BANU UMAYYAH

Le siège de Kamarjah

 

Shababah, le serviteur de Qays Ibn ‘AbdAllah al-Bahili, vint trouver les troupes stationnées à Kamarjah. Kamarjah fut l’une des plus nobles et des plus grandes batailles pour la conquête du Khorasan sous la gouvernance d’Ashras. Shababah leur dit :

– « Le Khaqan passera près de vous demain. Je vous suggère de laisser apparaitre vos armes et votre force afin qu’il lui répugne de vous combattre ». Un homme parmi eux dit :

– « Protégez-vous contre lui car il est venu pour vous affaiblir ».     Ils répondirent :

– « Nous ne le ferons donc pas. C’est notre serviteur qui est devenu réputé pour ses bons conseils ». Ils n’écoutèrent pas ce que leur dit l’homme mais firent ce que leur affranchi (mawlah) leur avait recommandé.

 

Le lendemain matin, le Khaqan arriva. Lorsqu’il leur fit face, il prit la route de Boukhara, comme s’il projetait de repartir mais il descendit vers le fleuve avec ses troupes et passa derrière une colline qu’il mit entre lui et les Musulmans ou ils campèrent et se préparèrent pour la bataille sans que les Musulmans se s’en rendent compte. Quand les Musulmans réalisèrent la situation, ils montèrent sur la colline     et tombèrent nez à nez avec une montagne de fer comprenant les forces de Ferghana, d’at-Taraband, d’Afshinah, de Nassaf et une partie des forces de Boukhara.

L’armée musulmane regretta alors d’être sortie. Koulayb Ibn Qanan Ad-Douhli dit :

– « Ils projettent de vous attaquer, par conséquent, envoyez des groupes de vos montures cuirassées le long de la route de la rivière comme si vous avez l’intention de les abreuver. Lorsque vous aurez retiré leurs armures, prenez la route vers la porte, entrez par groupe mais     un groupe à la fois. Quand les Turcs les virent passer, ils les attaquèrent dans les défilés. Mais les Musulmans avaient une meilleure connaissance de la route et arrivèrent aux portes avant eux. Les Turcs les rattrapèrent et tuèrent un homme du nom d’al-Mouhallab, un Arabe, qui faisait partie de la garnison des Musulmans. Les Turcs combattirent les Musulmans et prirent la porte au-delà de la tranchée puis entrèrent et poursuivirent leur combat. Un des Musulmans attrapa des piles de roseaux qu’il enflamma et leur jeta à leur figures, après quoi ils reculèrent et nettoyèrent la place en portant les morts et les blessés en arrière. Lorsque le crépuscule arriva, les Turcs se retirèrent et les Musulmans en profitèrent pour bruler le pont. Alors Khousraw Ibn Yazdgard arriva en compagnie de trente hommes et leur dit :

– « O Arabes, pourquoi vous tuez-vous alors que j’ai apporté le Khaqan pour restaurer mon royaume et en même temps un sauf-conduit pour vous permettre de vous retirer ? » Mais les Musulmans l’injurièrent et il repartit.

Puis Bazaghari vint à eux avec deux-cents hommes. C’était un homme sagace de Transoxiane à qui le Khaqan ne s’opposait jamais. Il était en compagnie de deux parents de Khaqan et des chevaux de la cavalerie frontalière des forces d’Ashras. Il leur dit :

– « Laissez-nous le passage libre afin que nous puissions venir près de vous et vous proposer ce pourquoi le Khaqan m’a envoyé ». Ils lui donnèrent un sauf-conduit et il est vint près de la ville fortifiés tandis que les défenseurs le méprisèrent de haut. Il avait avec lui des prisonniers Musulmans. Bazaghari dit :

– « O Arabes, descendez moi un de vos hommes afin que je puisse lui parler au sujet du message du Khaqan ». Sur ce, ils descendirent Habib, le serviteur du Mahrah, des habitants de Darqin. Les Turcs lui parlèrent mais il ne les comprit pas.

– « Envoyez-moi un homme qui me comprendra », demanda à nouveau Bazaghari. Ils descendirent alors Yazid Ibn Sa’id al-Bahili, qui parlait un peu turc. Bazaghari lui dit :

– « Ce sont des chevaux de la cavalerie frontalière musulmane et les chefs des Arabes sont prisonniers avec eux. Le Khaqan m’a envoyé pour vous dire qu’il donnera à quiconque d’entre vous qui a un salaire de six-cents dirhams, mille dirhams, et à quiconque qui a un salaire de trois-cents dirhams, six-cents et il est aussi décidé en plus à bien vous traiter ». Yazid lui répondit :

– « C’est un problème qui ne se résoudra pas. Comment les Arabes qui sont des loups peuvent-ils être avec les Turcs qui sont ses moutons ? Il n’y aura pas de paix entre nous et vous. » Bazaghari se fâcha et les deux Turcs qui étaient avec lui dirent :

– « Devons-nous couper sa tête ? » Bazaghari répondit :

– « Non. Il est venu à nous sous une garantie de sauf conduit ». Yazid comprit ce qu’ils dirent et eut peur par conséquent il dit :

– « O Bazaghari, pourquoi ne pas faire deux moitiés ? Une partie ira avec nous tandis que l’autre ira avec le Khaqan. Si le Khaqan est victorieux, nous serons avec lui et s’il en est autrement, nous serons comme le reste des gens d’as-Soughd ». Bazaghari et les deux Turcs acceptèrent et Bazaghari lui dit :

– « Proposez ce que nous avons consenti aux gens ». Yazid approcha le mur, saisi la corde et ils le hissèrent. Il appela :

– « O gens de Kamarjah, unissez-vous, car il est venu à vous des gens qui vous appellent à incrédulité après la foi ! Que vous pensez donc ? »     Ils répondirent :

– « Nous ne répondrons ni ne consentirons ! »    

– « Ils vous appellent pour combattre les Musulmans au côté des polythéistes ! »

– « Nous allons plutôt tous mourir avant cela ! » Il leur répondit :

– « Alors faite-leur savoir ! »

Ils regardèrent au-dessus des fortifications et dirent :

– « O Bazaghari, voulez-vous nous vendre les captifs qui sont entre vos mains ? Nous les rachèterons. Mais pour ce que vous nous avez appelés, nous refusons ». Et Bazaghari répondit :

– « Voulez-vous donc pas plutôt vous racheter de nous ? Parce que vous n’êtes rien excepté les mêmes que ceux entre qui vous êtes entre les mains ». Ils étaient entre les mains d’al-Hajjaj Ibn Houmayd An-Nadri, à qui ils dirent :

– « O Hajjaj, ne parlerez-vous donc pas ? » Il dit :

– « Je suis sous surveillance ».

 

Le Khaqan ordonna que les arbres verts soient coupés et jetés dans la tranchée tandis que les défenseurs de Kamarjah jetèrent du bois sec jusqu’à ce que la tranchée fût praticable pour les Turcs mais les Musulmans incendièrent le bois de la tranchée attisé par un vent violent qui se leva subitement, le secours d’Allah Exalté envers Ses serviteurs.

Le feu brula l’intégralité du bois de la tranchée en une heure alors qu’ils avaient mis six jours pour la remplir puis les Musulmans lancèrent une pluie de flèches sur eux qui les préoccupa pour le reste de la journée avec leurs blessés.

Une flèche toucha Bazaghari au nombril et il mourut dans la nuit. Ses Turcs se coupèrent leurs oreilles, et devinrent de plus en plus mauvais contre ceux qui baissait la tête ou pleurait. Alors une horrible pensée leur vint à l’esprit. Quand la lumière apparue, ils sortirent les captifs au nombre de cents y comprit Abou al-‘Awja’ al-‘Ataqi et ses compagnons, les tuèrent. Puis ils jetèrent aux Musulmans, la tête d’al-Hajjaj Ibn Houmayd an-Nadri. Les Musulmans qui avaient deux-cents des fils des polythéistes comme otages les tuèrent de la même façon.

Puis les Musulmans sortirent et combattirent férocement tandis que l’ennemi se trouvait à proximité de la porte de la tranchée. Puis cinq chefs turcs parvinrent en haut des murs et Koulayb dit :

– « Qui m’aidera contre ceux-là ? » Zouhayr Ibn Mouqatil At-Toufawi lui dit :

– « Moi ». Alors il s’élança vers eux en demandant à quelques jeunes hommes qu’il croisa sur le passage de le suivre. Il tua deux des chefs tandis que les trois autres s’échappèrent et il fut blessé lors de l’affrontement.

 

Un des princes de Transoxiane dit à Muhammad Ibn Wassaj :

– « C’est étrange qu’il ne reste pas un seul prince dans la Transoxiane qui n’a pas combattu à Kamarjah autre que moi. Il est difficile pour moi de ne pas combattre avec mes égaux et que mes prouesses n’ont pas été remarquée ». Les gens de Kamarjah continuèrent à souffrir des attaques jusqu’à ce que les troupes musulmanes attaquent les forces de Ferghana. Les gens d’as-Soughd, de Ferghana, d’as-Shash et les dihqans ont blâmé le Khaqan qui leur répliqua :

– « Vous avez affirmé qu’il n’y avait que cinquante ânes dans la ville et que pour la prendre, il ne faudrait que cinq jours qui sont devenus deux mois ». Il les injuria alors et ordonna le départ. Ils dirent :

– « Laisse nous aller demain en avant et nous n’épargnerons aucun effort comme tu le verras ».

Le jour suivant, le Khaqan vint et resta debout. Le prince d’at-Taraband arriva et lui demanda l’autorisation de combattre     et d’aller dans la ville des Musulmans. Mais le Khaqan     dit :

– « Je pense que tu ne dois pas les combattre dans cette place, qu’il voyait comme dangereux ». Le prince dit alors :

– « Donnez-moi deux filles arabes comme esclaves, et j’irais les combattre ». Ce à quoi, le Khaqan a donné son autorisation.

 

Le prince combattit et huit de ses hommes furent tués jusqu’à ce qu’il arrive devant une brèche dans le mur derrière lequel, il y avait une maison. Et dans la maison il y avait un trou qui ouvrait sur la brèche. A l’intérieur de la maison il y avait un homme des Banou Tamim qui était malade. Il jeta sur le prince un fer crochu qui accrocha sa cote de mail. Alors il appela les femmes et les garçons qui le tirèrent et le prince tomba sur son visage et ses genoux. Un homme lui jeta une pierre qui le toucha à la base de son oreille. Il tomba prosterné assommé et un homme le poignarda et le tua.

Les Musulmans placèrent un abreuvoir en bois contre le mur de la tranchée puis des portes derrière lesquelles ils postèrent des archers dont Ghalib Ibn al-Mouhajir at-Ta’i, l’oncle paternel d’Abou al-‘Abbas at-Toussi ainsi que deux autres hommes : l’un des Banou Shaybani et l’autre des Banou Naji.

Quand le Khaqan vint regarder la tranchée, le Naji tira sur lui, et toucha l’arête de son nez, mais il portait un casque tibétain et le coup ne lui fit pas de mal. Le Shaybani tira aussi sur lui, mais ne put pas voir plus que ses yeux et finalement, Ghalib Ibn Mouhajir tira une flèche qui pénétra sa poitrine et le fit éjecter en arrière et rien de plus sévère toucha le Khaqan.

 

Il est aussi rapporté que le Khaqan tua seulement al-Hajjaj et ses compagnons ce jour-là parce qu’il avait été alarmé. Il envoya un message au Musulmans disant : « Il n’est pas de notre coutume de nous retirer d’une ville dans laquelle nous sommes descendus sans la conquérir, ou sans que ses défenseurs la quittent ». Koulayb Ibn Qanan lui répondit :

– « Ce n’est pas de notre religion de nous rendre avant d’avoir été tous tués, fait donc ce qui est le mieux pour toi ». Les Turcs décidèrent que leur siège contre les Musulmans était dangereux pour eux par conséquent, ils leur donnèrent un sauf-conduit stipulant de départ des     Khaqan et des Musulmans de la ville avec leurs familles et leurs biens pour Samarkand ou ad-Daboussiyah.

 

Le siège de Kamarjah dura cinquante-huit jours. Il est dit qu’ils n’abreuvèrent pas leurs chameaux durant trente-cinq jours.

Le Khaqan a divisé les mouton parmi ses partisans, en leur :

– « Mangez leur viande, remplissez leurs peaux de terre et remplissez la tranchée ». Mais Allah Exalté, à Lui les Louanges et la Gloire, envoya contre eux une pluie torrentielle qui emporta dans le fleuve ce qu’ils avaient jeté dans la tranchée.

 

 

Cette même année les gens de Kourdar apostasièrent et les Musulmans les combattirent et les conquirent. Comme les Turcs les assistèrent, Ashras envoya mille hommes en renfort mais lorsqu’ils arrivèrent, les Musulmans avaient déjà battu les Turcs et triomphé sur les forces de Kourdar. 

 

 

 

En l’an 111 de l’Hégire (729), Jounayd Ibn ‘AbderRahmane al-Mourri arriva au Khorasan avec une lettre du calife Hisham Ibn ‘Abdel Malik désistant Ashras Ibn ‘Abdillah as-Soulami

 

 

En l’an 112 de l’Hégire (730), Mou’awiyah Ibn Hisham captura Kharsianon (kharshanah) et brula Farandiyah dans la région byzantine de Malatyah.    

 

Views: 0