BANU UMAYYAH

La mort du roi de Kham Jird et le renouvellement de la paix avec Khwarizm

 

Le roi de Khawarizm était faible, et son plus jeune frère Khourrazadh prit le pouvoir. Si le roi avait une l’esclave, une monture ou des marchandises de luxe Khourrazadh les voulait pour lui-même et s’il avait une fille, une sœur ou une belle femme, il le contraignait par force, et prenait et laissait ce qu’il voulait. Personne ne pourrait lui tenir tête ni même protéger le roi contre lui. Quand le roi parla de cela il dit : « Je ne suis pas assez fort pour négocier avec lui ».

Cela dura tellement longtemps que Khourrazj Madh écrivit à Qoutaybah, pour l’inviter à prendre possession de ses terres. Il lui envoya les clefs de la ville de Khwarizm, trois clefs en or, sous la condition que Qoutaybah devrait lui remettre son frère et tous ceux qui s’était opposé à lui, afin qu’il puisse les juger. Il envoya donc les messagers sans informer aucun de ses marzbans ou dihqans. Ses messagers arrivèrent chez Qoutaybah à la fin de l’hiver, quand les campagnes militaires commençaient pour les Musulmans. Qoutaybah s’était déjà préparé pour faire campagne, et il fit paraître comme s’il se dirigeait vers Soughd. Les messagers du Shah Khwarizm revinrent avec des bonnes nouvelles de Qoutaybah qui nomma sur Merv, Thabit al-A’war, son Mawlah.

 

Le Shah Khwarizm rassembla ses rois, ses chefs religieux et ses dignitaires et leur dit : « Qoutaybah se dirige vers Soughd et ne fera pas campagne contre vous, venez-vous détendre dans notre printemps ». Ils vinrent et commencèrent à boire et prendre leur aise se pensant à l’abri des campagnes.

Puis, ils apprirent que Qoutaybah s’était arrêté à Hazarasp, de l’autre côté de la rivière. Le Shah Khwarizm demanda à ses compagnons : 

– « Qu’est-ce que vous en pensez ? » Ils répondirent : 

– « Nous pensons que nous devrions le combattre ». Il dit : 

– « Ce n’est pas ce que je pense. Les gens forts et plus puissant que nous ont été impuissants devant lui. Je pense que nous devrions le renvoyer en lui donnant quelque chose. Nous le renverrons pour cette année puis nous verrons de nouveau ce qu’il convient de faire ». 

– « Nous sommes d’accord avec votre vue » lui répondirent-ils.

 

Le Shah Khwarizm parti en conséquence et s’arrêta dans la ville d’al-Fil de l’autre côté du fleuve. Les villes du Shah Khwarizm étaient au nombre de trois, entourées par un seul fossé. La ville d’al-Fil était la plus fortement fortifiée d’entre elles.

Le Shah Khwarizm s’arrêta à al-Fil pendant que Qoutaybah était à Hazarasp, de l’autre côté du fleuve. Il ne l’avait pas traversé, et en effet seul le fleuve de Balkh qui est l’Oxus était entre lui et le Shah Khwarizm qui fit la paix avec lui en échange de dix-mille esclaves, de l’or et des marchandises à condition que Qoutaybah l’aide contre le roi de Kham Jird et accomplirait ce dont ils avaient précédemment convenus entre eux. Qoutaybah accepta et accompli ce qu’il avait dit qu’il ferait pour lui. Il envoya au roi de Kham Jird qui était hostile au Shah Khwarizm, son frère ‘AbderRahmane, qui le combattit, le tua et prit possession de ses terres avant de revenir à Qoutaybah avec quatre-mille prisonniers que Qoutaybah fit tuer. Quand son frère ‘AbderRahmane les apporta, Qoutaybah ordonna que son trône soit sorti afin que les gens s’assoient dessus.

Les épées des nobles furent prises ce jour, et les têtes furent tranchées avec. Parmi elles, il y avait des épées qui ne pourraient ni couper ni blesser. Ils prirent mon sabre avec lequel rien n’a été frappé sans être parfaitement tranché. Un membre de la famille de Qoutaybah me l’envia et il indiqua à celui qui exécutait qu’il devait couper avec. Il l’essaya en frappant la molaire de l’homme mort qui se brisa. Abou ad-Dayyal dit: « J’ai l’épée ».

Qoutaybah donna au Shah Khwarizm son frère et ceux qui lui avaient été défavorable, et il les tua, s’appropria leur richesse qu’il envoya à Qoutaybah qui revint à Hazarasp.

 

Abou Ja’far a dit : « Durant cette année après son départ de Khwarizm Qoutaybah fit campagne et conquit Samarkand.

 

 

La conquête de Samarkand 

 

Quand Qoutaybah fit la paix avec le roi de Khwarizm al-Moujashar Ibn al-Mouzahim as-Soulami lui dit : 

– « Je dois te dire quelque chose en tête à tête, laisse-moi être seul avec toi ». Qoutaybah fit ainsi, et al-Moujashar dit :

– « Si tu veux conquérir le Soughd un de ces jours, fait le maintenant, car ils se sentent à l’abri de votre campagne pour cette année. Ils ne sont seulement qu’à dix jours d’ici ». Qoutaybah lui demanda :

– « Qui donc t’a avisé de me de suggérer ceci ? »

– « Personne », répondit-il. Qoutaybah poursuivit : 

– « As-tu informé quelqu’un d’autre que moi ? » Al-Moujashar     dit :

– « Non ». Qoutaybah lui dit alors : 

– « Si n’importe qui en parle, je t’exécuterai ».

Qoutaybah resta ce jour. Le lendemain matin, il appela ‘AbderRahmane Ibn Mouslim et lui dit : « Pars avec les cavaliers et les archers et apportez les bagages à Merv ». Les bagages furent envoyés dans la direction de Merv et ‘AbderRahmane passa tout ce jour à suivre les bagages. Le soir venu, Qoutaybah lui envoya un message lui disant de procéder comme suit : « Au matin, envoie les bagages à Merv et part avec les cavaliers et les archers à Soughd. Je vous suivrais alors. Garde l’information secrète ». Quand ‘AbderRahmane lut ses instructions, il ordonna aux gens dans la charge des bagages de continuer à Merv, et il est allé là où il fut ordonné d’aller.

Qoutaybah s’adressa à son armée et dit : « Allah Exalté a conquis pour vous cette place quand y faire campagne était possible. Maintenant cette région de Soughd n’a personne pour la défendre. Ils ont rompu le pacte parce que nous avons fait la paix avec Tarkhoun. Allah Exalté a dit : « Quiconque viole le serment, ne le viole qu’à son propre détriment[4] ». Partez avec la bénédiction d’Allah Exalté. J’espère que Khwarizm et Soughd seront comme an-Nadir et Qourayah, car Allah a dit : « Il vous promet un autre butin que vous ne seriez jamais capables de remporter et qu’Allah a embrassé en Sa puissance, car Allah est Omnipotent[5] ».

Lorsque Qoutaybah atteignit Soughd, ‘AbderRahmane l’avait atteint avant lui, avec vingt-mille hommes. Qoutaybah accompagné de gens de Khwarizm et de Boukhara arriva trois ou quatre nuits après ‘AbderRahmane et dit : « Quand il tombera dans leur place, ce sera alors un mauvais matin pour ceux qu’on a avertis[6] ! ». Puis il assiégea la ville durant un mois et malgré cela les Soughdians combattirent les hommes de Qoutaybah plusieurs fois. Craintifs, les Soughdians écrivirent au roi d’ash-Shash et à l’Ikhshad de Ferghana disant : «  Si les Arabes nous vainquent, vous recevrez bientôt leurs visites et ils vous amèneront ce qu’ils nous ont apportés ».

Les rois d’ash-Shash et d’Ikhshad agréèrent de porter assistance aux Soughdians et leur envoyèrent un message : « Envoyez quelqu’un distraire les Arabes afin que nous puissions faire une attaque de nuit sur leur camp ».

Ils choisirent des cavaliers parmi les fils des marzbans, des Aqsawirah et des hommes vaillants et les envoyèrent pour attaquer de nuit le camp arabe. Les espions des Musulmans revinrent apportant l’information et Qoutaybah choisit trois-cents, ou selon d’autres six-cents, hommes courageux sous le commandement de Salih Ibn Mouslim, et les envoya en poste le long de la route par laquelle il pensait qu’ils approcheraient.

 

Salih à son tour envoya des espions pour lui apporter des informations au sujet de l’ennemi, tandis qu’il s’arrêta à deux parassanges (8 km) de leur camp. Les espions revinrent et l’informèrent que l’ennemi viendrait cette nuit. Salih divisa sa cavalerie en trois groupes, en garda deux cachés tandis que lui-même resta sur la route principale. Les polythéistes vinrent de nuit, ignorant tout de Salih et persuadés que personne ne les engagerait avant qu’ils atteignent le camp de Qoutaybah. Ils partirent confiant jusqu’à que Salih tomba sur eux à l’improviste. Salih et ses hommes les chargèrent et quand les lances s’entrechoquèrent, les deux groupes cachés sortirent et entrèrent dans la bataille.

 

Un des cavaliers perses (barajim) dit : « J’étais présent à cette occasion, et je n’ai jamais vu des gens combattre avec plus de courage dans l’adversité que les fils de ces rois ; seul quelques-uns d’entre eux fuirent. Nous rassemblâmes leurs armes, tranchèrent leurs têtes et     prirent des prisonniers puis nous les interrogeâmes au sujet de ceux que nous avons tué, et ils dirent : « Celui-ci est un fils de roi, celui-là d’un noble ou d’un héros. Vous avez tué des hommes parmi eux qui étaient l’égal de cent hommes » et sur eux nous avons écrit leurs noms sur leurs oreilles ». Puis nous sommes entrés dans leur camp au matin avec leurs têtes accrochées au bout de nos lances. Nous prîmes en butin des armes de qualités, des luxueuses marchandises et d’excellentes montures et Qoutaybah nous a tout laissés. Nous lui avons apporté les têtes et il nous dit : « Puisse Allah Exalté vous récompenser en biens pour ce que vous avez fait pour la religion et votre honneur personnel ! » ».

Cela brisa les Soughdians. Qoutaybah déploya ses catapultes et ne cessa de les bombarder bien conseillé par les gens de Boukhara et de Khwarizm qui étaient avec lui. Ils combattirent farouchement et Ghourak envoya une lettre à Qoutaybah: « Vous me combattez avec mes frères et ma famille parmi les non-Arabes. Envoyez-moi des Arabes ». Qoutaybah se fâcha, appela al-Jadali, et lui dit :

– « Passe en revue l’armée et choisit les hommes les plus braves ». Al-Jadali rassembla l’armée et Qoutaybah Ibn Mouslim sortit les examiner lui-même. Puis, il appela les commandants de sections et les questionna sur leurs soldats un par un en disant :

– « Et toi qu’as-tu ? » Le commandant de la section disait : 

– « Celui-là est un homme courageux ».

– « Et celui-là ? »

– « Il a des capacités limitées ».

– « Et celui-ci ? »

– « C’est un lâche ».

Qoutaybah appela les lâches « les puants » puis prit leur bonnes armes et les donna aux hommes courageux et à ceux de capacités limitées, et donna aux lâches les armes les plus usées. Alors Qoutaybah s’avança à la tête de ses meilleurs soldats et combattit l’ennemi avec eux, utilisant tour à tour des fantassins et des cavaliers. Il bombarda la ville avec les catapultes et fit une brèche dans le mur que l’ennemi reboucha avec des sacs de millet. Alors un homme émergea en haut de la brèche et se mit à insulter Qoutaybah en arabe. Qoutaybah dit aux archers qui étaient avec lui : « Choisissez deux d’entre vous » ce qu’ils firent. Qoutaybah leur dit : « Qui d’entre vous tirera sur cet homme sachant que s’il le touche, il recevra dix-mille dirhams et, s’il le loupe, sa main sera tranchée ? » L’un d’entre eux se retira tandis que l’autre s’avança et tira droit dans l’œil de l’homme qui s’effondra. Qoutaybah ordonna que dix-mille dirhams soient donnés à l’archer.

 

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