BANU UMAYYAH

Les Musulmans au Maghreb et en Andalousie

 

En l’année 20 de l’Hégire (640), l’Egypte fut conquise par le respectable compagnon et le grand général conquérant ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui). Lorsqu’il eut assis son pouvoir sur l’Egypte, il envoya le fils de sa tante, ou selon d’autres versions, le frère de sa mère, ‘Ouqah Ibn Nafi’ al-Fihri, à la tête d’une armée vers l’ouest (le maghreb).

‘Ouqah Ibn Nafi’ al-Fihri est ‘Ouqbah Ibn Nafi’ Ibn ‘Abdel Qays Ibn Naqit Ibn ‘Amir Ibn Oumayyah Ibn Walid Ibn Harith Ibn Fihr al-Qourayshi.

‘Ouqbah Ibn Nafi’ conquit Zouillah et Bourqah tandis que le Maghreb à cette époque dépendait de l’état byzantin ou de l’état romain de l’Est. La plupart de ses habitants étaient des tribus berbères et les tribus berbères sont d’origines arabes Himiriyah Qahtaniyah, les tribus Sanhajirah et Bouhtanan bien que certains historiens et généalogistes ne soient pas tous d’accord[13].

Les Musulmans combattaient les Romains à l’Est, en Byzance et la Syrie étaient leur base de départ. Ils combattaient aussi les Romains au Maghreb et pour faire face à cette tâche, l’Egypte leur servait de base de la même manière que l’Iraq servait de base arrière pour les Musulmans qui combattaient dans le sentier d’Allah, les Turcs, ce qui restait des Perses, et d’autres peuples au Khorasan, au-delà du fleuve de l’Oxus et au Turkestan.

 

Lorsque ‘Ouqbah Ibn Nafi’ conquit Zouillah et Bourqah il s’arrêta et fut rejoint par ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) qui conquit en l’an 23 de l’Hégire (943) Tripoli (tarablous). Puis il écrivit au Farouk, ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui) pour lui demander la permission de poursuite ses conquêtes mais ‘Omar refusa par compassion pour lui et les Musulmans du fait de cet immense pays qui s’ouvrait devant eux et dont ils n’avaient aucune connaissance.

Lorsque ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui) fut assassiné par l’infâme Abou Lou’lou le mage (al-majoussi), qu’Allah Exalté l’avilisse, en l’an 23 de l’Hégire (943), et que Dzoul Nourayn[14] ‘Uthman Ibn al-‘Affan (qu’Allah soit satisfait de lui) prit sa succession, il désista ‘Amr Ibn al-‘As de son poste de gouverneur d’Egypte et nomma à sa place ‘AbdAllah Ibn Sa’d Ibn Abi as-Sarh et ‘Abdallah Ibn Sa’d al-‘Amiri al-Qourayshi était des Banou ‘Amir Ibn Wahil al-Qourashiyine.

Et ce n’est qu’après un certain temps, surtout dû à la mansuétude envers les Musulmans, qu’il ordonna à ‘AbdAllah Ibn Sa’d Ibn Abi as-Sarh de conquérir l’Ifriqiyah ou la Tunisie. Il y avait dans ces armées conquérantes beaucoup de Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux) du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). Lors de cette conquête, la bataille de Soubateylah, ils battirent l’armée du Patriarche romain Grégorius (jarjis) qui fut tué par le respectable compagnon ‘Abdallah Ibn Zoubayr Ibn al-‘Awwam (qu’Allah soit satisfait d’eux).

 

 

En l’an 38 de l’Hégire (658), lors de la grande sédition, ‘Amr Ibn al-‘As fut de nouveau nommé gouverneur d’Egypte et il envoya aussitôt les armées musulmanes combattre les ennemis de l’Islam. Car tous ce que les Musulmans avaient conquis avec été perdu suite aux évènements de la grande sédition, entre l’assassinat de ‘Uthman Ibn ‘Affan (qu’Allah soit satisfait de lui), puis les problèmes qu’encourut ‘Ali ibn Abi Talib (qu’Allah soit satisfait de lui) suite à cet assassinat.

 

 

En l’an 43 de l’Hégire (663), décéda le gouverneur d’Egypte ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) et Mou’awiyah Ibn Abi Soufyan (qu’Allah soit satisfait d’eux) le remplaça par le respectable (jalil) Compagnon ‘Ouqbah Ibn ‘Amir al-Jouhani (qu’Allah soit satisfait de lui) de la tribu des Jouhaynah.    

‘Ouqbah Ibn ‘Amir al-Jouhani (qu’Allah soit satisfait de lui) nomma ensuite le respectable Compagnon Mou’awiyah Ibn Houdayj as-Sakouni al-Kindi (qu’Allah soit satisfait de lui) commandant en chef des armées d’Ifriqiyah.

 

En l’an 45 de l’Hégire (665), Mou’awiyah Ibn Houdayj as-Sakouni (qu’Allah soit satisfait de lui) à la tête d’une immense armées comprenant beaucoup de Compagnons du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) dont ‘Abdallah Ibn ‘Amr Ibn ‘al-‘As, ‘AbdAllah Ibn Zoubayr Ibn al-‘Awwam (qu’Allah soit satisfait d’eux) et ‘Abdel Malik Ibn Marwan conquirent beaucoup de villes et parmi elles, Sous (soussa), Bizerte (binzart) et l’ile de Sicile (jazirat saqaliyah).

 

 

En l’an 48 de l’Hégire (668), le calife remplaça Mou’awiyah Ibn Houdayj as-Sakouni par ‘Ouqbah Ibn Nafi’ al-Fihri qui resta gouverneur sur ces pays conquis durant sept années durant lesquelles il construisit la ville de Kairouan (qayrawan). Pour de plus amples détails sur tous ces évènements, veuillez consulter notre abrégé historique sur l’Histoire du Maghreb et de l’Andalousie.

Puis Mou’awiyah Ibn Abi Soufyan (qu’Allah soit satisfait de lui), désista ‘Ouqbah Ibn Nafi’ al-Fihri tandis qu’à cette époque le gouverneur d’Egypte était le respectable Compagnon Maslamah Ibn Moukhallad Ibn as-Samit al-Khazraji al-Ansari (qu’Allah soit satisfait de lui) à qui fut donné par la suite le commandement de l’Ifriqiyah.

Maslamah nomma alors son serviteur Abi al-Mouhajir Dinar député sur l’Ifriqiyah qui combattit les Berbères qui s’étaient alliées avec les Romains pour combattre les Musulmans. Abi al-Mouhajir Dinar gouverna sept années avant d’être remplacé une nouvelle fois par ‘Ouqbah Ibn Nafi’ sous le règne de Yazid Ibn Mou’awiyah.

 

Lorsque ‘Ouqbah Ibn Nafi’ arriva en Ifriqiyah, il y avait dans son armée vingt-cinq Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux), qui avaient quitté Médine jusqu’à ces contrées éloignées pour le combat et la recherche du martyr dans la voie d’Allah alors qu’ils étaient d’un âge déjà bien avancés !

‘Ouqbah Ibn Nafi’ n’était pas un fin politicien quant à ses relations avec les Berbères. Il offensa (ihanat) Kathilah Ibn Lamzam, le chef de la tribu Ourbah qui était une puissante tribu, en rigolant lorsque celui-ci se couvrit la barbe du sang des moutons qu’il dépeçait.

On lui demanda :

– « O berbère, pourquoi fais-tu cela à ta barbe ? » Il répondit :

– « C’est bon pour elle ».

 

Puis, le grand conquérant ‘Ouqbah Ibn Nafi ‘, à la tête de vingt-cinq-mille combattants, partit conquérir les autres villes du Maghreb. Il était tellement concentré dans ses conquêtes qu’il finit par arriver à Tanger (tanja) au bord de l’océan atlantique (mouhit atlassi).

Rendez-vous compte de la distance de Kairouan jusqu’à Tanger soit 1.400 kilomètres avec une armée de vingt-cinq mille combattants ! Par combien de villes et de villages sont-ils passés ? Combien de batailles ont-ils du mener ? Qu’en était-il de leur armement et de leurs provisions de route ? Ou était le dernier bastion des Musulmans ?

Ce fut certainement un grandiose exploit qu’il accomplit, puisse Allah Exalté lui faire miséricorde mais il arrivait d’Egypte à dos de cheval et ce n’est plus 1.400 kilomètres dont il est question mais de 3.500 kilomètres ! Puisse Allah, Exalté et Loué soit-Il, vous faire miséricorde et vous octroyer les suprêmes degrés ô porteurs du Message Révélé, combattants, martyrs et serviteurs dans Sa voie (moujahidin fis-sabilillah) pour que Sa Parole soit élevée. Par Allah ! Comme nous aurions aimé partager vos joies et vos peines.

 

Alors ce grand combattant (moujahid) et cavalier musulman entra dans l’océan avec son cheval et leva la tête vers le ciel et dit une parole que les siècles ont conservés, que les mémoires ont enregistrées et que les plumes ont gravées pour l’éternité :

– « O Grand Seigneur atteste ! Je suis arrivé au terme de l’effort. N’était-ce cette mer, j’aurais poursuivi ma route pour combattre celui qui Te renie jusqu’à ce que nul ne soit adoré hormis Toi ! (allahoumma ash had ! Anne quad balaghtoul majhoud. Wa lawla adhal bahr la maditou fil bilad nouqatilou man kaffara bika hatta la you’bad ahadoun illa siwak) ».

Quelle sublime parole ! Ce ne fut pas une parole prononcée sur un Minbar, une assemblée ou écrite confortablement installé ni même prononcée lors d’une leçon mais bel et bien sur un cheval. Il est sorti combattre dans la voie d’Allah Exalté, après avoir traversé cette immense distance à travers ces dangereuses contrées, contre des féroces tribus jusqu’à la mer des ténèbres, comme elle était appelée, puis dans la mer il est entré jusqu’à ce que l’eau atteigne le poitrail de son cheval élancé. Et ce respectable compagnon des Compagnons (tabi’i), leva sa tête vers le ciel puis dit cette parole qui avec l’encre d’or doit être gravée à l’entrée des mosquées pour que les gens se rappellent chaque jour des efforts déployés par nos ancêtres bien aimés.

Ainsi était le Jihad (effort) et après cela nulle question et ni aucun commentaire n’est nécessaire.

 

Après de longs mois de conquêtes et sur la demande des combattants fatigués de son armée, ‘Ouqbah Ibn Nafi’ libéra une grande partie de son armée qui partit aussitôt pour Kairouan tandis qu’il resta avec environ cinq cents combattants. Lorsqu’il arriva près de Tahoulah dans le Maghreb Central, qui correspond à l’Algérie de nos jours, une immense armée de cinquante-mille Berbères alliés aux Byzantins, commandée par Kathilah Ibn Lamzam lui coupa la route et l’affronta.

‘Ouqbah Ibn Nafi’ et son groupe de combattants furent pratiquement tous tués au cours de la bataille qui s’ensuivit après être descendu de leurs montures et lutté héroïquement. Mourut aussi Abi al-Mouhajir Dinar et la majorité des combattants et ceux qui échappèrent à la mort furent fait prisonniers. Puis les Berbères poursuivirent leur chemin vers Kairouan ou ils entrèrent au mois de Mouharram de l’année 64 de l’Hégire (683) tandis que les Musulmans sous le commandement de Zouhayr Ibn Qays al-Balawi, s’étaient retirés de la ville avant leur arrivée.

 

 

En l’an 69 de l’Hégire (688), Zouhayr Ibn Qays al-Balawi revint à Kairouan à la tête d’une nouvelle grande armée après que ‘Abdel Malik Ibn Marwan lui ai envoyé des renforts. Et dans un lieu proche de Kairouan au sud de la ville nommé Mams, eut lieu une bataille ou les Berbères alliés aux romains furent décimés et Kathilah Ibn Lamzam tué.

Lorsque Zouhayr Ibn Qays al-Balawi se retira du champ de bataille avec son armée pour retourner à Kairouan, il fut attaqué et tué par une armée romaine et son armée mise en déroute.    

Le calife ‘Abdel Malik Ibn Marwan qui était occupé à lutter contre ceux qui s’étaient rebellé contre lui, ne put rien faire pour le Maghreb avant qu’il n’ait réussit à ramener de l’ordre dans l’état. Alors aussitôt, il envoya une nouvelle armée de quarante-mille combattants sous le commandement de Hassan Ibn Nou’man al-Ghassani qui réussit à vaincre successivement les Romains et les Berbères Boute après un certain nombre de batailles ou il tua leur chef qui était une femme du nom d’al-Kahinah en l’an 82 de l’Hégire (701).

Puis Hassan Ibn Nou’man al-Ghassani établit le camp des Musulmans à Carthagène (kartajanna) ou il construisit près d’elle, la ville de Tunis.

 

 

En l’an 85 de l’Hégire (704), ‘Abdel ‘Aziz Ibn Marwan qui était le gouverneur d’Egypte de l’époque, désista Hassan Ibn Nou’man qui était gouverneur du Maghreb et nomma à sa place Moussa Ibn Noussayr al-Lakhmi, des serviteurs des Bani Lakhm, qui était un Tabi’i.

Moussa Ibn Noussayr est né en l’an 19 Hégire (639) et décéda en l’an 97 de l’Hégire (715). Il réussit à conquérir l’intégralité du Maghreb grâce à ses actions militaires permanentes contre les Berbères qui se révoltaient régulièrement. Il ne procédait à aucune nouvelle conquête avant d’avoir assis fermement les structures des villes et des régions conquises.

La seule ville qui lui résista fut Ceuta (sabta) qui était peu accessible du fait qu’elle se trouvait dos à la mer et quelle était extrêmement fortifiée. Le gouverneur de cette ville se prénommait Julian (youlyan) qui était un chef Goth chrétien (qot nassrani) qui avait un différend avec le roi des Goths Rodéric (rodriq).

Moussa Ibn Noussayr ordonna à Tariq Ibn Ziyad, un Berbère de la tribu Nafzah, et à un groupe de dix-sept Arabes qui étaient avec lui, de rester à Tanger et d’apprendre aux Berbères le Qur’an et la Shari’ah islamique.

Tariq Ibn Ziyad voulut profiter de la division entre le gouverneur de Ceuta et Rodéric pour mener des actions en Andalousie. Il écrivit donc à son maitre Moussa Ibn Noussayr qui se trouvait à Kairouan pour lui faire part de ses ambitions.

Moussa Ibn Noussayr écrivit au calife al-Walid Ibn ‘Abdel Malik à Damas pour lui demander la permission de procéder mais le calife lui demanda d’envoyer seulement un petit détachement en mission de reconnaissance, ce que Moussa fit.

 

 

Au mois de Ramadan de l’année 91 de l’Hégire (709), cette petite force de cinq-cents hommes sous le commandement de Tarif Ibn Malik embarqua sur une petite flotte mise à leur disposition par Julian et débarqua sur l’ile Los Palmas en mer méditerranée qui fut connut par la suite sous le nom de l’ile de Tarif.    

 

 

 

 

[1] Qur’an, Sourate 4, verset 120.

[2] Qur’an, Sourate 8, verset 60.

[3] A ne pas confondre avec les Bani Kalb Ibn Wadarah al-Qouda’iyine.

[4] Chambellan ou le scribe.

[5] Aumône légale.

[6] Scribe ou secrétaire.

[7] Le mot Diwan a plusieurs interprétations : Livre, recueil dans lesquels sont consignés les affaires relatives au département en question. Dans les sociétés islamiques (Ottomans), un centre du ministère des finances, le bureau du chef administratif, ou le conseil régional d’administration, le cabinet royal, le cabinet ministériel, etc.). C’est de ce sens originel que vient le mot français douane.

[8] Inclus toute propriété qui génère des revenus, terre cultivée, maison, marché, moulin, etc.

[9] Les historiens musulmans utilisaient le mot « Roum » tant pour les Byzantins que les Romains.

[10] Al-Waddahiyah étaient un régiment distinct de combattants musulmans non-arabes, nommé d’après leur commandant berbère al-Waddah

[11] Le nom ‘Abdillah ou ‘Abdallah, ne font aucune différence et peuvent être employés différemment pour le même nom. Ainsi ‘Abdillah Ibn ‘Omar ou ‘Abdallah Ibn ‘Omar (qu’Allah soit satisfait d’eux), est la même personne.

[12] Nous n’avons aucune autre indication sur la nature de cette ville.

[13] Le sujet sera traité plus en détail dans « Moukhtassar at-Tarikh lil Maghreb wal Andalous » qui est le second volume de cette série.

[14] L’homme aux deux lumières : Il fut surnommé ainsi car il épousa deux des filles du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui).

 

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