OSMANLI

Renforcée par les troupes de Transylvanie, de Valachie, de Moldavie et de Crimée, l’armée ottomane se battit exceptionnellement bien. L’Empereur autrichien appela ensuite les croisés pour obtenir du soutien. Encouragés par le Pape, les Habsbourg, les Français et les Polonais vinrent secourir Vienne. Pendant le siège de deux mois, Mourad Giray, le Khan de Crimée, n’empêcha pas l’armée polonaise dirigée par John Sobieski de se rendre à Vienne par le Danube, alors que la chute de Vienne n’était qu’une question de temps. Maintenant que l’armée ottomane était encerclée par les forces polonaises, l’armée se trouvait entre deux feux. Au milieu de cette tournure inattendue des événements, Mustafa Bacha replia suffisamment ses forces sur Belgrade pour éviter des pertes majeures et élabora la stratégie d’une nouvelle attaque. De retour à la maison, plusieurs hommes d’état devinrent jaloux de la réputation grandissante de Mustafa Merzifonlu Kara Bacha. Ils convoitèrent sa position de Grand Vizir et ainsi réussirent à provoquer et manipuler le cerveau du Sultan Muhammad IV avec des conseils trompeurs pour se débarrasser du Grand Vizir. Finalement, la condamnation à mort de Mustafa Merzifonlu Kara Bacha lui fut envoyée. En dépit d’être à des centaines de milles de la capitale et le commandant en chef d’une puissante armée ottomane, Mustafa Merzifonlu Kara Bacha se présenta, effectua ses dernières deux rak‘as (cycles) de prière, et demanda à ce que le décret soit exécuté d’une manière étonnamment fidèle. L’échec du deuxième siège de Vienne marqua un tournant dans l’histoire ottomane. En effet, cela précipita une série de défaites successives, ce qui suggère que le cours des événements qui suivirent aurait pu se dérouler de manière totalement différente si Merzifonlu avait eu une autre chance.

 

L’échec ottoman à Vienne eut également des ramifications plus larges : il inspira et stimula les croisés avec l’idée qu’ils pourraient chasser les Ottomans de l’Europe Centrale. Encouragée et dirigée par le Pape, l’Autriche, la Pologne, la Russie, Venise, et Malte mirent en place une « sainte alliance. » Bien que l’armée ottomane écrasa d’ abord la Pologne, l’armée autrichienne avança le long du Danube et attaqua la Transylvanie et la Hongrie. Esztergom et Belgrade tombèrent et comme à leur habitude, les croisés massacrèrent les habitants musulmans de Buda après la perte de la ville. Sur d’autres théâtres de guerre, les forces polonaises capturèrent Podolie et infiltrèrent la Moldavie tandis que les Vénitiens attaquaient les côtes de la Morée et de la Dalmatie avec le soutien des Espagnols et des Maltais. Finalement, la Morée se sépara puis Athènes passa aux mains de Venise.

 

La série de pertes provoqua une vague d’indignation dans la société ottomane. Des rumeurs se répandirent selon lesquelles « le Sultan s’occupait de chasser au lieu de s’occuper de l’état. » L’armée ottomane, qui subit une défaite écrasante à Mohacs, se révolta contre le Grand Vizir et commença à marcher vers Istanbul, en utilisant des excuses de salaires pour se révolter. Leur intention première était de détrôner le Sultan Muhammad IV. Tandis que l’armée ottomane se dirigeait vers Istanbul, sa propre capitale, les Autrichiens s’emparèrent avec une relative aisance des terres conquises par les Ottomans malgré la dureté et la diligence. Rien ne changea encore, même lorsque le Sultan Muhammad IV prouva aux soldats qui arrivaient à Istanbul que le Grand Vizir avait déjà été remplacé et qu’il jura de ne plus chasser. Ils obtinrent une fatwa qui autorisait les soldats à détrôner Muhammad IV pour s’être trop amusé avec des chasses et avoir entravé les affaires de l’état. Souleyman II lui succéda en 1098 (1687). Muhammad IV, maintenant l’ex-Sultan, fut confiné à Simsirlik, ou section du Buis du Palais de Topkapi, jusqu’à son transport à Edirne, sa ville préférée. À ce moment-là, le Sultan Souleyman II était parti en campagne en Hongrie. Muhammad IV, qui vivra également sous le règne d’Ahmed II, son autre frère, décéda à Edirne. Il fut le premier Sultan après Souleyman le Magnifique à mourir en dehors d’Istanbul.

 

Le Sultan Muhammad IV devint Sultan à un très jeune âge, de sorte qu’il ne put pas recevoir une éducation approfondie en tant que jeune Shehzade. En fait, il semble que ses tuteurs l’élevèrent comme un chasseur et non comme un sultan. Ceux qui luttaient pour le pouvoir dans le Palais le gardaient strictement dans les limites du Palais. Les nominations de Grands Vizirs compétents de la famille Koprulu contribuèrent à la relance de l’Empire à bien des égards. C’est après la mort de sa mère Sultan Tourkhan et la dissociation des Koprulus de l’administration que le Sultan montra ses inepties à gouverner. Bien que ses fils aient des droits inaliénables sur le trône, il épargna ses frères et de cette manière, il ouvrit la voie à leur ascension sur le trône après avoir été détrôné.

 

Muhammad IV était très gentil et généreux. Il menait une vie assez ordinaire de simplicité bien qu’il ait tous les moyens de mener un style de vie somptueux en tant que Sultan d’une superpuissance. Le Sultan Muhammad IV était très enthousiaste pour l’histoire et était un patron des arts. C’est au cours de son long règne que le célèbre Evliya Chalabi 1020 – 1093 (1611-1682) écrivit son célèbre Voyages (Seyahat) en dix volumes, décrivant ses voyages qui avaient débuté dans sa ville natale d’Istanbul et couvraient l’Anatolie, le Caucase, le Moyen-Orient et l’Égypte, l’Afrique du Nord, la Roumanie, l’Europe Centrale, Orientale et Septentrionale jusqu’à la Mer Baltique.

 

En tant que Sultan, Muhammad IV entreprit d’importants travaux de rénovation à La Mecque et dans ses environs, en particulier dans le système hydraulique de la Vallée d’Arafat, dans le but de réconforter les pèlerins.

Après avoir lu en partie l’histoire de notre Oummah en général, je ne peux qu’avoir de la compassion pour lui et tous les autres. Puisse Allah Exalté lui faire miséricorde. Le Pouvoir est une terrible chose.

 

 

La Campagne Ottomane d’Hongrie de 1074 (1663)

 

Muhammad Fatih Calisir

 

Il est vrai qu’avec le Vizirat de Muhammad Basha Koprulu en 1066 (1656), l’esprit ghazi ou jihad fut ravivé dans l’Empire et la milice ottomane retrouva son dynamisme. Fadl Ahmed Basha, le fils aîné de Muhammad Basha, qui prit le poste de Grand Vizirat après la mort de son père le 6 Rabi’ al-Awwal 1072 (30 octobre 1661), avait suffisamment d’expérience dans l’art de la politique et savait gérer les ressources humaines et financières de l’Empire. Engagé avec les problèmes d’Europe centrale, l’ambitieux Grand Vizir mis en garde d’abord les envoyés des Habsbourg à Istanbul d’observer les conditions du Traité de Paix de Zsitvatorok qui visait au départ, à mettre fin à la guerre avec Venise qui durait depuis quinze ans, puis à régler les problèmes sur le front hongrois.

 

Cependant, au printemps 1073 (1663), lorsque l’armée ottomane se prépara pour une campagne contre les territoires vénitiens en Dalmatie et le Grand Vizir reçut un firman du Sultan ordonnant une marche contre les Habsbourg. Les lettres de plainte reçues du fort et des villes frontière sur les sévères attaques des soldats autrichiens jouèrent un rôle important dans cette décision du Sultan. Inspiré par le prédicateur du palais Muhammad Efendi Vani, le Sultan et le Grand Vizir considérèrent favorablement une campagne contre un ennemi chrétien, ce qui pourrait leur apporter une récompense céleste et un prestige mondain si cela aboutissait.

 

Bien que dans le cas de la campagne de 1073 (1663), le Sultan était manifestement devenu très irrité contre son adversaire des Habsbourg et les troubles dans la capitale étaient l’une des causes sous-jacentes de l’envoi à tout moment de l’armée ottomane en campagne.

Le 3 Ramadan 1073 (11 avril 1663), le Grand Vizir Fadl Ahmed reçut le titre de Serdar à Edirne (Adrinople) et commença sa marche vers Belgrade. Trois jours plus tard après son arrivée à Belgrade, il admit les envoyés des Habsbourg, le Baron Goes et Beris, et l’ambassadeur d’Autriche à Istanbul, Simon Reninger, qui exigea des négociations de paix. Le Grand Vizir leur demanda de retirer les soldats autrichiens des châteaux de Transylvanie, de démolir le nouveau château de Zrinyi et de libérer les captifs musulmans. Les envoyés, d’autre part, déclarèrent également leurs conditions : les châteaux Szekelyhid et Kolozsvar resteraient sous le contrôle de l’empereur et en retour, ils détruiraient le nouveau château de Zrinyi. Pour les convaincre de la force et de la capacité de l’armée ottomane pour gagner ce qu’il demandait, le Grand Vizir montra au Baron Goes les tentes et les canons rassemblés dans le champ de Belgrade. Lorsque le Grand Vizir l’informa des conditions exigées par les envoyés des Habsbourg, le Sultan se mit très en colère et réitéra son ordre de lancer une campagne contre l’Empereur des Habsbourg. Quinze jours plus tard, lorsque Fadl (Fazil) Ahmed Basha entra à Osek (Eszek), il admit les envoyés pour la deuxième fois. En plus de ses premières demandes, il demanda un paiement d’impôt annuel de 30000 ducats d’or comme sous le règne du Sultan Souleyman le Magnifique. Les envoyés acceptèrent de transmettre les nouvelles conditions à l’Empereur mais ce dernier refusa. Enfin, lors d’une réunion à Buda le 30 juin, ‘Ali Basha demanda aux envoyés autrichiens au nom du Grand Vizir de payer 30000 ducats par an ou 200000 florins comme ils payaient à l’époque de Khoja Mourad Basha. Les envoyés exigèrent du temps pour donner une réponse. ‘Ali Basha donna aux envoyés quatorze jours pendant que l’armée poursuivait sa marche vers le château d’Uyvar.

 

Comme cela sera discuté en détail dans les paragraphes suivants, les Ottomans menèrent une campagne principalement réussie contre leurs adversaires. Afin de consolider les gains territoriaux réalisés après l’arrêt de leur avance pendant la bataille de Saint-Gothard, les Ottomans conclurent la Paix de Vasvar, le 17 Mouharram 1075 (10 août 1664). Cette trêve de 20 ans confirma la suzeraineté ottomane sur la Transylvanie et stipula que les troupes autrichiennes et ottomanes devaient être retirées de la région. Ce Traité donna aux Ottomans la possibilité de conserver les forteresses qu’ils avaient capturées pendant leur marche. Léopold Ier accepta de faire un « cadeau » de 200000 florins au Sultan. La principale raison de la volonté du côté des Habsbourg de signer ce traité était de sécuriser les frontières orientales afin de pouvoir s’engager militairement dans l’Ouest. En outre, la crise économique qui frappait l’Empire des Habsbourg limitait les possibilités de dépenses militaires. Cependant, ce Traité de Paix agaça considérablement la noblesse hongroise. Ils estimèrent que leur chef national, le Comte Nikolas Zrinyi, n’avait pas reçu le soutien nécessaire du commandant impérial Montecuccoli. La discorde entre l’Empereur des Habsbourg et les nobles hongrois était également enracinée dans les tensions religieuses provoquées par la contre-réforme accrue. Les Ottomans et en particulier le Grand Vizir Ahmed Basha comprirent très bien compris cette situation et l’utilisèrent pour promouvoir la cause ottomane.

 

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