OSMANLI

Dimanche, dernier jour du mois, Nassiri Muhammad Ibn Bal Bey al-Mou’ayyad de Damas arriva avec la nouvelle que Salim Shah Ibn ‘Othman avait pris possession de la ville et de la citadelle et avait tué ‘Ali Bey al-Ashrafi, le gouverneur de la citadelle, et trente-six émirs de Damas, outre quelques-uns des sujets du Sultan qui y vivaient.

 

Quand on apprit au Caire qu’Ibn ‘Othman était en possession de Damas, le peuple fut frappé par la terreur et dit que bientôt ce serait le tour de l’Égypte. Ils étaient fermement convaincus qu’il en arriverait là, et certains décidèrent de partir vers la Haute Égypte. Le Sultan, les émirs et tout le peuple furent très perturbés par cette nouvelle, d’autant plus que c’était la veille d’al-Fitr, et que les chagrins du peuple étaient encore frais, en raison de la mort du Sultan, de la défaite de l’armée et le deuil des hommes tombés.

 

Lundi 8, le député Dawadar de Gaza, connu sous le nom de ‘Ali Bey, le bossu, arriva avec la nouvelle qu’Ibn Othman avait subi un revers à son entrée à Damas. La maladie sévissait parmi ses troupes, les morts se produisant quotidiennement.

 

Il rapporta également qu’il y avait une pénurie de céréales et de fourrage, que les bédouins s’efforçaient d’arrêter l’approvisionnement d’orge, de blé et de paille, et que lorsqu’un des soldats sortait dans les villages, il était tué par les bédouins. Ibn ‘Othman avait pénétré si loin qu’il ne pouvait pas se retirer ; ses chevaux de cavalerie rôdaient pour manger les feuilles des arbres et étaient très émaciés. Le même jour, Khoudah Birdi, gouverneur d’Alexandrie, arriva  également  de même que l’émir Khayr Bey, l’architecte qui se rendit à la forteresse de Rashid pour voir comment réparer le mur et les tours.

 

Le lundi 22, des nouvelles arrivèrent d’Inde que les navires que le Sultan al-Ghawri avait expédiés étaient tombés avec tous les fusils et armes et autres choses à bord. Une querelle avait surgi entre le commandant, Salman al-‘Othmani, et le gouverneur local, al-Amir Houssayn de Jeddah, et que chacun d’eux était allé dans une partie différente de l’Inde.

 

Le même jour, le Sultan versa également une solde aux troupes chargées du service actif, donnant à chaque Mamelouk cinquante dinars. Mais ils les lui rendirent, balbutièrent et sortirent de la porte du terrain avec rage, avec l’intention de soulever une révolte. Mais certains des émirs conseillèrent au Sultan de les apaiser en leur payant cent dinars chacun, comme d’habitude. Ainsi les soldats en colère furent rappelés, et à leur retour, le Sultan paya chaque Mamelouk cent dinars et trois mois de solde, soit cent vingt dinars. Ce jour-là, il paya les hommes de quatre casernes. Il a été rapporté que ces troupes devaient marcher vers Gaza avec les émirs et occuper la ville jusqu’au départ de la grande expédition au printemps. On a rapporté que le Sultan paya ainsi environ 2 000 de ces Mamalik.

 

A cette époque, le Sultan fit arrêter un certain nombre de Grecs de Khan al-Khalili, qui correspondraient avec Ibn ‘Othman au sujet des affaires égyptiennes et pour avoir de ses espions parmi eux. Après leur arrestation, il les mit aux fers.

 

Vendredi 26, le Qadi ‘Abd al-Karim Ibn al-Ji’an, le frère de Shihabi Ahmad Ibn al-Ji’an, arriva au Caire.

Il avait été fait prisonnier par Ibn ‘Othman en Syrie, mais s’enfuit en Égypte déguisé en chamelier, vêtu d’un manteau bédouin et d’une calotte. Il était accompagné d’Ahmad ad-Dimyati, un marchand d’al-Warrakin. Il informa le Sultan que le pouvoir d’Ibn ‘Othman avait diminué, que ses troupes étaient en désaccord avec lui, que ses communications avaient été coupées par Nassir ad-Din Ibn al-Hanash et que les bédouins tuaient les soldats isolés dans les villages. Il rapporta aussi qu’Ibn ‘Othman avait pris possession de la ville de Damas et de sa citadelle, de la citadelle de Tripoli et Safad et de leurs provinces, et était maître du pays de Damas à l’Euphrate. Un certain nombre de ses émirs avaient été nommés gouverneurs dans les villes qu’il avait capturées, comme à Alep, Hamah, Homs et d’autres villes. On dit qu’Ibn al-Hanash envoya une communication officielle au Sultan pour l’exhorter à envoyer rapidement une expédition, avant qu’Ibn Othman n’ait le temps d’avancer sur Gaza.

 

Le même jour, le Sultan donna le dernier versement de la solde aux troupes chargées de l’expédition, et celles-ci commencèrent à préparer leur départ pour Gaza.

Vendredi, Malik al-Oumara Jan Birdi al-Ghazali, le gouverneur de Damas, se rendit à la citadelle et rejoignit le Sultan dans les prières du vendredi. Puis le Sultan lui conféra une robe d’honneur et lui donna le grade de Basha à la tête des troupes détaillées pour l’expédition. En quittant la citadelle, le Basha se rendit à sa tente à Ridaniyah, quitta la ville sans cortège régulier, étant simplement précédé de quelques chevaux menés, de tambours et de porteurs de flambeaux marchant devant les émirs et les troupes.

 

Le samedi 5, le Sultan ordonna aux troupes expéditionnaires de quitter la ville ce jour-là, afin de rejoindre le Basha, disant que quiconque ne partirait pas serait traité en conséquence. Cependant, un certain nombre de Mamalik comparurent devant lui, refusant de partir jusqu’à ce qu’il leur ait payé six ashrafi, le prix d’un chameau et leur ait donné du fourrage et des rations de viande. Cela provoqua une certaine excitation et le Sultan quitta l’assemblée pour s’opposer à la réclamation. Les troupes étaient insatisfaites, les affaires non réglées tandis qu’Ibn ‘Othman avançait vers Gaza dont le gouverneur demandait l’envoi de troupes avant qu’Ibn ‘Othman ne capture la ville et causent ainsi au Sultan la peine de reprendre le pays.

 

Le dimanche 6, un des émirs, commandants de mille, du corps expéditionnaire quitta la ville. Il fut quotidiennement suivi dans le camp par d’autres, le Basha aux commandes, Jan Birdi, resta à Ridaniyah jusqu’à ce que toute la troupe soit complète.

 

Le lundi 7, le Sultan paya trois mois de rations aux troupes expéditionnaires ; chaque Mamelouk reçut également environ quatre Ashrafis et demi chacun en guise de pourboire supplémentaire.

Le même jour arrivèrent deux des Mamalik royaux, qui s’étaient rendus dans certains villages avec les bédouins et retournèrent en Égypte déguisés en domestiques. Ils rapportèrent les mêmes histoires au sujet des difficultés d’Ibn ‘Othman.

 

Le mercredi 9, le Dawadar Khayr Bey, le gouverneur d’Alep, arriva après s’être échappé d’Ibn ‘Othman. Il apporta la nouvelle qu’Ibn ‘Othman avait envoyé une force d’environ cinq mille cavaliers sous les ordres d’Ibn Souwar, qui était sur le point de prendre Gaza ; en fait, selon certains témoignages, il l’avait pris et le gouverneur de Gaza aurait fui.

Cette information causa une grande consternation. Le Sultan fut profondément affligé. Il ordonna aux troupes de marcher immédiatement et que tous les absents recevraient la punition méritée.

Jeudi, les troupes sortirent à la hâte. Le Sultan sortit également accompagné de tous les émirs, et les gens dirent que le Sultan lui-même allait rencontrer Ibn ‘Othman. Le Sultan emmena avec lui le gouverneur d’Alep, le grand émir enchainé et un certain nombre de gardes du corps de Gaza, également dans les fers. Le gouverneur de Gaza avait rapporté qu’ils avaient correspondu avec Ibn ‘Othman, lui suggérant de venir prendre possession de Gaza sans opposition. Cependant, ils nièrent cela devant le Sultan et déclarèrent que Dolat Bey, le gouverneur, avait une rancune contre les gardes de Gaza et avait inventé cette fausse histoire contre eux.

 

Le Sultan leur attribua alors le crédit d’avoir dit la vérité et envoya Jan Birdi, gouverneur de Damas, pour les acquitter de la vaine accusation portée contre eux. Le Sultan relâcha ceux qui étaient avec lui et les envoya à l’inspecteur général de l’armée pour que leur cas soit examiné.

 

Vendredi 11, d’autres rumeurs circulèrent selon lesquelles Ibn ‘Othman avait envoyé des troupes à Gaza, sous le commandement de ses émirs, dont l’un était Iskandar Basha et un autre Daoud Basha. Il fut également rapporté qu’ils avaient pris Gaza et incendié certaines des maisons, que le gouverneur avait fui, que les troupes d’Ibn Othman avançaient vers l’Égypte et que les affaires allaient mal.

Lorsque le Sultan fut convaincu de la véracité de cette nouvelle, il décida qu’il irait lui-même rencontrer Ibn ‘Othman. Il ordonna que les voyous, les malveillants, les Maghribi et quiconque se cachait à cause d’un meurtre ou était coupable de sang recevrait le pardon en se présentant. Il les inspecterait sur le Maydan, leur donnerait une solde et un animal à monter, et ils seraient attachés au corps des armuriers pendant l’avance du Sultan. Cette proclamation offensa le peuple, qui n’aimait pas que ses meurtriers soient pardonnés ; il aurait mieux valu ne rien dire à ce sujet.

Une confusion totale régnait ce jour-là dans tout le Caire ; les soldats expéditionnaires partirent en toute hâte. L’émir Khouda Birdi al-Ashrafi, l’un des principaux émirs, ancien gouverneur d’Alexandrie, partit également. Il n’avait pas de cortège d’état régulier, mais fut précédé de porteurs et escorté par un grand nombre de ses troupes Mamalik ; certains dirent trois cents Mamalik. Tout le peuple invoqua des bénédictions sur sa tête et prièrent pour la victoire des troupes, frappé de terreur à cause d’Ibn ‘Othman.

 

Views: 0