BANU UMAYYAH

Les Soughdians quittent leur pays pour Ferghana

 

Les Soughdians avaient aidé les Turcs pendant l’administration de Khoudaynah. Par conséquent, quand al-Harashi fut nommé leur gouverneur, ils craignirent pour leurs vies, et leurs chefs décidèrent de quitter leurs terres. Cependant, leur roi les conseilla comme suit : « Ne faites pas cela. Restez où vous êtes ; payez-lui quelque tribut vous avez et garantissez lui tout le futur tribut. Promettez-lui que vous entretiendrez et cultiverez vos terres et que vous l’accompagnerez lors d’attaques s’il le désire. Excusez-vous pour votre comportement passé et donnez-lui des otages pour garantir votre bonne foi ». Ils dirent : « Nous craignons qu’il ne soit pas satisfait et qu’il n’accepte pas ces termes. Nous allons à Khoujandah[3]     où nous demanderons la protection au roi. Alors nous enverrons un message au gouverneur (sous-entendu al-Harashi), en lui demandant qu’il nous pardonne pour notre comportement passé et l’assurant que désormais nous ne commettrons pas d’actes vils ». Leur roi dit : « Je suis l’un de vous, et mes conseils sont dans votre meilleur intérêt ». Mais ils repoussèrent ses conseils et partirent pour Khoujandah.

 

Karzanj, Kishshin, Bayarkath et Thabit prirent l’armée d’Ishtikhan[4] et ils envoyèrent une lettre à at-Tar, le roi de Fergana pour lui demander de les protéger et leur permettre de s’installer dans sa ville. Il était sur le point de consentir quand sa mère lui dit : « Ne laisse pas ces diables entrer dans notre ville. Vide plutôt quelque zone rurale pour qu’ils y résident ». Il leur écrivit : « Choisissez plutôt une zone rurale et donnez-moi un délai de quarante jours (d’autres sources ont dit vingt jours) afin que je la fasse vider pour vous. Si vous le souhaitez, j’éclaircirai pour vous le défilé occupé par ‘Issam Ibn ‘Abdallah al-Bahili, qui y avait été laissé par Qoutaybah Ibn Mouslim lorsqu’il était gouverneur ».

Ils consentirent pour le défilé de ‘Issam et lui envoyèrent un message disant : « Fais le nettoyer pour nous ». Il leur dit : « C’est entendu mais vous n’aurez aucun accord et aucune convention de protection avec moi tant que vous n’y serez pas entrés. Si les Arabes devaient y entrer avant vous, je ne vous protégerai pas ». Ils acceptèrent ses termes, et il nettoya le défilé (la passe) pour eux.

Karzanj et Jalnaj partirent avec l’armée de Qiyy et Abar Ibn Makhnoun et Thabit avec l’armée d’Ishtikhan. L’armée de Bayarkathand et de Sabaskath sortirent ensemble avec mille hommes portant des ceintures d’or accompagnés par les dihqans de Bouzmajan. Ad-Diwashini partit avec l’armée de Bounjikath pour la forteresse d’Abghar alors que     Karzanj et l’armée d’as-Soughd arriva à Khoujandah.

 

Certains ont dit : Ibn Houbayrah les a contacté avant qu’ils laissent leurs terres, leur demanda de rester et leur offrit de nommer un gouverneur de leur choix. Mais ils repoussèrent     son offre et partirent pour Khoujandah.

 

Le Défilé de ‘Issam (ou la Passe de ‘Issam) était dans le territoire commandé par Asfarah qui à cette époque, était l’héritier du roi Bilada, Abou Anoujour de Ferghana.

 

 

L’expédition de Sa’id Ibn ‘Amr Ibn al-Aswad al-Harashi au Soughd

 

En l’an 104 de l’Hégire (722), Sa’id Ibn ‘Amr Ibn al-Aswad al-Harashi conduisit une grande expédition contre les Soughd et après les avoir écrasé, il tua un très grand nombre de leur chefs.

Al-Harashi traversa le fleuve et passa en revue ses soldats. Puis, il se dirigea vers le « Château des Vents » (qasr ar-rih), à douze kilomètres d’ad-Daboussiyah, où il installa le camp mais son armée ne le rejoignit pas et par conséquent, al-Harashi ordonna aux soldats de s’en aller. Mais Hilal ibn ‘Oulaym     al-Hanzali le réprimanda et dis :

– « Tu es meilleur chef politique que commandant militaire. La terre n’a personne pour la défendre. Et quand ton armée a refusé de te joindre, tu lui as ordonné de s’en aller. Al-Harashi lui demanda :

– « Que devrais-je donc faire ? » Hilal répondit :

– « Ordonne-leur d’établir le camp ». Et Al-Harashi suivit ses conseils.

 

An-Naylan, le cousin paternel du roi de Ferghana, vint trouver al-Harashi, qui avait installé le camp près de Moughoun et lui dit :

– « L’armée d’as-Soughd est à Khoujandah ».     Puis, il informa al-Harashi de leurs actions et dit :

– « Essayez de les rattraper avant qu’ils atteignent la Passe d’al-‘Issam, car leur accord avec nous de les protéger n’entrera pas en vigueur avant l’expiration de quarante jours ».

Al-Harashi désigna ‘AbderRahmane al-Qoushayri et Ziyad Ibn ‘AbderRahmane al-Qoushayri en charge d’une division de soldats et les envoya, accompagné par an-Naylan. Cependant, il regretta par la suite ce qu’il avait fait, et dit :

– « J’ai mis en danger les vies d’une division de Musulmans en faisant confiance à ce que m’a dit un mécréant. Je ne sais pas s’il disait la vérité ou a menti ».

Alors il se lança à leur poursuite et atteignit Oushroussanah où il fit la paix avec les habitants en échange d’une somme d’argent insignifiante. Alors, qu’il prenait son repas, un de ses hommes l’interrompit et dit :

– « ‘Ata ad-Daboussi est ici. C’était un des hommes qu’al-Harashi avait envoyé avec al-Qoushayri. Effrayé, al-Harashi laissa tomber la bouchée de nourriture qui était dans sa main et appela ‘Ata. Quand celui-ci entra, al-Harashi lui demanda :

– « Malheur à toi ! Avez-vous combattu quelqu’un ? » Il répondit :

– « Non ».

– « Louanges à Allah ! » Et al-Harashi reprit son repas et informa ‘Atà’ de ses regrets de les avoir envoyés en mission.

Al-Harashi conclut une paix expéditive puis repartit à une allure extrêmement rapide et réussit à attraper al-Qoushayri trois jours après. Avant d’atteindre Khoujandah, il demanda à al-Fadl Ibn Bassam :

– « Que penses-tu que nous devrions faire ? » Il répondit :

– « Je pense que nous devons les attaquer immédiatement ».

– « Je ne suis pas d’accord. Où un soldat peut-il aller s’il est blessé, et comment pourrons-nous emporter le corps de quelqu’un qui est tué ? Je pense que nous devrions établir le camp ici et faire des préparations pour la bataille ».

Il établit le camp, en élevant des défenses et se prépara mais l’ennemi ne se présenta pas et les soldats traitèrent al-Harashi de lâche :

– « Il est renommé pour son courage et son bon jugement en Iraq, mais quand il vint au Khorasan, il agit comme un idiot ».

 

Un des soldats arabes attaqua et frappa la porte de Khoujandah avec une lance et la porte s’ouvrit. Précédemment, les Soughdians avaient creusé une tranchée défensive à la périphérie de la ville, au-delà de la porte externe. Ils couvrirent la tranchée avec des roseaux qu’ils couvrirent de boue, pour tromper les Musulmans. Ils pensèrent que s’ils devaient être forcés de se retirer après la bataille, ils reconnaitraient la voie de sortie contrairement aux Musulmans qui tomberaient dans la tranchée. Quand les Soughdians émergèrent, ils combattirent les Musulmans mais ils s’enfuirent et prirent le mauvais chemin et tombèrent dans la tranchée qu’ils avaient eu même creusés ! Les Musulmans sortirent quarante soldats de la tranchée et ils portaient tous une double cotte de maille.

Al-Harashi assiégea la ville et installa ses catapultes. Les Soughdians envoyèrent un message au roi de Ferghana, lui disant qu’ils les avaient trompés et qu’ils réclamaient de l’aide. Dans sa réponse, il leur dit :

– « Je ne vous ai pas trompés et je ne vous aiderai pas. Prenez soin de vous-mêmes, car les Arabes vous ont atteints avant l’expiration de la date limite. Vous n’êtes donc pas sous ma protection ».

Quand les Soughdians désespérèrent de recevoir son assistance, ils demandèrent la paix et un sauf conduit afin qu’ils puissent revenir à as-Soughd. Al-Harashi leur imposa les stipulations suivantes : « Ils devaient rendre les femmes et les enfants arabes qui étaient en leur possession, de payer les arriérés du tribut à ‘Ali, de ne tuer plus personne et de ne pas aller au-delà de Khoujandah. S’ils devaient par la suite causer le moindre mal, alors leur sang deviendrait légal ».

L’homme qui négocia l’accord entre les deux partis était Moussa Ibn Mishkan, le serviteur de la famille de Bassam. Karzanj approcha al-Harashi et lui demanda :

– « J’ai une faveur à vous demander ».

– « Qu’elle est cette faveur ? »

– « Si l’un de mes hommes commet une infraction après que le traité de paix soit entré en vigueur,     je ne veux pas être tenu pour responsable de son action ». Al-Harashi dit :

– « J’ai aussi une faveur à vous demander ? »

– « Quelle est-elle ? »

– « Ne demandez rien de plus à mes stipulations ! »

 

Il enleva les nobles et les marchands de l’est de la ville, et laissa les gens de Khoujandah qui était les habitants de la ville comme ils étaient. Karzanj demanda à al-Harashi :

– « Qu’est-ce que vous faites ? » Il répondit :

– « Je crains que l’armée ne vous attaque sans autorisation ».

Les chefs Soughdians qui étaient avec al-Harashi dans le camp militaire restèrent comme invités avec les soldats qu’ils connaissaient. Karzanj resta avec Ayyoub Ibn Abi Hassan. Quand al-Harashi apprit que les Soughdians avait tué une des femmes qui avaient été en leur possession, il leur dit :

– « J’ai appris que Thabit al-Ishtikhani a tué une femme et l’a enterrée sous un jardin muré ». Mais ils nièrent l’allégation.

Al-Harashi appela Thabit tandis que Karzanj envoya son domestique à la Porte Souradiq pour s’informer. Al-Harashi questionna Thabit et d’autres au sujet de la femme mais Thabit nia la charge. Convaincu que Thabit l’avait tuée, Al-Harashi ordonna de le tuer. Le domestique revint à Karzanj et l’informa que Thabit avait été tué, après quoi Karzanj a attrapé sa barbe et commença à la mordre avec ses dents. Craignant qu’al-Harashi tue sans distinction les     Soughdians, Karzanj dit à Ayyoub Ibn Abi Hassan :

– « Je suis votre invité et votre ami. Comment aurais-je l’air si votre ami me tue alors que je porte ce vieux pantalon usé ? » Ayyoub dit :

– « Prenez mon pantalon ». Et Karzanj répondit :

– « De quoi aurais-je l’air si je suis tué portant votre pantalon ? Envoyez un de vos domestiques à mon neveu, Jalnaj, afin qu’il m’apporte un nouveau pantalon ». Et plus tôt, Karzanj avait expliqué à son neveu : « Si je t’envoie quelqu’un te demander un pantalon, sache qu’ils projettent de me tuer ».

 

Quand son neveu reçu la demande pour le pantalon, il prit du tissu vert, le coupa en bandes qu’il attacha autour de sa tête et de celle des membres de sa garde armée. Alors il sortit, accompagné par sa garde, avança contre les soldats Musulmans et tua beaucoup d’entre eux. Il passa près de Yahya Ibn Houdayn qu’il blessa à la jambe si bien qu’il dut boiter pour le restant de ses jours. Les habitants du camp militaire se rendirent et souffrirent grandement de Jalnaj jusqu’à ce qu’il rencontre Thabit Ibn ‘Uthman Ibn Mas’oud sur une route étroite qui le tua.

Les Soughdians tuèrent cent-cinquante prisonniers musulmans qui étaient en leur possession.

 

D’autres ont dit : Ils en ont tué quarante. Un jeune garçon s’échappa et informa al-Harashi de la tuerie.

 

D’autres ont dit : Un homme est venu à lui et a lui rapporté ce qui se passait. Il se renseigna alors auprès des Soughdians au sujet des prisonniers musulmans mais, quand ils ont nié l’allégation, il leur envoya quelqu’un pour déterminer ce qui s’était passé. Lorsqu’il apparut que c’était la vérité, al-Harashi ordonna que tous les Soughdians soient exécutés.

Les marchands au nombre de quatre, qui possédaient des grandes quantités de marchandise qu’ils avaient apporté de Chine furent séparés d’entre eux.

Bien qu’ils n’aient pas assez d’armes, les soldats Soughdians ont essayé de se défendre. Ils combattirent avec des bâtons et furent tués jusqu’au dernier homme. Le jour d’après, Al-Harashi appela les fermiers qui ignoraient de ce que leurs camarades avaient fait. Il mit un collier au cou de chaque homme et les envoya dans un champ proche ou ils allaient être tués. Ils étaient au nombre de     trois-mille.

 

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