BANU UMAYYAH

Qoutaybah Ibn Mouslim en Chine et son histoire avec le roi de Chine

 

Qoutaybah fit campagne en l’an 96 de l’Hégire (715) et alla à Ferghana. Il envoya une troupe en avant pour sécuriser la passe de ‘Issam pour lui faciliter la route pour Kashgar, le plus proche des villes de Chine, quand la nouvelle de la mort d’al-Walid lui parvint alors qu’il était à Ferghana.

Qoutaybah envoya Kathir Ibn Foulan à Kashgar ou il prit des captifs et écrivit sur leurs coups : « Part de ce qu’Allah Exalté a accordé à Qoutaybah ».

Qoutaybah avança loin en avant, jusqu’à ce qu’il approche de la Chine. Le roi de Chine lui écrivit : « Envoyez-moi quelques-uns des nobles qui sont avec toi, qui peuvent nous informer à ton sujet et sur votre religion ».

 

Qoutaybah choisit douze hommes, et certains ont dit dix, de son armée et de chaque tribu. Il choisit des hommes beaux, musclés, éloquents, brave aux cheveux longs, après qu’il se fût renseigné sur eux, il les trouva être les meilleurs de leurs peuples. Qoutaybah leur parla et testa leurs sagacités pour trouver que c’étaient des hommes intelligents et de bonne apparence. Il ordonna alors qu’ils soient équipés des meilleures armes et armures, ainsi que des meilleurs vêtements, des sandales et des parfums avant de les faire monter sur des chevaux de qualité.

Houbayrah Ibn al-Moushamraj al-Kilabi était éloquent et fluent. Qoutaybah lui demanda :

– « O Houbayrah, comment vas-tu conduire cette affaire ? » Houbayrah lui dit :

– « Puisse Allah Exalté faire prospérer l’émir ! Je sais me retenir, dit moi ce que tu attends de moi et je m’y conformerais ».

– « Partez avec la bénédiction d’Allah Exalté et c’est Lui Seul qui accorde le succès. N’enlevez pas vos turbans jusqu’à ce que vous atteigniez le pays du roi. Quand vous entrerez en sa présence, informe le que j’ai juré que je ne partirai pas avant d’avoir foulé leur terre, marqué     le cou de leurs rois et perçut leur impôt ».

 

Alors ils partirent sous le commandement de Houbayrah Ibn al-Moushamraj des Banou Kilab Ibn Rabi’ah Ibn ‘Amir Ibn Sa’sa’a[3]. Quand ils arrivèrent, le roi de Chine les somma. Ils entrèrent dans les bains-douches et émergèrent habillés de vêtements blancs. Ils s’appliquèrent des parfums capiteux, s’encensèrent et se chaussèrent de fines sandales avant d’être présentés au roi entourés des sommités de son pays. Ils s’assirent et ni le roi ni ou ceux qui étaient avec lui, leur adressèrent la parole, alors ils se levèrent et sortirent. Le roi demanda alors à ses gens :

– « Que pensez-vous donc d’eux ? » Ils dirent :

– « Nous pensons que ce sont des gens qui ne sont rien d’autre que des femmes. Il n’y a pas l’un d’entre nous les ayant vu et sentit leur odeur qui n’a pas eu de turgescence ».

 

Le jour suivant, le roi les fit venir de nouveau. Ils s’habillèrent de vêtements brodés, de turbans soyeux et lorsqu’ils furent introduits en sa présence, on leur dit « Retournez ». Le roi dit à ses compagnons : 

– « Que pensez-vous de leurs habits ? » Ils dirent : 

– « Leurs habits les fait paraitre plus masculin que ceux dont ils étaient vêtus hier. Ils font plus hommes ».

Le troisième jour le roi les fit venir. Alors ils se vêtirent de leurs côtes de mailles, de leurs heaumes, ils ceignirent leurs sabres et leurs dagues, passèrent autour de leurs épaules leurs carquois et leurs arcs puis leurs chevaux avant de saisir leurs lances et partirent ainsi chez le roi qui les vit arriver comme des montagnes en marche. Quand ils d’approchèrent de lui, ils plantèrent leur lance dans la terre mais avant qu’ils aient put se rapprocher, il leur fut dit de nouveau : « Retournez » à cause de la peur subite des Arabes qui venaient d’entrer dans le cœur du roi et ses compagnons.

Ils sont alors reparti, montés leurs chevaux, levés leurs lances, et partirent au galop comme s’ils se poursuivaient les uns les autres. Le roi demanda à ses compagnons : 

– « Qu’est-ce que vous pensez d’eux ? » Ils dirent : 

– « Nous n’avons jamais vu quelqu’un de similaire ».

 

Le soir venu, le roi leur envoya un message :

– « Envoyez-moi votre chef, le plus digne d’entre vous ». Ils lui envoyèrent Houbayrah. Quand Houbayrah rentra en sa présence, le roi lui dit :

– « Tu as vu la puissance de mon autorité et personne ne peut vous protéger de moi pendant que vous êtes dans mon pays. Vous êtes comme un œuf placé dans la paume de ma main. Je vais te demander au sujet de quelque chose, et, si tu ne me dis pas la vérité, je vous tuerai ». Houbayrah dit :

– « Demande ! »

– « Pourquoi avez-vous vêtu ces différents accoutrements, les premiers, deuxièmes et troisièmes jours ? » Houbayrah répondit :

– « Les vêtements que nous avons portés le premier jour sont ceux que nous portons parmi nos familles et le parfum est celui que nous utilisons en leurs compagnies. Les vêtements du deuxième jour sont ceux que nous portons pour rencontrer nos chefs et ceux du troisième jours sont ceux pour rencontrer nos ennemis, quand nous sommes excités et provoqués ». Le roi dit :

– « Vos coutumes sont bien organisées. Retournez chez votre maître et dites-lui de partir, car je connais sa cupidité et le petit nombre de ses compagnons ; autrement j’enverrai contre vous quelqu’un qui le et vous détruira ». Et Houbayrah de répliquer :

– « Comment quelqu’un qui a des cavaliers dans son pays sous ses yeux et les derniers d’entre eux là où poussent les olives peut-il dire que nous sommes peu nombreux ? Comment quelqu’un qui a le monde sous ses pieds et sous son contrôle, peut-il être qualifié de cupide ? Quant à ta tentative de nous effrayer avec la mort, sache que nous avons des termes qui nous sont alloués. Quand cette fin arrive, la plus noble pour nous est d’être tué. Nous ne détestons pas la mort ni la craignons ». Le roi dit alors :

– « Qu’est ce qui satisferait votre maître alors ? »

– « Il a fait le serment qu’il ne partira avant d’avoir marché sur vos terres, marqué (cacheté) le coup de vos rois et reçut le tribut ».

– « Nous le dégagerons de son serment. Nous allons lui envoyer du sol de notre terre, afin qu’il puisse marcher dessus, quelques-uns de nos fils afin qu’il puisse marquer leurs cous et nous lui donnerons un tribut qui le satisfera ».

Il demanda que des coupes d’or soient remplis de terre, qu’on lui apporte de la soie et de l’or ainsi que quatre jeunes hommes parmi les fils de leurs rois qu’il fit envoyé avec eux lorsqu’ils leur ordonna de se retirer en les couvrants de fins cadeaux. Qoutaybah accepta ses cadeaux, marcha sur la terre et fit marquer les jeunes sur le coup avant de les renvoyer.

 

Quand Qoutaybah revenait chaque année de campagne, il achetait douze juments et douze dromadaires, en ne payant pas moins de quatre-mille dirhams par jument. Il les faisait entretenir précautionneusement jusqu’à ce que la prochaine campagne arrive. Quand il était enfin prêt pour la campagne et qu’il campait, il avait les juments attachées et maigres. Il ne traversait pas de rivière avec les chevaux que s’ils étaient maigres. Ces montures étaient en général destinées à l’avant-garde et aux personnes loyales. Quand il envoyait un éclaireur, il ordonnait de graver une tablette qu’il cassait en deux morceaux. Il lui en donnait un morceau, qu’il ne serait pas capable de reproduire, et gardait l’autre. Puis, il lui ordonnait d’enterrer son morceau dans une place que le scout lui décrivait, comme un gué célèbre, un arbre, ou une ruine. Alors il envoyait quelqu’un le chercher afin qu’il puisse savoir si son éclaireur disait la vérité ou pas.

 

Après la mort d’al-Walid Ibn ‘Abdel Malik, Souleyman Ibn ‘Abdel Malik fut nommé septième calife omeyyade.

 

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