OSMANLI

En outre, il était également de tradition dans le système gouvernemental ottoman de prêter une attention particulière à la sécurité et au bien-être des populations qui avaient accepté la suzeraineté ottomane. Un document ottoman conservé dans le village de Dolny Kamenec sur le cours supérieur de la rivière Nitra nous montre que Huseyin Basha, le gouverneur de Buda et le commandant du château d’Uyvar, assurait la sécurité des habitants de ce village contre les attaques des Tatars de Crimée, les cosaques et les soldats de Moldavie et de Valachie qui avaient participé à la campagne ottomane en tant qu’unités auxiliaires. Dans un autre document du même village, ‘Ali Basha, le gouverneur de Leve (Levice en Slovaque moderne), ordonna à Isma’il Beg, le commandant du régiment de Leve, de protéger les sujets du village qui avaient accepté l’autorité ottomane de toute agression venant de l’armée.

 

Marche et confrontation

 

L’armée ottomane commença sa marche de manière habituelle. Le 1 Rajab 1073 (9 février 1663), l’étendard impérial, symbole du début d’une campagne, fut préparé pour la marche. Une semaine plus tard, les tentes impériales et le 14 de ce même mois, la tente du Sultan lui-même fut préparées. L’armée se rassembla à Davout Basha le 8 Sha’ban (18 mars) et, suivant la route traditionnelle utilisée pour les campagnes occidentales, marcha en direction d’Edirne. Les soldats participant à la campagne devaient rejoindre l’armée avant le 11 Sha’ban. Les munitions et les provisions nécessaires pour la campagne furent rassemblées à Edirne. Le 3 Ramadan (11 avril), le Grand Vizir Fadl Ahmed Basha fut nommé commandant en chef et partit pour Sofia. Là, les chevaux furent laissés dans les pâturages pour se nourrir d’herbe fraîche et après un séjour de seize jours à Sofia, les forces ottomanes se déplacèrent à Halkali Pinar où le Sultan envoya au commandant un firman avec une épée et un caftan, des cadeaux traditionnels pour animer l’esprit ghazi. Lorsque l’armée arriva par la suite à Belgrade le 2 Dzoul Qi’dah (8 juin), presque toutes ses unités avaient été rassemblées. Les soldats étaient si nombreux que la ville de Belgrade devint un carnaval de couleurs à cause de leurs tentes. L’armée resta dans la ville pendant douze jours afin d’entreprendre les aspects logistiques de la campagne. Les canons, mortiers, munitions, céréales et autres provisions furent amenés d’Istanbul et le matériel déjà présent à Belgrade fut chargé sur cent quarante navires et transporté du port de Belgrade à Boudin via le Danube. Ensuite, l’armée se rendit à Zemun et y est resta encore deux jours. Le 16 de ce même mois (22 juin), ils atteignirent Mitrofca (Mitrovice) où les soldats pouvaient acheter de la nourriture bon marché. Le 22 Dzoul Qi’dah (28 juin), l’armée arriva à Osek (Eszak). Là, les soldats reçurent leur provision et les canons furent chargés sur les navires. Enfin, le 11 Dzoul Hijjah (17 juillet), l’armée arriva à Buda. Sur la base des informations fournies par Muhammad Necati, la distance entre un menzil ou un lieu de repos et le suivant différait de deux à huit heures de marche.

 

Bien que l’on veuille nous faire croire à l’analphabétisme géographique et politique des Ottomans, des études récentes nous montrent que les décideurs ottomans furent prudents dans la planification et l’organisation de leurs attaques sur les terres européennes. Ils connaissaient les châteaux, les rivières, les ressources naturelles, les marais, les lignes de défense, l’équilibre des pouvoirs grâce aux activités de leur système de collecte d’informations bien développé. La préparation de rapports solides sur les particularités géographiques et stratégiques de la région était de la responsabilité des Bashas des frontières. Par conséquent, sur la base des rapports des Bashas à la frontière des Habsbourg, la classe dirigeante ottomane prit la décision de marcher sur le fort d’Uyvar après avoir soigneusement débattu de la question lors d’une réunion tenue à Buda le 17 Dzoul Hijjah de cette même année (23 juillet 1663). Les motifs à l’appui de la décision comprenaient la relative facilité avec laquelle le fort pouvait être pris, la perspective d’un butin abondant, et non le moindre du prestige que pouvait gagner l’entreprise, d’autant plus qu’un haut fonctionnaire de l’empereur résidait dans le château. Les autres cibles possibles de l’armée ottomane étaient Raba (Yanik kale) et Komorn (Komaran). Cependant, il fut considéré difficile d’entrer dans Raba tandis que le fort de Komorn pouvait se défendre avec ses larges fossés gorgés d’eau.

 

Cigerdelen

 

La première confrontation de l’armée ottomane avec les soldats allemands et hongrois eut lieu lors de la bataille de Cigerdelen, le 2 Mouharram (6 août 1663). Pour atteindre le Danube Supérieur, le Grand Vizir ordonna à ses Bashas de construire un pont près d’Esztergom. Huseyin Basha, Mustafa Basha Kaplan et le gouverneur de Nigbolu, Ibrahim Basha, furent choisis pour coordonner cette tâche difficile. Cependant, lorsque l’armée ottomane atteignit Esztergom le 27 Dzoul Hijjah (2 août), le pont n’était pas encore terminé, ce qui obligea le Grand Vizir à s’intéresser personnellement à sa construction. Quatre jours plus tard, le pont était enfin achevé et ‘Ali Basha Kose, le gouverneur de Halab (Alep), Muhammad Basha et le gouverneur d’Anadolu, Youssouf Basha avec leurs soldats au nombre de 8000 personnes traversèrent le pont sur le Danube et atteignirent Cigerdelen. Le jour où l’armée ottomane passa le Danube Supérieur, les soldats ottomans capturèrent un messager qui portait plus de vingt-cinq lettres. Cette correspondance interceptée contenait des instructions destinées aux fonctionnaires qui commandaient les châteaux d’Uyvar et de Novigrad.

 

Trompé par un faux rapport, le Comte Forgacs, le commandant du château d’Uyvar, sortit pour empêcher le passage ottoman sur le Danube supérieur. Cependant, il subit une défaite décisive à Cigerdelen. Son armée se composait de 8000 hussards, 500 fantassins et des soldats allemands et hongrois. Selon Tayyib ‘Omar, dans Fethiyye-i Uyvar u Novigrad folio 9b, le nombre de soldats était supérieur à 10000. À la fin de la bataille, 4800 soldats du côté des Habsbourg avaient été tué.

 

Le château d’Uyvar

 

En 952 de l’Hégire (1545), Pal Vardai, l’archevêque d’Esztergom, ordonna de construire une palissade embrasée de roseaux pour protéger ses terres des attaques ottomanes sur la rive droite de la rivière Nitra. La palissade porta alors le nom de l’archevêque Ersek Uyvar, le nouveau château de l’archevêque. Cependant, quand il devint clair que ce château relativement petit ne pouvait pas empêcher les attaques ottomanes, le conseil impérial de Vienne décida de construire un nouveau château selon le modèle de fortification de la Renaissance qui assurerait la sécurité de la route menant à la capitale. La technologie la plus moderne de l’époque fut utilisée dans la construction de cette forteresse. Ce renouvellement de l’ancienne fortification commença en 981 (1573) et s’acheva en 988 (1580) cependant, les travaux d’amélioration de ses défenses se poursuivirent jusqu’en 1073 (1663). La fortification se composait alors d’une forteresse aux murs de pierre qui occupait une superficie d’environ trois kilomètres. Il était entouré par un fossé de 35 mètres de large et de 4.5 mètres de profondeur rempli de l’eau de la rivière Nitra. Le château était considéré comme l’une des forteresses les plus modernes d’Europe au moment de sa construction, un excellent exemple de la forteresse étoilée qui était considérée comme une défense appropriée contre une attaque prolongée d’artillerie au cours des siècles précédents. Il avait été une fois capturé par les forces ottomanes en 1013 (1605) et ensuite donné à Borcskay. Les Autrichiens réussirent à reprendre le château et dépensèrent ensuite beaucoup de ressources pour améliorer la résistance des murs de la forteresse.

Evliya Chalabi rapporte sur le château comme suit :

« Il a six tours et chaque tour est comme le mur d’Alexandre. A l’ouest, il y a la tour blanche ; à l’est, la tour du pape ; au sud, la Porte de Vienne avec à sa gauche la tour humide. Au nord, il y a la tour de Komaran, avec la tour du roi sur le côté de la Kıble. Chaque tour a quarante-cinquante canons et une salle de stockage de poudre à canon. Ils ne stockaient pas la poudre à canon au même endroit pour ne pas perdre tout ce qu’ils avaient en cas d’incendie. Chaque tour contient mille hommes et il n’est pas difficile de trouver une place lors de bataille. »

 

La source ottomane Ihtisar-ı Tahrir-i Atlas Majeur décrit la position géographique de la forteresse comme suit :

« L’armée ottomane atteignit le château le 13 Mouharram 1074 (17 août 1663). Conformément à la tradition, le Grand Vizir appela d’abord Adam Forgacs, le commandant du château, à se rendre. Cependant, lorsque Forgacs refusa cette offre ottomane, le siège débuta. Le vingt-quatrième jour du siège, les forces de Crimée, de Valaque et de Moldavie rejoignirent l’armée principale. Les espions ottomans informèrent que le général Montecuccoli arrivait avec 30000 soldats et 45 canons pour sauver le château. Pour arrêter l’avancée de l’adversaire, le Grand Vizir ordonna à Mustafa Basha Kibleli et aux soldats de Crimée de l’intercepter. L’armée de Montecuccoli fut écrasée et les soldats ottomans firent des raids jusqu’aux environs de Vienne, revenant avec une grande quantité de butin.

Le château d’Uyvar tomba aux mains des Ottomans le 22 Safar 1074 (25 septembre 1663) après un siège de trente-huit jours. Deux jours plus tard, le grand Vizir s’installa dans la fortification, ordonna les réparations et assura la défense de la fortification. Le premier responsable de la ville fut Muhammad Basha Kurde, qui était non nommé à une fonction officielle au moment de la conquête. Le Vizir Huseyin Basha Boudin fut nommé Mouhafiz ou commandant du château. Après la prise du château, les soldats ottomans trouvèrent 40 canons et 14000 sacs de farine de kile. Ces provisions s’avérèrent très utiles pour répondre aux besoins des soldats ottomans, qui poursuivirent leurs activités militaires.

 

Après le château d’Uyvar, d’autres châteaux du voisinage furent également capturés. Le château de Nograd (Novigrad) tomba le 13 Rabi’ ath-Thani (14 novembre), après un siège de 27 jours. Les forces tatares, en même temps, pillèrent la Moravie. Puis l’armée retourna à Belgrade pour l’hiver.

 

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