OSMANLI

Description de la campagne terrestre et maritime du Sultan contre Lépante et les possessions des Italiens, la victoire des guerriers de l’Islam en mer et les conquêtes du Sultan

 

Le concept de ghazwa contre les impies, est le devoir de tous les Musulmans. Lorsque le divan du Sultan se réunit, une décision unanime fut prise pour une gaza contre Lépante par terre et par mer.

 

(Al-Qassah) Le Sultan souhaitait achever la conquête des terres de Morée. Pour réaliser son plan, l’assujettissement du château de Lépante était nécessaire, car ces deux mamlakat, la Morée et Lépante, étaient des possessions vénitiennes. De ce côté, la mer des Francs atteignait la côte de Roumélie, et donc ces deux provinces se trouvent à l’ouest des terres de l’Islam en Roumélie. Les rois des Francs, et en particulier de Venise, de la frontière nord-ouest de ce littoral à leur point de départ d’origine est un voyage de six jours. Venise est bordée par la Hongrie au nord et la frontière sud-ouest de l’Italie est sur la Mer de Fiqaouss jusqu’à ce qu’elle atteigne les terres de l’ouest.

 

La raison, qui empêcha la conquête de Modon et Koron dans la Morée, et de là la conquête de Lépante, est que la Morée se trouvait dans un endroit isolé, entouré par la mer des Francs. Mais du côté de Roumélie et des terres de l’Islam, il y a à peu près l’équivalent d’un farsah, entre les deux bandes d’eau qui entourent la Morée et une zone montagneuse. Lorsque les impies régnaient sur la Morée, ce morceau de terre était autrefois fortifié d’un rivage à l’autre. Les terres jusqu’à la côte nord-est de la Morée étaient progressivement devenues des domaines ottomans, mais Lépante et ses environs n’avaient pas encore été conquis, car on ne pouvait ordonner la conquête de ce fort que si l’on avait une flotte forte pour résister au d’innombrables navires des Francs. L’aide de Venise arrive à ce château par la mer en six jours et ainsi seul un siège de ces châteaux, qui se trouvent isolés dans des zones ouvertes, est empêché. Les anciens Sultans ne prirent pris de mesures pour créer une marine assez forte pour affronter les Francs, très expérimentés dans le transport maritime.

 

Lorsque ce Sultan monta sur le trône avec une direction divine prospère, les armements de conquête du monde sur terre et sur mer atteignirent un tel stade que le nombre de son armée terrestre ressemblait à la taille des troupes de Salomon et de l’armée victorieuse d’Alexandre, et la puissance de ses serviteurs et de son armée en mer, comparée aux travaux et actes maritimes de tous les dirigeants, infidèles ou Musulmans, est la plus destructrice. Parce que ses navires célestes sont si nombreux, à la surface de la mer, ils ressemblent à des étoiles fixes et mobiles. L’organisation de l’artillerie de ces vaisseaux célestes et la masse de leurs marins sont distingués, forts et puissants. En ce qui concerne la connaissance habile de la guerre et l’utilisation des canons et des armes à feu de ses serviteurs de ces jours, ils étaient plus forts et plus nombreux que les experts, les impies et les idolâtres, et dans le feu d’une bataille en ce qui concerne les mangonneaux et les armes, ils sont plus sévère et impétueux que le feu ardent du canon.

 

Ainsi, lorsque le Sultan décida de conquérir ce château et ses environs, afin d’équiper et de préparer ses navires, et de se préparer à l’opposition aux ennemis, des Francs audacieux, des ouvriers et des maîtres qualifiés, connaissant les armes et l’armurerie, préparèrent les navires du Sultan et les équipèrent de canons et de machines de guerre. Et il ordonna à tous ceux à son service qui étaient qualifiés dans des métiers merveilleux et extraordinaires de les assembler et de les construire. À Istanbul, des navires aussi grands que des montagnes furent construits à partir de navires neufs et anciens avec l’intention de ghazwa. Deux grands navires furent construits, connus sous le nom de kuke dans la terminologie grecque et italienne et chacun d’eux a la taille d’une montagne lorsqu’il est en mer. Pendant qu’ils étaient construits sur terre, le bois et le fer précieux pour leurs outils, leurs clous et leurs ancres furent apportés des régions et des mines proches d’Istanbul. Les hommes qui travaillaient à leur construction, à tous les postes importants, étaient tous des esclaves personnels du Sultan qui avait travaillé comme charpentiers et forgerons salariés spécialisés. Les navires coûtent 24000 pièces d’or chacun.

 

Ce fakir fut informé des mesures suivantes : La taille du navire était de 70 coudées (31m) de long et 35 (environ 16m) coudées de large, et la hauteur de son mât central était d’environ 70 pieds (21m). Leurs mâts étaient épais et droits, faits d’énormes arbres reliés entre eux de sorte qu’ils ressemblaient à un minaret. Le périmètre de chacun d’eux était de 4 coudées (1.8m).

Leur sommet était fait comme la galerie d’un minaret et assez large pour trois personnes. Les navires étaient remplis de boulets et de poudre à canon pour aller au combat contre les ennemis. Les quartiers de résidence des ghazi et moujahidin étaient cachés sous la surface de l’eau et mesuraient environ 20 pieds de haut (6m). Sa capacité en soldats, y compris leurs armes, artillerie et victuailles, était de 1000 hommes. Il transporte tous les moujahidin dans toutes les directions du monde pour combattre. Même si chacun de ces navires est haut comme une montagne, après avoir voyagé sur la mer pendant quelques jours, il y a une limite de temps, quand il doit quitter la mer, car la soif afflige tous les hommes à bord. Les types de navires utilisés dans la mer des Francs et de Roum, selon beaucoup, sont les plus rapides et les meilleurs de tous les transporteurs ; l’habileté des Francs et des Grecs est la plus grande de tous les marins et ils disent que le kuke (cog ?) est le plus grand de tous les autres navires. En comparaison avec le mauna, le kadriga ou le galion, le kuke est le plus destructeur pour sa précision de tir. Son canon est toujours fermement fixé.

 

Chacun de ces navires est un navire de guerre. Le type de navire appelé mauna est comme un fort spacieux et haut sur la mer. Il a des voiles et ressemble à un géant. Il est toujours utilisé pour le transport des victuailles. Il porte les bagages des voyageurs, mais il est très lent. Le type de navire appelé kadriga se déplace à l’aviron et n’a pas de voiles, mais c’est le plus rapide de toutes sortes de navires. En attaque et en retraite, il est très obéissant, et il est si rapide qu’il arrive toujours le premier lorsqu’il est pressé et qu’il est supérieur aux voiliers en vitesse. Il est toujours loué par tous les grands marins de notre temps. Le type appelé barca est un petit kuke et il est basé sur lui en ce qui concerne son apparence et sa façon de voyager. Le type appelé galion est basé sur le mauna et est utilisé de la même manière. C’est le plus petit de tous les types de navires. Lorsque le Sultan décida de faire une campagne pour la conquête des terres des Chrétiens, dans les deux ans, il construisit une grande flotte et l’équipa de milliers de canons, d’équipements de défense et de toufak, d’armes et de mangonneaux grands comme des montagnes, des instruments et des outils pour conquérir des châteaux. Il les équipa également de commandants terrestres et maritimes et de nombreuses troupes à envoyer pour une campagne de gaza.

 

À cette époque, pour une deuxième fois, une ghazwa fut ordonné et une fois de plus Bali Beg Malkochoglu fut envoyé contre la Pologne, les Saqalibah et les Russes. Il rassembla 50000 hommes de toutes les directions et ils partirent avec lui pour une marche d’un mois. Ils pillèrent et détruisirent quelques villes et wilayah des impies et rassemblèrent d’innombrables butins, esclaves et animaux. Sur le chemin du retour, ils tombèrent sur des terrains vagues non cultivés près d’une rivière. Les troupes étaient fatiguées, c’était le début de l’hiver, et le grand nombre de captifs et de bétail devenait un fardeau. Les captifs et le bétail étaient plus nombreux que les soldats, qui étaient fatigués et faibles, et ils souffrirent de grands malheurs.

 

Le premier jour de l’année 904 (1498-9), le Sultan rassembla ses forces et le 20 Shawwal de la même année, le Sultan marcha d’Istanbul à Edirne et ordonna le début de la campagne. Daoud Basha Sani était alors le commandant de la flotte et avait été en charge des navires et de l’équipement des troupes navales. Il y avait de nombreux autres commandants de navires et de marins et de grands voyageurs, en particulier Raïs Kamal, Roustam et Isfendiyar, Raïs Bourak et d’autres courageux capitaines. Mille hommes furent affectés à chaque navire, ainsi que des canons, des toufaks, des victuailles et des instruments de guerre. D’autres hommes et commandants estimés furent affectés aux 300 autres navires, qui furent approvisionnés de la même manière avec ces deux navires, et ils furent tous envoyés à Gallipoli. De là, ils partirent en direction de la Morée et prirent des dispositions pour s’y retrouver dans un mois, quand on estima que l’armée arriverait par voie terrestre. De cette manière, ils assiégeraient le fort de Lépante à la fois par terre et par mer.

 

Lorsque les rois des Francs, et en particulier le souverain de Lépante, qui était le souverain de Venise, entendirent parler de cette campagne du Sultan, ils rassemblèrent une grande armée et une large flotte lourdement équipée. Parce que les Francs avaient une grande armée, une richesse et une main-d’œuvre immenses, et qu’ils avaient une grande confiance dans la grandeur et l’excellence de leurs hommes en mer, ils se précipitèrent vers le Golfe de Lépante et, avec un zèle religieux, ils allèrent repousser les ghazi du Sultan.

 

Quand ils virent la flotte des Musulmans s’approcher de la mamlakat de Morée, les Francs apparurent avec leurs énormes navires pour affronter la marine musulmane. Soudain, un vent fort se leva contre la flotte des Musulmans mais selon les désirs de leurs ennemis, et les navires des Musulmans furent forcés de mouiller dans un port en face de la ville de Modon. En raison du vent fort, ils furent contraints d’y rester pendant près de vingt jours. Du côté de la mer, les moujahidin étaient bloqués par les navires des Francs, qui, aidés par le vent, étaient en meilleure position de combat. De l’autre côté, les habitants du château de Modon, qui se trouvait près du rivage, et toute la population de la côte attaquèrent les navires des Musulmans, jusqu’à ce qu’ils n’aient plus de nourriture et de boisson, n’ayant aucun moyen de débarquer. L’équipage des 300 navires turcs traversa de telles difficultés, également en raison des hautes vagues, qu’ils ne vitrent aucun moyen de s’échapper.

 

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