OSMANLI

Le jeudi 24, le Sultan était toujours à Ridaniyah, et ce jour-là, le reste des troupes partit. Il n’y eut aucune excuse pour que leur départ soit prolongé, le Sultan les ayant exhortés à commencer avec la plus grande diligence.

Lorsque le Sultan quitta la citadelle, il emmena avec lui Qasim Bey, l’un des fils d’Ibn Othman. Le Sultan lui avait donné une tenue et des ornements spéciaux, et lui avait ordonné d’aller avec les troupes et de se tenir, en action, sous le Royal Standard. On rapporta qu’Ibn ‘Othman était inquiet à propos de ce garçon, et que la majorité de ses soldats lui étaient favorables et dirent que si Salim Shah était vaincu, ils n’avaient personne d’autre que le fils de leur maître pour lui succéder.

 

Le même jour, on rapporta que le souverain de Rhodes envoya au Sultan un millier de mousquets et un certain nombre de navires contenant de la poudre ; que ces navires étaient entrés dans le port de Damiette et qu’ils avaient été envoyés par le souverain de Rhodes pour aider le Sultan d’Égypte contre Ibn ‘Othman, qui avait des desseins sur l’Égypte. Mais rien ne fut prouvé et ce fut une simple rumeur sans fondement.

 

Lorsque le Sultan se rendit à Ridaniyah, on rapporta qu’il allait se rendre à Salahiyah pour rencontrer les forces d’Ibn ‘Othman, mais les émirs l’empêchèrent de partir, lui disant que les combats n’auraient lieu qu’entre eux à Ridaniyah.

Les marchands commencèrent à transférer leurs marchandises des magasins du marché vers des endroits secrets pour les garder en lieu sûr, mais aucune de leurs marchandises n’échappa. Ce jour-là, la plupart des gens quittèrent la banlieue pour se rendre au Caire et y vivre.

Les gens aisés déplacèrent leurs biens dans les monastères, les écoles et les cimetières, et dans les maisons des gens du commun dans les pâturages pour les garder en lieu sûr mais aucun de leurs biens n’échappa, comme on le verra plus loin.

 

Jeudi 22, la nouvelle arriva qu’Ibn ‘Othman avait quitté Gaza et que son avant-garde avait atteint ‘Arish. Il fut rapporté que le Sultan avait ordonné de creuser une tranchée de la fontaine d’Allan jusqu’à Jabal Ahmar et au-delà des champs de Matariyyah et qu’ensuite, il érigea de grands boucliers le long de cette tranchée, les canons furent tirés et disposés autour d’eux et des voitures en bois, déjà mentionnées. Ensuite, le Sultan ordonna à l’émir Mamay as-Saghir, l’inspecteur des marchés, d’émettre une proclamation aux commerçants, chandeliers, boulangers et bouchers du Caire pour qu’ils apportent leurs marchandises au camp près de la tombe d’al-‘Adil, et d’établir un marché pour les troupes. Le Sultan ordonna au wali de proclamer que tous les soldats restés en arrière devaient se rendre à Ridaniyah. Les porteurs de flambeaux annoncèrent dans les quartiers et les rues que les Mamalik royaux devaient sortir ce jour-là au camp, sous peine d’être pendus aussitôt à leurs propres portes. Le Sultan fit proclamer cela deux fois ce jour-là, car il apprit que de nombreux Mamalik royaux avaient l’habitude de sortir tôt le matin au camp, afin que le Sultan puisse les voir et revenir passer la nuit dans leurs maisons. Cela déplut au Sultan et il leur ordonna de passer chaque nuit au camp.

 

Vendredi 23, la nouvelle arriva que l’avant-garde d’Ibn Othman était arrivé à Qatiyah, ce qui perturba profondément la population. Le samedi 24, le Sultan inspecta les troupes dans le camp, et tout le corps défila. Le Sultan leur promis que s’ils combattaient courageusement contre l’armée d’Ibn ‘Othman et les battaient, il leur paierait dix ashrafis chacun et donnerait à chacun une épée et un bouclier.

Il ordonna à l’émir Ans Bey, maître de la cavalerie, d’effectuer une réconciliation entre les roughs d’as-Salibah et les roughs de la ville. Il fut rapporté ce jour-là que le Sultan se mit à construire un mur pour protéger les armes qu’il avait postées à Ridaniyah et que le Sultan avait lui-même transporté certaines des pierres avec les ouvriers. Quand les soldats virent que le Sultan portait lui-même des pierres, les Mamalik se mirent à travailler pour faire de même, et pour aider les ouvriers à creuser le fossé et à faire le mur pour la protection des canons.

Puis la nouvelle arriva que les troupes d’Ibn Othman avaient atteint Bilbeis.

 

Dimanche 25, al-Amir Qansouh al-‘Adli, l’inspecteur de Sharqiyah, revint. Le Sultan l’avait envoyé, lorsqu’ils arrivèrent près de Salahiyah, pour collecter des informations sur les forces d’Ibn ‘Othman. Lorsque l’émir Qansouh arriva à Salahiyah, il vit qu’un groupe d’hommes d’Ibn ‘Othman était là. Il en captura deux, les décapita et apporta leurs têtes devant le Sultan. Avec eux se trouvait un homme d’Alep, appartenant à Khayr Bey, le gouverneur, qui avait intrigué contre le Sultan al-Ghawri et rejoint Ibn ‘Othman. Cet homme donna les informations suivantes au Sultan, Touman Bey :

« Khayr Bey, le gouverneur d’Alep, arrive contre vous avec Ibn Souwar et un certain nombre d’émirs d’Ibn ‘Othman et une avant-garde de 8000 hommes de sa cavalerie. Mais leurs chevaux sont épuisés par la fatigue et la faim, et la nourriture est rare parmi les troupes. Sur cet homme, on trouva un certain nombre de lettres de Khayr Bey, le gouverneur d’Alep, au chef des émirs en Égypte. Alors le Sultan prit les lettres et mit l’homme dans les fers.

Il fut rapporté que le commandant de la force d’Ibn ‘Othman, en entrant à Bilbeis, avait proclamé grâce et sécurité, promettant qu’aucun des habitants, ni les paysans, ne seraient maltraités par les soldats turcs. Vint ensuite la nouvelle que les troupes d’Ibn ‘Othman étaient à’ Ikrishah.

En apprenant cela, le Sultan eut hâte de sortir avec les troupes et de les engager sur-le-champ, mais il fut empêché par les émirs. C’aurait été pour le mieux s’il l’avait fait, car leurs chevaux étaient à l’arrêt de fatigue et de faim et la plupart des forces d’Ibn ‘Othman avaient marché à pied depuis le moment où ils avaient quitté la Syrie et étaient extrêmement fatigués. Le Sultan aurait probablement été en mesure de les vaincre avant qu’ils ne puissent atteindre Khankah, trouver des réserves de fourrage et de boisson et pourraient se reposer de leurs fatigues. Mais les émirs ne voulurent pas cela, et les Turcs réussirent à entrer à Khankah.

Puis le Sultan ordonna à ses troupes de passer cette nuit-là devant le camp en selle, pleinement habilitées, et de ne dormir qu’à tour de rôle de peur d’une attaque nocturne. Une peur intense des forces d’Ibn Othman régnait désormais parmi les Circassiens.

A l’approche de son armée à Khankah, la plupart des habitants partirent avec leurs familles et leurs biens, et allèrent au Caire par crainte du pillage et du massacre par les Turcs. Puis les bédouins Salimi commencèrent à s’emparer de tous les Turcs qu’ils purent attraper et, les décapitant, amenèrent leurs têtes au Sultan, qui leur ordonna de les suspendre au Bab an-Nasr et à Bab Zawilah.

Le Sultan inspecta les troupes de Ridaniyah, pleinement habilitées, avec le chef et les émirs subordonnés ; les premiers étaient accompagnés des tambours et des fifres, et ce fut un jour important. Le Sultan se rendit alors à Birkah al-Hajj avec les émirs et toutes les troupes avant de retourner au camp précédé de torches, de tambours et de fifres.

 

Les colonnes de troupes s’étendaient du Jabal al-Ahmar jusqu’aux champs de Matariyyah, toute la plaine était couverte. On rapporta que le Sultan, en apprenant qu’Ibn ‘Othman était à Bilbeis, ordonna que les greniers là-bas et dans le voisinage, et même ceux de Khankah, soient incendiés. De grandes quantités de paille, de son, de blé, d’orge et de haricots furent brûlées pour les sauver des troupes d’Ibn ‘Othman, qui en avaient besoin pour eux-mêmes et leurs chevaux, et auraient ainsi été renforcées pour le combat.

 

L’incident suivant aurait eu lieu avant la fin de cette année 922. Le Sultan était assis dans sa tente quand un Turcoman entra portant une coiffe rouge et un carquois, un cache-nez sur le visage. Le Sultan avait avec lui quelques-uns de sa suite. En approchant du Sultan, il fut repoussé par certains des eunuques, qui se tenaient à côté, et quand sa poitrine fut touché, une paire de longs seins fut sentit, et lorsque le cache –nez fut retiré, une femme turcomane fut révélée. Le Sultan, soupçonnant qu’elle était venue l’assassiner, lui ordonna de sortir. Ils découvrirent alors que la femme portait une cotte de mailles sous ses vêtements et portait une grande dague. Les Mamalik importés, voyant cela, la frappèrent avec leurs épées. Ils furent persuadés qu’elle avait l’intention d’assassiner le Sultan. Après qu’elle fut tuée, le Sultan ordonna de la pendre à Bab an-Nasr.

 

Le mercredi 28, la nouvelle arriva que l’avant-garde d’Ibn ‘Othman était à Birkah al-Hajj, ce qui mit les militaires du Caire dans un état de grande consternation. Ils fermèrent Bab al-Foutouh, Bab an-Nasr, Bab ash-Shar’iyyah, Bab al-Bahr, Bab al-Qantarah et d’autres portes de la ville. Les marchés du Caire furent fermés, les moulins arrêtés si bien que le pain et la farine devinrent rares.

 

Dès que le Sultan eut confirmation des informations selon lesquelles l’armée d’Ibn ‘Othman était arrivée à Birkah al-Hajj, il sonna l’alarme dans le camp. Toutes les troupes et le chef des émirs, les émirs ainsi que Qasim Bey Ibn ‘Othman montèrent. Le total des forces rassemblées, y compris les Mamalik royaux et les bédouins s’élevait à quelque 20000 cavaliers, avec une trentaine d’étendards. Les tambours et les fifres sonnèrent pour la bataille. Le Sultan Touman Bey fit le tour, posta personnellement les émirs selon leurs rangs et rassembla ses forces du Jabal Ahmar aux champs de Matariyyah.

Une force immense se rassembla et le Sultan fit preuve d’un grand courage. Si le Sultan al-Ghawri avait été vivant, il n’aurait pas fait une fraction de ce que le Sultan Touman Bey fit. Mais Allah ne lui accorda pas la victoire sur Ibn ‘Othman. Aucune bataille n’eut lieu ce jour-là entre les forces adverses, aucune d’entre elles ne sortit à la rencontre de l’adversaire. Ce jour-là, quelques têtes Turcs furent tranchées et envoyées pour être suspendues aux portes de la ville.

 

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