OSMANLI

Quand le guide spirituel et le tuteur de son père Mollah Kourani décéda, Bayazid II participa à ses funérailles et paya les frais de son trésor. Bayazid parraina et soutenu toutes sortes de recherches scientifiques et littéraires ; en conséquence, la durée de son règne vit la montée de nombreux savants et artistes de renom tels que Mollah  Loutfi, Mueyyedzade ‘Abd ar-Rahman Ibn Kemal, Idris-i Bitlisi, Tacizade Ja’far Chalabi , Zenbilli ‘Ali Efendi, Necati, Zati, Visali et Firdaousi. Il prit également contact avec des artistes européens. Une lettre de Léonard de Vinci, toujours disponible dans les archives du palais de Topkapi, indique que de Vinci s’était intéressé à la construction d’un pont menant au Golden Horne et au Bosphore. Michel-Ange voulut aussi visiter Istanbul quand il entendit cette nouvelle ; Malheureusement, ces projets ne se sont jamais concrétisés.

Le Sultan Bayazid II construisit de nombreuses œuvres sociales à Istanbul, Amasya, Edirne, Uthmancik, Geyve et Saroukhan ; quelques exemples de celles-ci sont les koulliyes à Istanbul, Edirne, Pirinch, Hann et l’auberge à Bursa louée pour soutenir divers organismes de bienfaisance.

 

Description des raisons pour lesquelles le Sultan des Moujahidin partit en gaza contre Kilia et Akkerman dans les terres de Bogdan et la série d’événements qui conduisit à la conquête de ces deux châteaux inaccessibles.

 

Au début de 889 (1484), le Sultan rassembla une grande armée après une longue période d’inactivité et de déception pour les soldats, avant qu’ils ne se s’atrophient et se décomposent.

 

(Louange à l’armée). Au printemps, après que le Sultan se soit rendu au palais d’été d’Edirne, il renouvela la ghazwa contre la wilayah de Kara Bogdan et se tourna vers les villes et châteaux de Kilia et d’Akkerman pour l’expansion des terres de l’Islam et le passage des marchands caravanes de Kaffa et de Crimée à travers les terres ouvertes des Tatars. Les revenus de ces deux villes et puissantes forteresses, qui se trouvaient dans les terres des impies, provenaient du passage des voyageurs et des marchands à travers ces districts, et si des ennemis de la religion et du Sultan avaient l’intention d’attaquer les terres de l’Islam depuis dans cette direction, ils avaient toujours traversé la rivière par cet endroit puis après être entré avaient endommagé les terres de l’Islam. Dans le passé, pendant les périodes de changement de dirigeants et de discorde, des groupes de fauteurs de troubles et de brigands de routes venaient de ces régions. Ils pillaient et emportaient les frères et les propriétés des Musulmans puis se retiraient dans les châteaux mentionnés ci-dessus. Plusieurs fois, les précédents Sultans avaient voulu soumettre ces châteaux, c’est pourquoi le Sultan décida de marcher contre eux.

 

Il partit d’Edirne par la wilayah de Dobrouch, tandis que les chavushes[1] circassiens encerclaient ces châteaux du nord. Le 10 Joumadah ath-Thani, les armées d’Anadolu et de Roumélie arrivèrent d’abord devant le château de Kilia et l’attaquèrent de toutes parts. Ils assiégèrent le château et quand le député du Sultan fut certain que les habitants étaient dans une telle détresse qu’ils seraient obligés de se rendre, selon le Qur’an et pour le meilleur intérêt de la population, les faibles et les pauvres parmi les habitants reçurent un aman. Leur vie fut épargnée et chacun assuré de sa maison et de l’exercice de son métier. Neuf jours s’écoulèrent entre la première attaque et le jour de son asservissement et après cela, le Sultan marcha contre Akkerman. À Kilia, il nomma un qadi, un gouverneur et une garnison pour sa défense et pour les réparations du château.

 

Entre-temps, de la famille de Jinkiz Khan et des Ilkhan, le Sultan Menkli Kiray Khan, qui était un descendant de Jouhi Khan, vint rendre hommage au Sultan et consolider les institutions musulmanes. Il amena cinquante mille cavaliers des ghazi Tatars du Turkestan pour rejoindre l’armée du Sultan. L’animosité entre les deux était terminée et les deux armées ne faisaient plus qu’une. Après cela, ils se dirigèrent tous vers Akkerman, et de la même manière Kouzum Khan, le gouverneur de Valachie qui était un vassal du Sultan et payait le Kharaj, donna mille hommes pour l’armée du Sultan en signe de son obéissance.

 

Les habitants d’Akkerman, qui avaient entendu la nouvelle de la conquête de Kilia, eurent peur de combattre une armée aussi puissante et se rendirent compte à juste titre qu’il n’y avait pas d’autre issue pour eux que de se soumettre, alors ils demandèrent l’aman. L’effusion de sang fut empêchée par un traité d’alliance, de soumission et de sécurité. Un qadi et un gouverneur furent nommés pour la défense du château, et en reconnaissance d’une telle reddition, tous les butins et l’argent légitimes furent utilisés pour la charité. Le Sultan alloua sa part du cinquième du butin aux réparations des œuvres pieuses à Edirne. Le dirigeant de ce royaume (principauté), Kara Bogdan, affaibli et appauvri, fut contraint de conclure un traité d’assujettissement et ces deux principautés et leurs forteresses passèrent entre les mains des députés du Sultan comme d’autres parties de sa terre, et il accepta de payer des tributs annuels au Sultan.

 

Après que ceux-ci aient été arrangés selon ses souhaits, le Sultan retourna dans la capitale, laissant Menkli Kiray Han avec une garnison à Akkerman, et l’honora de la couronne d’or de Skopje et d’excellentes robes d’honneur, etc. Le Sultan donna de grands honneurs à tous ses serviteurs, ainsi que des chevaux et des vêtements brodés des terres de l’Ouest. Il se sépara du grand Khan et envoya des fethnames[2] avec la bonne nouvelle aux royaumes de l’Islam. Afin de souligner l’amitié et la bonne volonté entre lui (Bayazid II) et l’éminent seigneur Sultan Ya’qoub Bayandouri, un fethname fut envoyé à ce dernier par Khoja Seydi Muhammad Mounshi Shirazi. En réponse à cela, une lettre de félicitations fut envoyée à Bayazid II par la cour du Sultan Ya’qoub.

 

 

Récit de divers événements qui eurent lieu entre 889 (1484) et la fin de 891 de l’Hégire (1486)

 

Rapport des ghazwa de Vizir ‘Ali Basha contre les infidèles de Bogdan, les ghazwa de Bali Beg Malkochoglu et Iskandar Beg Mihaloglu, et la défaite de certains émirs aux confins de Damas.

 

En 889 (1484), le Sultan passa l’hiver à Edirne, où il s’occupa de nombreuses affaires de l’état. De nombreux ambassadeurs de souverains musulmans et infidèles et de grands rois vinrent à la Sublime Porte pour lui rendre hommage et présenter leurs pétitions. Vint d’abord un envoyé au nom de l’éminent souverain des terres de l’Inde et de la Chine, le Sultan Muhammad Shah, afin de renforcer l’amitié sincère entre l’ancien Sultan et ces souverains. Il félicita le Sultan pour son accession au trône de son père et apporta des cadeaux extraordinaires des terres de l’Inde. Un autre envoyé arriva du Sultan d’Égypte, qui était l’un des grands hommes, et un autre du Kral de Hongrie, qui était très respecté parmi les infidèles. Ils montrèrent leur respect et leur honneur selon les lois et les coutumes des anciens sultans concernant les envoyés des mécréants et des Musulmans. Cependant, il y avait quelques adversités passées entre le Sultan Ottoman et le Sultan d’Egypte, notamment le soutien à Jem et quelques troubles aux frontières entre les deux royaumes. Pour cette raison, l’ambassadeur d’Égypte conclut un pacte d’amitié, et les estimés Vizirs du Divan du Sultan échangèrent quelques mots d’amitié et lui témoignèrent un respect égal à celle manifestée à l’envoyé du Kral de Hongrie.

 

Entre-temps, arriva la nouvelle d’une rébellion commandée par le gouverneur de Kara Bogdan, qui rompit les accords, rassembla une armée et tenta de reprendre Kilia et Akkerman. ‘Ali Basha, alors émir al-Oumara de Roumélie, marcha à la hâte contre Bogdan à la tête de l’armée de Roumélie. Ils traversèrent le grand fleuve Tuna, et le wali de Valachie, qui est entre les terres des impies aux confins des domaines de l’Islam. Il avait longtemps été l’un des moujahidin et avait été nommé guide à travers les terres des mécréants. Lorsqu’ils atteignirent la wilayah de Bogdan, et cette région a une longue histoire d’hostilité contre le Sultan des Musulmans, ‘Ali Basha et son armée la pillèrent et ravagèrent. Cette grande armée rassembla beaucoup de butin, et ‘Ali Basha ne trouva aucune résistance nulle part. Bien qu’à l’époque du Sultan précédent, ces mécréants maudits avaient voulu détruire l’armée musulmane, ils se cachèrent cette fois dans les montagnes et ne semblèrent jamais vouloir les combattre sur aucun champ de bataille. Lorsque les soldats musulmans rassemblèrent suffisamment de butin, ils demandèrent à leurs commandants la permission de revenir.

 

À cette époque, à la suite de l’accumulation de vexations et d’oppressions, le différend entre le Sultan Ottoman et le Sultan d’Égypte, Qaytbay, était devenu plus grave. Le différend portait sur les frontières des deux états, le Sultan envoya l’émir al-Oumara d’Anadolu, Ahmed Basha Hersekoglu, avec les troupes d’Anadolu et l’émir al-Oumara de Karaman, Qaragoz Basha, à Adana et Tarse aux confins de Roum et de la Syrie pour soutenir les défenseurs de ces châteaux. Dans le même temps, le Sultan renvoya Muhammad Basha Ibn Hizir Beg de son poste de Vizir du divan en raison d’apostasie, et le remplaça par Ibrahim Basha, qui à ce moment-là était qadi ‘askar (juge-commandant militaire).

 

Au début de 891 (1486), d’autres nouvelles arrivèrent que le gouverneur de Bogdan assiégeait Akkerman avec une grande armée. Les assiégés placèrent leur foi en l’aide d’Allah Exalté et résistèrent. Ils sortirent du château, vainquirent les ennemis et prirent une grande partie de leur équipement. Lorsque le Sultan fut informé de cette audace par le gouverneur de Bogdan, il envoya aux frontières Malkochoglu Bali Beg, qui était gouverneur de Silistrie.

Toute l’armée des ghazi de Roumélie fut également envoyée à la hâte sur la rivière Tuna pour repousser les mécréants et piller leurs terres. Dès que le gouverneur de Bogdan fut informé de leur arrivée, il envoya des messagers auprès des rois de Hongrie et de Pologne pour leur demander leur aide. Ils envoyèrent des cavaliers et des fantassins pour les aider et ils attaquèrent les forces de Malkochoglu, quand ils entrèrent dans Bogdan.

Après quelques jours, ils atteignirent une ville appelée Bouchana et commencèrent immédiatement à la piller. Ils acquirent beaucoup de butins et d’esclaves puis, ils traversèrent une grande rivière connue sous le nom de Prut et attaquèrent cette région. Après avoir rassemblé suffisamment de butin, ils quittèrent Bogdan et Malkochoglu Beg resta au bord de la rivière Prut avec seulement quelques soldats. Il semble que, comme ils étaient séparés de l’armée principale, ils n’étaient pas aussi vigilants, donc les impies les attaquèrent et une grande et sanglante bataille s’ensuivit. Certains des hommes de Malkochoglu Beg furent tués et lui-même tira son épée et combattit les mécréants. Comme ils étaient plus nombreux, les impies les poursuivirent et de nombreux musulmans furent tués.

Quand la nuit tomba, les combats s’interrompirent, mais le lendemain, quelques ghazi séparés et qui ramassaient du butin vinrent les rejoindre.

Pendant la nuit, les infidèles fuirent le champ de bataille. Dans la matinée, certains ghazi voulurent les poursuivre, mais beaucoup avaient fui pour regagner des zones plus sûres. Mille cinq-cents mécréants et quinze moujahidin moururent dans cette campagne. Après cela, les ghazi victorieux retournèrent dans leurs pays d’origine avec de nombreux butins et sur les rives de la rivière Tuna, Malkochoglu Beg remit un cinquième du butin au Sultan.

 

 

 

 

[1] Les Chavushes sont les membres d’un corps de hérauts et de messagers spécialement attachés au Grand Vizir en tant que chef du Divan et souvent employés dans des missions importantes.

[2] Un fethname était un rapport officiel émis par la Sublime Porte annonçant une victoire militaire.

 

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