée des Alliés de forcer la Turquie à se retirer de la guerre et d’inciter certains officiers à prendre le pouvoir avait ses racines. Ils voulaient en plus cependant démembrer l’État Ottoman et abolir le Califat. Comme l’une des conditions de Jamal Bacha était de préserver l’unité des terres islamiques, au moins en tant que fédération et comme l’une de ses autres conditions était de préserver le Califat, ils rejetèrent sa proposition et refusèrent de négocier avec lui. Il est donc clair qu’ils avaient entrepris d’autres initiatives.

 

Quant à leurs tentatives avec le Sharif de La Mecque, Hussein Ibn ‘Ali, elles étaient connues, mais elles n’auraient pas servi le but de faire retirer l’État Ottoman de la guerre, et sans aucun doute, elles ont dû faire plusieurs autres tentatives avec une foule d’officiers turcs. Rien n’indique que d’autres négociations aient eu lieu avec quiconque parmi les Turcs, mais les Britanniques avaient leurs agents au sein de l’état, comme Arif Bacha, Damad Farid et d’autres. Avant la Première Guerre mondiale, l’attaché militaire britannique avait été très actif et avait l’habitude de faire de nombreux mouvements et contacts, le tout avec les mains libres. Cet attaché militaire rentra à Istanbul après la signature du cessez-le-feu et il joua un rôle majeur, avec le commandant des forces alliées, dans l’abolition du Califat. Par conséquent, il est très probable qu’il ait noué plusieurs contacts et établi des liens, bien qu’aucun de ceux-ci ne se soit encore révélé.

 

La montée de Mustafa Kemal

 

Mustafa Kemal était un officier subalterne peu connu lorsque la guerre éclata, bien qu’il était connu pour ses pensées occidentales et sa rébellion contre les pensées islamiques, et pour son inclination envers les Britanniques et sa haine pour les Allemands. Ce n’est qu’après sa participation à la bataille d’Ana Forta que son nom devint connu et célébré. Depuis ce temps, il acquit une large publicité, son nom devint connu et il devint célèbre.

 

Au printemps 1915, au début de la 2ème année de la guerre mondiale, l’Allemagne stoppa ses tentatives de conquête des territoires français car ni l’Allemagne ni la France ne pouvaient se battre et remporter une victoire décisive. Les Russes avaient entre-temps subi de graves coups, dont ils ne pouvaient plus se relever et reprendre leur lutte à moins que les états occidentaux n’agissent rapidement et ne fournissent régulièrement à la Russie les munitions dont elle avait grand besoin. Les Alliés occidentaux chargèrent des navires à cet effet, mais ils furent assiégés en Méditerranée et ne purent pas atteindre la Russie. Il devint donc impératif de lancer une attaque sur Istanbul et d’ouvrir le détroit afin de permettre aux navires d’entrer et de ravitailler la Russie sur une base régulière. Le commandement de l’armée ottomane était à l’époque entre les mains du général allemand Otto Liman Von Sanders. Il avait assigné le commandement d’une division à Mustafa Kemal Bek et c’est à ce moment-là que l’offensive des Alliés eu lieu.

 

Le 15 avril 1915, les Britanniques tentèrent de monter une énorme offensive, étant suffisamment préparés pour la bataille. Ils entrèrent dans la bataille et les troupes britanniques réussirent à atteindre Gallipoli et disperser les troupes ottomanes. En conséquence, le général Sanders fut contraint de renvoyer le commandant en charge de la bataille et il le remplaça par Mustafa Kemal, qui à l’époque était encore colonel. Mustafa Kemal prit le commandement des troupes ottomanes près d’Ana Forta, l’une des zones les plus sensibles près des Dardanelles. La bataille se déroulait dans une vallée avec les Turcs occupant son sommet et les Britanniques en bas essayant de l’occuper. La bataille dura plusieurs jours sans qu’aucune des deux factions belligérantes ne prenne le dessus. Le statu quo resta avec les Ottomans conservant leurs positions et les Britanniques conservant les leurs alors que les combats entre eux se poursuivaient.

Cela dura plusieurs mois quand soudain, dans la nuit du 15 décembre, dans une atmosphère enveloppée de secret le plus total, les Britanniques évacuèrent la position qu’ils occupaient le long de la côte de Gallipoli. Les navires de guerre mirent les voiles après avoir été chargés dans une hâte étonnante. C’est cette évacuation qui mit fin à la bataille.

Une fois les combats terminés, le commandant Mustafa Kemal présenta au commandant général allemand son rapport sur la bataille. Il présenta également sa montre qui avait été complètement écrasée par une balle, manquant ainsi Mustafa Kemal. Lorsque Liman Von Sanders reçut la montre, il sortit immédiatement sa propre montre en or et l’offrit à Mustafa Kemal, gardant la montre brisée en souvenir.

 

Après cette bataille, Mustafa Kemal devint une star, gagnant en popularité parmi les forces armées ottomanes, car cette bataille reçut une énorme publicité et fut considérée comme une victoire significative de Mustafa Kemal sur les Britanniques. Cependant, Mustafa Kemal avait l’habitude de nourrir l’idée de ne pas participer à la guerre, et malgré sa popularité nouvellement acquise à la suite de la bataille d’Ana Forta, il maintenait toujours son opinion sur le retrait de l’État Ottoman de la guerre. Il ne se contenta pas de porter une telle opinion et avec sa renommée parmi les forces armées et le peuple, il entreprit plusieurs tentatives pour influencer une foule de personnalités puissantes afin de les faire croire en ses idées, bien qu’il ait été accueilli avec indifférence et vexation. En tant que tel, il devint l’objet de soupçons. Malgré leur foi en sa capacité militaire après cette bataille, personne n’était prêt à l’encourager à se mêler des affaires politiques du pays ; au contraire, ils lui faisaient obstacle chaque fois qu’il tentait de participer efficacement à la politique du pays. Il tenait les Britanniques en grande estime ; leur faire confiance et croire en leur capacité et qu’ils gagneraient sans aucun doute et que l’Allemagne serait vaincue ; furent les raisons pour lesquelles il fut soupçonné. En effet, même ceux qui se rapprochèrent de lui furent aussi soupçonnés par les autorités et leur surveillance.

 

Mustafa Kemal travaille au retrait de l’état de la guerre et à la signature d’un traité de paix avec les Britanniques

 

Ce qui est frappant, c’est que Mustafa Kemal revint des Dardanelles à Istanbul victorieux des Britanniques. La victoire eu ses effets sur le moral des forces armées ottomanes et sur les Musulmans de tout l’État Ottoman. Cela eut également un effet sur les Alliés. Néanmoins, Mustafa Kemal revint de la bataille qu’il avait menée et dont il était sorti victorieux pour éveiller le doute sur la capacité de l’état à combattre les Britanniques, et susciter l’idée d’un retrait de l’état de la guerre et de la signature d’un traité de paix unilatéral avec les Britanniques. Il revint pour lancer une bataille domestique avec l’état afin de lui faire abandonner les Allemands et se ranger du côté des Britanniques. Si, avant la bataille, il avait eu la même opinion, il la garda pour lui, mais maintenant qu’il était revenu de la bataille, il commença à répandre ces opinions parmi les gens, en particulier les officiers de l’armée, et tenta d’influencer les hautes personnalités puissantes. Il commença même à rencontrer des ministres et leur parla ouvertement de ses opinions et tenta de les influencer.

 

À une occasion, il rendit visite au ministre des Affaires étrangères dans son bureau. Le ministre des Affaires étrangères de l’époque était Nassimi Bek, qui faisait partie de ceux qui suggérèrent que la Turquie devait aller en guerre aux côtés de l’Allemagne. Nassimi Bek accueillit chaleureusement Mustafa Kemal en tant que héros d’Ana Forta et lui parla de manière courtoise. Son discours fuit plein d’optimisme gracieux, en particulier à la suite de la victoire remportée par l’état et de sa défaite et de sa répulsion des forces armées alliées dans les Dardanelles. Le ministre des Affaires étrangères apprécia cette victoire et était conscient de l’effet de la défaite sur les Alliés, car cela signifiait garder la Russie privée des approvisionnements en munitions de guerre dont elle avait désespérément besoin et soumettre la France à un blitzkrieg allemand en raison de l’incapacité de la Russie à se battre par manque de ravitaillement, ce qui signifie que les Allemands sécuriseraient le front oriental. Le rapport de force avait basculé en faveur des Allemands et de l’État Ottoman contre les Alliés. C’est pour cette raison que le ministre des Affaires étrangères était optimiste. Cependant, Mustafa Kemal tenta de soulever le pessimisme et de convaincre le ministre de ses vues. Il sembla avoir senti la force des arguments du ministre, alors il recourut à la menace et dit au ministre : « Vous devriez prendre note de ce que je vais vous dire ! Si vous permettez aux politiciens de continuer à vous toucher, vous allez vous retrouvez face à un problème plus important que vous et les politiciens n’auront imaginé » Sur ce, le ministre fut inquiet et dit avec arrogance : « Je ne sais pas ce que vous voulez dire. » Mustafa Kemal déclara : « Je veux dire que le pays se dirige vers la destruction, et maintenant vous prétendez ne pas le voir aller dans cette direction. De toute évidence, vous êtes obligé de le dire en raison de votre position de ministre ; cependant, votre conviction personnelle doit être complètement différente de ceci. Vous n’ignorez sans aucun doute pas toute la réalité, et vous êtes sans aucun doute conscient de la source de la maladie et de l’endroit où se trouve la calamité. » Le ministre fut stupéfait. Il se tourna alors vers Mustafa Kemal et lui dit d’un ton ferme : « Colonel ! Si vous êtes venu ici pour émettre des doutes sur la situation du pays, alors laissez-moi vous dire que ce n’est ni le moment ni le lieu pour jeter de tels doutes. Vous vous êtes trompé en venant à moi, car mes collègues ministres et moi avons une totale confiance dans le commandant en chef ; je vous suggère donc d’aller le voir afin qu’il dissipe vos craintes et éradique les choses qui sont vous inquiète. » Puis le renvoya ensuite de son bureau.

Le lendemain matin, l’officier étranger informa le commandant en chef de la conversation qui avait eu lieu entre lui et Mustafa Kemal et l’exhorta à lui infliger la punition appropriée. Le commandant en chef décida de bannir Mustafa Kemal dans le Caucase. Il fut instantanément banni et y resta plus d’un an sans pouvoir entreprendre aucune activité significative.

 

La rencontre avec le ministre des Affaires étrangères marqua la première tentative officielle de Mustafa Kemal pour attirer l’état hors de la guerre et persuader les hommes d’état, ministres et officiers, de le faire. Rien n’indiquait à l’époque qu’il poursuivit une telle initiative sur la base de contacts spécifiques avec les Britanniques. Son action était donc considérée comme une opinion personnelle et un effort uniquement de sa part. En le bannissant, l’état se débarrassa de cette idée. Cependant, une série d’événements eurent lieu par la suite, ceux-ci étant initiés par Mustafa Kemal afin de mettre en œuvre ses pensées par la force et de s’emparer du pouvoir par la force, sur quoi sa trahison devint manifeste.

 

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