OSMANLI

Le Dix-neuvième Sultan Ottoman

 

Sultan Muhammad IV

 

Règne : 1058 1098 (1648-1687)

 

Titres honorifiques et pseudonymes : Avci (Le chasseur).

Nom du Père : Sultan Ibrahim.

Nom de la Mère : Sultan Khadija Tourkhan.

Lieu et date de naissance : Istanbul, le 30 Ramadan 1051 (2 janvier 1642).

Âge à l’accession au trône : 7 ans.

Cause de décès : Goutte, angoisse mentale ou poison.

Lieu de décès et de sépulture : Edirne. Il fut enterré dans la tombe de sa mère Sultan Khadija Tourkhan près de la Mosquée Yeni à Istanbul.

Héritiers : Ahmed III, Mustafa II, Bayazid, Ibrahim et Souleyman.

Héritières : Sultan Khadija, Sultan Fatma et Sultan Oummi.

 

 

Muhammad IV devint le nouveau Sultan à l’âge de sept ans, un âge exceptionnellement précoce pour occuper le trône, grâce au soutien de sa grand-mère Sultan Kosem, des hommes d’état et des janissaires, après que son père Sultan Ibrahim eut été détrôné le 18 Rajab 1058 (8 août 1648). Muhammad IV, le plus jeune sultan de l’histoire ottomane, n’était certainement pas capable de diriger l’Empire ; ceux qui l’avaient fait monter sur le trône exerceraient inévitablement leur autorité au maximum. Ainsi, les huit premières années de son règne entraînèrent les luttes de pouvoir entre sa grand-mère, sa mère et de leurs partisans.

 

Au début, l’Empire était en pleine mutation : son père fut exécuté, sa grand-mère Sultan Kosein s’engagea alors dans une âpre bataille contre le Grand Vizir Muhammad Sofu Bacha, les salaires des unités de cavalerie n’étaient pas payés à temps et les janissaires se politisèrent et gagnèrent beaucoup plus d’influence. Par conséquence, « l’incident de la Mosquée Sultan Ahmed » éclata au moment de la première révolte sous le règne de Muhammad IV, le 7 Shawwal 1058 (25 octobre 1648). Les chefs des janissaires réprimèrent avec succès la révolte cependant, leur rôle dans la gestion de la révolte leur permis de gagner en influence dans les affaires de l’état.

 

Lorsque les révoltes se multiplièrent à Istanbul et en Anatolie, le blocus vénitien du Détroit des Dardanelles se poursuivit et le mécontentement lié aux janissaires indisciplinés s’étendit à la capitale impériale. En outre, l’inflation augmenta lorsque les chefs des janissaires gardèrent pour eux les akqes (l’unité monétaire ottomane en pièces d’argent) à valeur réelle et versèrent aux soldats leurs salaires avec des akqes d’argent à une échelle inférieure.

 

L’enfant sultan était tenu à l’écart des affaires de l’état. Pour amuser et le distraire de l’administration, le Sultan Muhammad IV était souvent emmené à des parties de chasse dans Kagithane, situé le long d’un ruisseau qui se jette dans la Corne d’Or et le Parc Gulhane, près du Palais. La chasse devint vite son passe-temps favori et deviendra sa dépendance plus tard, lui valant le surnom de « chasseur. »

 

Bouyouk Valide (grande mère) Sultan Kosem avait affecté ses partisans à des postes administratifs clés. Une telle dotation en personnel arbitraire ouvrit la voie à des complications étranges et finalement, le Palais Ottoman devint le théâtre d’une lutte permanente entre une belle-fille et une belle-mère. Koucouk Valide (mère mineure) Sultan Tourkhan élimina sa belle-mère Sultan Kosem avec l’aide des chefs du Palais. Ainsi Sultan Kosem ne réussit pas à mener à bien son plan pour remplacer le Sultan Muhammad IV avec Souleyman II principalement parce qu’elle pensait qu’elle pouvait mieux manipuler la mère de Souleyman qui était apparemment plus naïve que Sultan Tourkhan, la mère de Muhammad IV. Sultan Khadija Tourkhan joua un rôle important dans l’administration de l’état pendant cinq années consécutives. Au cours de cette période, Ahmed Tarhuncu Bacha fut promu Grand Vizir en 10621 (1652), à condition que personne ne puisse s’opposer à son autorité en matière financière. Ahmed Tarhuncu Bacha tenta d’équilibrer les revenus et les dépenses avec des réglementations strictes cependant, il tomba dans le mépris et fut rapidement libéré peu de temps après avoir prélevé des taxes sur des représentants du gouvernement et proposé une liste de réductions de dépenses pour le Palais.

 

Outre le remplacement continu des Grands Vizirs, une révolte apparue en réaction au fait que les salaires des janissaires étaient payés avec des akqes en argent à plus petite échelle, financés par des emprunts de l’administration. Les rebelles rassemblés sur la Place du Sultan Ahmed invitèrent le Sultan à se rendre dans la première cour du Palais de Topkapi pour tenir une réunion improvisée avec lui. Au cours de la réunion, ils demandèrent au Sultan Muhammad IV de leur livrer trente chefs du Palais. Le jeune Sultan rejeta initialement cette demande cependant, les pressions incessantes l’obligèrent à céder, aussi ordonna-t-il l’exécution des chefs que les rebelles avaient demandés le 8 Joumadah al-Oula 1066 (4 mars 1656).

 

Un changement de Grands Vizirs, cette même année, se révéla bientôt être une merveilleuse occasion au crédit du Sultan Muhammad IV. Ce changement se traduisit par des innovations fondamentales dans les affaires gouvernementales, le nouveau Grand Vizir Muhammad Koprulu, dont les conditions préalables pour assumer son nouveau poste avaient été acceptées par Valide Sultan Tourkhan, inaugura ce qui va être connu sous le nom de l’ère Koprulu, la période des Grands Vizirs de la Famille Koprulu. Muhammad Koprulu Bacha compléta ce qui manquait à Muhammad IV en raison de son très jeune âge : compétence et expérience en administration. Muhammad Koprulu Bacha contrecarra d’abord un effort collectif de rébellion et en général, il dirigea toute sa force vers le rajeunissement de l’Empire.

 

Muhammad Koprulu réprima plusieurs soulèvements et contraignit efficacement les Vénitiens à lever leur blocage sur les Dardanelles. Son fils Fadl Ahmed Bacha lui succéda en conformité avec les recommandations de Muhammad Bacha sur son lit de mort. Pendant le Grand Vizirat de Fadl Ahmed Bacha Koprulu, l’Empire Ottoman accomplit de nombreuses réalisations et victoires, rappelant les glorieux siècles précédents que les historiens appellent conventionnellement l’essor de l’Empire Ottoman. Particulièrement parlant, les Ottomans vainquirent Venise et la France sur la mer et leur armée écrasa les forces autrichiennes et polonaises en guerre. Ils conquirent la forteresse d’Uyvar (aujourd’hui Nove Zamky) sur la rivière Nitra en 1074 (1664). De plus, le Traité de Vasvar fut signé avec l’Autriche, qui était obligée non seulement de payer les réparations de guerre mais aussi de reconnaître la suzeraineté ottomane de la Transylvanie. Le Traité stipulait également que les forteresses d’Uyvar et de Nograd appartenaient à l’Empire Ottoman. Fadil Ahmed Bacha Kopruluzade réussit également à mettre fin au siège de Crète en capturant Candie en 1079 (1669).

 

Alors que Fadl Ahmed Bacha, le jeune Vizir du Sultan, faisait campagne à Candie, le Sultan Muhammad IV resta en Morée et fit campagne à Kamianets, Podolie contre le Royaume de Pologne en présence d’un magnifique cortège en 1082 (1672). Pendant le siège, trop difficile en raison des pluies torrentielles, le Sultan fit quelque chose d’assez extraordinaire en termes de coutumes impériales ottomanes. Il s’habilla incognito dans un uniforme de soldat régulier et participa à l’assaut. À la suite de la conquête, que le jeune Sultan et le jeune Grand Vizir réussirent en collaboration, le Traité de Buchach fut signé et les terres de Buchach et de Podolie furent incorporées au territoire ottoman.

 

Trois ans plus tard, le monarque polonais John Sobieski (Jean III) déclara la guerre à l’Empire Ottoman. En réponse, le Sultan Muhammad IV mobilisa son armée mais suspendit la marche avant d’affronter l’ennemi à l’approche de l’hiver. L’année suivante, les forces ottomanes revinrent, défirent les Polonais et renouvelèrent le Traité de Buchach. Fadil Ahmed Bacha avait interrompu la marche avec le Sultan en raison de son état de santé s’aggravant. Finalement, il rencontra son destin, laissant le Sultan dans le chagrin. Le Sultan remplaça feu Fadil Ahmed Bacha par Mustafa Merzifonlu Kara Bacha, un autre membre de la famille Koprulu.

 

La première des guerres russes-ottomanes eu lieu à peu près à cette époque aussi, principalement à cause des Cosaques du Dniepr. Après deux campagnes, l’Empire Ottoman conclut avec les Russes un Traité d’une durée de vingt ans. En fait, le Sultan Muhammad IV se conforma en quelque sorte à la politique étrangère agressive de Mustafa Merzifonlu Kara Bacha.

Mustafa Merzifonlu Kara Bacha contra la France sur les questions concernant la province de Trablusgarp (Libye moderne). Il réagit de manière excessive face au bombardement français de l’île de Chios dans la Mer Égée, au large de la côte ouest de l’Anatolie, et fit pression sur les Français pour qu’ils paient des réparations de guerre.

 

L’Autriche catholique, quant à elle, commença à exercer des pressions politiques et religieuses sur les Hongrois protestants, attachés à la souveraineté ottomane. Bien que Fadil Ahmed Bacha Kopruluzade rejeta auparavant la demande d’assistance du Prince de Transylvanie en raison du Traité de Vasvar avec l’Autriche, Mustafa Merzifonlu Kara Bacha accepta dès lors l’appel à l’aide du Hongrois. Un certain nombre d’hommes d’état s’opposèrent à l’idée néanmoins, Mustafa Merzifonlu Kara Bacha persuada le Sultan et fit campagne sur l’Autriche. En 1093 (1682), le Sultan Muhammad IV assista également à la campagne et marcha jusqu’à Belgrade. Mustafa Merzifonlu Kara Bacha assiégea Vienne une seconde fois après Souleyman le Magnifique en 1094 (1683).

 

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