OSMANLI

L’occupation déconnecta Istanbul de l’Anatolie. Renommé comme Grand Vizir et soumis à la pression des Britanniques, Farid Damad ordonna aux Juges d’émettre des fatwas, légitimant et ordonnant les massacres des nationalistes en tant qu’infidèles perfides. Les fatwas furent imprimées sur papier et les avions britanniques les larguèrent au public. Après l’occupation, le Sultan Muhammad Wahid ad-Din referma le parlement.

 

Après la révocation du parlement à Istanbul, le Comité des représentants ouvrit la Grande Assemblée Nationale Turque (TGNA) le vendredi 4 Sha’ban 1338 (23 avril 1920), après la prière du Vendredi. Cette assemblée commença à renforcer efficacement l’unité nationale et à mener la lutte nationale. La Grande Assemblée Nationale Turque câbla une note de loyauté au Sultan et expliqua que la lutte nationale se battait pour libérer le Sultan.

 

À la fin de la Première Guerre mondiale, l’Empire Ottoman fut contraint de signer le 25 Dzoul Qi’dah (10 août 1920) le Traité de Sèvres, qui proposait des conditions inacceptables pour les Ottomans. Avant le Traité, le Sultan considérait les termes du Traité comme « la compilation du mal. » Le Conseil du Sultanat se réunit pour discuter des termes et conditions du Traité. Bien que le conseil ait signé le Traité par crainte d’une occupation grecque d’Istanbul s’il ne l’avait pas fait et reconnu le Traité avec la règle de la majorité, le Sultan ne ratifia jamais le Traité.

 

La plus grande réaction à la signature du Traité de Sèvres vint de la Grande Assemblée Nationale Turque à Ankara.

Les Alliés savaient que l’application des Sèvres serait trop difficile face à une résistance étendue en Anatolie ; par conséquent, ils demandèrent au Sultan d’établir un gouvernement qui pourrait s’entendre avec l’Anatolie. Le Sultan fit à nouveau de Tawfik Bacha le Grand Vizir. Le nouveau gouvernement eut des réunions à Ankara. À peu près à la même époque, juste après que les Turcs aient écrasé les forces grecques lors de la bataille d’Inonu près d’Eskisehir le 21 Rabi’ ath-Thani 1339 (10 janvier 1921), les Alliés invitèrent le gouvernement d’Istanbul et la Grande Assemblée Nationale Turque à revoir les articles du Traité de Sèvres à la Conférence de Londres. La conférence ne produisit aucun résultat tangible.

 

Suite aux réalisations de la lutte nationale et de la signature de l’armistice de Mudanya le 19 Safar 1341 (11 octobre 1922), Rafat Bacha vint à Istanbul au nom de la Grande Assemblée Nationale Turque et rencontra le Sultan Wahid ad-Din. Rafat Bacha demanda au Sultan de ne pas envoyer de délégation d’Istanbul à la Conférence de Paix à venir, de destituer le gouvernement d’Istanbul et de publier un avis officiel indiquant qu’il reconnaissait la Grande Assemblée Nationale Turque. Le Sultan dit à Rafat Bacha que le représentant de facto du trône était le gouvernement ottoman. Il était le Sultan de la monarchie constitutionnelle et ne pouvait pas démettre le gouvernement. Il rejeta donc l’offre de Rafat Bacha.

 

Lorsque le gouvernement d’Istanbul annonça qu’il assisterait à la Conférence de Lausanne au mois de Rabi’ al-Awwal (novembre), la Grande Assemblée Nationale Turque abolit le Sultanat le 11 Rabi’ al-Awwal 1341 (1er novembre 1922) et déclara que la Grande Assemblée Nationale Turque TGNA nommerait le calife. En outre, le 12 Rabi’ al-Awwal (2 novembre) fut convenu d’être célébré comme une fête nationale. Le Sultan réagit à l’idée et déclara que le califat était identique au Sultanat. Les membres de la dynastie ottomane le soutinrent.

 

La Grande Assemblée Nationale Turque décida que le Sultan devait être jugé. Les médias publièrent des informations sur le Sultan « traître » et il y eut des protestations contre lui. Tawfik Bacha démissionna le 14 Rabi’ al-Awwal (4 novembre 1922), expliquant que le Sultan avait le droit de se défendre devant la nation. Le Sultan dira plus tard que Tawfik Bacha démissionna et le laissa seul dans ses jours les plus difficiles.

 

Pendant ce temps, le lynchage de l’auteur et journaliste ‘Ali Kemal, ancien ministre de l’Intérieur et l’un des principaux opposants à la lutte nationale, alors qu’il se rendait d’Ankara à Izmit, surprit Istanbul. Ceux qui avaient des visas de voyage fuirent et d’autres trouvèrent refuge auprès des soldats britanniques. Le fait que ceux qui manquaient d’argent pour s’échapper vinrent voir le Sultan et lui demandèrent de les aider offensa le Sultan. Voyez-vous des traitres qui demandent à l’état qu’ils ont trahi de les aider à s’enfuir chez leurs amis les singes. C’est le comble de la décence !

 

Après l’abolition du Sultanat, le Sultan se présenta dans son premier Jumu’a selamligi ; la cérémonie qui avait lieu en public tous les vendredis. C’était la première fois que le nom du Sultan ne fut pas mentionné dans la khoutbah, ou le Sermon du Vendredi. Le Sultan Muhammad Wahid ad-Din envisagea le cas de feu ‘Ali Kemal, le fait qu’il soit laissé seul dans la cérémonie de prière bondée du Vendredi, les résumés quotidiens dans les journaux contre lui et la forte possibilité que sa vie soit en danger. Finalement, il décida de quitter Istanbul. Il envoya son aide personnel le colonel Zaki Bey auprès du général Harrington pour lui transmettre son message selon lequel il voyait sa vie menacée, et il s’attendait à ce que la Grande-Bretagne le protège à la condition qu’il maintienne tous ses droits sur le Sultanat et le califat. Il signa la demande écrite non pas en tant que Sultan mais en tant que « Muhammad Wahid ad-Din, le Calife des musulmans. »

 

Le Sultan n’emballa que ses effets personnels du palais. Quand quelqu’un lui recommanda d’emporter les fiducies sacrées de l’Islam avec lui, le Sultan refusa gentiment, disant qu’il s’agissait de cadeaux à la nation turque de ses ancêtres. Le Sultan fut emmené au palais d’Yildiz et renvoyé avec une cérémonie par les troupes britanniques. Son navire quitta Istanbul pour Malte.

 

Les journaux britanniques écrivirent que le Sultan Wahid ad-Din était raisonnable et avait terminé tranquillement les dernières Prières du Vendredi en dépit des manifestations contre lui, mais il avait dû s’échapper car il allait être assassiné lors de la cérémonie suivante le 27 Rabi’ al-Awwal (17 novembre 1922). Le Décret appelé la « Trahison de la Nation » émise par la Grande Assemblée Nationale Turque fut invoqué comme une autre raison de son départ.

 

Dans ses mémoires, le Sultan Muhammad Wahid ad-Din écrivit ce qui suit : « Il me restait à accepter ou à rejeter un Califat sans Sultanat. Je n’ai pas pu contester cela. J’étais entouré d’aveugles et d’ingrats, alors j’ai décidé de m’arrêter jusqu’à ce que les choses s’éclaircissent. Je ne me suis pas échappé mais j’ai émigré. J’en suis venu à choisir Malte comme le choix le moins désagréable pour partir en voyage vers les Terres Sacrées. J’ai suivi les traces du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Je n’ai jamais renoncé à mon droit au Sultanat et au Califat hérité de mes ancêtres. »

 

La Grande Assemblée Nationale Turque proclama le 19 novembre 1922 que ‘Abd al-Majid Efendi, héritier et fils du Sultan ‘Abd al-‘Aziz, était le calife élu. Le nouveau calife accusa Wahid ad-Din de trahir son pays et de ternir l’honneur de la dynastie ottomane.

 

Le Sharif Hussain, le gouverneur ottoman de La Mecque, invita le vieux Sultan au Hijaz. Il informa les Britanniques qu’il n’était pas allé au Hijaz sur l’invitation de Sharif Hussain mais en tant que calife du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et avec la conviction que la bonté spirituelle l’attendait là-bas.

 

Muhammad Wahid ad-Din voyagea de Malte à La Mecque. Bien qu’il ait déclaré vouloir se rendre à Chypre ou à Haïfa, les instructions britanniques données au Sharif Hussain lui ordonnèrent de résider à Ta’if, ou il se rendit. La déclaration qu’il y fit fut censurée par le Sharif Hussain, mais les médias contemporains s’y intéressèrent beaucoup et la publièrent. L’ancien Sultan expliqua la raison de son départ comme suit : « La raison pour laquelle j’ai abandonné le Sultanat et quitté ma patrie n’était pas la peur de la responsabilité devant ceux qui devaient eux-mêmes être jugés pour ce qu’ils avaient fait après la Guerre Mondiale, en particulier en ses conséquences. Au contraire, je suis parti pour m’abstenir de soumettre ma vie entre les mains de ceux qui étaient sans loi, impitoyables et privés même de la vertu de reconnaître le droit de défendre. Comme il comprenait qu’il ne pouvait pas rester longtemps au Hijaz, il voulut se rendre en Palestine cependant, les britanniques déclinèrent son souhait. Sa demande d’aller à Chypre fut également rejetée. Les Britanniques voulaient qu’il se rende en Suisse avec les frais de voyage à sa charge, mais la Conférence de Lausanne se poursuivait et sa présence en Suisse risque d’être mal interprétée. Finalement, les Britanniques lui offrirent l’Italie comme sa meilleure option.

 

Muhammad Wahid ad-Din s’installa à Villa Magnolia, Sanremo. Ses demandes consécutives à la Grande-Bretagne pour aller dans un pays musulman comme Chypre ou Haïfa reçurent une réponse négative, principalement parce que les Britanniques pensaient que l’insistance persistante de l’ex-Sultan sur le fait qu’il était le calife causerait des problèmes s’il vivait dans un pays musulman. Le Califat fait toujours peur ! En outre, sa demande d’obtenir des passeports pour lui et 12 autres membres de sa famille fut rejetée sur le motif que les passeports ne pouvaient être accordés qu’aux citoyens britanniques ou aux personnes sous protection britannique.

 

Le Sultan vécut seul pendant seize mois. Le seul membre de sa famille avec lui était Shehzade Muhammad Artoughroul Efendi. Ce n’est qu’après l’accord de la Grande Assemblée Nationale Turque le 26 Rajab 1342 (3 mars 1924), date à laquelle tous les membres de la dynastie ottomane durent être déportés, que le dernier Sultan retrouva sa famille. La réunion des membres de la dynastie déportés, en particulier à Sanremo, amenèrent Wahid ad-Din, déjà en difficulté financière, à épuiser toutes ses économies.

 

Après l’abolition du califat le 26 Rajab 1342 (3 mars 1924), Muhammad Wahid ad-Din découvrit qu’un congrès du Califat allait se tenir en Egypte. Il écrivit une lettre au Sheikh d’al-Azhar au Caire et déclara qu’il était vivant et qu’il n’avait pas renoncé à son droit au Califat. Il demanda en outre demandé au Sheikh de trouver une résidence au calife déjà existant dans un pays musulman au lieu d’en chercher un nouveau. Il envoya un manifeste au comité directeur du Congrès du Califat et protesta contre leur préparatif. Il précisa une fois de plus qu’il ne renonçait pas et ne renoncerait jamais à son droit au Sultanat et au Califat. C’est pendant les jours où se tenait le Congrès que le dernier Sultan Ottoman décéda le 4 Dzoul Qi’dah 1344 (16 mai 1926). Le Sultan avait quitté Istanbul avec 20000 livres britanniques. Ce montant lui permis de vivre suffisamment pendant trois ans. Cependant, il connut des difficultés financières, surtout après l’arrivée de sa famille à Sanremo. En peu de temps, Wahid ad-Din commença à vendre tous ses biens et finalement, il mit même mis en vente son insigne doré de Sultanat. Il découvrit alors que sa médaille était fausse et devint très bouleversé, se souvenant de ceux qui auraient pu lui faire ça. A moins qu’on lui ai fait croire ainsi pour diminuer sa valeur.

 

Après la mort de Muhammad Wahid ad-Din, les marchands de Sanremo demandèrent la séquestration des dettes qu’il avait laissées pour un montant de 200000 francs. Les agents de séquestration vinrent chez lui, scellèrent tous ses biens et le corps embaumé du Sultan décédé ensemble dans une pièce, et fermèrent la maison. Les Italiens ne permirent une cérémonie funéraire jusqu’à ce que toutes ses dettes aient été remboursées et rendirent la dépouille seulement un mois plus tard.

 

Pendant ce temps, la Mosquée Souleyman Shah à Damas, une terre musulmane, fut choisi comme lieu de sépulture du Sultan. Sous la supervision de Shehzade ‘Omar Farouk Efendi, sa dépouille navigua sur un navire à destination de Beyrouth, puis par chemin de fer de là à Damas et atteignit sa destination finale le 23 Mouharram 1345 (3 juillet 1926), 48 jours après sa mort.

 

Le Sultan Muhammad Wahid ad-Din passa ses années de règne à souffrir des conséquences amères de la Première Guerre Mondiale, à laquelle il avait toujours dit en premier lieu que c’était une erreur de cathédrale pour les Ottomans que d’y participer. Le dernier Sultan ottoman pensait pouvoir sauver son empire par une diplomatie pro-britannique à un moment où l’Empire Ottoman était envahi et déchiré, ses armées dispersées, la main-d’œuvre considérablement diminuée et le peuple appauvri et épuisé par les guerres en cours. Quel mécréant accepterait le retour du Calife ou l’aiderait à l’établir quand ils ont tout fait justement pour le détruire ?

 

Le Sultan Muhammad Wahid ad-Din était de taille moyenne, mince, à la peau claire et au visage pâle. Il était intelligent et avait une très bonne compréhension. Son tempérament était naturel et ses émotions étaient sincères. Il avait un caractère doux et patient. Il détestait les commérages et ne les laissait pas arriver autour de lui. Il ne parlait pas beaucoup, préférant écouter. Son image faciale visible reflétait une série de sourcils froncés et des expressions faciales dures et sérieuses. Puisse Allah lui faire miséricorde et à tous les Sultans Ottomans, Amine.

 

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