OSMANLI

Le Trente-sixième Sultan Ottoman

 

Sultan Muhammad VI

 

Règne : 1336 – 1340 (1918-1922)

 

Nom du Père : ‘Abd al-Majid.

Nom de la Mère : Gulustu Kadinefendi.

Lieu et date de naissance : Istanbul. Le 21 Joumadah ath-Thani 1277 (4 janvier 1861).

Âge à l’accession au trône : 57 ans.

Cause et date de décès : Paralysie. Le 23 Shawwal 1344 (16 mai 1926).

Lieu de décès et de sépulture : Sanremo, Italie. Sa tombe est située dans le jardin de la Mosquée Souleyman Shah construite par le Sultan Souleyman le Magnifique à Damas.

Héritier : Shehzade Artoughroul Muhammad Efendi.

Héritières : Sultan Mounira, Sultan Fatma Ulviye et Sultan Rouqayyah Sabiha.

 

 

Muhammad Wahid ad-Din, le dernier Sultan ottoman monta sur le trône de manière assez inattendue comme ses trois frères aînés avant lui. Wahid ad-Din devint l’héritier du trône après la mort soudaine de Shehzade ‘Izz ad-Din Youssouf Efendi, le fils aîné du Sultan ‘Abd al-‘Aziz le 26 Rabi’ al-Awwal (1er février 1916), et après la mort de son frère Sultan Rashad, il devint le nouveau Sultan.

 

Muhammad Wahid ad-Din perdit sa mère alors qu’il n’avait que six mois, et son père à l’âge de quatre ans. Son frère le Sultan ‘Abd al-Hamid II (dix-neuf ans l’aîné) le prit en charge et en fait, ‘Abd al-Hamid II s’avéra être sa figure paternelle. Il était un bon compositeur et jouait du piano et du qanun, un descendant de la harpe égyptienne antique. Du moment où le Sultan Wahid ad-Din devint l’héritier du trône, la Première Guerre mondiale avait déjà éclaté et l’Empire Ottoman avait dérivé dans la guerre. Wahid ad-Din Efendi, l’héritier du trône, fit un voyage officiel en Allemagne entre le 1 et 21 Rabi’ al-Awwal 1336 (15 décembre 1917/4 janvier 1918. Mustafa Kamal, le destructeur du Califat et le fondateur de la future République de Turquie, l’accompagna en tant qu’assistant pendant son séjour là-bas.

 

Le Sultanat du Sultan Wahid ad-Din eut lieu dans les pires moments. Les nouvelles venant des champs de bataille étaient toutes des défaites et des pertes. Les Ottomans perdirent la Palestine et la Syrie et même l’Anatolie fut menacée par l’ennemi. Le Sultan résuma l’erreur de contraindre l’Empire à la guerre en disant : « L’imprudence du gouvernement (la cinquième colonne) nous a entraînés dans ce bourbier et nous a fait tomber. » Finalement, il dût subir les conséquences d’une guerre dans laquelle il n’avait pas souhaité entrer en premier lieu.

 

Une Commission Ottomane dirigée par le Ministre de la Marine Rauf Orbay Bey signa l’Armistice de Moudros dans le Port de Moudros sur l’île de Lemnos, au nord de la Mer Égée, le 24 Mouharram 1337 (30 octobre 1918).

 

En moins de quatre mois sur le trône, le Sultan Wahid ad-Din vit vu la signature de Moudros, qui dictaient des sanctions extrêmement sévères et paralysaient par conséquent l’Empire Ottoman. Le Sultan pensait que l’Empire et son armée ne pouvaient se rallier que s’il pouvait gagner du temps. Il pensait qu’un accord de paix n’entraînerait pas de conditions désastreuses avec le soutien de la Grande-Bretagne et de la France.

 

Pendant ce temps, les principaux membres de la cinquième colonne du Parti de l’Union et du Progrès, fuirent (à Paris) secrètement le pays les 27 et 28 Mouharram (2 et 3 novembre 1918), après avoir accompli leur mission de destruction. Dix jours plus tard, la marine alliée composée de soixante cuirassés s’amarra le long des rives d’Istanbul le 8 Safar 1337 (13 novembre 1918).

 

Le Sultan déclara que la responsabilité de la guerre perdue reposait uniquement sur l’Union et le Parti du Progrès, et il s’efforcerait de maintenir des relations étroites avec la Grande-Bretagne. Alors que le gouvernement et le parlement tombaient dans un conflit acharné pour juger les Unionistes, le Sultan Wahid ad-Din utilisa son pouvoir exécutif constitutionnel et mit fin au parlement le 17 Rabi’ al-Awwal 1337 (21 décembre 1918).

 

Le Sultan essaya de sauver son empire et de maintenir Istanbul en recherchant le soutien de la Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne et la France firent pression sur le gouvernement ottoman pour qu’il leur remette leurs agents, les Unionistes. Tawfik Bacha ne put résister à cette contrainte et démissionna. Le Sultan le remplaça par Farid Damad Bacha en tant que nouveau Grand Vizir. Alors les Unionistes commencèrent à être arrêtés et punis.

 

L’invasion grecque de la ville d’Izmir sur la côte ouest de l’Anatolie causa des massacres civils le 14 Sha’ban 1337 (15 mai 1919). Nous avons rapporté en détail ces opérations dans le second volume de notre Introduction à l’Histoire des Ottomans. Farid Damad présenta sa démission au Sultan lors de l’invasion cependant, le Sultan le garda à son poste.

 

Le Sultan nomma Mustafa Kemal, son ancien assistant, en tant qu’officier chargé d’inspecter la rébellion ponto-grecque dans la région de la Mer Noire. Confirmé également par des documents d’archives britanniques, cette nomination faisait suite à une rencontre entre le Sultan et Mustafa Kemal au cours de laquelle le Sultan lui avait dit qu’il pouvait sauver la patrie. Mustafa Kemal reçut une autorité extraordinaire de donner des ordres aux organes militaires, judiciaires et administratifs dans toute l’Anatolie. Finalement, il débarqua dans la ville de Samsun sur la côte nord de l’Anatolie.

 

Le Sultan rencontra le Conseil du Sultanat le 25 Sha’ban de cette même année 26 mai 1919. Le Conseil accepta le principe de l’indépendance unilatérale et décida qu’un conseil national devait être établi immédiatement pour laisser la nation déterminer son propre sort. Les Alliés réagirent vigoureusement à ces activités.

 

Le Sultan Wahid ad-Din ne faisait pas confiance à Farid Damad Bacha et par conséquent, il emmena Tawfik Bacha à la délégation ottomane qui représenterait l’Empire Ottoman à la Conférence de Paix de Paris, la principale plate-forme pour conclure les détails de l’armistice.

 

Dans une grande partie de l’Anatolie, les Ottomans commencèrent à mener une résistance armée contre les invasions en cours, en particulier l’invasion grecque d’Izmir. Les Britanniques faisaient pression sur le Sultan et le gouvernement pour qu’ils rappellent Mustafa Kemal Bacha, qui avait joué un rôle profond dans les mouvements de résistance plus larges en Anatolie (en fait c’est ce que l’on voudrait nous faire croire). Le Sultan resta distant face aux pressions. Bien que le gouvernement ait publié une note circulaire indiquant que Mustafa Kemal avait été démis de ses fonctions, il resta généralement silencieux. Mustafa Kemal Bacha télégraphia au Sultan ses plaintes concernant l’attitude hostile du gouvernement et lui dit qu’il démissionnerait s’il devait le faire, mais qu’il continuerait sa lutte dans l’esprit de la nation. La réponse du Sultan fut sympathique et il ne voulut pas qu’il retourne à Istanbul ou démissionne de son poste. Il lui recommanda seulement de faire une pause de deux mois et de se reposer un peu jusqu’à ce que les choses se clarifient.

 

Les Britanniques annoncèrent que le Sultan et son gouvernement étaient derrière le mouvement de résistance en Anatolie et ils adressèrent un avis officiel au Sultan, lui demandant d’arrêter et de ramener Mustafa Kemal à Istanbul. Le Sultan câbla à Mustafa Kemal Bacha le 12 Dzoul Qi’dah (9 juillet 1919) à Erzurum et lui dit qu’il avait été démis de ses fonctions et que les Britanniques voulaient qu’il rentre immédiatement à Istanbul (nous verrons dans le chapitre, la destruction du califat, les véritables raisons de ces manipulations ficitves). Afin de ne causer aucun problème au Sultan Wahid ad-Din et au gouvernement, il démissionna de ses fonctions officielles et continua à travailler individuellement pour le Sultan et l’état.

 

Le Sultan Muhammad Wahid ad-Din indiqua clairement à la Grande-Bretagne qu’il n’avait rien à voir avec la résistance. Il les informa en outre que, depuis que son armée avait été dissoute, il ne pouvait pas réprimer les troubles civils, qui avaient tous commencé avec l’oppression grecque des indigènes dans le pays, et qu’il serait impossible de mettre le peuple d’Anatolie en attente, tant que la folie grecque n’avait pas pris fin.

 

Le Congrès d’Erzurum se réunit sous la direction de Mustafa Kemal Bacha le 26 Dzoul Qi’dah (23 juillet 1919). La correspondance du congrès qui se tint à Erzurum dans l’est de l’Anatolie montra une allégeance manifeste au Sultan et une réaction au gouvernement. Lorsque les Britanniques demandèrent au gouvernement de traiter Mustafa Kemal comme un rebelle (pour le valider en fait), le gouvernement exhorta à amener Mustafa Kemal Bacha et Rauf Bey à Istanbul pour arrestation. Les ministres patriotes, qui critiquaient le gouvernement à ce sujet et soutenaient en fait la lutte nationale, démissionnèrent du gouvernement. Le Congrès de Sivas suivit le cours de ces événements et se tint à Sivas en Anatolie centrale le 8 Dzoul Hijjah (4 septembre 1919). Le gouvernement empêcha Mustafa Kemal Bacha et le Sultan de communiquer par télégraphe. Lorsque le Bacha envoya une lettre au Sultan et demanda la mise en place d’un gouvernement national, le Sultan Muhammad Wahid ad-Din exigea la démission du gouvernement actuel et nomma ‘Ali Riza Bacha comme nouveau Grand Vizir.

 

Le nouveau gouvernement soutint le Kuvayi Milliye, ou les Forces nationales. De plus, ils rencontrèrent Mustafa Kemal dans la ville d’Amasya, parvinrent à un accord total et signèrent un protocole avec lui le 27 Mouharram (22 octobre 1919).

 

Après les élections, le nouveau parlement ouvrit ses portes à Istanbul le 13 Joumadah al-Oula 1340 (12 janvier 1922). Les renseignements britanniques rapportèrent que le Sultan avait d’abord vu Wasif Kara, un agent travaillant pour Mustafa Kemal, puis avait ordonné l’inauguration du parlement, mais n’avait pas assisté à la cérémonie en personne pour qu’il ne soit pas fermé par les Britanniques. Le Sultan annonça que sa maladie ne lui permettait pas d’assister à l’inauguration tandis que Mustafa Kemal Bacha ne put non plus se rendre à la première réunion du parlement à cause du mandat d’arrêt. Le Bacha télégraphia au Sultan ses meilleurs vœux, et le Sultan lui répondit par des salutations.

 

Moufit Mazhar Kansou rencontra le Sultan au nom du Comité des représentants. Il rapporta que le Sultan posa des questions sur Mustafa Kemal, que le Sultan comparait métaphoriquement aux pierres précieuses sur le dessus de sa couronne, et que le Sultan avait vraiment manqué de converser avec lui.

 

Le Sultan admit également une délégation du parlement. Il leur recommanda de garder leurs paroles car les Britanniques étaient des manipulateurs de sang-froid et pouvaient utiliser leurs paroles contre eux. Lorsque les représentants dirent au Sultan que la nation gardait toujours son allégeance au Sultan et que les Britanniques ne pouvaient rien faire pour changer cela, le Sultan leur répondit que les Britanniques pourraient avancer jusqu’à Ankara en un jour s’ils le voulaient.

 

Les Alliés placèrent le Sultan dans le palais d’Ylddiz sous haute surveillance parce qu’ils s’inquiétaient du mouvement de résistance en Anatolie. De cette façon, ils visaient à le protéger contre un coup d’état et aussi à l’empêcher de se rendre en Anatolie pour rejoindre la résistance.

 

Le dernier parlement ottoman reconnut le Misak-i Milli, le Pacte National, le 16 Joumadah al-Oula 1337 (17 février 1919). Avec ce Pacte, le parlement déclara sa position sur les frontières de l’état, les droits des minorités et le statut des Musulmans et des détroits. À leur avis, les frontières antérieures à l’armistice de Moudros étaient de facto des frontières étatiques. Les Alliés présentèrent une réaction agressive au Pacte National et occupèrent officiellement Istanbul et usurpèrent toutes les institutions officielles dans le but de manœuvrer le Sultan dans un coin le 25 Joumadah ath-Thani 1338 (16 mars 1920). Le Sultan fut informé que l’occupation était temporaire mais que sa durée pouvait changer étant donné qu’une agitation civile sévissait en Anatolie. De nombreux patriotes furent arrêtés et envoyés en exil.

 

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