BANU UMAYYAH

Les Musulmans combattent de nouveau les Turcs sur plusieurs fronts

 

Cette année, al-Jarrah Ibn ‘AbdAllah al-Hakami qui était accompagné des Syriens et des Azerbaïdjanais rencontra les Turcs qui venaient d’al-Lan. Mais son armée n’eut pas le temps de s’organiser et tous ceux qui étaient avec lui tombèrent martyrs à Ardabil que les Turcs conquirent tandis qu’al-Jarrah avait laissé son frère al-Hajjaj Ibn ‘AbdAllah gouverneur de l’Arménie.

 

D’autres ont rapporté qu’al-Jarrah Ibn ‘AbdAllah fut tué par les Turcs à Balanjar. Quand Hisham apprit la nouvelle, il appelé Sa’id Ibn ‘Amr al-Harashi et lui dit :

– « J’ai entendu qu’al-Jarrah a fui devant les polythéistes ». Sa’id répondit :

– « Certainement pas, ô émir. Al-Jarrah connaît trop bien Allah Exalté pour fuir devant l’ennemi. Je dirais plutôt qu’il a été tué ». Hisham demanda alors :

– « Quelle est ton opinion ? » Sa’id répondit :

– « Envoie moi avec quarante rapides montures puis fait les suivre d’autant chaque jours avec quarante hommes sur eux, puis écrit aux commandants des troupes afin qu’ils me rejoignent ». Et Hisham obtempéra.

 

Il est rapporté que Sa’id Ibn ‘Amr tomba sur trois groupes de Turcs qui allaient au Khaqan avec des Musulmans et des Dhimmis[2] qu’ils avaient capturé. Al-Harashi les attaqua et décima les Turcs avant de libérer les prisonniers.

 

Il a aussi été rapporté qu’al-Jounayd Ibn ‘AbderRahmane raconta : « Une nuit comme la nuit d’al-Jarrah et un jour comme son jour ! On lui dit : « Qu’Allah Exalté vous fasse prospérer, quand al-Jarrah fut attaqué, les hommes sages et persévérants furent tués, et lorsque la nuit arriva, ses troupes retournèrent sous le couvert de l’obscurité en Azerbaïdjan, et al-Jarrah, resta avec quelques hommes qui furent tués au matin ».

 

Cette année, Hisham envoya son frère Maslamah Ibn ‘Abdel Malik à la poursuite des Turcs. Il voyagea en hiver sous un intense froid, la pluie et la neige sans jamais s’arrêter jusqu’à ce qu’il traversa au-delà d’al-Bab sur leurs pas. Il laissa al-Harith Ibn ‘Amr At-Ta’i derrière à al-Bab.

 

 

La Bataille du Défilé

 

Cette année, la bataille entre al-Jounayd et les Turcs sous le commandement du Khaqan, eut lieu dans le défilé. Lors de cette bataille, Sawrah Ibn al-Hour fut tué. Il a aussi été rapporté que cette bataille eut lieu en l’an 113 de l’Hégire (731).

 

 

En l’an 112 de l’Hégire (730), al-Jounayd Ibn ‘AbderRahmane mena une expédition au Toukharistan[3]. Il campa près du fleuve de Balkh, et envoya ‘Oumarah Ibn Houraym au Toukharistan avec dix-huit-mille hommes et Ibrahim Ibn Bassam al-Leythi dans une autre direction avec dix-mille homme. Les Turcs levèrent leur armée et vinrent à Samarkand où Sawrah Ibn al-Hour, des Banou Abari Ibn Darim, était le gouverneur. Sawrah écrivit à al-Jounayd : « Le Khaqan a mobilisé les Turcs. Je suis sorti contre eux mais je n’ai pas pu défendre l’enceinte externe de Samarkand. A l’aide ! » Al-Jounayd ordonna aussitôt à ses forces de traverser l’Oxus. Al-Moujashir Ibn Mouzahim as-Soulami, Ibn Bistam al-Azdi, et Ibn Soubh al-Kharaqi vinrent le trouver et lui dirent :

– « Les Turcs ne sont pas comme les autres. Ils ne vous rencontreront jamais en une ligne de bataille ni ne marcheront lentement tout en se préparant pour la bataille. Tu as éparpillé tes troupes. Mouslim Ibn ‘AbderRahmane est à an-Nayroudh, al-Bakhtari à Herat, les forces d’at-Talaqan ne sont pas encore arrivées et ‘Oumarah Ibn Houraym est au loin ». Al-Moujashir lui dit :

– « Le propriétaire du Khorasan ne doit pas traverser l’Oxus avec moins de cinquante-mille hommes. Par conséquent, écrit à ‘Oumarah afin qu’il vienne. Attends et ne te presse pas ». Al-Jounayd répondit :

– « Qu’en est-il de Sawrah et des Musulmans qui sont avec lui ? Même si j’avais seulement les Banou Mourrah ou ceux des Syriens qui sont venus avec moi, je traverserais ».

Alors al-Jounayd traversa, campa à Kish et envoya al-Ashhab Ibn ‘Oubayd al-Hanzali en mission de reconnaissance pour lui ramener des informations sur l’ennemi. Al-Ashhab revint aussitôt et dit :

– « L’ennemi est sur toi, préparez-vous immédiatement ! » Les Turcs envoyèrent des détachements combler les puits qui étaient sur la route de Kis, et tous les points d’eau. Al-Jounayd demanda :

– « Quelle est la meilleure des deux routes pour Samarkand ? » Ceux qui étaient avec lui, répondirent :

– « La route d’al-Mouhtaraqah. Mais al-Moujashir Ibn Mouzahim as-Soulami s’interposa et dit :

– « Etre tué par l’épée est meilleur qu’être tué par le feu. La route d’al-Mouhtaraqah (qui veut la brûlée) a des grands arbres et de l’herbe abondante et sèche qui n’a pas été cultivé durant des années. Si vous rencontrez le Khaqan, il y mettra le feu et nous seront tués par le feu et la fumée. Prenez plutôt la route escarpée et nous serons à pied d’égalité avec eux ». Par conséquent, al-Jounayd prit la route escarpée et grimpa dans les montagnes.

Al-Jounayd continua avec ses troupes jusqu’à ce qu’il entra dans le défilé et seize kilomètres le séparait de la ville de Samarkand. Mais le lendemain le Khaqan arriva avec une immense armée, accompagnée par les habitants d’as-Soughd, d’as-Shash, de Ferghana et des Turcs.

Le Khaqan attaqua l’avant-garde des Musulmans commandée par ‘Uthman Ibn ‘AbdAllah Ibn ash-Shikhir alors qu’il revenait au camp. Les Turcs les suivirent et vinrent de toutes les directions. Al-Ikhrid dit à al-Jounayd :

– « Retournez au camp car une immense force est en marche contre vous ».

 

Les premiers ennemis arrivèrent alors que les hommes déjeunaient. ‘Oubaydillah Ibn Zouhayr Ibn Hayyan les vit mais il garda le silence jusqu’à ce que les Musulmans aient fini leur déjeuner. Abou Ad-Dayyal les vit et lança :

– « L’ennemi ! » Par conséquent les hommes montèrent et informèrent al-Jounayd. Il donna l’aile droite aux Banou Tamim et aux Azd et l’aile gauche proche de la montagne aux Banou Rabi’ah. Le commandement de la cavalerie cuirassée des Banou Tamim fut donné à ‘Oubaydillah Ibn Zouhayr Ibn Hayyan, et celle de la cavalerie légère à ‘Omar (ou ‘Amr) Ibn Jirfas Ibn ‘AbderRahmane Ibn Shouqran al-Minqari. ‘Amir Ibn Malik al-Himmani commanda la division des Banou Tamim. ‘AbdAllah     Ibn Bistam Ibn Mas’oud Ibn ‘Amr al-Ma’ni commanda les Azd. La cavalerie légère fut donnée à Foudayl Ibn Hannad et ‘AbdAllah Ibn Hawdan, commanda la cavalerie cuirassée. Il a aussi été rapporté qu’elle fut donnée à Bishr Ibn Hawdan, le frère de ‘AbdAllah Ibn Hawdan al-Jahdami qui rejoignit les forces des Banou Rabi’ah au pied des montagnes ou personnes ne les approcha.

 

L’ennemi se concentra sur l’aile droite des Musulmans, des Tamim et des Azd qui occupaient de large espace facilement accessible pour leur cavalerie. Hayyan Ibn ‘Oubaydillah Ibn Zouhayr descendit de son cheval, sur les ordres de son père, et le donna à son frère ‘Abdel Malik. Son père lui dit alors :

– « O Hayyan, prends la place de ton frère car il est jeune et je crains pour lui ». Mais Hayyan refusa et son père lui dit :

– « O mon petit-fils, si tu es tué dans cet état, tu seras tué désobéissant[4] ».

Alors Hayyan retourna à la place où il avait laissé son frère et le cheval. Mais son frère avait déjà joint le camp et attaché le cheval. Hayyan coupa la corde, monta fermement sur lui et se présenta devant l’ennemi qui avait maintenant totalement encerclé la place où il avait laissé son père et ses compagnons.

Al-Jounayd envoya à leur aide Nasr Ibn Sayyar et sept autres hommes, dont Jamil Ibn al-Ghazwan al-‘Adawi et ‘Oubaydillah Ibn Zouhayr qui chargèrent l’ennemi et le mirent en fuite. Alors l’ennemi retourna à la charge jusqu’à ce qu’ils furent tous tués ensemble : ‘Oubaydillah Ibn Zouhayr, Ibn Hawdan, Ibn Jirfas, et al-Foudayl Ibn Hannad.

 

L’aile droite recula tandis qu’al-Jounayd était debout au centre. Il se déplaça vers l’aile droite et se rapprocha de l’étendard des Azd. Comme il s’était comporté rudement envers eux, le porte étendard lui dit :

– « Tu n’es pas venu à nous pour nous récompenser ou nous honorer mais plutôt tu sais qu’aucun mal ne te sera fait tant que l’un d’entre nous sera vivant. Si nous l’emportons ce sera à ton avantage et si nous périssons, tu ne pleureras pas sur nous ». Puis, il avança et fut tué. Ibn Mouja’ah prit l’étendard et fut tué à son tour. L’étendard fut tenu par dix-huit hommes différents qui furent tous tués et ce jour, quatre-vingts hommes des Azd périrent, puisse Allah Exalté et Loué faire miséricorde à tous Ses serviteurs.

 

Les Musulmans combattirent avec persévérance jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que leurs sabres furent émoussés et inutiles. Leurs esclaves coupèrent des bâtons pour combattre jusqu’à ce que finalement les deux côtés se lassent. La bataille fut tellement serrée et dans un espace si étroit que les deux côtés s’abstinrent de combattre.

Parmi les Azd tués ce jour, il y avait :

Hamzah Ibn al-Mouja’ah al-‘Ataki,

– Muhammad Ibn ‘AbdAllah Ibn Hawdan al-Jahdami,

– ‘AbdAllah Ibn Bistam al-Ma’ni et son frère Zounaym,

– Al-Hassan Ibn Shaykh,

– Al-Foudayl al-Harithi, qui était le commandant de la cavalerie, et,

– Yazid Ibn al-Moufaddal al-Houddani, qui fit fait le pèlerinage et dépensa cent-quatre-vingt mille-dirhams pour lui. Il dit à sa mère Wahshiyah :

– « Prie qu’Allah Exalté m’accorde le martyr ». Et elle pria pour lui. Il perdit conscience et mourut martyr treize jours après son retour du pèlerinage. Deux de ses esclaves ont combattu à ses côtés bien qu’il leur a ordonné de partir et ils furent aussi tous les deux martyrisés[5] ».

 

Le jour du Défilé, Yazid Ibn al-Moufaddal amena cent chameaux chargés de gruau d’orge sec pour les Musulmans. Il se renseigna sur les gens et tous ceux après qui il demanda avaient été tués. Alors, il avança contre l’ennemi en répétant « la ilaha illallah » et combattit jusqu’à ce qu’il fut tué à son tour. Ce même jour, Muhammad Ibn ‘AbdAllah Ibn Hawdan combattit sur un cheval alezan vêtu d’une cote de maille dorée. Il chargea sept fois, et tua un ennemi à chaque charge, avant de revenir à son poste. Ceux qui étaient en face de lui sur la ligne de front furent terrifiés. L’interpréteur de l’ennemi l’appela alors :

– « Le roi te demande de ne plus charger mais plutôt de venir à nous. Nous rejetterons nos idoles et nous t’adorerons à la place ». Muhammad lui répondit :

– « Je vous combats pour que vous abandonniez l’adoration des idoles pour n’adorer qu’Allah Seul le Très Haut ! » Il combattit jusqu’à ce qu’il trouva le martyr. Jousham Ibn Qourt al-Hilal des Banou al-Harith et an-Nadr Ibn ar-Rashid al-‘Abdi furent aussi tués ce jour. Il entra chez sa femme alors que les troupes combattaient et elle lui dit :

– « Ou seras-tu si Abou Damrah était amené sur une couverture tachée de sang ? » Elle se déchira alors le devant de son vêtement et lança des cris d’afflictions. Il dit :

– « Ça suffit ! Si chaque femme me pleurait autant, je leur désobéirais et rechercherais ardemment les femmes du Paradis (hour ‘ayn) ». Alors, il revint au combat jusqu’à ce qu’il fut martyrisé.

 

Les Musulmans rencontrèrent le Khaqan un vendredi. Al-Jounayd envoya un message à ‘AbdAllah Ibn Mou’ammar Ibn Soumayr al-Yashkouri, lui demandant de rester en arrière à Kish et de retenir quiconque passerait près de lui et de garder les bagages et l’infanterie. Les affranchis (mawall pluriel de Mawlah) arrivèrent puis l’infanterie à l’exception d’un seul cavalier que l’ennemi poursuivait. ‘AbdAllah Ibn Mou’ammar resta ferme contre l’ennemi et trouva le martyr avec des gens des Bani Bakr.

Les Musulmans arrivèrent le samedi matin. Le Khaqan se prépara pour le combat à la mi-journée mais il ne trouva pas de meilleure place pour combattre que celle tenu par les Bani Bakr Ibn Wahil commandé par Ziyad Ibn al-Harith. Quand le Khaqan arriva, les Bakr dirent à Ziyad Ibn al-Harith :

– « Leurs forces nous surpassent. Laisse-nous les attaquer avant qu’ils nous attaquent ». Ziyad leur répondit :

– « Je combats depuis soixante-dix années. Si vous les chargez, vous serez battus. Laissez les jusqu’à ce qu’ils approchent ». Quand l’ennemi s’approcha, ils les chargèrent d’un seul homme et les repoussèrent loin en arrière et al-Jounayd se prosterna de remerciement à Allah.

Le Khaqan dit ce jour :

– « Lorsque les Arabes sont en position difficile, ils défient la mort. Laissez-les tranquilles jusqu’à ce qu’ils sortent, et ne vous opposez pas à eux car vous ne pourrez pas leur résister ».

 

 

C’est durant cette année que Sawrah Ibn al-Hour at-Tamimi fut tué. Il combattit les Turcs entre deux collines et les deux armées persévérèrent jusqu’à ce que la chaleur du jour soit devenue intense.

 

On a rapporté qu’al-Jounayd écrit à Sawrah pour lui demander de l’aide. ‘Oubadah Ibn as-Salil al-Mouharibi, le père d’al-Hakam Ibn ‘Oubadah, dit à Sawrah :

– « Cherche la maison la plus fraiche dans Samarkand et repose-toi dedans, ainsi lorsque tu sortiras, tu ne te soucieras pas si l’émir est fâché contre toi ou satisfait ». Houlays Ibn Ghalib Ash-Shaybani lui dit :

– « Les Turcs sont entre toi et al-Jounayd. Si tu sors, ils tomberont sur toi et se vengeront sur toi ».

Les espions des Turcs revinrent à leurs maîtres, leur apportant les nouvelles, tandis que Sawrah ordonna le départ. Il nomma Moussa Ibn Aswad, des Banou Rabi’ah Ibn Handalah responsable de Samarkand puis Sawrah sorti avec douze-mille combattants. Au matin, guidé par un non-arabe nommé Kartaqabad, il parvint au sommet d’une montagne, et là, il rencontra le Khaqan après avoir parcouru douze kilomètres, à un kilomètre d’al-Jounayd.

 

Sawrah demanda à ‘Oubadah :

– « Qu’est-ce que tu penses maintenant ? » Il répondit :

– « Que nous descendons, en pointant nos lances nous se sommes qu’à un kilomètre du camp ». Sawrah dit :

– « Je suis d’avis de rassembler la cavalerie et d’attaquer les Turcs, au prix du succès ou de la mort ». Alors, il rassembla ses forces, attaqua et repoussa les Turcs. Une dense poussière s’éleva si bien que leur vue fut réduite tandis que derrière les turcs il y avait des flammes dans lesquelles ils tombèrent bientôt suivit par les Musulmans qui tombèrent à leur tour. Sawrah tomba aussi et sa jambe se brisa. Les Musulmans s’éparpillèrent et lorsque le nuage de poussière disparu, pendant que les hommes étaient dispersés, les Turcs chargèrent et les tuèrent tous à l’exception de deux-mille d’entre eux et certains, ont dit seulement mille réussirent à s’échapper. Houlays Ibn Ghalib ash-Shaybani fut aussi martyrisé.

 

Nasr Ibn Sayyar combattit courageusement ce jour, bien que son sabre fut brisé et les lanières de ses étriers coupées, il prit son étrier et frappa un ennemi avec jusqu’à qu’il le tua. Ce même jour, ‘Abdel Karim Ibn ‘AbderRahmane al-Hanafi et onze hommes qui étaient avec lui tombèrent dans les flammes avec Sawrah.

‘AbdAllah Ibn Hatim Ibn an-Nou’man dit : « Lors d’un rêve, j’ai vu des tentes construites entre le ciel et la terre et j’ai demandé : « A qui sont-elles ? » On me dit : « Ce sont celles de ‘AbdAllah Ibn Bistam et ses forces ». Ils périrent tous le lendemain.

 

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