OSMANLI

Quand les émirs apprirent cela, ils allèrent voir le Sultan et se plaignirent de cela, et lui dirent : « Nous partons avec toi, et nos villages sont détruits. D’où allons-nous trouver de la nourriture et payer nos suivants ? » Le Sultan fut réduit à la honte et ordonna que ces actes cessent.

Il publia donc des édits impériaux aux surveillants et aux Sheikhs des Arabes annulant les ordres précédents et leur disant de rendre ce qui avait été pris aux paysans. Les édits impériaux atteignirent les villages, et sans eux toute l’Égypte aurait été dévastée et envahie par la famine. Dieu soit loué pour cette délivrance !

 

Le jeudi 6, le Sultan remit de l’argent au lieu de trois mois de rations aux soldats expéditionnaires, afin qu’ils puissent s’approvisionner amplement. Il ne donna rien à ceux qui restaient en Egypte, mais laissa aux cuisiniers le soin de subvenir à leurs besoins en son absence. Ce jour-là, le Sultan envoya ses tentes à Ridaniyah, et son expédition en Syrie devint une certitude. Il annonça aux troupes du Maydan que tout homme prêt, et n’ayant plus rien qui le retenait, devait partir devant le Sultan. Jusque-là, le Sultan n’hissa pas l’étendard qui allait devant l’armée quand ils prirent le champ pour la Syrie.

 

Le drapeau était hissé quarante jours avant le départ, mais le Sultan ne suivit pas les traces des anciens rois. Ce jeudi, le Sultan envoya 1000 dinars pour les frais de l’expédition à l’émir des croyants Muhammad al-Moutawakkil ‘ala Allah, par la main de Houssam ad-Din al-Alwahi, le gardien de Dahishah.

 

Vendredi 7, un important corps de Mamalik du Sultan partit pour la Syrie, selon les ordres donnés précédemment.

 

Un certain nombre de soldats quitta les casernes mais sans partir. Ce jour-là, le successeur de Sidi Ahmed al-Badawi comparut devant le Sultan en réponse à une convocation, qui lui dit de se préparer à partir avec lui pour Alep. Il prétendit qu’il était dans un état de santé faible et incapable de sortir. Cela vexa le Sultan, qui insista et affirma qu’il n’accepterait aucune excuse.

 

Le dimanche 9, ‘Ajmi ash-Shenkji, le messier du Sultan, qui s’était rendu avec les éléphants chez les gouverneurs de Damas et d’Alep, arriva aux portes du palais ; il avait était absent depuis si longtemps qu’il avait été déclaré mort plus d’une fois. Il semble que le Sultan l’envoya en mission secrète à Shah Isma’il as-Soufi ; c’est du moins ce qui fut généralement rapporté.

 

Le mardi 10 Rabi ‘al-Akhir, le cortège militaire du Sultan reçut l’ordre de quitter le Maydan avant le lever du soleil et prit la route de Roumaylah par Hadarat al-Bakar et Salibah.

Il se composait de quinze dromadaires dirigés avec des noumnah brodés d’or ; trois cents chevaux, dont cent avaient des caparaçons d’acier ciselées d’or et certains du velours de différentes couleurs ; trois chevaux avec des noumnah brodés d’or et des selles incrustées d’or et trois paires de chevaux avec des selles et des tambours de bédouins. Il y avait aussi dans la cavalcade vingt-quatre litières avec des couvertures de soie jaune brillant, et deux litières de velours sur des mulets également recouverts de soie jaune, six caisses à trésors avec les mêmes tentures ; cinq chevaux bien dressés, dont deux portaient des étoffes de cheval, des étriers dorés, des selles de cristal et de mosaïques d’or, et des tambours de cristal et d’or ; deux juments avec des étoffes de cheval brodées d’or, des mors dorés et des selles, cette dernière avec des tentures d’or ornées de croissants d’or au lieu d’oiseaux.

À cheval avec le cortège, un certain nombre d’émirs portant des turbans de mousseline et des serviteurs eunuques également montés. Il y avait un certain nombre de fonctionnaires, les princes et d’autres hauts fonctionnaires. Puis vinrent l’étendard royal, les cymbales et les pavillons du Sultan et du Calife.

 

Le cortège du Sultan sorti par la Porte de Roumaylah, les troupes furent rassemblées et un vaste cortège de personnes pour le voir. Mais quand la procession passa, les gens furent insatisfaits car il n’y avait pas assez de chevaux, et celui qui avait vu la procession d’al-Ashraf Bars Bey quand il se rendit à Amad, dit qu’il avait 400 chevaux magnifiquement caparaçonnés avec une armure de cheval, du velours coloré et de l’acier. Certains autres préférèrent la procession de Yashbak, le Dawadar quand il marcha contre Shah Souwar, à celle du Sultan, en donnant la préférence au premier. Il sortit par la Porte du Vizir et entra par la Porte de Zawilah et traversa Le Caire. Cela fut observé comme un grand jour et tout Le Caire fut en émoi.

 

La procession se déroula jusqu’à ce qu’elle émerge à Bab an-Nasr, et se dirigea vers le camp royal de Ridaniyah. Ce jour-là, les bagages de l’Amir al-Mou’minin al-Moutawakkil ‘ala Allah sortirent précédés par deux tambours et fifres et un trompettiste.

 

Le Sultan monté tenant une hache dans la main se rendit de la Porte de Maydan à as-Sowwah. On dit que de coutume des anciens Sultans partaient pour la Syrie lorsque le soleil était sous le signe du Bélier, au début du printemps, pendant la saison humide. Mais al-Ghawri partit quand la chaleur était extrême et le soleil sous le signe du Cancer. Les troupes subirent donc de grandes difficultés pendant le voyage.

Ce n’était pas non plus l’ancienne coutume que le Sultan devait traverser le Caire en sortant, mais qu’il devait sortir par Souwwah et traverser le Caire à son retour mais ce Sultan suivit sa propre ligne en tout.

 

Jeudi 13, il fut rapporté qu’un des Mamalik importés du Sultan nommé Janam al-Ifranji (le Franc), un dépensier rapace qui était parti avec le premier détachement des Mamalik royaux avant le départ du Sultan, saisit tout ce sur quoi il put mettre la main et agressa les gens sur son chemin. Lorsque le Sultan entendit cela, il donna l’ordre à la police de l’arrêter et de le pendre sur-le-champ sans jugement. On dit qu’ils l’arrêtèrent et le pendirent à un arbre à Bilbeis dans son uniforme, portant son épée, son arc et son carquois. Ils mirent ses serviteurs dans des fers et les amenèrent à Maksharah.

 

Le vendredi 14, le Sultan descendit de la citadelle, se rendit à Karafah et visita les tombes des Imam ash-Shafi’i et al-Leyth, avec son fils, le Grand Maître de la Cavalerie. On dit que le Sultan dépensa une somme considérable en charité ce jour-là. Les bagages du Sultan et ceux des émirs partirent pour Ridaniyah.

 

Samedi 15, le Sultan et Malik al-Ashraf Abou an-Nasr Qansouh al-Ghawri partirent pour la Syrie et Alep.

Il y avait longtemps que les gens n’avaient pas vu un Sultan partir de cette manière pour ces pays, jamais depuis qu’al-Ashraf Bars Bey al-‘Ala’i était parti pour Amad, en 836, environ 87 ans plus tôt.

 

Au lever du soleil de ce même jour, les troupes des émirs, formant l’escorte personnelle du Sultan, se déplacèrent dans l’ordre suivant :

Le corps commandé par l’émir Qourt Bey, l’un des principaux émirs et ancien gouverneur du Caire.

Le corps commandé par l’émir Aq Bey at-Tawil, second maitre de la cavalerie, un des membres de la cour.

Le garde du corps sous l’émir Tani Bey, le trésorier.

Le garde du corps sous l’émir Abraq al-Ashrafi, un des membres de la cour.

Le garde du corps sous l’émir ‘Allan Ibn Karajah et Dawadar, l’un des juges.

Le corps sous l’émir Baybars, un parent du Sultan.

Le corps sous l’émir Jan Balat, connu sous le nom de Mouwattir.

Le corps sous l’émir Qansouh Qourt.

Le corps sous l’émir Tamr al-Hassani, connu sous le nom de Zardkash.

Le corps sous l’émir Qansouh Ibn Sultan Chirkas.

Le corps sous l’émir Anas Bey Ibn Mustafa, chef chambellan.

Le corps sous l’émir Soudoun Dawadari, chef du corps des gardes.

Le corps sous le fils du Sultan, an-Nassir Muhammad, grand écuyer.

Le corps sous l’émir Arkmas Ibn Tara Bey émir Majlis, qui avait été nommé émir Silah.

Le corps sous l’atabek Soudoun Ibn Jani Bey, connu sous le nom d’al-‘Ajmi. Son corps était remarquable par sa splendeur et son bon ordre.

 

Quand le dernier de ces corps fut passé, le Sultan lui-même sortit par la Porte de l’Écurie près des marches. Il était précédé du trompettiste royal, nommé Bourghashi. La cavalcade du Sultan était magnifique et fut rarement égalée en splendeur. A sa tête venaient trois éléphants, magnifiquement caparaçonnés, suivis par les troupes victorieuses en grande tenue, suivies des émirs qui étaient les chefs de garde, portant des bâtons pour retenir le peuple.

Après ceux-ci vinrent les émirs de la Tablkhanah et d’autres puis les fonctionnaires exécutifs.

 

Il y avait aussi présents dans cette cavalcade les distingués frères du Sharif Barakat, émir de la Mecque ; ceux-ci marchaient devant le chef des émirs. Puis vinrent tous les principaux émirs, parmi lesquels le fils du Sultan, son Altesse an-Nassir, Grand Maître de la Cavalerie, et à ses côtés se trouvait l’Atabek Soudoun al-‘Ajmi. Puis suivirent les quatre juges des écoles Shafi’i, Hanafi, Maliki et Hanbali. Puis vint le calife, portant le turban de Bagdad avec deux rubans, et un manteau Ba’labek avec des broderies en soie noire. Il ne fit pas tenir le drapeau du calife au-dessus de lui réduisant de nombreuses coutumes observées par d’anciens califes qui étaient ses parents.

Puis vinrent les chevaux conduits par le Sultan. Un corps de chefs de la garde suivait à pied avec des haches. Puis vinrent les bagages et les cartons, les étuis à vêtements et le porte-encens à pied avec l’encensoir devant lui, suivis du Sultan al-Malik al-Ashraf Qansouh al-Ghawri, précédé par le calife.

 

Ainsi, le Sultan s’avança avec le drapeau royal au-dessus de lui, immédiatement derrière lui se trouvait le chef Mamelouk Sounboul al-‘Othmani. Il était accompagné des armuriers en uniforme et d’un grand nombre de sa suite et de ses jimadars. Il entra au Caire par la Porte Zawilah et traversa les rues. Tout le Caire trembla de sa présence ce jour-là, les habitants de la ville le saluèrent par des prières pour son bien-être et les femmes l’acclamèrent des fenêtres. Le Sultan marcha dans cette cavalcade jusqu’à ce qu’elle sorte par la Porte Bab an-Nasr.

 

Le dimanche 16, le Sultan fit proclamer au Caire que l’armée marcherait le vendredi 21, que chaque soldat expéditionnaire devait être présent ce jour-là et qu’aucune excuse d’aucune sorte d’absence ne serait acceptée. Lorsque le Sultan s’établit dans le camp, il nomma un certain nombre de députés des juges en chef pour l’accompagner dans l’expédition. Il avait aussi avec lui un grand nombre de constructeurs, de charpentiers et de forgerons, comme il était d’usage, et le chef Sheikh avec ses troupes, ses drapeaux et ses tambours. Il ouvrit la cavalcade du Sultan à son entrée à Damas, conformément à l’ancienne coutume des expéditions.

 

Les 18, 19 et 21, un certain nombre d’émirs partirent avec leurs Mamalik, au nombre de 944 hommes. Les Mamalik Qaranisah, les Mamalik importés et ceux nés dans le pays étaient au nombre de cinq mille.

 

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