OSMANLI

Le même jour, le Sultan reçut la mauvaise nouvelle que Sinan Basha, l’un des émirs d’Ibn ‘Othman, qui avait pris possession de la ville de Gaza, avait passé les gens par l’épée, tuant environ mille hommes, femmes et enfants.

Cet acte fut perpétré pour la raison suivante : Au cours de l’engagement entre al-Ghazali et Sinan Basha, un rapport se répandit à Gaza selon lequel al-Ghazali avait remporté une victoire sur les troupes d’Ibn ‘Othman, et avait tué Sinan Basha, sur quoi ‘Ali Bey, l’adjoint Dawadar de Gaza, et ses troupes pillèrent le camp turc, brûlèrent leurs tentes et tuèrent les Turcs qui étaient dans le camp et dans la ville, environ 400 personnes âgées, enfants et malades. Dès que la bataille fut engagée contre les troupes égyptiennes et leurs émirs, Sinan Basha retourna à Gaza, il découvrit les destructions. Il rassembla ensuite tous les habitants de Gaza et leur demanda qui avait commis de tels outrages ; ils répondirent : « ‘Ali Bey, le Dawadar du député de Gaza, et ses soldats ; nous n’avons rien fait de tout cela. Sinan Basha ordonna alors qu’une perquisition surprise soit effectuée dans les maisons de Gaza ou des uniformes et des chevaux appartenant aux Turcs furent trouvés. Puis Sinan Basha dit : « Quand nous sommes entrés à Gaza, avons-nous dérangé l’un d’entre vous ou vous avons-nous pillé quelque chose ? Ils répondirent : « Non » Il dit : « Pourquoi avez-vous fait cela à nos troupes ? » à laquelle il n’eut ni réponse ni excuse à faire.

Puis il ordonna à ses soldats de les passer par l’épée et ils en massacrèrent une multitude ; le bon et le mauvais périrent ensemble. Tel était le décret divin, et il est dit à juste titre : « Si le destin te met en détresse à cause des péchés de ta vie passée, demande à Allah de l’enlever, car Lui seul peut le faire. »

 

Le mercredi 7, un certain nombre de membres des tribus nomades de Ghazalah, Mouharib et Houwarah arrivèrent aux portes royales.

Le Sultan avait obligé les Sheikhs bédouins à amener un certain nombre de leurs plus courageux cavaliers arabes pour accompagner ses troupes dans l’expédition. Les bédouins se rassemblèrent en grand nombre à Gizeh, et allèrent de là à Roumaylah pour défiler devant le Sultan dans le Maydan. Le prestige des Mamalik avait été endommagé aux yeux des bédouins et des paysans à cause des défaites subies par les Turcs. Ibn ‘Othman était en possession de la Syrie, le peuple était sûr que la dynastie circassienne chancelait et que c’était Ibn ‘Othman qui était le maître du pays. Certaines personnes, en réponse à une demande de leur Sultan, déclarèrent : « Nous ne pouvons pas te porter allégeance tant que nous ne savons pas si le pays t’appartient ou appartient à Ibn ‘Othman. En fait, la confusion règne sur terre et sur mer ; Le ciel sait seulement ce qui va se passer. »

 

Ce jour-là, il fut rapporté que le Sultan donna des ordres pour que le messager, précédemment mentionné, qui venait d’Ibn ‘Othman, se noie et il fut rapporté qu’il fut en fait noyé de nuit, et les Turcs qui étaient avec lui.

À ce moment-là, le Sultan commença à distribuer les subventions aux troupes pour la fête du sacrifice, mais ne donna rien à aucun des Mamalik vaincus avec Ghazali, en disant : « Vous vous êtes enfui et vous n’avez pas combattu du tout ; vous avez trahis les émirs, de sorte qu’ils furent vaincus. » A cette époque aussi, une rumeur courut parmi la population selon laquelle l’avant-garde de l’armée d’Ibn ‘Othman avait atteint Qatiyah et avait pris la citadelle de Tinah, qui avait été détruite par ses habitants. Ce rapport, cependant, manqua de confirmation.

 

Le samedi 17, fut la fête du sacrifice, le Sultan prit donc part aux prières de la fête, les émirs y assistèrent, comme d’habitude, en grande tenue. Il y a eu une grande procession de fête, mais les gens étaient effrayés et tremblaient à cause d’Ibn ‘Othman en particulier sur ce qu’ils avaient entendu parler de pillage et de meurtre de la population de Gaza, de la captivité des femmes et du massacre des enfants.

Lundi 12, le Sultan fit défiler la colonne de munitions royale, qui devait accompagner la troupe. Les véhicules en bois qu’il avait fabriqués pour l’expédition le dépassèrent alors qu’il était assis dans le Maydan. Il y en avait une centaine en tout, chacun était tiré par une paire de bœufs. Ils transportaient des fusils en laiton qui tiraient des boules de plomb.

 

Le Sultan descendit de son siège, monta et tenant un bâton à la main, s’occupa de la bonne disposition des véhicules au fur et à mesure qu’ils passaient. Puis des chariots suivirent et deux cents chameaux portant environ 1500 grands boucliers, de la poudre, du plomb, du fer, des lances en bois, etc. Devant les chariots se trouvaient quatre tambours et des fifres ; devant tous défilèrent quelque deux cents tireurs d’élite, composés de Turcomans et de Maghribi portant des étendards blancs de Ba’lbec, en disant : « Qu’Allah donne la victoire au Sultan. » Ils étaient également accompagnés d’un corps d’esclaves et autres, portant du naphte à jeter devant les wagons. A la tête de la colonne montait l’émir Moghoul Bey, l’armurier en chef, et Youssouf, le deuxième armurier, un certain nombre de membres de la base de l’armurerie, et ‘Abd al-Bassit, le surintendant. Ash-Shihabi Ahmad Ibn Toulouni les accompagna, ainsi qu’un grand nombre de charpentiers et de forgerons, qui avaient été détachés pour l’expédition.

 

Le dimanche 18, le Sultan reçut la mauvaise nouvelle qu’Ibn ‘Othman lui-même avait quitté la Syrie avec son armée et marchait sur l’Egypte. Il avait divisé ses forces en deux et envoyé une armée le long de la route royale et une autre à travers le désert.

A la réception de cette nouvelle, le Sultan rassembla les émirs et un conseil de guerre eut lieu. Il fut rapporté qu’il se rendrait lui-même à Ridaniyah et y resterait, et que les troupes seraient formées en deux forces, l’une irait dans la direction d’Ajroud et l’autre vers l’endroit d’où le messager était venu. Les émirs avaient décidé que l’expédition serait envoyée au début de la nouvelle année mais, quand cette mauvaise nouvelle leur parvint, la confusion régna parmi eux et le Sultan leur ordonna d’envoyer rapidement des tentes à Ridaniyah, et d’être aux aguets, car Ibn ‘Othman était arrivé à Gaza.

On dit qu’il allait visiter Jérusalem avant de marcher ensuite avec ses troupes en Égypte. Certains rapportèrent des choses et d’autres, d’autres, si bien que les gens ne surent pas où aller jusqu’à ce que ce problème soit terminé. Le Sultan ordonna à l’inspecteur des troupes d’aller voir tous les émirs pour les exhorter à envoyer leurs tentes à Ridaniyah ce jour-là.

Le Sultan publia également une proclamation à tous les Maghribi d’Egypte et du Caire pour qu’ils défilent pour inspection le lendemain.

 

Le lundi 19, le Sultan prit place dans l’estrade de la cour, et un grand nombre de maghrébins montèrent mais, à leur arrivée à la citadelle, le Sultan ne sortit pas à leur rencontre; il leur envoya l’émir Shad Bey al-A’war qui leur dit : « Le Sultan vous ordonne de sélectionner un millier de vos hommes les plus courageux pour participer à l’expédition. Là-dessus, ils envoyèrent un messager au Sultan disant : « Ce n’est pas notre coutume d’aller avec l’armée ; nous nous battons uniquement contre les croisés et non contre les Musulmans », et ils montrèrent qu’ils étaient du côté d’Ibn’ Othman.

Le Sultan fut agacé par leur réponse et leur fit dire que s’ils ne sortaient pas combattre, les Mamalik importés tueraient tous les Maghribi d’Egypte jusqu’au dernier homme.

 

À ce moment, il fut rapporté qu’Ibn ‘Othman avait envoyé une lettre au Sheikh des bédouins, Ahmad Ibn Bakar, lui offrant le pardon, disant : « Porte nous allégeance et reçoit notre pardon, et rencontre-nous à Salahiyah avec mille ardebbs d’orge. On rapporta que ‘Abd ad-Da’im Ahmad Ibn Bakar, qui était un rebelle, se rendit à Ibn ‘Othman à Gaza, et d’innombrables histoires circulaient sur Ibn ‘Othman.

 

Le mardi 20, les troupes armées défilèrent pour l’inspection du Sultan. Ce jour-là, le chef des émirs se rendit à Ridaniyah, c’est-à-dire les émirs détachés pour l’expédition. Ils sortirent en détachements entièrement armés. On rapporta que Taqt Bey, le chambellan en chef, fut excusé pour mauvaise santé, mais qu’il partit probablement. Le reste des émirs en chef, des milliers, tous les émirs de la Tablkhanah et des dizaines d’autres et les troupes égyptiennes partirent excepté un petit nombre d’émirs et de soldats restèrent derrière.

 

Il y eut plus de troupes employées dans cette expédition que sous al-Ghawri, et ce Sultan fit preuve d’une grande énergie dans la fabrication de chariots et de forge des fusils, dans la fabrication de mousquets et dans la levée d’un très grand nombre de tireurs. Il déploya une grande énergie et un but élevé, espérant qu’Allah lui donnerait la victoire sur Ibn ‘Othman, car ce dernier avait attaqué l’armée égyptienne sans provocation, et pour chaque tyran il existe quelque part un lieu ou un mode de mort.

Le Sultan ordonna qu’ils combattent dans trois jours, le temps que les grands éléphants accompagnent les troupes au combat. Lors de leur départ ce jour-là, le Sultan monta de son camp au Mastabah à Ridaniyah, l’endroit où les rations étaient servies. Il s’assit là tandis qu’un grand groupe d’hommes se rassemblait sous les armes, couvrant toute la plaine.

Là aussi se réunirent la grande majorité des gens du commun, et même les femmes ; des cris furent élevés et des prières prononcées pour la victoire du Sultan. Ce fut une journée mémorable, et quand le Sultan regarda les troupes, il ne les inspecta pas là-bas, mais proclama que les troupes de tous les grades devaient se rassembler à Salahiyah pour inspection ; qu’il ne s’y rendrait qu’après l’assemblage des troupes et qu’il retournerait alors à la citadelle ; ce qui était la bonne voie à suivre.

 

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