OSMANLI

Il fut rapporté et Allah est plus Savant qu’environ deux mille Mamalik Qaranisah, avec des incapables, des Sheikhs, des Mamalik importés et certains nés dans le pays, restèrent au Caire, dans les casernes et dans la citadelle.

 

Alors que le Sultan était dans le camp de Ridaniyah, une lettre arriva du gouverneur d’Alep, lui disant qu’Ibn ‘Othman avait envoyé un messager avec une lettre, qu’il transmettait au Sultan par le même messager. Exprimée en termes agréables, le sens était le suivant :

Après avoir appelé le Sultan son père et offert des prières pour son bien-être, Ibn ‘Othman affirma qu’il n’avait empiété sur les domaines de ‘Ali Doulat qu’avec la permission du Sultan et qu’il s’était rebellé contre lui. C’est lui qui avait attisé l’ancienne hostilité entre son père et le Sultan Qout Bey (Qaytbay), qui avait conduit à ce qui s’était passé et qui avait causé le plus grand tort au pays du Sultan, de sorte que sa mort était entièrement justifiée. Quant à Ibn Souwar, qui avait succédé à ‘Ali Doulat, si le Sultan jugeait bon de le conserver ou de le remplacer, la question lui appartenait entièrement. Quant aux marchands importateurs de Mamalik circassiens, Ibn ‘Othman déclara ne pas s’être opposé à eux, mais se plaignit de leur traitement en ce qui concerne leur paiement en or et en argent et avoir refusé de faire venir les Mamalik. Il ajouta qu’il était prêt à rendre au Sultan les domaines qu’il avait pris à ‘Ali Doulat et qu’il ferait tout ce que le Sultan voudrait.

Sur ce, le Sultan convoqua les principaux émirs et leur lut la lettre d’Ibn ‘Othman, dont le contenu leur plut beaucoup et au Sultan et suscita dans leur esprit le sentiment que la paix et un retour rapide chez eux étaient à portée de main.

 

Le lendemain arriva au Caire l’émir Inal Bay, Dawadar Sikkin, qui s’était rendu à Alep pour obtenir des nouvelles d’Ibn ‘Othman. A son arrivée, il découvrit que le Sultan avait déjà commencé l’expédition et avait quitté Le Caire. Il rapporta que le messager d’Ibn ‘Othman était arrivé à Alep, qu’il désirait la paix et avait envoyé de nombreux cadeaux à Inal Bey.

 

Le samedi 22, le Sultan quitta le camp royal de Ridaniyah, accompagné du calife, des quatre juges, de son fils, an-Nassir, Grand Maître de la Cavalerie, et Aq Bey at-Tawil, Grand Écuyer.

Il accomplit les prières matinales et parti pour Khankah Siriakous après être resté sept jours dans le camp. Il fit halte un jour et une nuit dans le monastère de Siriakus et partit le dimanche 23. Lundi 24, une troisième tranche de salaire fut versée aux troupes restées en Egypte.

 

Lundi 24, émir Nawrouz, Tajir al-Mamalik, l’un des émirs de la Tablkhanah décéda. Il était à l’origine un des Mamalik d’Ashraf Qout Bey. Il était devenu très gros et lourd, et était si gros qu’il pouvait à peine bouger, et resta dans cet état jusqu’à sa mort.

 

Ce même jour, le ciel devint noir de nuages, il y eut du tonnerre, des éclairs et des torrents de pluie. La pluie dura pendant trois jours d’affilée et ce fut considéré comme un prodige.

Cela fut suivi par des vents violents et le ciel devint assez jaune au coucher du soleil. Les gens en tirèrent des mauvais présages. Le même jour, le Sultan apprit que lorsqu’il avait quitté le monastère, un homme avait été trouvé dans sa tente, que l’on croyait être un assassin, envoyé par ‘Alam ad-Din, le barbier du Sultan, qui avait encouru son mécontentement. Les ennemis d’Alam ad-Din déclarèrent qu’il avait envoyé ce fanatique tuer le garçon nommé ‘Abd ar-Razzaq, devenu barbier du Sultan au lieu d’Alam al-Din.

L’homme, considéré comme un fanatique, fut arrêté et amené devant le Sultan, qui tenta de le faire avouer, mais il nia et reçut l’ordre d’être pendu.

Puis le Sultan envoya un message à Ilmas, gouverneur du Caire, pour arrêter Alam ad-Din et ses parents, et pour le pendre à sa propre porte. Quand Alam ad-Din apprit cela, il s’enfuit de chez lui et se dissimula. Les Wali arrêtèrent un certain nombre des parents d’Alam al-Din et les mirent aux fers.

Certains ont rapporté qu’ils furent pendus à Maksharah ou emprisonnés jusqu’à ce que le Sultan revienne.

Une recherche soutenue fut faite pour la capture du barbier Alam al-Din, et il a été dit que le wali, après la fuite d’Alam ad-Din, envoya ses Mamalik, en tenue complète, à sa recherche mais sans succès.

 

Il a été rapporté qu’en l’absence du Sultan un des Mamalik importés voulut acheter du maïs d’un bateau au bord du fleuve mais ne put trouver de porteur. Trouvant l’un des paysans avec un âne et un sac, il essaya de les lui prendre. Cela conduisit à une querelle, au cours de laquelle le Mamelouk frappa le paysan d’un coup sévère à la tête qui fit couler son sang et que l’homme se jeta dans la rivière et se noya. Cela rassembla une foule autour du Mamelouk, qu’ils saisirent et emmenèrent chez le Dawadar, où il fut mis aux fers et envoyé au wali. Lorsque ses camarades entendirent parler de cela, ils allèrent chez le Dawadar qui s’était absenté pour le barrage d’al-Fayd qui était bloqué. Les Mamalik apprirent que le Dawadar avait remis le Mamelouk à Ilmas le wali. Sur ce, un grand nombre de Mamalik importés descendirent de leurs quartiers en vue de piller et de brûler la maison du wali et de libérer le Mamelouk. Le Dawadar, cependant, ne prit aucun acte suite à ce meurtre et plus rien ne fut entendu à ce sujet.

 

Le même jour arriva la nouvelle de l’arrivée du Sultan à Salahiyah mardi, le 25 Rabi’ al-Akhir, et il a été dit que, sur le point de partir, il donna la permission au calife et aux quatre juges d’aller de l’avant aussi loin que Gaza.

Puis vint la nouvelle de l’entrée du Sultan à Gaza le jeudi 4. On dit qu’il resta cinq jours, puis qu’il partit.

 

Le mardi 8 arriva la nouvelle de l’entrée du Sultan à Damas et qu’il avait été accueilli par l’émir Bars Bey, le gouverneur de la Syrie. Le Sultan entra avec une nombreuse cavalcade, précédé par le calife, les quatre juges, et le chef des émirs, les émirs de Tablkhanah, les principaux titulaires de fonctions, les fonctionnaires exécutifs, un corps solide de troupes, et bien d’autres. Il fut accueilli par les émirs et les troupes de Syrie. Il avait au-dessus de sa tête le parapluie en forme de dôme utilisé par les anciens rois. La ville de Damas était magnifiquement décorée en son honneur, et les trompettes de bonne nouvelle sonnaient pour lui dans la citadelle.

Le Sultan passa neuf jours à Mastabah à al-Qaboun.

 

Il a été dit que le Qadi Kamal ad-Din at-Tawil prêcha dans la mosquée des Bani Oumayyah deux vendredis, et que le Sultan n’assista pas aux prières du vendredi. Après cela, le Sultan partit pour Homs, puis de là se rendit à Hamah où il fut accueilli par le gouverneur Jan Birdi al-Ghazali.

 

On a rapporté que lundi soir, le 14 de ce mois, il y eut une terrible éclipse de lune et la terre fut complètement assombrie. L’éclipse dura plus de cinquante minutes ; l’orbe entier de la lune fut obscurci et le resta jusqu’au dernier tiers de la nuit.

 

Lundi 14, le Dawadar donna l’ordre de pendre un bédouin criminel à la Qantarah al-Hajib. Les affaires de l’Égypte étaient extrêmement bien dirigées par les Dawadar pendant l’absence du Sultan. Il ordonna à l’émir Ilmas, gouverneur du Caire, de patrouiller dans les rues de la ville chaque nuit après la tombée de la nuit, et une centaine de Mamalik importés furent détachés dans le but de patrouiller à tour de rôle avec les wali jusqu’à l’aube. Ainsi le bon ordre fut maintenu pendant l’absence du Sultan, contrairement à l’expérience habituelle.

Le Dawadar reprocha constamment à Ilmas le wali de forcer les gens à entretenir les routes et c’était une pratique des plus tyranniques. Il s’arrangea avec la police et les gardiens pour prélever des contributions sur les citoyens pour la réparation des routes, et ils avaient l’habitude de collecter une somme considérable de cette manière. Les gardiens s’arrêtaient chez un certain homme et exigeaient l’argent qu’ils jugeaient bon, et si le propriétaire s’enfuyait, ils clouaient la porte et liaient ses enfants et sa famille à l’intérieur jusqu’à ce qu’il vienne leur payer ce qu’ils demandaient. Ils attachèrent une femme veuve dans sa maison et la laissèrent sans nourriture ni boisson jusqu’à qu’elle leur jeta par la fenêtre une couverture, un matelas ou un tapis, ou quelque chose du genre. Ils avaient l’habitude de prélever sur les pauvres le paiement d’un ashrafi ou deux, et de ceux qui étaient dans de bonnes conditions dans certains cas, cinq, dans d’autres dix, ashrafis à leur guise. C’est ce qu’ils firent dans le Khatt al-Maks, Khatt Bab al-Bahr, le Marché du lait, al-Houssayniyah, le Marché Bran, Khatt Birkah ar-Ratli et d’autres endroits ; ils exercèrent ainsi une tyrannie dépassant celle des Ouniates, sous prétexte que la construction des routes était pour le bien des Mohammadiens. Beaucoup d’argent fut amassé mais peu dépensé. Si Bey décida donc qu’une collection devait être faite de Sayyidah Nafissah jusqu’à la fin du Marché d’Ibn Touloun sur toutes les propriétés et tous les magasins de cette localité. On supposa qu’ils construiraient un mur pour empêcher une attaque surprise des Bédouins. Mais tout cela était une astuce pour obtenir l’argent du peuple. Ils commencèrent donc à dresser des listes de propriétés et de magasins dans le quartier de Touloun et Karafah.

 

Lorsque le Dawadar apprit qu’Ilmas commettait ces actes d’oppression en son nom, il jura vivement qu’il n’en avait pas eu connaissance, et mit un terme à ces actes effroyables, gagnant ainsi les remerciements de tout le monde.

Puis les Mamalik à l’emploi du chambellan tentèrent de déclencher une tyrannie. Ils collectèrent beaucoup d’argent auprès des habitants de Birkah ar-Ratli afin de traverser la barre à l’embouchure du lac, dont la hauteur avait considérablement augmenté, à tel point qu’elle empêchait le passage des navires dans le lac. Lorsque le Dawadar en eut vent, il mit également un terme à cela et ordonna que l’entrée soit complètement bloquée pour empêcher les navires d’entrer.

Le samedi 19, le Dawadar revint de Fayoum ou il avait inspecté le remblai que l’émir Bakhsh Bey avait construit. Pendant l’absence du Sultan, les Dawadar toujours en Egypte partaient tous les jours accompagnés des émirs vers Matariyyah et Birkah al-Hajj avant de revenir par la Porte Nasr, précédés de très nombreux émirs et soldats. Cela fut fait volontairement pour empêcher les bédouins et les paysans de penser que l’Égypte était privée de troupes ; ce qui en soit était une idée bien conçue.

 

Puis vint la nouvelle de l’arrivée du Sultan à Alep, où il était entré le jeudi 10 Joumadah al-Akhira, jour considéré comme un jour férié.

Le Sultan fut précédé par le calife, les quatre juges et d’autres émirs comme dans sa procession syrienne. Le baldaquin, de l’ombrelle royale, était porté au-dessus de sa tête par Khayr Bey, le chef des émirs et vice-roi d’Alep, comme l’avait fait Si Bey, le gouverneur de Damas.

 

Dès que le Sultan entra à Alep, des émissaires arrivèrent de Salim Shah Ibn ‘Othman, l’Empereur de Constantinople. On dit qu’il envoya son juge militaire, une personne nommée Rouqn ad-Din, et un de ses émirs appelé Kharaja Basha avec 700 personnes à charge à Alep, et j’ai l’autorisation écrite que le Sultan en voyant le Kadi d’Ibn ‘Othman et Kharaja Basha les invectiva pour l’action d’Ibn ‘Othman à son égard, plus spécialement pour sa prise de possession des dominions de ‘Ali Dolat. En réponse, le Kadi et Kharaja Basha déclarèrent que leur maître les avait chargé de négocier la paix et qu’ils avaient reçu l’ordre de se conformer aux souhaits du Sultan sans autre référence à lui.

 

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