OSMANLI

Le samedi 12, le Sultan assis sur l’estrade de son parc reçut les émirs et les exhorta à quitter la ville ce jour-là. Puis l’émir Taqt Bey, le chambellan en chef, déclara qu’il avait décidé de se rendre à Bouhayrah, ou il y avait été nommé inspecteur. À cela, les émirs répondirent qu’il était beaucoup plus important pour lui de sortir pour combattre Ibn ‘Othman que d’aller à Bouhayrah, et ils lui rappelèrent en outre qu’il n’était pas sorti avec le Sultan al-Ghawri lors de son expédition et qu’il n’avait pas été pillé de ses bagages et de son uniforme. À cela, l’émir excusa qu’il n’allait pas bien. Une grande querelle s’ensuivit entre eux en présence du Sultan, et finalement les Mamalik importés projetèrent d’aller piller et brûler sa maison. On dit que certains des Mamalik le frappèrent et qu’il subit de grandes indignités de leur part. Finalement, il accepta d’accompagner les émirs dans l’expédition et le Sultan empêcha les Mamalik de piller sa maison.

 

Ce jour-là, le Sultan ordonna à l’ensemble des troupes de défiler pour inspection. De même, l’émir, qui avait été nommé gouverneur de Hamah au lieu de Jan Birdi al-Ghazali, quitta la ville avec une escorte militaire.

 

Ce jour-là aussi, l’émir Arzamaq Nashif, l’un des principaux émirs, quitta également la ville. Il forma une procession militaire régulière, et fut précédé par des chevaux conduits et deux tambours, et une bannière tenue au-dessus de sa tête. Les émirs quittèrent progressivement la ville pour se joindre aux combats contre Ibn ‘Othman.

 

Le dimanche 13, le Sultan passa en revue les troupes expéditionnaires dans le Maydan. Il parcourut la liste d’inscription une deuxième fois et n’en exempta qu’un petit nombre. Il inspecta également quatre casernes et y enregistra la plupart des Mamalik pour l’expédition.

Le même jour, le Sultan inspecta un véhicule en bois tiré par des bœufs et transportant des mousquetaires ; il y avait une trentaine ou plus de ces véhicules. Il inspecta également des chameaux portant un accommodement pour que les mousquetaires tirent sur leur dos, également des boucliers en bois comme protection contre les flèches. Donc, les troupes ce jour-là se sentaient de bon cœur pour le combat. Le Sultan déclara qu’il allait en personne prendre part à la bataille contre Ibn ‘Othman, et il exhorta le reste des émirs à partir en toute hâte pour la mêlée. Mais il ne leur donna pas d’argent, disant qu’ils devaient sortir et se battre pour eux-mêmes, leurs enfants et leurs femmes. « Il n’y a plus rien, dit-il, dans le Trésor ; Je suis l’un de vous ; si vous sortez, je vais avec vous ; et si vous restez assis, je reste assis avec vous ; Je n’ai pas d’argent à vous donner. »

 

Le mardi 15, le Sultan inspecta le reste des troupes dans le Maydan, et ordonna aux émirs avec toutes les troupes qui restaient encore de partir immédiatement sous peine de désobéissance. L’armée expéditionnaire partit donc au milieu de l’hiver et subit de grandes difficultés en conséquence. Ce jour-là, Tani Bey Najmi, l’un des principaux émirs, partit, ayant le cortège de guerre reconnu.

 

Jeudi 17, l’émir Ilmas, Wali du Caire, quitta aussi la ville.

Ce jour-là également un étranger, un fabricant de saucisses, fut arrêté. Il avait attrapé un gros chien noir, l’avait tué et en avait fait des saucisses. Lors de son arrestation, il fut emmené devant l’émir Mamay, l’inspecteur des marchés, qui le fit battre à coups de bâton et exposé publiquement au Caire, le chien pendu autour de son cou. Après l’avoir emmené dans la ville, il fut emprisonné à Makshara. Les Francs commettaient constamment des actes atroces de cette nature.

 

Le lundi 21, certains des Mamalik royaux en route vers Matariyyah virent un groupe venir vers eux en provenance de Birkah al-Hajj. Ces personnes interrogées déclarèrent qu’elles étaient des émissaires du Sultan Salim Shah Ibn ‘Othman et étaient au nombre d’une quinzaine. L’émissaire en chef était un vieil homme à la barbe blanche, vêtu de velours. En leur compagnie, il y avait aussi un homme égyptien, ‘Abd al-Barr Ibn Mahasin, qui avait été secrétaire au Trésor de l’Atabek Soudoun al-‘Ajmi.

Lorsque ce dernier fut tué et qu’Ibn ‘Othman prit Alep et Damas, le secrétaire fut conquis par l’influence de Younous al-‘Adili et as-Samarkandi. Quand Ibn ‘Othman envoya ces émissaires, ils n’osèrent pas venir par Gaza, car le gouverneur de Damas, Jan Birdi al-Ghazali, était à proximité assiégeant une force d’Ibn’ Othman qui se trouvait à Gaza. Ils soudoyèrent donc certains bédouins avec une somme substantielle pour les emmener par la route du Sultan. Cela les amena par le désert à Ajroud, et avant que les gens ne sachent leur arrivée, ils étaient au centre de la ville. Les Mamalik, en les rencontrant, arrêtèrent le principal émissaire et son groupe, y compris Mahasin et les trois bédouins avec eux. Pendant ce temps, ils furent approchés par trois Grecs de Khan al-Khalili, qui les saluèrent et embrassèrent leurs mains. Les Mamalik les arrêtèrent aussitôt, leur demandèrent comment ils savaient que les émissaires arrivaient ce jour-là et ils déclarèrent qu’ils étaient des espions d’Ibn ‘Othman. Après les avoir battus, ils les amenèrent dans la maison de l’émir ‘Allan, le grand Dawadar ou ils ordonnèrent à l’émissaire de descendre de cheval et de saluer le Dawadar. Il refusa de le faire et utilisa un langage violent contre eux.

 

Il tira alors son épée et se jeta sur les gens du Dawadar qui voyant cela, ordonna aux Mamalik de le contraindre à descendre, qui le firent descendre et lui prirent son épée. Ils tombèrent alors sur lui et ses compagnons turcs, les battirent, les dépouillèrent et les enchainèrent, après les avoir soumis à des insultes scandaleuses.

Lorsque le Sultan entendit parler de cela, il convoqua l’émir Moghoul Bey Dawadar Sikkin, qu’al-Ghawri avait envoyé à Ibn ‘Othman et qui avait subi d’abominables insultes de la part de ce dernier. Il donna l’ordre de descendre et de soumettre l’émissaire d’Ibn ‘Othman au même traitement.

Il emmena ses camarades et se rendit avec eux chez l’émir ‘Allan, en vue de les soumettre à des insultes ou de les tuer. Mais l’émir ‘Allan n’accepta pas cela. Puis ils emmenèrent ‘Abd al-Barr Ibn Mahasin au Sultan, en présence duquel il évoqua les mérites et la grandeur d’Ibn Othman. Il signala en outre que les troupes d’Ibn ‘Othman comptaient plus de soixante mille hommes ; que la Khoutbah était livrée en son nom de Bagdad à Damas, et que sa monnaie était courante de Bagdad à Damas. Aussi qu’à son entrée en Syrie, il entreprit de construire un mur avec des tours de Qaboun à l’extrémité de Damas, sécurisant la ville par des portes dans les murs ; qu’il était animé d’un grand enthousiasme et se vantait de ne revenir en arrière qu’après avoir conquis l’Égypte et y avoir tué tous les Mamalik. Il raconta comment Ibn ‘Othman restait en isolement un jour à la fois, tandis que ses soldats tuaient les habitants et commettaient des atrocités. Il rapporta également qu’ils ne jeûnaient pas pendant le Ramadan, buvaient du vin et du bouzah et fumaient du haschich.

Ibn ‘Othman non plus ne conduisait pas les prières du vendredi, sauf occasionnellement ; ces horribles histoires avaient circulé à son sujet, indépendamment d’Ibn Mahasin, par des témoins oculaires des agissements de ses troupes à Alep et à Damas. Après ce long récit des actions d’Ibn ‘Othman, le Sultan déclara dans un accès de colère : « Tu es un espion d’Ibn ‘Othman et tu es venu ici pour obtenir des renseignements pour lui. Il ordonna ensuite l’emprisonnement d’Ibn Mahasin dans la tour de la citadelle, où il resta quelques jours, après quoi il fut libéré par l’intercession de l’Atabek Soudoun, le Dawadar.

(Je vous rappelle que ces nouvelles sont pour la plupart colportées sans aucune preuve à l’appuis et anti-ottomane)

 

Le cœur des soldats se serra à ce récit. Puis le Sultan ordonna la pendaison de deux des bédouins, qui avaient guidé les émissaires sur leur route inconnue. Selon la rumeur, un groupe d’une quarantaine d’hommes d’Ibn Othman était venu avec eux et s’était caché au Caire.

En apprenant cela, le Sultan donna des instructions à Khan al-Khalili selon lesquelles personne ne devait héberger aucun des hommes d’Ibn ‘Othman, sous peine d’être pendu immédiatement.

Puis le Sultan fit venir les lettres apportées par les émissaires, auxquels il n’avait pas accordé d’entretien. Parmi eux se trouvaient un certain nombre adressés aux émirs, aux responsables exécutifs et aux notables égyptiens. Il apparut après la lecture des lettres par le Sultan qu’elles étaient pour la plupart exprimées en turc, l’objet de ces lettres étant le suivant : « De Sa Majesté à l’émir Touman Bey. Il m’a été révélé que je deviendrai le possesseur de l’est et de l’ouest, comme Alexandre le Grand. Une grande partie de la lettre était composée de menaces et d’un langage violent, comme par exemple : « Tu es un Mamelouk, qui est acheté et vendu, et inapte à gouverner.

Je suis un roi, descendant de vingt générations de rois, et j’ai pris possession du pays en accord avec le calife et les juges. Après de nombreuses expressions similaires, la lettre continuait : « Si tu souhaites échapper à un traitement violent, laisse une émission de monnaie être frappée en notre nom en Égypte, et que la Khoutbah soit également délivrée en notre nom ; et deviens notre gouverneur de Gaza à l’Egypte, tandis que nous gouvernerons de la Syrie à l’Euphrate. Mais si tu ne nous obéis pas, alors j’entrerai en Égypte, et je tuerai tous les Circassiens là-bas. » Il fit une si grande démonstration de grandeur et de puissance que peut-être Allah l’abandonnera à cause de sa présomption excessive.

 

Quand cette lettre fut lue au Sultan, il pleura et fut terrifié. Les Mamalik importés avaient convenu que si l’émissaire s’approchait de la citadelle, ils tomberaient sur lui avec leurs épées, mais il ne se montra pas. Le contenu de la communication d’Ibn ‘Othman devint rapidement connu du peuple et conduisit à une grande confusion. Tout le monde était aux aguets pour Ibn ‘Othman, disant : « Tout comme ses émissaires sont venus à nous alors que nous ne les attendions pas, il peut tomber sur nous de manière inattendue. » Les gens commencèrent à se barricader dans les environs de la ville, où ils pourraient se cacher si Ibn ‘Othman entrait au Caire. D’autres décidèrent d’emmener leurs familles en Haute-Égypte, si sa marche était confirmée. Une histoire circula que Khayr Bey, gouverneur d’Alep, qui s’était rebellé et s’était soumis à Ibn ‘Othman, avait écrit à certains des principaux émirs pour les exhorter à présenter leur soumission à Ibn ‘Othman, vantant ses vertus, le traitement juste de ses sujets et leur assurant que s’il venait en Égypte, ils pourraient tous conserver leurs postes et leurs salaires. Tout cela n’était que supercherie et tromperie pour faciliter l’entrée d’Ibn ‘Othman en Égypte.

 

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