BANU UMAYYAH

Yazid Ibn al-Mouhallab conquit Gorgan et le Tabaristan

 

Quant aux expéditions militaires en terre byzantine contre les Romains, elles ne cessèrent point et les armées en partance de Syrie menaient continuellement leurs raids.

 

En l’an 97 de l’Hégire (715), Yazid Ibn al-Mouhallab, attaqua Jourjan et le Tabaristan.

Yazid Ibn al-Mouhallab, arriva au Khorasan où il est resta trois ou quatre mois. Puis, il marcha vers Dihistan et Jourjan, laissant son fils Makhlad, gouverneur adjoint sur Khorasan en son absence.

Quand il atteignit Dihistan, habité par une tribu de Turcs, il établit son camp et assiégea ses habitants. Il était accompagné des armées de Koufa, de Basra et de Syrie, avec les principaux généraux des armées du Khorasan et d’ar-Rayy.

Yazid Ibn al-Mouhallab était à la tête d’une armée de cent-mille soldats, sans compter les serviteurs et les volontaires musulmans qui joignaient l’armée poussés par la recherche du martyr lors des combats dans la voie d’Allah.

Les Musulmans chargèrent l’ennemi et écrasèrent leur rangs si bien qu’ils fuirent et se réfugièrent dans leur forteresse pour mener des raids réguliers ou ils combattaient avec intensité.

 

Muhammad Ibn ‘AbderRahmane Ibn Abi Sabrah al-Jou’fi était un homme éloquent et courageux, à l’exception du fait qu’il avait un faible pour la boisson et qu’il n’avait pas pour coutume de visiter fréquemment Yazid et sa famille.

Peut-être la bonne influence qu’ils avaient sur les deux fils de Zahr, Jahm et Jamal, l’a tenu éloigné de Yazid et sa famille. Quand le héraut s’écriait : « O cavaliers d’Allah, en selle et réjouissez-vous des bonnes nouvelles », Muhammad Ibn ‘AbderRahmane Ibn Abi Sabrah était toujours le premier cavalier parmi les troupes à se présenter au choc de bataille.

 

Un jour, l’appel fut lancé aux soldats, et Ibn Abi Sabrah précéda tous les autres. Il se trouvait sur un monticule quand ‘Uthman Ibn al-Moufaddal passa près de lui et lui dit :

– « O Ibn Abi Sabrah, je n’ai jamais été capable de te battre à l’appel ».

– « Qu’est-ce que cela peut me faire, quand tu ignores la valeur des personnes âgées, d’hommes d’expérience et de prouesses » lui répondit-il.

 

Les troupes s’affrontèrent à nouveau violemment. Muhammad Ibn ‘AbderRahmane Ibn Abi Sabrah attaqua un Turc que les autres soldats avaient évité. Ils échangèrent des coups, et l’épée du Turc se coinça dans le casque d’Ibn Abi Sabrah qui lui porta un coup et le tua.

Puis, il avança, le sabre ensanglantée à la main, avec l’épée du Turc coincée dans son casque, et les soldats témoignèrent l’un des plus fin spectacles qu’ils leur ai été donné de voir de la part d’un cavalier.

Quand Yazid vit l’éclat des deux épées, le casque et l’armure, il demanda :

– « Qui est cet homme ? » Les gens répondirent :

– « Ibn Abi Sabrah ». Alors Yazid dit :

– « Combien est excellent, un père qui a donné la naissance à un tel fils ! Quel homme serait-il s’il n’avait pas ce problème de boisson ! »

 

Un jour, Yazid sortit avec un groupe de cavaliers pour chercher un lieu propice pour lancer une attaque quand une bande de Turcs, sortit de nulle part, l’attaqua. Yazid était à ce moment précis avec les principaux commandants et leur gardes soit à peu quatre-cents hommes, tandis que l’ennemi était au nombre de quatre-mille.

Après avoir combattu les Turcs pendant un certain temps, les hommes de Yazid lui dirent :

– « O émir quitte le champ de bataille tandis que nous protégeons tes arrières et nous combattrons pour toi ».

Mais Yazid refusa et combattit ce jour, comme ses soldats.

Ibn Abi Sabrah, les deux fils de Zahr, al-Hajjaj Ibn Jariyah al-Khath’ami et ses meilleurs guerriers combattirent vaillamment. Finalement, lorsqu’ils voulurent partir, Yazid nomma al-Hajjaj commandant de l’arrière garde qui combattit et protégea le retrait de l’émir et de ceux qui étaient avec lui jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’eau, car ils avaient soif. Lorsqu’ils s’étanchèrent l’ennemi se retira sans gains.

 

Yazid maintint le siège en plaçant des troupes de chaque côté de la ville de manière à couper ses ressources. Lorsque les turcs se fatiguèrent et furent incapable de combattre les Musulmans,     à cause du siège qui pesait lourdement sur eux, Soul le dihqan[1] de Dihistan, envoya un message à Yazid, disant : « Je ferai la paix avec toi à condition que tu me fournis un sauf-conduit pour moi, les membres de ma famille, et mes animaux. Si tu acceptes, je vous livrerai la ville avec son contenu. »

Yazid fit la paix avec lui, entra dans la ville, saisit les animaux, les trésors, un très grand nombre de captifs et tua ceux qui l’avait combattu. Puis, il écrivit au calife Souleyman Ibn ‘Abdel Malik pour l’informer.

 

Après la capture de la ville Yazid marcha sur Gorgan (jourjan) qui payaient, depuis l’époque de Sa’id Ibn al-‘As, une importante somme d’argent (jizyah) en échange de la paix avec les Musulmans. Mais ils cessèrent de payer la Jizyah, devinrent des brigands coupeurs de routes et harassaient les Musulmans qui voulaient se rendre dans la ville jusqu’à l’arrivée de Yazid.

Lorsque Yazid arriva chez eux, ils se présentèrent spontanément à lui avec le traité de paix, car ils le craignaient, et lui offrirent la même somme qu’ils payaient à l’époque de Sa’id Ibn al-‘As. Yazid, nomma Assad Ibn ‘AbdAllah al-Azdi comme leur gouverneur et le laissa avec une garde de quatre-mille combattants.

 

Puis, Yazid entra alors dans le territoire d’Ispahbad[2] (isbahbab), dans le Tabaristan, dont un pacte le liait avec les Musulmans, accompagné par des travailleurs qui coupèrent les arbres et agrandirent les routes et finalement, Yazid installa son camp et écrivit à l’Ispahbad pour lui faire savoir que l’impôt de guerre avait augmenté tandis que celui-ci avait envoyé un messager à Daylam, ou il réclamait des forces militaires supplémentaires pour attaquer les Musulmans.

Lorsque les troupes d’ad-Daylam arrivèrent leur chef s’avança et défia les Musulmans. Ibn Abi Sabrah sorti des rangs pour répondre au défi et le tua. La débâcle continua sur l’armée ennemie jusqu’à ce que les Musulmans aient atteint le défilé de la montagne. Quand les Musulmans commencèrent l’ascension du passage, les ennemis qui se trouvaient au-dessus d’eux, les couvrirent d’une pluie de flèches et de roches. Les Musulmans quittèrent rapidement le défilé sans grande perte et l’ennemi fut incapable de lancer une contre-attaque ou de les poursuivre. Mais comme les Musulmans pressaient les uns sur les autres dans leur retrait, beaucoup d’entre chutèrent dans les ravins.

Yazid, imperturbable, maintint sa position. Pendant ce temps, les Ispahbad envoyèrent un message à l’armée de Gorgan et leur demandèrent d’attaquer l’arrière garde de Yazid et de couper l’acheminement des ressources et les routes entre eux et les Arabes, et promirent de les dédommager ultérieurement pour leurs efforts. En conséquence, ils violèrent leur pacte et attaquèrent les Musulmans que Yazid avait laissés derrière lui et tuèrent tous ceux qu’ils trouvèrent. Les survivants se rassemblèrent et se fortifièrent dans un recoin, ou ils restèrent jusqu’à ce que Yazid les ai secourus. Yazid accentua la pression contre l’Ispahbad jusqu’à ce qu’il ait fait la paix avec eux en échange de sept-cents-mille dirhams, quatre-cents-mille en argent, deux-cents-mille en vêtements (thawb), quatre-cents juments chargé de safran, et quatre-cents esclaves habillés de manteaux et d’écharpes, de soie blanche et chacun portant une coupe d’argent furent les termes de l’agreement pour la paix alors qu’auparavant les termes étaient uniquement de deux-cents-mille dirhams.

Alors Yazid et ses partisans quittèrent la région se regardant comme si ils avaient été battus ! Et n’était-ce la trahison de Gorgan, il n’aurait pas quitté le Tabaristan avant de l’avoir conquis par la force.

 

Lorsque Yazid fit la paix avec l’armée du Tabaristan, il se dirigea de nouveau vers Gorgan. Il fit le serment que s’il triomphait sur eux, il ne les quitterait pas, ni n’abaisserait son sabre jusqu’à ce qu’il ait mélangé leur sang dans le blé, puis fait du pain avec ce mélange et mangé ce pain.

Quand Marzouban, le chef de Gorgan, apprit que Yazid avait fait la paix avec l’Ispahbad et était de retour vers Gorgan, il rassembla ses gens en hâte et alla à al-Wajah, où il se fortifia. Quiconque contrôlait al-Wajah n’avait besoin d’aucune réserve de nourriture ou d’eau et pouvait soutenir indéfiniment un siège. Pendant ce temps, Yazid arriva et encercla la forteresse, entourée par des bosquets denses avec seulement un accès unique, ou Marzouban et ses hommes s’étaient fortifiés.

 

Yazid maintint le siège durant sept mois sans qu’aucun progrès ne soit fait car le seul chemin conduisant à la forteresse était trop étroit pour permettre à une armée de s’engager de front. Marzouban et ses hommes émergeaient pendant le jour, combattaient puis retournaient à leur forteresse. Les choses était dans l’état lorsqu’un jour, un des soldats, de la tribu de Tayyi, sortit pour chasser repéra une antilope qui grimpait dans les montagnes. Il la suivit, en disant à ses compagnons : « Restez ou vous êtes » avant d’escalader la montagne et de suivre les traces quand soudainement il tomba sur l’armée de Gorgan qui était retourné chercher ses compagnons en arrière. Effrayé de ne pouvoir revenir sur ses pas, il déchira son vêtements et fit des bouts dont il se servit pour marquer son chemin en les accrochant sur les arbres. Finalement, il retourna vers ses compagnons puis au camp de l’armée.

Il est dit que l’homme qui chassait était al-Hayyaj Ibn ‘AbderRahmane al-Azdi, un résident de Tous[3] et un chasseur passionné. Quand il retourna au camp de l’armée, il approcha ‘Amir Ibn Aynam al-Washiji, qui était le commandant de la garde personnelle de Yazid mais il ne le laissa pas entrer. Alors il dut crier : « J’ai des informations importantes » et finalement, il attira l’attention des deux fils de Zahr Ibn Qays qui l’amenèrent à Yazid.

Yazid appela al-Hayyaj et lui demanda :

– « Quelle information as-tu ? »

– « Voudrais-tu entrer dans Wajah sans combattre ? »

– « Certainement ».

– « Que me donneras-tu en échange ? »

– « Demande ton prix ».

– « Donne-moi quatre-mille maintenant et ce que tu me donneras plus tard sera une gratification ».

Yazid ordonna de lui payer quatre-mille dirhams. Puis il appela ses soldats et mille-quatre cents répondirent à son appel. Al-Hayyaj dit :

– « Vu la densité des arbres, le chemin ne supportera pas un aussi grand nombre ».

Yazid en choisi trois-cents et les envoya sous le commandement de Jahm Ibn Zahr.

 

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