OSMANLI

Les shiites reprirent Erevan après le retour du Sultan Mourad IV d’Erevan et envoyèrent un émissaire pour demander une trêve. Le Sultan Mourad ne lui permit pas d’entrer en sa présence mais au lieu de cela, il envoya un message à l’émissaire shi’i lui indiquant qu’il « répondrait au message (demande de paix) à Baghdad, » et l’émissaire repartit.

 

L’armée ottomane commandée par Mourad IV en personne mena une campagne à Baghdad tandis qu’en, même temps, son fils Shehzade Qasim était également exécuté à la suite de rumeurs inquiétantes qui se propagèrent avant la campagne. Le Sultan dirigeait une magnifique armée ottomane rappelant les armées de la première période. Avec le Sultan en tant que soldat, les forces ottomanes assiégèrent la forteresse de Baghdad, qui aboutit à la reconquête de Baghdad et à l’incorporation de la ville dans le domaine ottoman en 1047 (1638).

 

Après la conquête de Bagdad, le Sultan Mourad IV fit le tour de la forteresse de Baghdad et rendit visite à la tombe de l’Imam Abou Hanifah, fondateur de l’école Hanafi de l’Islam. Il ordonna ensuite la rénovation des tombeaux d’Abou Hanifah et de ‘Abd al-Qadir al-Jilani, deux personnalités de l’histoire de l’Islam. Le Sultan aurait pu progresser beaucoup plus loin en Perse, mais il ne le fit pas et rentra à Istanbul principalement à cause de la détérioration de son état de santé. Un long et difficile voyage de retour à Istanbul lui donna des douleurs dans les pieds. Le Grand Vizir était chargé de diriger les pourparlers de paix ; par conséquent, le Traité de Qasr-e-Shirin (également connu sous le nom de Traité de Zohab) fut signé le 14 Mouharram 1049 (17 mai 1639) près de la ville de Qasr-e-Shirin, symbolisant la fin officielle des guerres en cours entre l’Empire Ottoman et la Perse shiite. Le traité permit de rétablir la paix dans la région pendant de longues années et jeta également les bases de futures références dans les relations diplomatiques entre les deux pays.

 

Au cours des guerres avec la Perse, le Royaume de Pologne avait négligé de payer les tributs annuels stipulés dans les accords et, de plus, la Pologne avait incité les Cosaques russes à attaquer les terres ottomanes. Par conséquent, le Sultan Mourad IV ordonna une campagne contre le Royaume de Pologne. Peu de temps après, le Royaume de Pologne demanda la paix et promis de payer chaque année un tribut à l’Empire Ottoman et au Khanat de Crimée.

 

Lors d’une expédition, l’amiral ‘Ali Piginoglu, de la flotte ottomane en Algérie et à Tunis, avait amarré sa flotte de navires au port de Vlora, qui est le port le plus proche du port italien de Bari. Les Vénitiens exploitèrent cela à leur avantage et envoyèrent une énorme flotte pour bloquer Vlora. Enfin, ils confisquèrent et emportèrent les navires ottomans en 1048 (1638). Frustré par la nouvelle, le Sultan Mourad IV ordonna la cessation des relations commerciales avec Venise et la fermeture du poste de douane situé dans la ville portuaire de Split, sur les rives orientales de la Mer Adriatique. Compte tenu des conséquences néfastes, les Vénitiens se précipitèrent pour appeler à la paix. Un nouveau Traité qui reprendrait les termes commerciaux et obligerait les Vénitiens à payer des réparations fut signé le 15 Rabi’ al-Awwal 1049 (16 juillet 1639).

 

Le Sultan Mourad IV se battit obstinément pour ramener l’Empire Ottoman à sa gloire. Il élimina la corruption de la structure administrative dans une certaine mesure et prit des mesures drastiques pour réprimer les révoltes de Celali. Conformément aux recommandations de l’historien Kochi Bey, qui, à la demande du Sultan, avait présenté un exposé concis sur la situation actuelle de l’état ottoman sublime, le Sultan Mourad IV se prépara à un large éventail de réformes.

 

La santé du Sultan Mourad IV se détériora gravement au retour de son expédition militaire à Baghdad. Le Sultan fit une rechute critique deux jours après avoir célébré le mois bénit du Ramadan et rencontra son destin après la prière nocturne du jeudi 15 Shawwal 1049 (8 février 1640). Il fut inhumé lors d’un grand rassemblement dans la tombe du Sultan Ahmed, son père, près de la Mosquée Sultan Ahmed.

 

Le célèbre chroniqueur contemporaine Na’ima relata dans ses annales, Tarikh Na’ima, l’anecdote suivante : Le pavillon de Bagdad fut érigé au Palais de Topkapi en souvenir de la reconquête de Baghdad et lorsque les murs du pavillon furent carrelés avec les calligrammes avec le style calligraphique courbé ottoman de l’époque, le calligraphe arriva au point où il allait écrire le verset coranique en arabe qui se lit comme suit : « Et quand Ibrahim éleva les fondations de la Maison …» (Al-Baqara 2: 127), la mort du Sultan Mourad IV coïncida avec le moment où il commença à écrire le nom d’Ibrahim, tandis que le frère cadet du Sultan, Ibrahim lui succédait sur le trône.             

 

Le Sultan Mourad IV était extrêmement bien bâti, réputé pour sa force physique et célèbre pour son incroyable endurance au travail. Fan de sport, le Sultan construisit dans les jardins du Palais de Topkapi « le trône de pierre, » un trône de marbre solide sur lequel il s’assit plus tard et observa les compétitions des élèves de l’école gratuite Enderun du Palais de Topkapi. Il participa également aux sports à cet endroit de temps en temps. L’épigraphe derrière le trône de marbre raconte le fait que le Sultan Mourad IV lanca un club de chêne à environ 80 mètres alors qu’il montait à cheval à pleine vitesse et ce pendant le mois de Ramadan en 1045 (1636), illustrant ainsi sa force physique remarquable.

Parmi les autres exemples de sa force, le levage d’une lourde masse de 565 livres (256 kilos) et la lutte contre des célèbres lutteurs professionnels contemporains. Il est également intéressant de noter qu’il souleva un certain Moussa Silahtar Bacha (un homme distingué et le principal de l’École Enderun) et le transporta plusieurs fois dans la chambre impériale du Palais.

 

Le Sultan Mourad IV était un cavalier remarquable et un tireur d’élite talentueux qui maîtrisait de nombreux types d’armes à feu. Très dévoué à ses chevaux, le Sultan prenait particulièrement soin de l’écurie impériale. Les chevaux pur-sang avec les noms Daglar Delisi (le Fou de Montagne), Aga Alacasi (le Seigneur-Moucheté) et Tayyar (le Volant) furent élevés dans ses écuries. Conformément aux anciennes coutumes turques, ces chevaux choisis du Sultan défunt trottèrent du Palais de Topkapi à la Mosquée du Sultan Ahmed avec leurs selles attachées à l’envers.

 

Les sources ajoute qu’avant sa mort, le Sultan Mourad IV tira une flèche et perça l’une des portes en fer du Palais de Topkapi. Il perça également en bouclier en cuir de rhinocéros envoyé par le souverain de l’Inde moughal, Shah Jahan, au Sultan pendant son séjour à Mossoul, sur les rivages du Tigre, avant de faire campagne à Baghdad. On disait qu’il était à l’épreuve des flèches et des balles. Néanmoins, les sources rapportent que le Sultan, juste sous les yeux de l’émissaire moughal, perça deux trous nets dans ce bouclier avec à la fois une lance et une flèche.

Conformément à cette anecdote, il est dit que les flèches du Sultan avaient une distance beaucoup plus grande que les balles de fusil décemment tirées et qu’« il n’y avait pas de match contre son lancer de javelot. » En fait, il était un talent avéré à la fois dans le tir à l’arc et le lancer de piques. Il pouvait par exemple lancer des lances d’Eski Saray, ou le Vieux Palais, (à la place duquel se trouve maintenant le bâtiment du rectorat de l’Université d’Istanbul) au bas d’un minaret de la Mosquée Bayazid sur la Place Bayazid et à nouveau de la forteresse d’Alep à près de la zone des ateliers des selliers de Saraghane à Alep.

 

Le Sultan Mourad IV était un Sultan extraordinaire au caractère peu orthodoxe. En période de stagnation, le Sultan s’occupa avec diligence des affaires de l’état, tenta d’enquêter et de comprendre les événements se déroulant en dehors de son Palais par ses visites déguisées sur place. Il réussit dans une certaine mesure à redresser l’Empire d’un chaos imminent. Les sources occidentales ont également mentionné la création d’un bureau de renseignement national.

 

Mourad IV connaissait l’Arabe et le Perse aussi bien que le Turc. Il écrivit des poèmes sous le nom de « Mouradi » et composa les chansons de marche militaire pour le groupe militaire ottoman appelé Mehter, la plus ancienne variété de fanfare militaire au monde. « Éveillez mes yeux, éveillez-vous de la négligence » figure parmi les chants Islamiques qu’il écrivit. Il esquissa de splendides œuvres calligraphiques ottomanes en écriture talik, qui présente de courtes verticales sans empattement et de longs traits horizontaux. Le Sultan était un Musulman dévot et respectait les érudits et les notables religieux. Durant son règne émergèrent de nombreux érudits ottomans de renom, historiens, poètes, calligraphes et musiciens. Ils comprenaient Evliya Chalabi, Katib Chalabi, Nef’i, Sheikh al-Islam Yahya, Veysi, Koci Bey et Azmizade.

 

Des pluies abondantes se déversèrent sur la ville de La Mecque en avril 1049 (1639), inondant le Masjid al-Haram. L’inondation s’éleva à deux brasses et endommagea gravement la Mosquée. Dès que la nouvelle de l’inondation parvint au Sultan, il rencontra le Sheikh al-Islam et reçut une fatwa (décret religieux faisant autorité) sur la manière de procéder aux réparations. Le Sultan nomma ensuite pour la réparation le Qadi (juge) ottoman Muhammad Efendi et le célèbre architecte Ridwan Aga. Enfin, une équipe de travailleurs astucieux sous leur supervision géra les dégâts que l’inondation avait infligés à la Ka’bah et entreprit les réparations si complètement qu’elle inspecta même les infrastructures et fortifia les fondations de la Ka’bah. De plus, une approche unique fut appliquée dans les réparations : les pièces et pierres de la Ka’bah, tombées ou simplement devenues dysfonctionnelles, furent remplacées uniquement par celles collectées du lieu d’où provenaient les originelles.

 

Malgré le fait que le Sultan Mourad IV régna plus de seize ans, sa souveraineté de facto ne dura que huit ans seulement puisque ce fut sa mère qui dirigea au cours des premières années du jeune Sultan inexpérimenté.

Le caractère du Sultan Mourad IV ressemblait à celui de l’un de ses ancêtres, le Sultan Salim I, mais son destin administratif fut le contraire. Premièrement, le Sultan accéda au trône à l’âge de onze ans ; deuxièmement, il fut privé d’hommes d’état exceptionnellement talentueux. Autrement, il semble fort probable qu’il aurait changé le cours de l’Empire Ottoman d’une toute autre manière. Le Sultan ne fit aucune campagne en Europe néanmoins, sa seule présence effraya suffisamment les Européens. Les monarques européens éclatèrent de joie et le bonheur simplement quand ils apprirent qu’il était parti. Son frère Ibrahim lui succéda sur le trône. 

 

 

 

Views: 0