OSMANLI

Le jeudi 29 eut lieu un formidable engagement dont la simple mention suffit à semer la terreur dans le cœur des hommes et ses horreurs à démentir leur raison.

Pour résumer, on peut dire que le Sultan Touman Bey, après avoir campé à Ridaniyah, la fortifia avec des canons et des fusils, aménagea une ligne de boucliers et de défenses en bois pour eux puis creusa une tranchée de Jabal Ahmar aux champs de Matariyyah. À l’arrière des fusils, il plaça environ mille chars de chameaux de sacs de fourrage, et sur les selles, il fixa des bannières blanches et rouges qui flottaient dans la brise. Il collecta également un certain nombre de bœufs pour tirer les véhicules. Il s’attendait à une longue bataille entre lui et Ibn ‘Othman, voire à un long siège cependant, les choses se déroulèrent différemment. Les forces d’Ibn ‘Othman s’arrêtèrent deux jours à Birkah al-Hajj, mais le Sultan Touman Bey n’osa pas avancer contre elles ; il aurait dû le faire et leur livrer bataille là-bas, avant qu’ils ne puissent entrer à Ridaniyah.

 

Jeudi, l’armée d’Ibn ‘Othman arriva et son avant-garde atteignit Jabal Ahmar.

En apprenant cela, le Sultan sonna l’alarme dans le camp et ordonna aux troupes d’engager l’armée d’Ibn ‘Othman. Les tambours battaient au combat, le chef des émirs et toute la force monta et s’étendit à travers la plaine. Les soldats d’Ibn ‘Othman arrivèrent comme des sauterelles en multitude et étaient supérieurs en nombre. Les deux armées se rencontrèrent dans les faubourgs de Ridaniyah, et une terrible bataille s’ensuivit, qu’il faudrait longtemps pour décrire, une bataille plus grande que celle qui eut lieu à Marj Dabiq. Un nombre incalculable de Turcs furent tués, dont Sinan Basha, l’ancien tuteur d’Ibn ‘Othman et son chef Vizir, ainsi qu’un grand nombre de ses émirs. Puis les Turcs récupérèrent, remontant de toutes les directions comme des nuages. Ils se divisèrent en deux forces, l’une avançant sous Jabal Ahmar et l’autre par le camp de Ridaniyah. Le bruit de leur mousquets était assourdissant et leur attaque furieuse. En peu de temps, un nombre incalculable de troupes égyptiennes étaient tombées, y compris un grand nombre des chefs émirs, parmi lesquels l’artilleur Azbak. L’Atabek Soudoun, le Dawadar, fut grièvement blessé, certains disent que sa cuisse fut brisée et qu’il se cacha dans un champ. L’émir ‘Allan, le Dawadar, fut également blessé. En l’espace de soixante minutes environ, l’armée égyptienne fut vaincue et en pleine retraite.

 

Touman Bey tint environ quatre-vingts minutes après cela, et se battit avec quelques-uns de ses esclaves armés et des Mamalik, infligeant de grandes pertes aux hommes d’Ibn ‘Othman. Enfin, quand les Turcs furent trop nombreux pour lui, se trouvant déserté par ses troupes et craignant d’être capturé, il replia l’étendard royal, courut et se cacha ; certains disent qu’il alla vers Tara. Ce fut la troisième défaite subie par l’armée égyptienne.

 

La force turque qui avait avancé sous le couvert du Jabal Ahmar, descendit sur les tentes du Sultan, pillant tout, équipement, armes, chevaux, chameaux et bœufs, y compris les fusils que le Sultan avait mis en place là, avec les boucliers et palissades, et les véhicules sur lesquels le Sultan avait passé tant de temps, de travail et d’argent, et dont il ne tira aucun avantage. Tout dans le camp fut pillé. Tel fut le décret du destin.

 

Après la fuite du Sultan et le pillage du camp, de nombreux Turcs portèrent l’épée et la violence au Caire. Certains se rendirent à Maksharah, brûlèrent les portes et firent sortir les prisonniers, y compris un certain nombre de Turcs que le Sultan avait emprisonnés quand il était à Ridaniyah. Ils relâchèrent également tous ceux de Dilam et Rahbah.

Ibn Souwar fut tué à Ridaniyah dans cet engagement et enterré dans la tombe de son grand-père, en face de la tombe du Dawadar Yashbak. Sinan Basha, le vizir d’Ibn ‘Othman, fut également tué.

Le Sheikh Badr ad-Din az-Zaytouni écrivit cette complainte :

Nous pleurons sur l’Egypte et son peuple

Ses lieux prospères sont devenus désolés,

Et le glorieux est devenu déshonoré !

 

Lundi, dernière semaine de l’année 922, l’émir des croyants, Muhammad al-Moutawakkil ‘ala Allah, entra au Caire, accompagné des ministres d’Ibn ‘Othman et d’une importante armée de soldats turcs. Le calife entra par Bab an-Nasr et traversa Le Caire, précédé de porteurs de flambeaux. Il annonça une grâce publique, une sécurité générale et la poursuite du commerce. Personne ne devait être agressé par les soldats turcs. On proclama en outre que la porte de l’oppression était fermée et que celle de la justice était ouverte, et que quiconque se trouverait hébergeant un mamelouk circassien serait immédiatement pendu.

Le cri « Vive le roi victorieux Salim Shah ! » fut élevé de tous côtés.

 

Vendredi, la Khoutbah fut délivrée au nom du Sultan Salim Shah des chaires d’Égypte et du Caire. Certains des prédicateurs dans leurs allocutions le mentionnèrent comme suit : « Allah protège le Sultan, Ibn as-Sultan, roi des deux continents et des deux mers ; conquérant des deux armées, Sultan des deux ‘Irak, serviteur des deux villes sacrées, le roi victorieux Salim Shah. Ô Seigneur des deux mondes, accorde-lui la victoire à jamais. »

 

Ceci met un terme à notre récit des événements de l’année 922.

Tout cela leur est arrivé conformément au décret du destin.

 

Puis commença l’année 923, le premier jour de Mouharram fut un samedi.

Aujourd’hui, le Sultan Salim Shah envoya un corps de janissaires et les posta aux portes de la ville pour empêcher le pillage des maisons.

 

Le lundi 3, le Sultan forma une cavalcade et entra au Caire par le Bab an-Nasr. Il traversa la ville, précédé d’un nombre immense de chevaux menés et d’une grande force d’infanterie et de cavalerie, qui occupa l’ensemble des rues. La procession passa par la porte az-Zawilah sous le Rab’ et continua vers Boulak, jusqu’au camp sous le talus. Alors que le Sultan traversait la ville, il fut acclamé par toute la population. Il fut décrit comme ayant un teint clair, un menton bien rasé, un nez et des yeux larges, de petite taille et portant un petit turban.

 

En passant par Le Caire, il fut précédé par le calife, les quatre juges et un certain nombre de dirigeants. Il publia quotidiennement des proclamations au Caire, assurant au public la sécurité.

Fin

 

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