BANU UMAYYAH

La capture de Nizak Tarkhan et sa mort

 

Durant cette année Qoutaybah Ibn Mouslim tua Nizak Tarkhan.

Lorsque les gens d’Abrashahr, d’Abi Ward, de Sarakhs et d’Herat le rejoignirent et que son armée fut de nouveau au complet, et qu’il nomma Hammad Ibn Mouslim responsable des affaires militaires et son absence et ‘AbdAllah Ibn al-Ahtam responsable des revenus, Qoutaybah Ibn Mouslim marcha vers Marw ar-Roudh. Quand les nouvelles de son entrée dans son territoire parvinrent au Marzban de Marw ar-Roudh, il fuit vers les terres de Fourrures. Qoutaybah rentra dans Marw ar-Roudh, captura deux de ses fils, les tua puis les crucifia. Alors il alla à at-Talaqan ou il captura des brigands qu’il tua et crucifia. Il nomma sur at-Talaqan ‘Amr Ibn Mouslim avant de marcher sur al-Faryab ou le roi sortit à sa rencontre pour se soumettre et confirmer son obéissance. Qoutaybah en fut satisfait et ne tua personne. Il nomma un homme des Banou Bahilah gouverneur de la ville.

 

Ces nouvelles parvinrent au roi d’al-Jouzjan qui quitta son territoire. Qoutaybah alla à al-Jouzjan ou les gens sortirent à sa rencontre soumis et obéissants. Qoutaybah Ibn Mouslim accepta leur soumission et ne tua aucun d’entre eux et avant de partir, il nomma ‘Amir Ibn Malik al-Himmani gouverneur de la ville. Lorsque Qoutaybah arriva à Balkh, l’Isbahbadh et les gens sortirent à sa rencontre. Il ne resta qu’un jour dans la ville avant de rejoindre ‘AbderRahmane Ibn Mouslim jusqu’à ce qu’il arrive au défilé de Khoulm.

Nizak l’avait quitté et campait à Baghlan mais il laissa des détachements armés pour protéger chaque entrée et interdire à quiconque de traverser. Il laissa aussi une garnison dans une des forteresses à la sortie du défilé pour le défendre. Qoutaybah passa quelques jours à les combattre sans faire de réels gains. Il fut incapable de pénétrer dans le défilé qui était traversé par une vallée et il ne connaissait pas le moindre autre chemin pour arriver à Nizak autre que ce défilé excepté le désert qui ne supporterait pas les troupes. Il resta à l’entrée du défilé perplexe en en tournant la tête à droite et à gauche à chercher des solutions.

Il était dans ce dilemme quand le Rou’b Khan, le roi d’ar-Rou’b et de Siminjan, vint le trouver pour lui demander un sauf-conduit en échange d’une voie de passage et d’un accès à la forteresse. Qoutaybah lui accorda un sauf-conduit et ce qu’il demandait et à la tombée de la nuit, il envoya avec lui des hommes qu’il emmena dans la forteresse qui était derrière le passage de Khoulm. Durant la nuit, ils attaquèrent les hommes de la forteresse, qui se sentaient parfaitement à l’abri de toute attaque, et les tuèrent. Ceux qui survécurent et ceux qui étaient dans le défilé s’enfuirent et Qoutaybah et son armée purent traverser la passe et atteindre la forteresse. Puis, il marcha sur Siminjan tandis que Nizak se trouvait à Baghlan près d’une source d’eau appelée Fanj Jah. Entre Siminjan et Baghlan il y avait un désert pas particulièrement difficile.

Qoutaybah resta à Siminjan quelques jours avant de repartir vers Nizak. Il envoya son frère ‘AbderRahmane     à la tête de l’avant-garde qui fit contact avec Nizak. Alors, Nizak quitta sa maison, traversa la vallée de Ferghana, envoya ses bagages et ses richesse au Shah de Kaboul et poursuivit sa route avant de s’arrêter à al-Kurz, toujours poursuivit par ‘AbderRahmane Ibn Mouslim. ‘AbderRahmane s’arrêta à son tour et prit contrôle des défilés d’al-Kurz, tandis que Qoutaybah sur ses talons s’arrêta à Iskimisht, huit kilomètres plus loin. Toutes les routes étant désormais fermées devant lui, et les seules voies de sorties impraticables pour les montures, Nizak se refugia à al-Kurz.

 

Qoutaybah assiégea Nizak deux mois, jusqu’à ce que la réserve de grain de Nizak soit devenue insuffisante et affligés par la variole que Jabghouyah contracta. Qoutaybah craignit l’hiver proche alors il demanda Soulaym an-Nassih et lui dit : « Va trouver Nizak et ruse avec lui pour qu’il vienne à moi sans sauf-conduit. S’il fait des problèmes et refuse, donne-lui un sauf-conduit. Sache que, si tu reviens sans lui, je te crucifierai. Travaille donc pour ta propre sauvegarde ». Soulaym dit : « Écrit à ‘AbderRahmane et demande lui de ne me pas désobéir » et Qoutaybah accepta. Soulaym alla voir ‘AbderRahmane et lui dit : « Envoie des hommes et quand je passerai avec Nizak qu’ils s’interposent entre nous et l’entrée du défilé ».

‘AbderRahmane envoya la cavalerie, et Soulaym les disposa là où il voulut puis, partit, chargé de nourritures pour quelques jours jusqu’à ce qu’il arrive à Nizak. Nizak lui dit :

– « Tu m’as abandonné, O Soulaym ». Et Soulaym lui répondit :

– « Je ne t’ai pas abandonnés, mais tu m’as désobéi et tu t’es fait du tort à toi même. Tu as désavoué Qoutaybah et agi perfidement ».

– « Que devrais-je faire ? »

– « La meilleure chose à faire est d’aller le voir. Tu l’as mis en colère avec ta lutte, et il est décidé à passer l’hiver ici et ne quittera pas cette place que tu sois mort ou vif ».

– « Dois-je aller le voir sans sauf-conduit ? »

– « Je ne pense pas qu’il t’en accordera un, à cause du ressentiment qu’il a à ton encontre. Je pense que tu devrais placer ta main dans la sienne sans avant qu’il ne s’en rende compte et j’espère que, si tu fais cela, il sera gêné et te pardonnera ».

– « C’est ce que tu penses ? »

– « Oui ». Nizak dit :

– « Je ne peux pas me résoudre à accepter cela. Si Qoutaybah me voit, il me tuera ».

– « Je suis venu seulement pour te conseiller de faire cela. Si tu le fait, j’espère que tu seras sauf et ta position près de lui reviendra à ce qu’elle était. Si tu refuses, je dois partir ».

– « Laisse-moi t’offrir le déjeuner ». Soulaym lui répondit :

– « Je soupçonne que tu es trop occupé à préparer de la nourriture ; nous avons beaucoup de nourriture avec nous ».

Soulaym demanda que le déjeuner soit servi, et ses domestiques apportèrent une abondante nourriture que les hommes de Nizak avaient été peu familiers depuis le début du siège. Les Turcs la dévorèrent cela chagrina Nizak. Soulaym dit :

– « O Abou al-Hayyaj, je suis un de tes conseillers les plus sincères. Je vois que tes compagnons sont épuisés. Si le siège continue une longue période et que tu restes ainsi, je ne suis pas sûr qu’ils ne cherchent pas un sauf-conduit en dehors de toi ».

– « Pars et retourne à Qoutaybah. Je ne me suis jamais senti sûr avec lui, et je n’irai pas à lui sans un sauf-conduit. Je reste persuadé qu’il va me tuer même s’il me donne un sauf-conduit, et le sauf-conduit me donne plus d’excuse de reproche que d’espoir ». Soulaym dit :

– « Il t’a donné un sauf-conduit : as-tu des doutes sur moi ? »

– « Non ».

– « Viens avec moi ». Ses compagnons dirent : « Accepte ce que Soulaym a dit ; il ne l’aurait pas dit si ce n’était pas vrai ». Il demanda sa monture et partit avec Soulaym.

Quand il atteignit l’endroit où il pouvait s’esquiver dans la plaine, il dit :

– « O Soulaym, personne ne peut savoir quand il mourra, sauf moi et je mourrai quand je verrais Qoutaybah ».

– « Impossible, est-ce qu’il te tuera alors que tu as un sauf-conduit ? » Alors Nizak se mit en route accompagné de Jabghouyah, qui s’était remis de la variole, de Soul et ‘Uthman, les fils du frère de Nizak, de Soul Tarkhan l’adjoint de Jabghouyah et de Khans Tarkhan qui était le chef de la police.

Quand ils     émergèrent du défilé, la cavalerie laissée par Soulaym s’interposa entre les Turcs et le défilé. Nizak dit à Soulaym : 

– « C’est le premier mauvais signe ». Soulaym dit : 

– « Ne pense pas cela. Le fait que ces gens soient derrière nous est meilleur pour vous ». Soulaym continua avec Nizak et ceux qui étaient sortis avec lui, jusqu’à ce qu’ils arrivent en présence de ‘AbderRahmane Ibn Mouslim qui envoya un messager à Qoutaybah pour l’informer. Qoutaybah envoya ‘Arar Ibn Abi Mihzam à ‘AbderRahmane avec le message : « Apporte-les-moi » et ‘AbderRahmane les lui apporta. Qoutaybah emprisonna les compagnons de Nizak et donna lui-même Nizak à Ibn Bassam al-Leythi. Il écrivit alors à al-Hajjaj pour lui demander son autorisation pour tuer Nizak.

 

Ibn Bassam mit Nizak dans son yourte[2], creusa une tranchée autour du yourte qu’il fit surveiller par des gardes. Qoutaybah envoyé Mou’awiyah Ibn ‘Amir Ibn al-‘Alqamah al- ‘Oulaymi qui ramena les marchandises et les gens qu’il y avait dans al-Kurz à Qoutaybah. Qoutaybah emprisonna ces gens quarante jours, jusqu’à l’arrivée de la réponse d’al-Hajjaj qui lui ordonna de tuer Nizak.

Qoutaybah demanda à Nizak :

– « As-tu un engagement de moi, de ‘AbderRahmane ou de Soulaym ? »     Il dit : 

– « J’en ai un de Soulaym ». Qoutaybah lui dit :

– « Tu mens ! ». Puis, Qoutaybah se leva et rentra dans sa tente tandis que Nizak fut ramené dans sa tente ou il resta trois jours à l’intérieur sans paraître aux gens.

Al-Mouhallab Ibn al-Iyas al- ‘Adawi a dit : « Les gens parlèrent au sujet de Nizak. Quelques-uns dirent : « Ce n’est pas légal pour Qoutaybah de le tuer » tandis que d’autres ont dit : «  Ce n’est pas légal de le laisser vivre » ».

Le quatrième jour Qoutaybah sortit, s’assis et donna l’autorisation aux gens d’entrer en sa présence. Puis, il dit : 

– « Devons-nous tuer Nizak ? » Certains ont dit : « Tue-le », d’autres ont dit « Tu lui as donné un engagement, ne le tue pas », et d’autres encore ont dit : « Nous ne sommes pas sûrs qu’il ne fera ne fait pas du mal aux Musulmans ».

Dirar Ibn Houssayn entra et Qoutaybah lui dit :

– « Qu’est-ce que tu en dis ô Dirar ? Il dit :

– « Je dis que je t’ai entendu faire le serment que si Allah Exalté te livrait Nizak, tu le tuerais, et que si tu ne fais pas ainsi c’est comme si tu avais souhaité qu’Allah Exalté ne t’aide pas ». Qoutaybah s’assit silencieusement et resta les yeux baissés un long moment et dit :

– «  Par Allah, s’il ne me restait de vie à vivre que le temps de prononcer trois mots, je dirais : « Tuez-le, tuez-le, tuez-le ». Il ordonna que Nizak et ses compagnons au nombre de sept-cents soient tués et ils le furent.

 

Certains ont rapportés que ni Qoutaybah et ni Soulaym ne lui ont donné un sauf-conduit. Quand Qoutaybah projeta de le tuer, il fit demander un sabre Hanafi. Il l’a dégainé, retroussé ses manches et l’a exécuté de sa propre main. Il ordonna à ‘AbderRahmane de décapiter Soul, à Salih de tuer ‘Uthman, appelé Shaqran, le fils du frère de Nizak. Il demanda à Bakr Ibn Habib as-Sahmi, de Bahilah : 

– « As-tu assez de force pour négocier avec le reste ? » Il répondit : 

– « Oui, plus qu’assez », il y avait de la dureté dans Bakr. Qoutaybah lui dit : 

– « Prends ces dihqans ».

Qoutaybah envoya la tête de Nizak avec Mihfan Ibn al-Jaz al-Kilabi et Sawwar Ibn Zahdam al-Jarmi à al-Hajjaj qui dit : « Qoutaybah aurait dû envoyer la tête de Nizak avec un de ses fils (sous-entendu un des fils de Qoutaybah Ibn Mouslim) ».

 

Qoutaybah demanda un jour à Nizak alors qu’il était emprisonné :

– « Quelle est ton opinion à propos d’as-Sabal et ash-Shadh ? Penses-tu qu’ils viendront si j’envoie quelqu’un les chercher ? » Nizak dit : 

– « Non ».

Qoutaybah envoya les chercher et ils vinrent. Il appela Nizak et Jabghouyah, et quand ils entrèrent il y avait as-Sabal et ash-Shadh assit devant lui. Nizak et Jabghouyah s’assirent en face d’eux et ash-Shadh dit à Qoutaybah : 

– « Jabghouyah, bien qu’il soit mon ennemi, est plus vieux que moi et il est le roi tandis que je suis son sujet. Donne-moi l’autorisation pour m’approcher de lui ». Qoutaybah lui donna l’autorisation, et il s’approcha de lui, embrassa sa main et se prosterna devant lui.

Alors As-Sabal demanda l’autorisation à son tour par respect de Jabghouyah. Qoutaybah lui donna l’autorisation, et il s’approcha de lui et embrassa sa main. Nizak dit à Qoutaybah : 

– « Donnez-moi l’autorisation de m’approcher près d’ash-Shadh, car je suis son serviteur ». Il lui donna l’autorisation, et il approcha à lui et embrassa sa main. Alors Qoutaybah donna la permission à as-Sabal et ash-Shadh, de retourner chez eux.

Qoutaybah tua Nizak, et az-Zoubayr, le Mawlah de ‘Abbas al-Bahili, pris une botte de Nizak dans laquelle il y avait un bijou. Grace à ce bijou qu’il acquit de la botte de Nizak, il devint le plus riche de sa région. Qoutaybah le lui alloua et il resta riche jusqu’à sa mort à Kaboul sous le règne du gouverneur Abou Daoud.

 

Qoutaybah libéra Jabghouyah, le nantis généreusement et l’envoya à al-Walid ou il resta en Syrie jusqu’à la mort d’al-Walid. Qoutaybah revint à Merv et nomma son frère ‘AbderRahmane sur Balkh. Les gens dirent que Qoutaybah se comporta perfidement avec Nizak.

Quand Qoutaybah Ibn Mouslim revint à Merv après avoir tué Nizak, il chercha le roi d’al-Jouzjan, qui avait fui son pays. Le roi envoya un message à Qoutaybah, en demandant un sauf-conduit, et Qoutaybah le lui donna à condition qu’il vienne en personne faire la paix avec lui. Le roi lui demanda des otages, qu’il retiendrait tandis que lui-même en retour donnerait des otages. Qoutaybah lui remit Habib Ibn ‘AbdAllah Ibn ‘Amr Ibn Houssayn al-Bahili, et le roi d’al-Jouzjan lui donna des otages de sa famille. Le roi d’al-Jouzjan laissa Habib dans al-Jouzjan, dans une de ses forteresses, et vint à Qoutaybah et fit la paix avec lui. Alors il retourna et mourut à at-Talaqan. Les gens d’al-Jouzjan dirent : « Ils l’ont empoisonné », et ils tuèrent Habib. Alors Qoutaybah tua les otages qui étaient avec lui.

 

Durant cette même année 91de l’Hégire, Qoutaybah fit sa deuxième campagne dans Shouman, Kish et Nassaf, et fit la paix avec Tarkhan.

 

Views: 0