BANU UMAYYAH

Khalid Ibn Bab, le Mawlah de Mouslim Ibn ‘Amr dit : « J’étais parmi les archers de Qoutaybah. Quand nous conquîmes la ville, j’ai grimpé sur le mur à la place ou se trouvait l’homme. Je l’ai trouvé mort sur le mur ; la flèche avait traversé son œil droit et était ressortie par sa nuque ».

 

Le lendemain matin la ville fut bombardée de nouveau et de nouveau une brèche fut faite dans le mur. Qoutaybah dit : « Pressez sur la brèche afin que nous puissions pénétrer par elle à l’intérieur ». Ils combattirent l’ennemi jusqu’à ce qu’ils arrivent près de la brèche alors les Soughdians les couvrirent d’une pluie de flèches. Les Arabes levèrent leurs boucliers et chargèrent jusqu’à la brèche. Les Soughdians dirent à Qoutaybah : 

– « Partez maintenant afin que nous puissions faire la paix avec toi ». Qoutaybah leur répondit :

– « Nous ne ferons pas la paix avec vous alors que nos hommes sont sur la brèche et que nos catapultes se déplacent de long en large et bombardent vos têtes et votre ville ».

 

D’autres ont rapporté que Qoutaybah dit : « Les esclaves sont effrayés. Partez victorieux » et ses hommes sur la brèche abandonnèrent leur position et retournèrent. Il fit la paix avec eux le jour suivant sur les termes suivants : [1] 2.200.000 dirhams par année ; [2] 30.000 esclaves, ni trop jeunes et ni trop vieux, libres de tout défaut pour cette année ; [3] qu’ils videraient la ville pour Qoutaybah, et qu’il n’y aurait aucun soldat dans la ville ; [4] que serait construit une mosquée pour que Qoutaybah puisse y entrer et prier, ainsi qu’une chaire soit installée afin qu’il puisse délivrer un sermon, puis prendre un repas avant de s’en aller.

Quand la paix fut conclue, Qoutaybah envoya dix hommes, qui collectèrent ce que les Soughdians leur avaient préparé conformément au traité de paix. Qoutaybah dit : « Maintenant que leurs frères et leurs enfants sont tombés entre nos mains ils sont devenu modestes ». Alors ils vidèrent la ville, construisirent une mosquée et installèrent une chaire. Qoutaybah entra dans la ville avec les quatre-mille hommes qu’il avait choisis. Quand il entra dans la mosquée, il pria et fit un sermon. Puis il mangea et envoya un message aux Soughdians : « Quiconque veux prendre ses marchandises peut le faire car je ne sortirais pas de la ville et je ne prendrais de vous pas plus que ce que nous avons convenu et les troupes resteront dans la ville ».

 

Certains ont dit : Qoutaybah fit la paix avec eux en échange de cent-mille esclaves, les temples du feu[7] et les parures des idoles. Lorsqu’il reçut le tribut, les idoles furent dépouillées et rassemblées devant lui comme un immense édifice. Il ordonna alors de les brûler, et les non-Arabes lui dirent : 

– « Il y a parmi elles des idoles dont le destructeur sera brûlé ».     Qoutaybah dit :

– « Alors, je vais les brûler de ma propre main ». Ghourak vint et s’agenouilla devant lui et lui dit : 

– « Ma dévotion à ton égard m’est un devoir. Ne t’expose pas à ces idoles ». Qoutaybah demanda du feu et une torche dans la main, il sortit en disant : 

– « Allah est le Plus Grand – Allahou Akbar ». Puis, il mit le feu aux idoles qui brulèrent intensément. Lorsqu’elles fondirent, ils récupérèrent l’or et l’argent qu’il y avait en elles, l’équivalant de cinquante-mille mithqals.

 

Quelqu’un qui témoigna la conquête de Samarkand a dit : « Ils sortirent d’énormes marmites en cuivre, et Qoutaybah a dit à Houdayn : 

– « O Abou Sassan, penses-tu que Raqash eut jamais des marmites comme celles-ci ? » Il répondit :

– « Non, mais ‘Aylan eux en avait ». Qoutaybah rit et dit

– « Tu as pris ta revanche ».

 

Qoutaybah acquit au Khorasan, à Soughd, une esclave descendante de Yazdajard et demanda :

– « Pensez-vous que le fils de cette fille sera un Hajin[8] ? » Ils dirent : 

– « Oui, il sera un Hajin par son père ». Il l’envoya à al-Hajjaj, qui l’envoya à al-Walid et elle porta Yazid Ibn al-Walid.

 

Plusieurs versions ont été rapportés sur la prise Samarkand et elles se ressemblent toutes en fond, c’est pourquoi celle-ci suffira.

 

 

Alors Qoutaybah partit et revint à Merv. Il laissa ‘AbdAllah Ibn Mouslim sur Samarkand, en compagnie d’une massive troupes et d’immenses quantités de matériel de guerre. Il lui recommanda avant de partir : « Ne laisse aucun polythéiste entrer par une quelconque portes de Samarkand sans qu’il n’ait un cachet sur sa main. Si l’argile a séché avant qu’il sorte, tue-le. Si tu trouves sur lui un morceau de fer, un couteau, ou quelque chose d’autre, tue-le. Si tu fermes la porte le soir et que tu en trouve un dans la ville, tue-le ».

 

Alors Qoutaybah quitta Samarkand et retourna à Merv. Son gouverneur à Khwarizm pour les affaires militaires était Iyas Ibn ‘AbdAllah Ibn ‘Amr qui était faible, et ‘Oubaydallah Ibn Abi ‘Oubaydallah, le Mawlah des Banou Mouslim était chargé des revenus.

Les gens de Khwarizm pensèrent qu’Iyas était faible et ils se révoltèrent contre lui. ‘Oubaydallah écrivit à Qoutaybah pour l’informer, et il envoya ‘AbdAllah Ibn Mouslim en hiver pour le remplacer en lui disant : « Flagelle Iyas Ibn ‘AbdAllah et Hayyan an-Nabati, et rase leur la tête et la barbe. Rapproche de toi ‘Oubaydallah Ibn ‘Oubaydallah et écoute le car il est loyal ». ‘AbdAllah se mit en route et alors qu’il était à une étape de Khwarizm, Iyas fut informé clandestinement et mis en garde si bien qu’il se retira. ‘AbdAllah arriva alors, attrapa Hayyan, lui donna cent coup de fouet et lui rasa la tête.

Puis, sitôt que ‘AbdAllah fut partit, Qoutaybah envoya al-Moughirah Ibn ‘AbdAllah à la tête d’une troupe à Khawarizm. Lorsqu’al-Moughirah arriva, les fils de ceux que le Shah Khwarizm avait tués dirent : « Nous ne vous aiderons pas » avant de s’enfuir dans le territoire des Turcs. Al-Moughirah arriva, tua et pris des captifs. Ceux qui survécurent firent la paix avec lui. Il prit le tribut et retourna chez Qoutaybah qui le nomma sur Nishapour.

 

Cette même année, al-Walid désista ‘Omar Ibn ‘Abdel ‘Aziz à son poste de gouverneur de Médine après qu’al-Hajjaj l’ait avisé de la même manière qu’il avait fait désisté Yazid Ibn al-Mouhallab, comme nous l’avons vu !

Et toujours sur les conseils d’al-Hajjaj, il nomma à sa place ‘Uthman Ibn Hayyam al-Mourri al-Ghatafani qui était un gouverneur injuste et brute (ghashamah).

 

 

Durant le règne d’al-Walid Ibn ‘Abdel Malik, le combat dans la voie d’Allah ne s’arrêta pas.

 

 

En l’an 94 de l’Hégire (712) al-‘Abbas Ibn al-Walid conquis Antioche en territoire byzantin.

 

Cette même année, ‘Abdel ‘Aziz Ibn al-Walid fit campagne dans le territoire byzantin jusqu’à ce qu’il atteignit Ghazalah. Al-Walid Ibn Hisham al-Mou’ayti parvint à Bourj al-Hamam et Yazid Ibn Abi Kabshah atteignit Souriyah.

 

Durant cette année, il y eut un tremblement de terre en Syrie.

 

Cette même année, al-Qassim Ibn Muhammad ath-Thaqafi conquis la terre d’Inde (al-hind).

 

Toujours cette année, Qoutaybah fit campagne dans ash-Shash et Ferghana jusqu’à ce qu’il atteignit Khoujandah et Kassan, les deux principales villes de Ferghana.

 

 

La campagne de Qoutaybah dans ash-Shash et Ferghana

 

En l’an 94 de l’Hégire (712), Qoutaybah traversa le fleuve et imposa une réquisition de vingt-mille soldats des gens de Boukhara, Kish, Nassaf et Khwarizm. Ils allèrent avec lui à Soughd avant d’être envoyé à ash-Shash, pendant que Qoutaybah lui-même marcha sur Ferghana et alla aussi loin que Khoujandah ou les gens se rassemblèrent contre lui et le combattirent. Il s’ensuivit une série de batailles ou les Musulmans furent à chaque fois victorieux.

Puis Qoutaybah alla à Kassan, la ville principale de Ferghana où il fut rejoint par les troupes qu’il avait envoyées à ash-Shash, qu’ils conquirent et incendièrent. Alors Qoutaybah revint à Merv. Al-Hajjaj écrivit à Muhammad Ibn al-Qassim : « Envoie des Irakiens comme toi à Qoutaybah, et envoie leur Jahm Ibn Zahr Ibn Qays, car il est meilleur avec les Irakiens que les Syriens ». Muhammad aimait beaucoup Jahm Ibn Zahr et lorsque ce dernier lui fit ses adieux, il pleura et dit : 

– « O Jahm, c’est le moment de partir ». Jahm dit :

– « Cela est inévitable » puis, il partit et rejoignit Qoutaybah en l’an 95 de l’Hégire (713).

 

 

La mort de Sa’id Ibn Joubayr

 

Au mois de Sha’ban de l’année 95 de l’Hégire (713), al-Hajjaj Ibn Youssouf at-Thaqafi tua le respectable compagnon des Compagnons (tabi’i), Le Sheikh et Qourah de la ville de Koufa Sa’id Ibn Joubayr, le serviteur des Banou Assad.

Il le tua pour avoir participé à la révolte d’Ibn Ash’at. Sa’id Ibn Joubayr avait fui avec d’autres personnes en Azerbaïdjan mais il avait fini par revenir à La Mecque où il vivait dans la clandestinité. Il avait fini par tomber entre les mains de Khalid Ibn ‘Abdillah al-Qassimi le tyran et gouverneur de La Mecque.

 

Sa’id Ibn Joubayr fut capturé et envoyé à al-Hajjaj en Iraq car auparavant il avait envoyé un message à son gouverneur de La Mecque, dont la mère était Chrétienne, et lui avait dit : « Puisse Allah maudire le fils de la Chrétienne ! Je connais l’endroit à La Mecque ou il (Sa’id Ibn Joubayr) se cache et même la maison dans laquelle il vit ».

Les services de renseignements à l’époque d’al-Hajjaj étaient vraiment efficients.    

 

Al-Hajjaj avait honoré et respecté Sa’id Ibn Joubayr et l’avait envoyé avec l’armée d’Ibn al-Ash’ath combattre Routbil mais lorsque ‘AbderRahmane Ibn Muhammad Ibn al-Ash’ath Ibn Qays s’était soulevé pour déposer al-Hajjaj, Sa’id Ibn Joubayr l’avait suivi.

Al-Hajjaj demanda à Sa’id :

– « O Sa’id, qu’est-ce qui t’a amené à te rebeller contre moi ? »

– « Qu’Allah arrange les affaires de l’émir ! Je suis comme le commun des Musulmans et il m’arrive de me tromper et de faire le bien ».

La réponse plut à al-Hajjaj et son visage s’éclaircit. Il espéra donner une suite convenable à ce différent sans qu’il ait besoin de le tuer. Puis la discussion se poursuivit entre eux jusqu’à ce que Sa’id dit :

– « Mais c’est que j’étais engagé par mon allégeance ».

Lorsqu’al-Hajjaj entendit cela il fut pris de rage et lui dit :

– « O Sa’id n’as-tu pas porté allégeance à l’émir des croyants, ‘Abdel Malik Ibn Marwan, avec les gens de La Mecque après la mort d’Ibn Zoubayr ? »

– « Si ! »

– « Et lorsque j’ai été nommé gouverneur d’Iraq, j’ai pris l’allégeance pour l’émir des croyants, ne lui as-tu pas porté aussi allégeance à cette occasion ? »  

– « Si ! »

– « As-tu renié deux allégeance à l’émir des croyants pour une au comploteur fils du conspirateur ». Puis il ordonna de le tuer et son coup fut immédiatement tranché !

 

Plusieurs version ont été rapporté sur cette discussion entre al-Hajjaj et Sa’id Ibn Joubayr mais celle nous suffira. Puisse Allah faire miséricorde à Sa’id Ibn Joubayr.

 

 

 

 

[1] 2.4 Miles ou 3.9 km.

[2] Une yourte est l’habitat traditionnel (tente en peau ou en feutre) des nomades mongols et turcs qui vivent en Asie centrale, notamment au Kirghizstan, au Kazakhstan et au Karakalpakistan. L’étymologie du mot yurt est d’origine turque.

[3] Tabi’i : Compagnon des Compagnons du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui).

[4] Qur’an Sourate 48, verset 10.

[5] Qur’an Sourate 48, verset 21.

[6] Qur’an Sourate 37, verset 177.

[7] Les Soughdians étaient des mages, adorateurs du feu.

[8] Avoir un père arabe et une mère esclave non-arabe.

 

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