OSMANLI

Le Vingt-sixième Sultan Ottoman

 

Sultan Mustafa III

 

Règne : 1171 – 1188 (1757-1774)

 

Titres honorifiques et pseudonymes : Jihangir (conquérant du monde, dominant le monde) et Ghazi.

Nom du Père : Ahmed III.

Nom de la Mère : Sultan Mihrishah Amine.

Lieu et date de naissance : Edirne, le 14 Safar 1129 (28 janvier 1717).

Âge à l’accession au trône : 40 ans.

Cause et date du décès : Œdème. Le 1 Dzoul Qi’dah 1187 (21 janvier 1774).

Lieu de décès et de sépulture : Istanbul. Il fut enterré dans la tombe sous son nom près de la Mosquée Laleli à Istanbul.

Héritiers : Salim III et Muhammad.

Héritières : Sultan Shah, Sultan Fatima, Sultan Bekhan et Sultan Hibatullah.

 

 

Le Sultan Mustafa III devint le nouveau Sultan Ottoman après la mort de ‘Uthman III, son cousin et fils de son oncle paternel. Mustafa III eut beaucoup de chance d’avoir Khoja Ragip Bacha, un munificent Grand Vizir, à sa disposition. La période de paix augmenta sous son règne. En fait, il poursuivit la diplomatie d’accommodement pour garder l’Empire Ottoman hors de la guerre tandis que la guerre de sept ans en cours empêchait l’Europe d’attaquer les Ottomans.

 

Après trente ans de paix avec la Russie suite au Traité de Belgrade en 1152 (1739), les ambitions russes contre les intérêts ottomans amenèrent les deux pays au bord de la guerre en 1181 (1768). Catherine II de Russie voulait mettre la Crimée et le Caucase sous contrôle russe, puis envoyer la flotte russe vers la Mer Noire pour obtenir le libre passage des Détroits ottomans du Bosphore et des Dardanelles, et étendre sa sphère d’influence dans les Balkans. Elle annonça finalement clairement sa belligérance lorsque la Russie s’ingéra dans les affaires intérieures de la Pologne, violant le Traité de Prout. Les Ottomans réagirent peu de temps après.

 

Les Polonais demandèrent l’aide des Ottomans après que les Russes aient remplacé le défunt roi polonais par un chef pro-russe. Enfin, l’Empire Ottoman déclara la guerre à la Russie avec le soutien manifeste du Khan de Crimée et des Français en 1181 (1768). Lorsque la Russie assiégea Khotyn en 1182 (1769), les Ottomans ripostèrent efficacement, ce qui valut au Sultan le titre de Ghazi. Néanmoins, l’armée ottomane perdit les combats suivants et le Sultan, maintenant le Sultan Ghazi, subit de vives critiques du public.

 

La réponse de la Russie à la déclaration de guerre ottomane fut rapide. L’armée russe pénétra en Valachie et en Moldavie, captura les ports de Kilia et d’Akkerman, qui contrôlaient les embouchures du Danube et du Dniestr, tandis que les forces navales russes naviguèrent depuis la Mer Baltique à travers le détroit de Gibraltar jusqu’à la Méditerranée, grâce à l’aide des Britanniques.

 

En Méditerranée, les Russes agitèrent les Morènes pour se rebeller contre l’Empire Ottoman. Les Ottomans réprimèrent effectivement la rébellion à la surprise de la Russie cependant, ils incendièrent la flotte ottomane ancrée dans le port de Cesme sur la côte occidentale de l’Anatolie. Les événements qui se déroulèrent révélèrent une prédiction de ce qui se passerait ensuite en 1183 (1770). Nous reviendrons en détail sur cette opération à la fin du volume.

 

Le commandant en chef de la marine ottomane, Hassan Cezayirli Bacha, força finalement les Russes à quitter la Méditerranée et les amena à modifier le cours de la guerre. Les forces russes annexèrent la Crimée. Les forces ottomanes ne purent pas affronter les Russes en Crimée et le Sultan fut contraint d’offrir une trêve. Pendant ce temps, les victoires russes sur les Ottomans irritèrent et alarmèrent les Autrichiens en raison de leurs intentions territoriales concernant la Valachie et la Moldavie. La guerre reprit après que les réunions de paix de Bucarest aient proposé des conditions trop lourdes pour que le Sultan les accepte. La Russie captura Silistra et Rousse sur le Danube. Aucune bonne nouvelle ne vint des champs de bataille, mais plutôt de plus en plus de pertes. Tout cela coûta la santé au Sultan et le vendredi 1 Dzoul-Qi’dah 1187 (21 janvier 1774), le Sultan Mustafa III décéda dans la Mosquée Ayasofya en écoutant l’Adhan, ou l’appel islamique à la prière, pour la prière de la Congrégation du Vendredi.

 

Les chroniques font référence au Sultan Mustafa III comme à un personnage franc, bénin, gracieux, philanthropique et généreux. C’était un musulman pieux et il exécutait en particulier secrètement le Fajr, ou prière d’aube, dans la Mosquée Ayasofya avec le public.

Soucieux du bien de la communauté, Mustafa III réglementa les impôts prélevés sur ses sujets de manière à les mettre à l’aise. Il était très organisé et économe. Il inspecta toutes les dépenses, y compris celles du Palais, afin de garder le trésor impérial plein. Il prit également des mesures très fermes pour sécuriser l’itinéraire de pèlerinage et réorganisa les structures des dotations au Haramayn. D’une manière générale, ses politiques frugales en matière financière et ses contrôles stricts de la corruption administrative aboutirent à une augmentation des revenus de l’état. Le Bureau Impérial des Recettes, devint un département d’état important pendant son règne. Le Sultan Mustafa III était un orateur et calligraphe impressionnant. Il essaya de maîtriser même les moindres détails des affaires d’état.

 

Comme ses prédécesseurs Mahmoud I et ‘Uthman III n’avaient pas d’enfants, la venue de la première fille du Sultan Mustafa III Hibatoullah en 1172 (1759) et de son premier fils Salim en 1174 (1761) reçut un accueil très chaleureux et heureux. Puisque la dynastie ottomane n’avait donné naissance à aucun héritier pendant quarante ans, leurs naissances devinrent l’occasion d’un gala qui dura des jours.

 

Le Sultan Mustafa III continua les leçons de Houzour (littéralement, présence du cœur avec Dieu), une tradition que son père, le Sultan Ahmed III initia. Ces leçons étaient composées de leçons inspirantes du Noble Qur’an et tenues en présence du Sultan chaque année durant le mois de Ramadan.

 

Il est rapporté que le Sultan Mustafa III parcourut la capitale déguisé pendant la guerre de Russie, écoutant les idées et les souhaits de son peuple et faisant de son mieux pour répondre à leurs besoins. Il mobilisa également toutes les ressources de l’état pour reconstruire la ville et ses environs lorsqu’un tremblement de terre majeur secoua Istanbul le dernier jour de la fête islamique du sacrifice (‘Id al-Adhah) le 3 Rabi’ ath-Thani 1190 (22 mai 1766). Des sources notent que les dépenses du gouvernement pour cet énorme projet dépassèrent vingt-deux mille sacs de pièces d’or et une énorme quantité de chaux. Le tremblement de terre causa des dommages considérables aux Mosquée Fatih et Sultan Ayyoub, au Kapali Qarsi (Grand Bazar), aux remparts de la ville, à Kiz Kulesi (Tour de la Jeune Fille) et à de nombreux autres bâtiments. Néanmoins, le Sultan guérira de nombreuses blessures et construira de nouveau la ville grâce au trésor impérial remplit à ras bord du fait de ses dépenses publiques frugales.

 

Le Sultan Mustafa III avait également deux autres projets. Il voulait relier le Lac Sapanca, situé à l’est du Golfe d’Izmit, à la Mer Noire et ouvrir un canal à Suez. Ces projets ne se sont jamais concrétisés principalement en raison de l’opposition farouche des hommes d’état et du grand public.

Parmi les mosquées parrainées par le Sultan se trouvaient la Mosquée Mihrigah connue également sous le nom de Mosquée Ayazma à Uskudar, qui servait à la mémoire de sa défunte mère Sultan Amina Mihrigah et de son frère aîné Souleyman. Il construisit également le Complexe de la Mosquée Laleli du côté européen de la ville en l’honneur de Laleli Baba, un dévot que le Sultan respectait beaucoup. Le Sultan et le dévot furent enterrés dans la cour de la Mosquée Laleli.

 

Passionné de poésie, le Sultan écrivit de nombreux poèmes sous le nom de Jihangir. Un quadrant célèbre qui se finit comme suit se traduit :

À la merci de l’Eternel est donc notre destin…

 

 

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